Compte rendu, etc., p
Mais ce même jour, 9 février, Eugène remportait sur les Autrichiens la victoire du Mincio, etNapoléon, à partir du lendemain, gagnait coup sur coup, en huit jours, les batailles de Champaubert, de Montmirail, de Château-Thierry, de Vauelmmps et de Montereau. Se croyant maître de la situation, il ne voulut plus alors enlever le vice- roi à la défense si nécessaire de la péninsule qui, entre nos mains, assurait le midi de la France, et, prompt comme toujours à changer ses plans et ses déterminations selon les occurrences et les nécessités, il chargea le comte Tascher, aide de camp du prince Eugène, qui était venu lui annoncer la victoire du Mincio, de reporter au vice-roi un contre-ordre formel, énergique au sujet de l’évacuation de l’Italie *.
1 . Dans une brochure récente en réponse au maréchal Marmont, M. le comte Tascher de La Pagerie raconto ainsi celle circonstance, qui importe à la réputation du prince Eugène : c Le lendemain matin (18 février) Sa Majesté me 6t appeler. Je fus introduit dans son cabinet. Elle me dit : c Tascher, tu vas partir de suite pour « retourner en Italie; tu ne t'arrêteras à Paris que pour voir ta « femme , sans communiquer avec qui que ce soit. Tu diras à Eu-
• gène que j'ai été vainqueur à Champaubert et à Montmirail, des < meilleures troupes de la coalition; que Schwartzemberg m'a fait t demander cette nuit, par un de ses aides de camp, un armistice,
• mais que je ne suis pas dupe, car c’est pour me leurrer et ga- « gner du temps. » Sa Majesté ajouta : t Tu diras à Eugène que je
• lui donne l'ordre de garder l'Italie le plug longtemps qu'il pourra et t de s'y défendre. Qu'il ne s’occupe pas de l'armée napolitaine, com- « posée de mauvais soldats.... En cas qu’il soit obligé de céder du « terrain, de ne laisser dans les places qu’il sera forcé d’abandonner c que juste le nombre de soldats italiens nécessaire pour en faire le « service; de ne perdre du terrain que pied à pied, en le défenc dant ; et qu’enfin , s'il était serré de trop près, de réunir tous scs « moyens, de se retirer sous les murs de Milan, d’y livrer bataille.
Ces succès réitérés de Napoléon arrêtèrent un instant les coalisés. On négocia tout en continuant à se battre. Mais le congrès de Châtillon ne put aboutir, malgré l’étendue des concessions que faisait l’Empereur pour arriver à une paix dont il sentait l’urgente nécessité, mais qu’il voulait digne de la France et de lui. Juste et affectionné, il avait proposé notamment, dans son contre-projet de-traité en date du 15 mars, de renoncer à la couronne d’Italie, « en faveur de son héritier désigné, le prince Eugène Napoléon, etde ses descendants à perpétuité'. » La lutte recommença entre les armées de toute l’Europe réunie et l’unique armée de la France, chaque jour affaiblie par ses succès mêmes. L’insurrection gagnait les provinces éloignées; le parti royaliste s’agitait dans Paris. Malgré les prodiges accomplis par nos troupes sous l’admirable direction du grand capitaine, revenu, à ce moment solennel, à tout l’ardent et clairvoyant génie de ses premières campagnes d’Italie, les masses ennemies s’avancaient chaque jour vers la capitale de l’Empire. Le 25 mars enfin, l’Empereur d’Autriche publie le premier à Dijon un manifeste dans lequel il annonce aux Français que la souveraineté de celui qui avait épousé sa fille était incompatible avec la paix de l’Europe !
( et, s'il était vaincu, d’opérer sa retraite sur les Alpes comme il le « pourrait. Dis à Eugène que je suis très-content de lui; qu'il lé-
< moigne ma satisfaction à l'armée d'Italie, et que, sur toute sa li-
< gne, il fasse tirer une salve de cent coups de canon , en réjouisc sance des victoires de Champaubert et de Montmirail. »