Rueil, etc., p
de son Sans-Souci. Une demoiselle Julien, demeurant à Rueil, possédait sur la colline un grand jardin qui étranglait tellement le parc à cet endroit que , d’un petit belvédère placé au point culminant , on pouvait voir tout ce qui se passait chez le Premier Consul. Celui-ci fit demander amiablement à la propriétaire de lui céder son enclos à titre de voisin, offrant de reconnaître ce service au prix qu’elle indiquerait. Mlle Julien, femme déjà d’un certain âge, ne voulut entendre à rien. L’Empereur, comme le Premier Consul, ne fut pas plus heureux auprès de sa voisine que le roi de Prusse ne l’avait été auprès de son meunier, et, par respect pour les juges de Paris , qui valaient bien ceux de Berlin, force fut de se passer de cette adjonction indispensable jusqu’à la mort de la demoiselle, arrivée en 1810'.
Grâce aux transformations rapidement exécutées par M. Bertault, le parc de la Malmaison offrit un ensemble d’une beauté, d’une nouveauté surtout qu’on aurait vainement cherchées dans les autres résidences particulières, où la froideur et la monotonie de la régularité française persistèrent longtemps encore. 11 était divisé en deux parties d’un caractère entièrement distinct, mais reliées entre elles par des pentes douces et des gradations motivées. La première, unie et plane, s’étendait derrière le château jusqu’à une distance de près de mille mètres. Elle comprenait d’abord une immense pelouse nue, étendue comme un
1. Mémoires du Mme la duchesse d’Abrantès, t. II, p. 213. liueil, etc., p. 141 . Lettres de Napoléon, Recueil Didol, l. II, p 126.
tapis devant la porte et la façade du jardin ; puis des massifs d’arbustes, des arbres pittoresques en groupes ou isolés, et, dans toutes les directions, des platesbandes chargées de fleurs et accompagnant les sinuosités sans nombre des chemins et du ruisseau chanté par Delille. Cette plaine était, en effet, parcourue en tous sens par les eaux vives qu’avaient rendues plus abondantes de nouvelles recherches, et qui venaient de la colline et même du dehors. Après avoir serpenté dans les détours les plus ombragés , et formé plusieurs chutes, elles allaient se perdre dans une sorte de lac ou plutôt de rivière qu’alimentaient aussi d’autres sources coulant d’une direction opposée. Là, le jardin, hors de la vue du château, devenait plus agreste et plus ombragé. Rien n'était frais, vert et touffu comme la portion située à droite, et qui bordait la grande route et avoisinait la Seine1.
La seconde moitié du parc, la plus accidentée, celle qui constituait le parc proprement dit, était formée par le versant de la colline qui règne à gauche du château, et va rejoindre ce fond solitaire du jardin dont nous venons de parler. Toute celte partie élevée était couverte d’un magnifique bois de haute futaie, au milieu duquel, entouré de platanes et de peupliers, se trouvait un réservoir formé naturellement par les sources qui, à travers les grands arbres , s’écoulaient de la hauteur. De ce bassin partait le ruisseau chargé de Iesamener dans le jardin après avoir parcouru une