‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 220 sur 232 · Collection Didol, t. II, p · texte numérisé non relu

Collection Didol, t. II, p

m’en aller! » On fut obligé de l’emporter'. Vers le milieu du jour, le roi Joseph reçut du duc de Raguse l’avis qu’il ne pouvait tenir plus de quelques heures, et la demande d’entrer en pourparlers avec l’ennemi. Après avoir consulté les ministres, le roi donna enfin celte autorisation, et lui etses frères quittèrent à leur tour, mais les derniers, la capitale pour aller rejoindre la Régente. Le lendemain, l’ennemi entrait dans Paris et les restes de l’armée française se retiraient à quelques lieues; à la même heure Napoléon, croyant que la ville tenait encore, arrivait à Fontainebleau pour la dégager.

Pendant ce temps, l’Impératrice Joséphine, sur l’invitation pressante qu’elle avait reçue , s’était rendue au château de Navarre, en proie à toute sorte d'inquiétudes ayant pour objet l’Empereur, sa fille, son fils, dont depuis un mois elle n’avait pas de nouvelles , et la France envahie, humiliée, et cet Empire quelle avait vu si puissant et qui, en cet instant, se débattait dans une agonie dont elle ignorait les détails. Elle resta deux jours dans ce cruel état. Enfin, le 2 avril, elle eut le bonheur d’embrasser la reine, qui , après avoir failli deux fois, dans la route, être prise par l’ennemi, lui amenait ses deux enfants, ayant refusé de rejoindre la Régente à Blois et pensant avec raison que, Paris livré, sa place était auprès de sa mère*.

1. Souvenirs de SI. le baron Sleneval, t. II, p. 123. — M. de Dausset, t. II, p. 212.

2. Les pages qui vont suivre offrent un caractère plus intime,

DE L’IMPÉKATitlCE JOSÉPHINE.

Lareine Hortense lui apprit l’entrée des coalisés dans la capitale, mais elle ne put rien lui dire de la situation de l'Empereur. Toutes les routes étant interceptées , elles demeurèrent trois jours sans nouvelles directes de Fontainebleau, de Paris ou de Blois. Elles étaient livrées à tous les bruits contradictoires qui , de proche en proche, arrivaient jusqu’à leur retraite, lorsque, la quatrième nuit, l’Imperatrice Joséphine fut réveillée par un auditeur au conseil d’Étal, M.de Maussion, que le duc de Bassaoo lui envoyait de la part de l’Empereur pour lui donner les détails qu’elle attendait avec tant d’impatience. Son premier sentiment fut la joie de savoir Napoléon vivant : « L’Empereur vit, dit-elle en interrompant l’envoyé, répétez-le-moi ! » Elle jeta un manteau sur ses épaules et entraînant M. de Maussion, pendant que celui-ci lui parlait et lui faisait connaître, en quelques paroles, le projet d’abdication de l’Empereur et le dessein de l’envoyer à l’île d’Elbe, elle courut réveiller la reine : « Ah ! Hortense , s’écria-t-elle se jetant en larmes sur son lit, ce pauvre Napoléon qu’on envoie à l’île d’Elbe! Le voilà donc malheureux!... Sans sa femme j’irais m’enfermer avec lui ! » Tout son cœur se réveillait à la vue de cette grande

mais ne sont pas moins étayées de preuves que leB autres parties de ce livre. Nous avons écrit l’histoire des derniers mois de la vie de Joséphine, au moyen des récits de Mlle Cochelct, qui a eu à sa disposition les Mémoires inédits de la reine Hortense, et qui, nous assure-t-on, en a largement usé; des frayments de ces mêmes souvenirs publiés par la reine dans les Mémoires de tous, et des traditions de famille et d'amis pleinement conservées jusqu’à ce jour.

chute de celui qui, dans l’infortune, redevenait son époux.

M. de Maussion donna alors à l’Impératrice et à sa fille les détails de tout ce qui les intéressait : les tentatives de Napoléon pour reprendre Paris, et la défection du duc de Raguse, et l’abandon du plus grand nombre des serviteurs, et l’honorable fidélité de quelques-uns, et le retour des Bourbons , et la nécessité où Napoléon se trouvait d’abdiquer, et les desseins de la coalition à son égard. Joséphine ne pensait qu’au malheur de l’Empereur. Connaissant son âme et sachant ce qu’il devait souffrir, elle se désolait à la pensée du sort qui lui était réservé, et enviait à Marie-Louise le droit qu elle avait de s’exiler avec lui.

Quant à la reine Hortense, sa douleur était profonde aussi. Ce n’était pas une couronne qui ne l’avait point rendue heureuse, qu’elle regrettait pour elle ou pour ses enfants; sa pensée était toute également à l’infortune de celui qui l’avait appelée sa fille, et aux revers de la patrie. Aussi prit-elle sur-le-champ le parti de fuir l’Europe, dès qu’elle en trouverait le moyen. « J’ai un projet arrêté, dit-elle ce même jour à Mlle Cochelet, sa lectrice et son amie, quand elles furent seules. Ma position particulière me rend isolée sur la terre; ma mère peut rester en France, puisque le divorce la rend libre; mais je porte un nom qui ne peut plus y demeurer, puisque les Bourbons reviennent. Je n’ai aucune fortune que mes diamants, je les vendrai et j’irai vivre à la Martinique* sur l’ha-

bitation qui appartient à ma mère. J’ai été là fort jeune et j’en ai eonservé un souvenir agréable. Ce sera sans doute un grand sacrifice de quitter la France , ma mère, mes amis; mais là, je serai tranquille, et il faut, dans les grands événements, avoir un grand courage. J’élèverai bien mes enfants, et ce sera ma consolation. » Mlle Coclielet partit le lendemain pour Paris avec M.de Maussion, afin d’aller voir sa famille et de faire ses préparatifs de départ, car elle ne voulait à aucun prix se séparer de la reine. Celle-ci et l’Impératrice Joséphine rendirent libres alors les personnes de leur maison d’honneur qui désiraient retourner à Paris. Beaucoup refusèrent de mettre à profit cette liberté.

Mlle Coclielet avait été particulièrement chargée par l’Impératrice de lui faire connaître tous les détails qu’elle pourrait recueillir à Paris, et sur la situation de Napoléon et sur celle du prince Eugène. Niais, durant plusieurs jours , les délaissées de Navarre furent réduites aux seules nouvelles que leur apportaient les journaux. Plusieurs d’entre eux étaient remplis d’un débordement d’outrages contre l'Empereur qui révoltait plus encore qu’il n’affligeait Joséphine. Elle concevait qu’on l’accusât d’avoir trop aimé le pouvoir ou la guerre, mais elle le justifiait, avec une animation en dehors de sa nature, de toutes les plates accusations, de tous les crimes niais que lui imputaient, aujourd’hui qu’il ne pouvait plus se défendre, non pas seulement ses ennemis, mais ceux qui l’avaient adulé.

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