Mme d’Abrantès, t. III, p
2. Souvenir* deM. Stanislas de Girardin, t. lit, p. 192. Salons de Paris, U V, p. 32. Mémoires du duc de Rovigo, t. IV, p. 404. Histoire de Napoléon, par Salgues, t. III, p. 443.
nages, les moins bienveillants toutefois, de l’histoire de l’Impératrice Joséphine *.
Rentré en France sous le Directoire, non de l’émigration, mais de l'exil volontaire et prudent qu'il s'était imposé et qui le conduisit jusqu’en Amérique, l’ancien évêque d’Autan avait offert avec éclat ses services à oe gouvernement, et, grâce au crédit de son influente et remuante amie , Mme de Staël, il avait été assez facilement porté au ministère des relations extérieures. Avec son admirable instinctpour deviner la faiblesse cacliée des gouvernements qui l’ont employé et son irrésistible penchant pour les pouvoirs du lendemain, dès son entrée en fonction M. de Talleyrand s’était mis en rapport avec le jeune général de l’armée d’Italie d’une manière à la fois respectueuse, admirative et pleine d’effusion , que celui-ci put croire sincère et qui devait l'être,. car entre les intérêts réels et les sentiments exprimés du ministre il y avait concordance parfaite. Cette première impression produisit chez Bonaparte un goût très-vif pour l’ancien prélat que ne partagea jamais Joséphine plutôt par instinct qne par raison , et qui , à travers plus d’un orage et malgré les tortueuses allures de l’adroit serviteur, persista dans l’esprit du Consul et de l’Empereur presque jusqu’à la fin, comme une faiblesse incurable et une dangereuse erreur. Au lendemain du 18 brumaire, le Premier Consul l’avait pris pour un
1. Comme intermédiaire auprès des royalistes, il ne faut pas omettre non plus le troisième Consul, Lebrun, ancien collaborateur du chancelier Maupeou. *
de ses ministres, en même temps qu’il choisissait aussi Fouché : l’ancien grand seigneur lui servait d’intermédiaire auprès des restes de l’aristocratie, le conventionnel auprès des hommes de la Révolution. Mine Bonaparte avait pour ce dernier une préférence marquée , tenant surtout à des raisons que nous indiquerons plus tard; elle lui accordait sur son collègue le prix de la franchise, singulier mot pour désigner les rangs dans ce concours de la duplicité.
Parmi les plus exacts dans le salon de Joséphine, n’oublions pas les deux autres Consuls, Cambacérès et Lebrun, ainsi que la femme et les filles de ce dernier; et, pour en finir, rappelons ici le nom de deux femmes fort importantes quoique dans un monde différent, Mmes de Montessonet Campan que Mme Bonaparte recevait en amies et qui venaient, trop peu souvent à son gré, lui apporter l’affectueux concours de leur expérience. Son âge et ses infirmités ne permettaient guère à la première de sortir ; mais Joséphine s’en dédommageait en lui faisant de fréquentes visites. Quant à Mme Campan, quoique retenue loin de Paris par ses devoirs et aussi par une louable réservé de caractère, on peut dire qu’elle était sans cesse présente aux Tuileries par la correspondance qu’elle entretenait avec Hortense, et, sous ce couvert, la chose est manifeste, avec sa mère.
Près de Mme Bonaparte on remarquait sa fille et son fils, ses deux adorations, devenus les propres enfants du Premier Consul qu’ils s’étaient aussi habitués à considérer comme un père. L’appartement de
Mlle de Beauharnais se trouvait à côté du cabinet de toilette de sa mère ; il n’était composé que de deux pièces : sa chambre à coucher donnant sur le jardin et un petit cabinet de travail d’où s’échappait une forte odeur d'huile qui trahissait son goût assidu pour la peinture que cultiva, longtemps encore après les leçons de pension, son maître Isabey. La fille de Joséphine est un personnage trop important de son histoire pour ne pas lui accorder sa juste place. Au lieu de recomposer nous même , en groupant des traits pris çà et là , la figure d’Hortense de Beauharnais , et de retracer ainsi (avec le désir de rester en deçà de la vérité, mais avec la crainte d’être accusé d’aller au delà) l’éclat de cette charmante et, pour peu de temps encore, heureuse jeunesse, nous aimons mieux copier ici le portrait qu’en a fait une femme placée pour en bien juger, et dont l’esprit caustique n’a guère l'habitude de louer. Il y a là, d’ailleurs, des observations toutes féminines , que nous n’aurions pu ni saisir ni rendre ainsi.
« Hortense de Beauharnais , raconte Mme la duchesse d’Abrantès 1 , avait dix-sept ans à l’époque où je la vis pour la première fois. Elle était fort remarquable sans avoir cependant une beauté positive, mais elle était fraîche comme une fleur, avait les plus beaux cheveux blonds du monde, et puis, ce qui fait le charme d’une femme, une tournure gracieuse. Toute la nonchalance créole et la vivacité française étaient