‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 74 sur 232 · Mémoires sur le Consulat, p · texte numérisé non relu

Mémoires sur le Consulat, p

les changements très-prochains; après-demain, demain peut-être. Il y a eu hier ici une assemblée de plusieurs Sénateurs et des Consuls, depuis midi jusqu’à cinq heures. Il s'agit toujours de nommer aussi à vie les deuxième et troisième Consuls; il est question de réduire le Tribunat et d’augmenter le Sénat, de donner à Bonaparte le droit de présenter ail Sénat trois candidats pour le premier consulat; je tiens cela d’une personne sûre. Bonaparte ne m’en dit mot; mais lorsque je le mets sur la voie il ne s’en défend que faiblement. On m’a assuré que le projet était trèspopulaire. Je ne çe^se de recommander à Bonaparte de ne rien ajouter a son pouvoir , et de rejeter tous les nouveaux titres qu’on lui propose; de bien se garder surtout de désigner de son vivant son successeur. S’il en vient à le désigner, ce sera Joseph ; Bonaparte le présentera avec deux mannequins. Cambacérès m’a dit : « On répand que vous ne voulez ni de roi ni « d’empereur. » Je lui ai répondu : « On a tort si l’on « prétend que je l’ai dit; on a raison si l’on croit m’a- « voir devinée. » Enfin il faut attendre le résultat de cette grande affaire. »

Ce résultat fut connu la semaine suivante. Le 18 thermidor (6 août 1802) le Moniteur publia le sénatus-consulte organique voté la veille par le Sénat. Nous n’avons point à nous occuper de ses dispositions relatives au corps électoral, au Sénat, au Conseil privé, au Conseil d’État. Par un article, les second et troisième Consuls étaient comme Bonaparte nommés à vie; quant au Premier Consul le

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sénatus-consulte lui donnait le droit de choisir les juges-dc-paix et les magistrats municipaux, jusqu’alors élus, celui de présider le Sénat, de nommer directement le tiers de ses membres, et de présenter des candidats pour les deux autres tiers; la constitution revisée lui accordait encore le droit de grâce et celui de faire la paix et la guerre , et enfin la faculté de désigner son successeur.

Huit jours après, le 1 5 août, jour de la fête de Napoléon Bonaparte, célébrée alors pour la première, fois, toutes les autorités, tous les corps vinrent lui présenter leurs félicitations sur 1 ^changements opérés. Ce furent, dans Paris et dans toute la France, des > démonstrations extraordinaires. Les adresses affluèrent aux Tuileries. Tous les évêques publièrent des mandements et firent chanter des Te Deum'. Le 21, le Premier Consul alla présider le Sénat ; cheminant entre deux haies de troupes qui bordaient la route, des Tuileries au Luxembourg. C’était, maintenant, un roi sauf le titre. L’accueil qu’il reçut lui eût permis, ce jour-là, de se faire proclamer s’il l’eût voulu ; car, en général, loin de blâmer, on se plaignait qu’il se fût ainsi montré discret et timoré. Mais, plus que jamais, Bonaparte était bien décidé, dans scs aspirations plutôt que dans ses projets arrêtés , à donner le pas et même une assez forte avance à l’opinion publique ; il désirait être appelé, poussé par elle dans toutes les phases d’une grandeur méritée, dont il avait le pres-

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