‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 69 sur 232 · Mme Ducresl, p · texte numérisé non relu

Mme Ducresl, p

2. Mémoires de Mme do Uenlis. Ed. Barba, en un seul volume, p. 36.

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exceptionnelle qu’elle-même possédait en effet; et probablement elle ne dit ces vers aussi mauvais que pour nous apprendre qu’elle savait en faire de bons. Au reste, elle est forcée d’avouer que, dans cette poésie boiteuse, il y avait « des idées spirituelles et gaiement tournées. » Les contemporains, sans dire de Mme de Montesson ni autant de bien ni autant de mal que ses deux nièces, lui accordent tous les mérites les plus délicats et les plus rares d’une véritable maîtresse de maison; on la dit de plus obligeante et serviable, ennemie de la calomnie, passant à peine la médisance, néanmoins friande d’esprit, mais du plus difficile, celui qui ne s’exerce pas aux dépens d’autrui, et passionnée pour la convenance et le bon ton. Ses fêtes étaient célèbres et, sous le Consulat, deux surtout avaient fait grand bruit : celle qu’elle offrit au duc de Parme, créé par Bonaparte roi d’Étrurie; et le bal princier qu’elle donna à l’occasion du mariage de Mlle Hortense de Beauharnais.

L’année 1802 s’ouvrit pour Joséphine par cet événement de famille d’un si grand intérêt pour son cœur. Avec ses agréments, ses qualités , ses talents, et surtout la position de son beau-père, on comprend facilement que Mlle de Beauharnais eût trouvé de nombreux partis, soit parmi les anciennes familles, soit parmi les noms nouveaux. L’aide de camp préféré du Premier Consul, Duroc, l’avait recherchée, et l’on crut pendant un instant qu’il l’emporterait sur les autres prétendants. Mais Mme Bonaparte avait d’autres vues que nous avons fait pressentir déjà. Traitée

avec peu de bienveillance par quelques membres de la famille de son mari , elle sentait la nécessité de se créer dans son sein des appuis , et elle avait jeté les yeux pour sa fille sur son beau-frère Louis, dont l’âge, il comptait vingt-trois ans, était parfaitement en rapport avec celui d’Hortense, qui en comptait dixhuit. Ce mariage paraissait de tout point convenable. Bonaparte avait élevé Louis, et son affection pour lui avait quelque chose de paternel ; il aimait aussi Hortense comme sa propre fille : dans le cas où il n’aurait point d’enfants, et à choisir des enfants d’adoption dans sa propre famille , ceux de Louis et d’Hortense semblaient offrir un titre de plus à son affectueust préférence ; il donna donc avec empressement son consentement à cette union.

Mais les deux futurs se sentaient peu portés l’un vers l’autre. Si l’on en croit Bourrienne , Mlle de Beauharnais aurait mieux aimé épouser Duroc. Louis Bonaparte eut aussi quelque peine à se décider. Une première fois, ce projet de mariage avait été mis en avant : << II refusa , a-t-il dit lui-même, sans aucune raison défavorable au caractère ou à la moralité de cette jeune personne, dont tout le monde faisait l’éloge, mais parce qu’il craignait que leurs caractères ne se convinssent pas1. » Persuadée que le bonheur ne se trouve pas uniquement dans un mariage d’inclination , et croyant que cette appréhension réciproque, que rien ne justifiait, céderait au charme

1 . Documents historiques sur te gouvernentent de la Hollande. T. I", p. 102.

et aux rapports de la vie commune , Joséphine insista et n’eut pas de peine à les amener l’un et l’autre à son but, où elle pensait trouver elle-même le repos, mais où, assurément, elle se flattait que sa Allé rencontrerait le bonheur.

Le mariage civil eut lieu le 3 janvier aux Tuileries, en présence des deux familles. Les églises n’étaient point rouvertes encore , mais l’on négociait le Concordat , et le cardinal Caprara , qui se trouvait à Paris, donna aux deux époux , sur leur demande , la bénédiction nuptiale dans le salon de l’hôtel de la rue de la Victoire , affecté à leur résidence. Mme Murat, mariée déjà depuis quelque temps, profita de cette circonstance pour faire bénir aussi son uniofi. Quant au Premier Consul, malgré l’insistance de Joséphine, il s’abstint de demander pour lui la bénédiction religieuse, soit qu’il redoutât, avant le rétablissement du culte, une pareille manifestation, soit qu’il voulût (mais cette prévision est bien hâtive) rester moins indissolublement lié1.

Parvenue au plus haut point de grandeur, la France dut s’inquiéter de la durée de sa prospérité. Qu’arriverait-il, à la fin des pouvoirs de celui au génie duquel ou devait un pareil résultat? Où en serait-on si, brusquement, un accident ou un crime venait à l’enlever à l'affection publique ? On était trop heureux et trop glorieux en même temps de la situation du pays pour n'en pas poursuivre par toutes les voies la con-

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