Mémoires de Mme la duchesse d’Abrantcs, t. I, p
î. Mémorial de Sainte-Hélène, I" partie, p. 34.
une bonhomie calculée, que son interlocutrice au ton où elle était montée, dut trouver singulièrement triviale et bourgeoise, il coupa court à cette joute d’éloquence à laquelle on le conviait.
L’anecdote a fait grand bruit : c’est rester dans notre cadre que de la reproduire ici , car elle n’est point étrangère à la biographie de Joséphine. De plus, comme celte première rencontre du futur Empereur et de l’illustre écrivain qui n’aurait peut-être pas demandé mieux que de ne le point haïr, a été fort diversement racontée, nous allons nous borner à copier les souvenirs d’un témoin bien placé pour voir et pour entendre, car c’est celui qui, dans cette circonstance, donnait le bras à .Mme de Staël.
« A peine assis sur une banquette (dit M. Arnault, qui était arrivé avec le général et Mme Bonaparte ’) Mme de Staël vint s’asseoir à côté de moi. — « On « ne peut aborder votre général , me dit-elle; il faut « que vous me présentiez à lui. » — D’après une confidence qu’il venait de me faire, et certaines préventions que je lui connaissais contre cette dame, dont il redoutait l’esprit dominateur, craignant qu elle n’éprouvât quelque rebuffade, je lâchai de la distraire de cette résolution, sans cependant m’expliquer. Il n’y eut pas moyeu. S’emparant de moi, elle me mène droit au général , à travers le cercle qui l’environnait et qui s’écarte ou plutôt qu’elle écarte. Forcé de faire ce qu’elle désirait, et voulant toutefois décliner la