M. Lenoir. Art. Malmaisnn. — Rueil, etc., p
l’on ajoute à cela diverses lubriques élégantes, des pavillons, kiosques, petits ponts, cascades, etc., disséminés dans le parc avec une véritable entente du pittoresque , on pourra se faire une idée du charme que devait offrir le séjour de la Malmaison à ses propriétaires , lorsque tous ces travaux eurent été exécutés.
Mais le goût le plus vif de Joséphine était , nous l’avons dit, pour les fleurs. En prenant possession de la Malmaison, elle y introduisit toutes les espèces que la France, en peu de temps, fut en état de lui fournir. Celles-ci ne pouvaient remplacer auprès d’elle l’éclat et les parfums des fleurs du tropique, ces compagnes aimées de sa jeunesse. Elle voulut donc réunir dans ses serres toutes les variétés possibles de plantes exotiques. Mme Bonaparte apporta à cet intelligent et gracieux recrutement, un soin, une suite, une ténacité qui ne semblaient pas compatibles avec son caractère indolent. Pour accroître sa collection rien ne lui coûtait, ni démarches, ni frais, ni prières. Dans . les instants de pénurie où la jetait parfois sa manie des belles choses, elle aurait, s’il eût fallu choisir, laissé le plus riche bijou pour une jolie fleur. Chacun savait lui plaire en lui procurant quelques espèces rares. Elle priait tous les marins et les voyageurs qui se présentaient dans son salon , de lui en rapporter de leurs voyages. Le ministre de la marine n’oubliait jamais de donner des instructions à cet égard aux commandants des bâtiments qui se rendaient dans les pays lointains. Mais c’est surtout à la Martinique que
Joséphine avait recours pour s’entourer de tous les genres de fleurs, d’arbustes et de fruits dont elle gardait le souvenir. Dès la seconde année du Consulat, cette passion de la femme du chef du gouvernement français pour les richesses botaniques était tellement notoire , que le prince régent d’Angleterre faisait respecter les envois de plantes qu’on lui adressait de tous les points du globe; et lorsque quelque bâtiment porteur de ces objets était pris, il avait soin de les faire parvenir à leur destination. « J’ai reçu pour toi de Londres, écrit le Premier Consul à sa femme alors aux eaux de Plombières, des plantes que j’ai envoyées à ton jardinier'; » galant hommage rendu par un ennemi courtois aux goûts charmants et à la popularité déjà acquise de cette femme universellement aimée.
Grâce à ces soins persévérants, le jardin et les serres de Mme Bonaparte offrirent, en peu d’années, la collection de fleurs étrangères la plus brillante et la plus complète. Aussi, avant l’Empire, Malmaison était devenue le véritable Jardin des Plantes de l’époque*, car celui de Paris, pour les genres exotiques, était loin d’être alors ce qu’on le voit aujourd’hui.
Toutes les femmes aiment les fleurs. Nous ne voulons point en faire à Joséphine un mérite exceptionnel. Mais peu ont eu pour elles cette passion
1, Lettres de Napoléon à Joséphine, du 27 ... an ix (1801), collection Didot, t. I”, p. 111.