M. Alexandre Lenoir. Motionnait? il o la Conversation
qui étaient, soignées dans un petit jardin plus particulièrement affecté au Premier Consul, et situé près de son cabinet de travail.
Mais la passion de Mme Bonaparte pour les fleurs n 'était point ce sentiment égoïste qui possède certains amateurs et en fait autant d'avares, gardiens jaloux de leurs trésors. Elle aimait, au contraire , à communiquer, à répandre ses richesses, et la propagation en France de beaucoup d’espèces étrangères lui est due. Son désir de contribuer aux progrès de la botanique, lui fit même adopter le plan d'une publication vraiment royale, dans laquelle la beauté du texte le dispute au mérite des dessins ; nous voulons parler de la magnifique collection en trois volumes in-folio, intitulée : Jardin de la Malmaison. Pour l’exécuter Joséphine choisit ses deux maîtres, M. Ventenat, membre de l'Institut pour la section des sciences, et l’un des conservateurs de la bibliothèque du Panthéon , déjà connu par un travail du même genre sur les serres de M. Cels, le seul qui disputât à Mme Bonaparte le prix de l’horticulture; et Redouté, fameux par son talent pour peindre les plantes, qui ne quittait presque pas les jardins de la Malmaison , et sur lequel Joséphine reportait uno partie de son affection pour les fleurs. Ce véritable monument élevé à la science, et aujourd’hui peu connu, mérite d'être décrit.
I,e premier volume parut en 1803, avec cette épigraphe redevenue alors de circonstance : Si canimus sylvas , sylvie sint consule dignæ. Le second vit le jour dès l’année suivante, quelques mois après la
proclamation de l’Empire, et l’auteur du texte put joindre à ses autres titres, comme témoignage de la satisfaction particulière de Mme Bonaparte, celui de botaniste de S. M. l' Impératrice et Heine. La mort empêcha Ventenat de terminer l’ouvrage. La suite formant le tome troisième et dernier, publié en 1813, fut confiée à M. Aimé Goujaud-Bonpland , l'ami de M. de Humboldt, que Joséphine avait nommé, sous l’Empire Intendant de ses jardins, et directeur de ses collections accrues encore d’un cabinet d’histoire naturelle, d’une ménagerie d’animaux non féroces, et d’une bergerie modèle pour l’acclimatation et l’élève des espèces les plus précieuses de mérinos et de chèvres du Thibet, qui ont tant contribué aux progrès de l’industrie des châles en France.
Déjà, au commencement de 1803, en publiant les dernières livraisons de son ouvrage sur la collection rivale de M.Cels, Ventenat avait rendu hommage à la protection de Joséphine pour la science : « Quoique le riche établissement où j’ai puisé, disait-il1, niait fourni le plus grand nombre des espèces que je décrirai, il existe d’autres jardins précieux, et le zèle éclairé de Mme Bonaparte pour les progrès de la botanique, a déjà trouvé des imitateurs. » En tète du premier volume du Jardin de la Malmaison, naturellement dédié à Mme Bonaparte , Ventenat consigna l’expression délicate de sa gratitude de savant. Nous devons reproduire cette dédicace qui se termine par
1. Choix de Plantes, dont la plupart sont cultivées dans le jardin de Cels. Paris, 1803. (Préface).
un trait imprévu mais bien touché, de la physionomie de celle à qui elle est adressée.
« Madame,
« Vous avez pensé que le goût des fleurs ne devait pas être une étude stérile. Vous avez réuni sous vos yeux les plantes les plus rares du sol français. Plusieurs même , qui n’avaient point encore quitté les déserts de l’Arabie et les sables brûlants de l’Égypte, se sont naturalisées par vos soins, et maintenant, classées avec ordre, viennent présenter à nos regards, dans le beau jardin de la Malmaison, le plus doux souvenir des conquêtes de votre illustre époux, et la preuve la plus aimable de vos studieux loisirs.
« Vous avez bien voulu me choisir, Madame, pour décrire ces différentes plantes, et faire connaître au public les richesses d’un jardin qui égale déjà ce que l’Angleterre, l’Allemagne et l’Espagne, nous offrent de plus curieux en ce genre Daignez agréer l’hommage d’un travail entrepris par vos ordres. Si dans le cours de cet ouvrage, je viens à décrire quelqu’une de ces plantes modestes et bienfaisantes, qui semblent ne s’élever que pour répandre autour d’elles une influence aussi douce que salutaire, j’aurai bien de la peine, Madame, à me défendre d’un rapproment qui n'échappera point, sans doute, à mes lecteurs ‘. »