Rueil, etc., p. 125. Mme la duchesse d’Abrantès, ibid
longue allée de marronniers centenaires qui longeait la futaie en ligne droite, s'élevant et s'abaissant avec les ondulations du terrain
A ces beautés naturelles on ajouta , selon les préceptes de l'art nouveau des jardins , tout ce qui pour vait animer les perspectives, accroître l'effet pittoresque : fabriques, ruines, statues, etc. M. Lenoir fut surtout chargé de cette décoration factice. Grâce à son tact, à ses richesses laborieusement acquises, aux précieux morceaux d’art dont il pouvait disposer , il s’acquitta de sa tâche , sans tomber dans celte excentricité puérile, dans ce maniéré de mauvais goût, vice et écueil du système anglais, tel du moins que l’avait célébré l’abbé Delille, son propagateur, et tel que l’avait fait la fadeur de l’imitation.
Tout jardin anglais devait offrir, disséminés dans le labyrinthe de ses chemins trompeurs et de ses sites imprévus, un temple en ruine, une grotte , un tombeau , une fontaine, une divinité païenne attardée auprès de quelque chapelle gothique. Tels étaient les parcs fameux de Blenheim et de Windsor. On voulait, au sortir d’un massif, au détour d’une allée, exciter ainsi à la fois la surprise des yeux et l’émotion du cœur; éveiller la mélancolie et les souvenirs, faire rêver, en un mot. Joséphine demanda un jardin anglais dans toute sa poétique ordonnance; M. Lenoir, avons-nous dit, sut corriger la bizarrerie de l’art qu’il devait suivre par le mérite des objets employés.
1 Rueil, etc., p. 126.
Dans la futaie, sur un grand rocher d’où l’eau d’un canal factice semblait s'échapper en source naturelle et abondante, il fit construire le temple voulu dans le goût antique; mais le porche et les huit colonnes ioniques de marbre rouge, dont il était décoré, avaient été choisis parmi les débris les plus précieux de son musée des Petits-Augustins. La fontaine s’éleva devant la Serre : c’était une colonne de granit ancien de quatorze pieds de haut. Un ermite de pierre fut placé au fond de la grotte traditionnelle; mais cet ermite n’était rien moins qu’un saint François babillé en capucin par Germain Pilon. Le tombeau indispensable fut dressé sous un saule pleureur : c’était un bas-relief funéraire ciselé dans le marbre par Girardon. La mythologie fut reléguée sur la colline, auprès de la grande pièce d’eau servant de réservoir aux diverses sources du bois : là, M. Lenoir plaça, entre deux colonnes rostrales en marbre sérancolin, provenant du château de Richelieu, une statue colossale de Neptune signée par Puget, et acquise à la vente de l’amateur Donjeux. Enfin , pour que rien ne manquât, pas même le monument gothique de rigueur, il fit venir de Metz la façade d’une ancienne chapelle, haute de 12 mètres et sculptée toute à jour; mais, peut-être par un scrupule facile à concevoir, ce petit chef-d’œuvre de l’art et de la foi du moyen âge ne fut point employé dans cette mondaine et théâtrale décoration'. Si