‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 39 sur 232 · Ibid. p · texte numérisé non relu

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souveraine, elle ni sa fille n’étaient plus de simples particulières. Aussi, par le fonds non par le ton de sa correspondance, pure de toute fadeur, Mme Campan les traitait en princesses , recherchant avec elles les obligations de cette royauté de fait à qui incombaient déjà tous les devoirs, si ce n’est les privilèges, d’une royauté déclarée. Qu’on nous permette, ce n’est point ici un hors-d’œuvre, de reproduire quelques parties de cette conversation la plume à la main, au moyen de laquelle arrivaient chaque jour aux Tuileries les souvenirs, les conseils et les vœux d’une femme autorisée à parler par une expérience toute spéciale, et aussi par l’affectueuse reconnaissance de l’élève et le gracieux assentiment de la mère.

A la veille du jour où Bonaparte prit possession des Tuileries, Mme Campan écrivait déjà à sa jeune amie ces lignes justes et fortes, qu’elle était capable de comprendre et qui répondaient au caractère et aux préoccupations de Joséphine : « Vous voilà bientôt , ma chère Hortense , transportée d’une modeste et agréable habitation dans le palais le plus célèbre de l’univers. Les grâces et la vertu bien prononcées sont bien placées partout , et la mémoire et la raison suffisent, en nous retraçant les faits historiques et en sachant en profiter, pour empêcher l’orgueil de venir troubler notre bonheur, quand le hasard nous porte à habiter ces superbes demeures. Leurs murailles parlent à nos yeux et doivent instruire nos cœurs. Il faut suivre sa destinée avec simplicité

et en même temps avee une juste élévation ; mais ces monuments retracent seulement des grandeurs évanouies et des malheurs éclatants. Que de soupirs ont été poussés- du fond du cœur, que de larmes ont été versées sous ces toits dorés ! Catherine de Médicis, avec sa politique astucieuse et ses fêtes calculées, ne pouvait y être heureuse. Anne d’Autriche se sauva de ces murs pour fuir les fureurs ou plutôt les égarements de la Fronde. Louis XVI y vit la faiblesse de son caractère, servant la volonté populaire, entraîner les restes de sa grandeur. Voilà ce que doivent rappeler ces enceintes , pour les contempler d’un œil non ébloui l. »

.liais Mlle de Beauharnais fut bientôt emportée par ce premier vent de liberté mondaine. Des invitations, des fêtes données à leur intention, attiraient souvent Aime Bonaparte et sa fille chez les membres delà famille du Premier Consul, chez les -ministres , chez Mme de Montesson , et au faubourg Saint-Germain, bientôt reformé, et dont les hommages étaient à la fois mêlés de gratitude et de calcul. Mme Campan s’inquiète pour son élève, de cette existence tout en dehors. « Vous voilà donc, ma chère Hortenae, dans un tourbillon qui vous entraîne à l’habitude de déjeuner sept jours de la décade en ville, plus le décadi et le primidi à la Malmaison ! Il ne faut plus penser à vos maîtres; il faut dire adieu à toute occupation ; il faut consentir à ce que Paris entier dise que vous êtes

1. Correspondance de Mme Campai), t. 28 lettre du 29 janvier 1800).

livrée au tourbillon du monde, si cela continue, à moins que vous n’ayez le courage et la tenue de résister à ce tourbillon dangereux, où vous entraîne même votre maman , par le plaisir bien naturel de vous avoir avec elle. Mais prenez-y garde, mon Hortense, ees gens qui vous invitent, ne le font pas pour vous, mais bien pour eux, parce que vous êtes la personne du jour, titre effrayant pour quiconque réfléchit, car il indique, par son sens, que cette faveur est passagère. 4 »

Cette vie agitée de la mère et de la fille , provoquée par la nécessité et les premiers entraînements de la faveur publique, empêchait non-seulement Mlle de Beauharnais de perfectionner ses talents parvenus alors à la limite qui sépare l’élève d& l’artiste, mais favorisait une répugnance , naturelle chez elle , à écrire, à répondre aux lettres nombreuses qu’elle recevait. C’est ce dont la blâme à plusieurs reprises son institutrice et son amie : « Je ne me rebuterai pas, lui dit-elle, j’écrirai, je gronderai, j’instruirai, et enfin j’obtiendrai qu'on écrive à son tour, et qu’on ne se laisse pas tranquillement adorer et gâter. ' » Mais cette négligence de l’étude et des devoirs épistolaires n’eut qu’un temps, et, après peu de mois, Hortense retrouva pour ses occupations toute son ardeur et son exactitude de pension.

À mesure que le'Consulat grandit et que les Tuileries prennent la physionomie d’une cour, les conseils

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