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Viel-Castel, de Lastic, Watier Saint* Alphonse et Mlle de Maekau ; un chevalier d'honneur, M. de Beaumont; quatre chambellans, MM. de Turpin- Crissé, de Viel-Casiel, de Montholon et de Lastic; quatre écuyers , MM. de Monaco , de Pourtalès , D’Andlaw et de Chaumont - Quitry ; une lectrice, Mme Gazzani ; et un intendant général pour administrer sa liste civile, qui fut d’abord M. Pierlot, et ensuite M. de Montlivaut. M. Deschamps suivit l’Impératrice en qualité de secrétaire des commandements, et Napoléon voulut, en outre, que son propre bibliothécaire, M. Barbier, qui, avant le divorce, avait rempli .les mêmes fonctions auprès de l’Impératrice Joséphine, continuât à aller, chaque semaine , prendre les ordres de celle-ci pour ses lectures qui, alors, plus assidues encore et plus sérieuses, employaient une bonne partie de son temps.
Une fois son sort bien fixé et sa maison formée, vers la fin de 1811, l’Impératrice Joséphine, mieux habituée à sa situation, et pleinement soumise sinon consolée, reprit, pour se conformer aux désirs de l’Empereur et faire honneur à son grand revenu, cette existence royale qui était devenue pour elle un besoin, et qu’elle considérait comme un devoir. Sa cour fut celle d’une véritable souveraine, mais tempérée par une plus grande liberté et un moindre respect de l’étiquette qu’aux Tuileries. On y trouvait toute l’aisance que permettait une humeur affable , aujourd’hui livrée à toutes ses inspirations, sans qu’elle
perdît rien de cette dignité naturelle qui faisait le respect.
L’Impératrice Joséphine s’abandonna à la pleine satisfaction de ses goûts. Les arts, l’histoire naturelle, la botanique reprirent possession de sa vie, comme aux jours fortunés du Consulat. A la tête de trois millions de rente, qu’elle croyait ne pouvoir jamais épuiser, elle se lança dans une voie d’acquisitions, d’embellissements et d’encouragements qui , grâce aussi à son penchant fondamental pour la générosité et la bienfaisance, l’eût bientôt conduite à une situation que Napoléon, deux ans après, lui reproche en ces termes : « Mets de l’ordre dans tes affaires ; ne dépense que 1 500000 francs, et mets de côté tous les ans autant; cela fera une réserve de 15 000 000 en dix ans, pour les petits-enfants : il est doux de pouvoir leur donner quelque chose et de leur être utile. Au lieu de cela on me dit que tu as des dettes; cela serait bien vilain. Occupe-toi de tes affaires et ne donne pas à qui en veut prendre. Si tu veux me plaire, fais que je sache que tu as un gros trésor. Juge combien j’aurais mauvaise opinion de toi, si je le savais endettée avec 3 000 000 de revenu1. » Cette lettre , seule expressiou de mécontentement de la part de l’Empereur depuis le divorce, produisit chez Joséphine un bien plus grand effet que les gronderies anciennes. Elle en eut un chagrin qui la rendit malade. Dès le lendemain , Napoléon s’empressa de
1. Leltrc du 25 août 1813. — Collection Didut, t. Il, p. 193.
mettre le baume sur la blessure, et lui envoya par un page la lettre suivante que nous voulons d’autant moins omettre, que c’est la dernière que contienne le précieux recueil de la reine Hortense , et qu’elle prouve, par un langage toujours identique, une affection qui se soutient jusqu’au bout.
t Vendredi, huit heures du malin. — 1813.
« J’envoie savoir comment tu te portes , car Hortense m’a dit que tu étais au lit hier. J’ai été fâché contre toi pour tes dettes ; je ne veux pas que tu en aies; au contraire, j’espère que tu mettras un million de côté tous les ans, pour donner à tes petites-filles lorsqu’elles se marieront.
« Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi, et ne te fais aucun chagrin là-dessus.
« Adieu, mon amie; aunonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu engraisses comme une boune fermière de Normandie.
« Napoléon'. »
Vaines recommandations : Joséphine ne se corrigea point et sa succession fut loin d’offrir ces millions , dont la gratifie si généreusement le docteur O’Méara.
Dans les trois premières années qui suivirent le
1. Collection Didut, t II, p. 194. — A celte date, en effet, l’Impératrice Joséphine avait pris un embonpoint qui contribuait encore à faire illusion sur son Age. *
Ces deux lettres sont précédées de deux billets insigui6anls datés de 1812 : c’est tout ce qu'offre le recueil évidemment incomplet de la correspondance conjugale de Napoléon , depuis sa lettre dans laquelle il annonce à Joséphine la naissance de son fils.
divorce, l’Impératrice renouvela presque entièrement l'aspect du château et de la terre de Navarre, et mit la dernière main à tous les travaux de la Malmaison. C’est alors qu’elle y créa une bergerie-modèle, dans le genre de celle de Rambouillet, où l’on entretenait des variétés rares de mérinos, destinées au perfectionnement de notre industrie des châles. Sur les bords de l’étang du Butard, on établit une élégante vacherie, peuplée de belles espèces , tirées également des pays étrangers, et soignées par une famille que Joséphine avait amenée avec elle de la Suisse, et qui, vêtue de son costume national, habitait un joli chalet où, presque chaque jour, l’Impératrice allaita pied prendre du lait. La galerie, la serre, le jardin botanique, la ménagerie de la Malmaison, reçurent tout leur développement. Avide de distractions , de celles surtout où la portaient ses anciens goûts, Joséphine entretenait de quotidiennes relations avec M. Lenoir, le conservateur de ses objets d’art, avec Redouté, son peintre de fleurs, Isabey, à qui elle faisait dessiner tous les alentours, et M. Aimé Bonpland, rendu célèbre par son voyage d’Amérique en société avec M. de Humboldt, et qu’elle avait fait intendant de ses jardins. Elle chargea ce dernier et Redouté d'achever la publication du grand ouvrage commencé par M. Ventenat, et consacré aux fleurs exotiques de la Malmaison'. Elle voulut aussi qu’ Alexandre Lenoir publiât le dessin et la description de ses plus beaux antiques,
1 . Le complément de ce magnifique travail parut , nous l'avons dit, en 1813.
principalement de sa collection de vases étrusques alors unique. Le dessinateur antiquaire prépara , avec son zèle et sa science connus, les matériaux de cette publication qui n’a pas eu le temps de voir jour. La musique formait aussi l’une des distractions assidues de l’Impératrice Joséphine. Elle avait auprès d’elle de jeunes personnes auxquelles elle faisait donner des leçons de chaut, de piano et de harpe par les premiers maîtres, et qui, chaque soir, lui traduisaient les chefs-d’œuvre qu’elle préférait. Mais les chants les plus aimés, on le comprend , étaient ceux de sa fille qui, avec des succès où le rang n’était pour rien, se livrait à son goût, devenu alors un talent pour la composition.
La société de la Malmaison comprenait, outre la maison de l’Impératrice et ses parents que le lecteur connaît, un certain nombre d’habitués, attirés par une affection qui ne faiblissait point. Parmi eux on comptait quelques-uns des premiers personnages de l'État, tels que l’archichancelier Cambacérès qui avait combattu le divorce , et Masséna qui avait acheté et fait réparer à son usage l’aile encore debout du château voisin de Richelieu. Le reste de la cour des Tuileries paraissait aussi de fois à autre à Malmaison. Depuis la naissance du roi de Rome, la jalousie de Marie-Louise s’était calmée, et Napoléon en affectant, parfois, de demander aux courtisans des nouvelles de l’Impératrice Joséphine, avait suffisamment dit que c’était lui plaire que de la visiter, quoique luimême eût crut devoir cesser ses visites. La reine Hortense avait sa maison à Paris, mais elle vivait
DK L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. oïl
presque avec sa mère, à laquelle elle amenait pour des semaines entières ses deux jeunes enfants, dont les premières années se sont ainsi écoulées auprès d'une aïeule qui les adorait. La reine augmentait par l’agrément de son commerce , les ressources de cet intérieur de souveraine retirée mais non décbue, où les plaisirs pleins de mesure et de bon goût avaient une teinte de mélancolie qui n’était pas sans charme.
Joséphine avait, il est vrai, 'accepté son sort ; mais elle demeurait en face de ses souvenirs, et vivait toujours en esprit avec celui qui devait être jusqu’à la fin l’objet de sa tendresse et de ses regrets'. Elle voulut voir le roi de Rome. Après avoir longtemps résisté, Napoléon le lui amena à Bagatelle, dans le bois de Boulogne. Elle
1. t L'Impératrice, ayant conservé pour l’Empereur un attachement qui tenait du culte, n’avait point permis que l'on dérangeât une chaise du logement occupé par lui ; et, au lieu de l’habiter, elle avait pré’éré être fort mal logée au premier. Tout était resté exactement dans le même état que lorsque l'Empereur avait quitté son cabinet; un livre d’histoire, posé sur son bureau, marqué à la pago où il s’était arrêté; la plume dont il se servait conservait l’encre qui, une minute plus tard , pouvait dicter des lois à l’Europe; uno mappemonde sur laquelle il montrait aox confidents de ses projets les pays qu’il voulait conquérir, portait les marques de quelques mouvements d’impatience occasionnés peut-être par uno légère contradiction. Joséphine seule s’était chargée du soin d’ôter la poussière qui souillait ce qu’elle appelait ses reliques , et rarement elle donnait la permission d’entrer dans ce sanctuaire. Le lit romain de Napoléon était sans rideaux; des armes étaient suspendues aux murailles, et quelques pièces de l’habillement d'un homme éparses sur les meubles. Il semblait qu’il fût prêt à entrer dans celte chambre, d’où il s’était banni pour toujours. > ( Mémoire s sur l' Impératrice Joséphine, par Mme Ducrest; éd. Barba, p. 66.)
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l’embrassa, et ne pouvant retenir ses larmes : «Ah! cher enfant, lui dit-elle, tu sauras peut-être un jour tout ce que tu m’as coûté ! » L’Empereur abrégea cette scène où Joséphine avait trop présumé de sa résignation. 11 se montra pour elle affectueux, presque tendre. Ce fut leur dernière entrevue. Il partait pour la Russie, et, à dater de ce moment, il se trouva emporté par ce courant de grandes fatalités où il dépensa encore tant de ressources et de génie, et qui, en moins de deux ans, aboutit à la catastrophe dernière.
Nous ne racontons plus. Cette gigantesque retraite de l’Empire qui commence au mois d’octobre 1812, sous les murs patriotiquement incendiés de Moscou, pour se terminer au mois de mars 1814, sous les murs mal défendus de Paris, appartient à l’histoire de Napoléon, victime de ses trop grands projets, et à celle de la France qui l’abandonne et s'abandonne, mais ne tient à la biographie de Joséphine que par sa douleur des désastres de la patrie, des malheurs de son époux et des périls de son fils, mêfé à toutes les péripéties de cette lutte suprême.
L’historien de nos grandeurs et de nos revers a dit quelle fut la part du prince Eugène dans l’expédition de Russie, où, après le départ de l’Empereur et du roi de Naples, il fut chargé de recueillir et de ramener en lieu sûr nos tristes mais glorieux débris. M. Thiers a aussi rendu justice à la promptitude énergique avec laquelle, au retour de Moscou, le vice-roi sut réorganiser en Italie une nouvelle armée, à la tête de la-
quelle il contribua, pour une honorable part, aux succès de Lutzen et de Bautzen. Revenu à Milan au mois d’octobre 1813, avec ordre de disputer le royaume italien à l’Autriche, dont l’alliance trompeuse s’était évanouie aux premiers coups de notre mauvaise fortune, Eugène reconstitua une troisième fois son armée, maintint l’ennemi, le battit, et la chute de l’Empire le trouva les armes à la main , ayant aussi bien résisté aux avances qu’aux attaques des adversaires de celui qu’il avait servi avec un redoublement de dévoûment et de zèle depuis qu’il en avait reçu de moindres bienfaits. En refusant des mains de nos ennemis ce trône d’Italie que son père adoptif aurait voulu maintenant lui donner, le prince Eugène ne faisait et ne prétendait faire que son devoir; mais, à cette heure des grandes trahisons, la fidélité n’était pas un mérite vulgaire, et on en a peu vu repousser avec indignation une couronne depuis longtemps promise : « Dans quel temps vivons-nous (ainsi parle le vice-roi à sa femme sous le coup des offres de la coalition), et comme on dégrade l’éclat du trône en exigeant pour y monter lâcheté, ingratitude et trahison. Va, je ne serai jamais roi'. »
La vice-reine d’Italie, devenue française par le cœur , était faite pour entendre le langage de son époux, elle qui, en apprenant la défection du roi de Bavière, lui avait écrit, acceptant déjà les plus tristes
1. Lettre publiée par H. Planai de La Faye, ancien officier d'ordonnance de l’Empereur, dans sa brochure intitulée Le prince Eugène en 1814. Paris, 1857.
éventualités ; « Mon bon père, Eugène vient de me communiquer l’affligeante nouvelle que vous êtes contre nous! Vous devez comprendre ce que mon cœur éprouve! Avoir d’autres intérêts que les vôtres c’est affreux pour votre fille, qui vous a prouvé à quel point allaient sa tendresse, sa soumission pour vous. Peut-être l’avez-vous oublié; mais dans quelque situation que je me trouve, je ne regretterai jamais ce que j’ai fait; ma conscience est sans reproches.... Eugène, le meilleur des époux, ne s’afflige qu’à cause de vous.... Sa tendresse fait mon unique bonheur; jamais il ne perdra la mienne. Je le suivrai partout, bien sûre qu’il ne s’écartera jamais du cite, min de la vertu et de l’honneur. » Et de cette même plume qui a dit en terminant à son père : « Voici la dernière lettre que vous recevrez de votre fille; mon devoir m’impose lo silence, » elle écrit à l’Empereur: « Je croirais manquer à mes devoirs si, dans cette circonstance, je ne renouvelais à Votre Majesté l’assurance de mon tendre attachement. Croyez que rien au monde ne me fera oublier mon devoir, et que vous pouvez compter sur mon entier dévouement comme sur celui d’Eugène. Il défendra le royaume jusqu’au dernier moment; de mon côté, je tâcherai de ranimer les esprits faibles qui se laissent abattre dès qu’ils entendent parler de dangers. Si nous succombons, nous aurons au moins la consolation d’avoir toujours rempli notre devoir. 1 » Joséphine était fière
1. Lettres citées dans le Compte rendu du procès des héritiers du prince Eugène contre l'éditeur des Mémoires du maréchal Murmont.
des sentiments et de la conduite de ses enfants : « Je suis convaincue, mande-t-elle à la reine Hortense, que l'Empereur cédera l’Italie; mais n’importe ce qui arrivera, notre cher Eugène se sera fait une belle réputation : c’est au-dessus de tout »
Napoléon, au mois de février 1814, voyant la France envahie de toutes parts, eut un instant l’idée d’appeler à lui le vice-roi et son armée. Il lui fit écrire par l’Impératrice Joséphine, et il faut voir avec quel accent patriotique et maternel à la fois celle-ci traduit cet appel du défenseur de la France :
< Malmaison , 9 février.
a Ne perds pas un instant, mon cher Eugène; quels que soient le9 obstacles, redouble d’efforts pour remplir l’ordre que l’Empereur t’a donné. Il vient de m’écrire à ce sujet. Son intention est que tu te portes sur les Alpes, en laissant dans Mantoue et les places d'Italio seulement les troupes d’Italie. Sa lettre finit par ces mots : « La France avant tout; la France « a besoin de tous ses enfants! a
« Viens donc, mon cher fils, accours ; jamais ton zèle n’aura mieux servi l’Empereur. Je puis t’assurer que chaque instant est précieux.
« Je sais que ta femme se disposait à quitter Milan ; dis-moi si je puis lui être utile? Adieu, mon cher Eugène, je n’ai que le temps de t’embrasser et de te répéter d’arriver bien vite.
« Joséphine »