Voy. dans ce volume, p
avec le frère de son mari, on aura l’ensemble, en bien comme en mal , dès jugements attribués à Napoléon sur la personne, le caractère et le rôle de sa première femme.
Ce n’est pas ici le lieu d’examiner, au point de vue critique, la valeur historique de toutes les parties de l’œuvre de M. le comte de Las Cases, et surtout de la compilation du docteur O’Méara. Ce travail devra être fait un jour sans passion et sans réticences, comme, au reste, dans la collection des mémoires relatifs au Consulat et à l’Empire, il faudra établir d’une manière équitable la part de la vérité et celle de l’erreur, souvent du mensonge, car il est plus expéditif que juste de dire que tout y est vrai ou que tout y est faux. Il y a du faux et du vrai; par conséquent il y a à prendre et à laisser. Mais il est indispensable, pour la sincérité de l’histoire et l’honneur de notre temps, qu’une critique impartiale exerce sur cette délicate matière l’honnêteté et la rigueur de ses principes, ainsi qu'on l’a fait avec tant de succès pour les mémorialistes des époques antérieures de la monarchie1.
On sait qu’un grand nombre d’appréciations apportées par M. de Las Cases de l’île d’exil furent, dans le temps, fortement contestées. L’auguste fille de l’Impératrice Joséphine s’éleva pour sa part avec une
1 . Un écrivain nous paraît surtout désigné pour entreprendre ce travail; nous voulons parler de M. Rapelli qui, dans son examen des Mémoires du duc de Itaguse, a montré tout ce qu'on peut attendre d’un esprit salace et ferme , servi par une plume exercée.
vivacité que l’on comprendra contre celles qui faisaient à sa mère une situation qui n’avait pas été la sienne. Voici comment s’exprime l’Avant-propos du recueil des lettres de Napoléon à sa première femme, avant-propos qui porte tous les caractères d’une réfutation de famille :
a Le Mémorial de Sainte-Hél'ene parut. On y vit avec étonnement le caractère de l’Impératrice Joséphine dénaturé, et des faits qui la concernent présentés sous de fausses couleurs. L’Empereur n’a pu la méconnaître : il a donc été mal compris, ou ses pensées ont été mal rédigées; ce qui peut arriver lorsqu’il faut retenir et transcrire, après une conversation , tout ce que la vivacité du discours permet à peine de bien entendre. On peint dans ce livre une femme tendre et douce comme une intrigante; on fait dire à l’Empereur que « sa jalousie se rattachait bien « plus à la politique qu’au sentiment; qu'elle avait à « l’excès le goût du luxe, le désordre, l’abandon de « la dépense naturel aux créoles; » relativement au mariage de sa fille, « que c’était le résultat des intri- « gués de Joséphine; » que dans la crainte du divorce, « elle osa proposer à son mari une grande suif percherie politique ; » et enfin « qu’à l’exemple de u la femme de Henri IV, elle voulait, après le divorce, « reparaître à la cour. »
.... tf Est-ce de l’intrigue, que de désirer marier sa fille à un homme estimable, dont le rang, la fortune, la position réunissaient toutes les convenances? et Joséphine pouvait-elle faire autre chose que de le
désirer?... Est- ce être ambitieuse et jalouse du pouvoir, que d’épouser le général Bonaparte lorsqu'il était encore peu connu , et de se séparer avec courage de l’Empereur des Français au moment de sa plus grande puissance? Avait-elle besoin, pour conserver sa couronne , de proposer « une supercherie « politique, » un stratagème indigne de toute âme bien née? Mais on ne pouvait la contraindre au divorce ; elle n’avait qu’à s’y refuser, et tous les avantages lui restaient.... Non, elle s’est sacrifiée pour ce qu’elle croyait être le bonheur de la France et de son époux : le sacrifice a été complet. L’Empereur, qui a dicté tant de belles pages dans le Mémorial de Sainte- Hélène , en aurait sans doute trouvé quelques-unes ù blâmer ; et en voyant sa première femme calomniée, il se serait récrié tout aussi vivement qu’il le fit lorsqu’il entendit appeler la bataille de Waterloo la Journée des éperons. 11 n’eût pas souffert qu’on l’eût fait parler avec cette injustice d’une personne à laquelle il avait toujours témoigné de l’estime et de l’affection , de celle dont il voulait que le souvenir fût cher à son^ fils, puisqu’une de ses dernières volontés a été de lui laisser le portrait de José- • phine; de celle enfin à laquelle il a adressé des lettres qui prouvent l’attachement le plus sincère, et qui montrent tel qu’il est le caractère de la personne à laquelle il écrit. Dans l’intimité de quinze années tout se dévoile : on pourra juger si une tendresse un peu inquiète a pu être appelée « une jalousie « fatigante ; » si une impératrice qui veut soulager
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toutes les infortunes n’est pas excusable de mal calculer ses moyens, et si c’était vouloir reparaître a la cour que de désirer vivre et mourir en France.... On sait que le gouvernement de Rome et celui de Bruxelles lui furent proposés ; mais elle les refusa obstinément, et répondit qu’ayant été femme de l’Empereur et Impératrice des Français , elle n’ambitionnait plus d’autre gloire'. »
Quant à la profusion et aux dettes tant reprochées à Joséphine, nous ne chercherons point à l’en justifier. Même en prenant au pied de la lettre tout ce qu’en dit l’amour passionné de Napoléon pour l’ordre et la régularité, l’histoire est sans blâme pour une souveraine ainsi possédée de la manie do dépenser, de donner, de rendre heureux : car toute dépense royale est bien faite , qui va au dévouement, aux services ou à l’infortune; aux arts, aux lettres ou au luxe, derrière lequel se trouvent le commerce et l’industrie. Le peuple n’en a pas jugé comme l’Empereur, et il a aimé Joséphine précisément de ce qui lui a valu souvent tant de tribulations.
Après tout ce qui précède , il n’y a plus rien à dire de la bonté proverbiale dont le nom de l’Impératrice Joséphine est demeuré le symbole. On l’accuse , toutefois, de l’avoir trop uniformément répandue ; d’avoir tantôt manqué de discernement et tantôt de mesure ; en un mot , d’avoir été trop