Mémoire s de Mme d'Abrantés, t. III, p
a. Ibid.
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solus, qui l’avaient précédé, en introduisant partout la décence et la probité. Les hommes d’argent, les faiseurs d’affaires avaient donné le ton sous le Directoire. Ils offrirent leurs offices au Premier Consul, et prétendirent s’établir chez lui, eux et leurs femmes dont beaucoup étaient jolies et de la dernière élégance. « C’étaient en général , a dit plus tard Napoléon, des gens mal famés, qni composaient une véritable puissance , dangereuse surtout pour l'État dont ils obstruaient et corrompaient les ressorts par leurs intrigues, celles de leurs agents et de leur nombreuse clientèle. » Le troisième Consul, le sévère Lebrun, son conseil et son mentor en ce qui concernait le monde financier (c’est ainsi que l a désigné le souvenir reconnaissant de l’Empereur), fut d’avis qu’ils ne devaient point être admis dans la société des Toileries. « Toutefois, ajoutait Napoléon, on n’était point sans embarras pour la composer : on ne voulait pas de nobles pour nu pas effaroucher l’opinion publique, on ne voulait pas de faiseurs d’affaires, afin de renouveler les mœurs nouvelles; il ne restait pas grand’chose , aussi fut-ce d’abord, pendant quelque temps, une espèce de lanterne magique fort mêlée et très-changeante. Cependant cette réunion eut bientôt sa couleur, son ton, son mérite’. »
Dans l’intimité des Tuileries , quoiqu’à des degrés différents, étaient placés tout naturellement les divers membres.de la famille Bonaparte qui, au com-
1. Mémorial de SaintoiHélène, t. il", p. 14 et 120. Nous citons l'édition pv.bliée en deux volumes ou parties, par M. G. Barba.
mencement du Consulat, se trouvèrent réunis à Paris : Joseph, à qui la confiance et l’affection toujours égales de son frère avaient réservé l’exécution diplomatique de ses projets, et qui, de son côté, signalait son bon esprit dans des négociations sages et dignes avec les délégués des États-Unis, d’Autriche, d’Angleterre et de Rome ; Lucien, nommé ministre de l’intérieur immédiatement après le 18 brumaire auquel il avait pris une habile et décisive part, envoyé ensuite ambassadeur en Espagne pour arracher ce pays à l’influence anglaise, et d’où il revint, après avoir réussi, pour être successivement tribun, sénateur et membre de l’Institut; Louis, fait colonel du 5’ régiment de dragons, retenu très-souvent par son service loin de Paris; Jérôme, Borti depuis quelque temps de l'institution de Saint-Germain, en attendant qu'il eût été incorporé dans la marine où le poussaient sa vocation et le désir du Premier Consul. Madame Bonaparte, la mère , était aussi venue rejoindre à Paris tous ses enfants, et souvent on la voyait dans le salon de famille des Tuileries avec ses filles et belles-filles, Mmes Bacciochi et Leclerc, Joseph et Lucien Bonaparte , mais surtout Caroliue, l’amie d’Hortense, mariée, dans les premiers mois de 1800, au général Murat. A la famille du Premier Consul on peut ajouter Bernadette , devenu beau-frère de Joseph Bonaparte par son mariage avec Mlle Désirée Clary, celle qui avait tant hésité à épouser Napoléon. Ses relations avec le Premier Consul étaient alors de la plus grande cordialité, et celui-ci, au retour
d’Égypte, avait servi de parrain à son fils aîné, souverain actuel de la Suède.
Le Premier Consul se montra encore plus difficile sur le choix des femmes admises aux Tuileries que sur celui des hommes. Ce furent d’abord celles de ses officiers, des généraux créés par lui et de quelques fonctionnaires privilégiés. Dans celte société plus intime, et qui se réunissait dans le salon particulier de Joséphine, Bonaparte n’avait d'abord voulu former, suivant son expression, qu’une nombreuse famille composée de ses lieutenants préférés, de ses aides de camp, qu’il poussait à se marier, et de leurs femmes. « Elles seront, disait-il à Mme Junot, les amies de ma femme et d’Hortense, comme leurs maris sont les miens*. » On ne voyait point parmi elles de véritables dames de compagnie pour préluder aux dames du palais, venues plus tard. Tout le monde était sur le même pied : les femmes des ministres même et des plus hauts fonctionnaires ne se trouvaient nullement distinguées de celles des officiers attachés à la personne du Premier Consul*.
Pour se conformer au désir de celui-ci, on vit dans son entourage des mariages nombreux. En moins de deux ans, Lannes épousait Mlle de Guehéneuc; Junot, Mlle de Permon ; Davoust, Mlle Leclerc ; Duroc, Mlle Hervas, fille d’un riche banquier espagnol ; Sa-