‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 76 sur 232 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

sans ménagement comme sans autorisation , la proposition formelle du divorce, bien avant que Napoléon s’y fût résolu.

Quelques jours après, Mme Bonaparte eut une dernière conversation avec son confident ; c’est du moins la dernière que nous trouvions dans ses précieux et trop courts Mémoires : « Soyez sûr, lui dit-elle, qu’ils n’ont pas renoncé à leur projet d’hérédité, et que cela arrivera un peu plus tôt, un peu plus tard. Ils veulent que Bonaparte ait un enfant de qui que ce soit, lis voudraient ensuite me le faire adopter, parce qu’ils sentent bien que Bonaparte se ferait tort s’il renvoyait une femme qui s’est associée à lui dans un temps où il n'avait aucune puissance, et avec la fille de laquelle il a marié son frère. Mais jamais , je le leur ai déclaré, je ne me prêterai à une pareille infamie.... Ils commenceront par faire tout leur possible pour éloigner Bonaparte de moi. Ils ont parlé d’une forte pension à me faire s’il divorçait, mais je lui ai bien dit que si cela arrivait je ne voudrais rien de lui. Je vendrais mes diamants et j’achèterais une campagne où je vivrais heureuse , si ces messieurs voulaient m’y laisser tranquille....’ »

1. Relativement à ces propositions faites par un zèlo coupable à Joséphine, de simuler une grossesse, on trouve dans les Mémoires de Ttiibaudeau (p. 272), la note suivante de son éditeur : « Las Cases fait dire à Napoléon, que lorsque Joséphine dut renoncer à l’espoir d'avoir un enfant, elle le mit souvent sur la voie d’une grande supercherie politique; qu'elle finit même par oser la lui proposer directement. ( Mémorial , anc. édit., t. III, p. 354.) On voit, par les conversations de Joséphine, que cette supercherie lui fut, au contraire, proposée, et quelle la repoussa avec indignation. » Pour le-

Contre ses ennemis, Mme Bonaparte avait une force qui devait encore souvent la protéger, car cette campagne du divorce, ouverte dès la première année du Consulat, se renouvela bien des fois; c’est la tendresse d’un époux qui ne faisait pas un seul rêve de grandeur sans y associer la compagne de sa vie. Aussi, Bonaparte s’empressa de la parer de nouveaux honneurs, afin de lui communiquer quelqife chose de la position exceptionnelle qui venait de lui être faite. En même temps qu’on établissait aux Tuileries quatre préfets , une décision des Consuls accorda à Mme Bonaparte quatre dames, pour lui aider à faire les honneurs du palais : c’étaient Mmes de Rémusal, de Talhouet, de Luçay et de Lauriston ’. Ce fut la deuxième phase de la cour consulaire, la transition entre la simplicité des premiers jours et le faste impérial. Depuis la paix, les étrangers, les Anglais surtout, commençaient comme avant la révolution, à affluer à Paris : il fallait paraître, et représenter dignement la France à leurs yeux '.

diteur, comme pour nous.il n'y a aucun doute à concevoir, nonseulement sur la fidélité des souvenirs de M. le comte Thibaudeau (l’Empereur, qui l'estimait, lui donna plus tard ce titre), mais encore sur la sincérité des paroles de Joséphine dont les conversations reproduites, le lecteur a pu en juger, o firent tous les caractères de la plus confiante spontanéité.

1. Mémoires du duc de Rovigo, t- I, p. 455. Souvenirs de M. do Menneval, p. 120. Constant, p. 152.

2. « A l'occasion de la paix, ou plutôt de la trêve avec l'Angleterre, le Premier Consul donna l’ordre de parcourir tous les dépôts publics et d'apporter dans les appartements du palais des Tuileries, tout ce que l'on trouverait d’élégant et de convenable pour son ameublement, il voulait déployer aux yeux des étrangers les res-

Deux habitants du palais des Tuileries nous font connaître sa nouvelle physionomie. Voici dans quels termes M. de Menneval en reproduit l’organisation : (f II y avait un gouverneur du palais qui était le général Duroc. Ce général avait dans ses attributions l’ordonnance des dépenses, la police et la surveillance du palais. Il tenait table pour les officiers et dames de service, et pour les aides de camp. La maison militaire se composait alors de quatre généraux commandant la garde des Consuls, les généraux Lannes, Bessières, DavoustetSoult; de huit aides de camp, les colonels Lemarois, Caffarelli, Caulaincourt, Savary, Rapp, Fontanelli, officier italien, et le capitaine Lebrun, fils du troisième Consul. Il y avait quatre préfets du palais, MM. de Luçay, de Rémusat, Didelot et Cramayel, et quatre dames. Un des généraux de la garde était de service chaque semaine chez le Premier Consul, ainsi qu’un aide de camp et un préfet du Palais. Les préfets du Palais étaient chargés du service intérieur, du règlement de l’étiquette et de la surveillance des spectacles. Les dames étaient chargées d’accompagner Mme Bonaparte; les présentations des femmes des ambassadeurs étrangers et autres, étaient faites par elles. Une dame était de service chaque semaine auprès de Mme Bonaparte. Dans les cérémonies ou dans les circonstances extraordinaires, les préfets du Palais et les dames étaient

sources de l'État qu'il gourcrnait. Ce sont ses propres expressions. » (Mémoires anecdotiques sur l'intérieur du palais, par M. de Baussoi, t. IV, p. 96.)

tous présents. Le général de la garde, de service, tenait table pour les officiers qui étaient de garde au Palais. Il y avait ainsi déjà à cette époque, dans la maison du Premier Consul, les éléments d’une Cour *. »

Le colonel Savary, depuis duc de Rovigo, nous fait, lui, assister au premier grand cercle tenu alors par Joséphine1 2 : « Cette cour, raconte-t-il, n’avail encore que quelques mois d’installation, lorsque les étrangers furent reçus pour la première fois. La réception eut lieu dans les appartements de .Mme Bonaparte, sur le jardin. Elle fut nombreuse, composée de tout ce que nos voisins avaient de plus aimables femmes, qui y parurent avec un luxe de pierreries dont notre cour naissante n’avait pas encore d’idée. Le corps diplomatique y assista tout entier. Enfin l’affluence fut telle, que les deux salons du rez-dechaussée purent à peine suffire au concours que cette cérémonie avait attiré. Quand tout fut prêt, que chacun eut pris sa place, Mme Bonaparte entra, précédée du ministre des Relations extérieures, qui lui présenta les ambassadeurs étrangers; elle fit ensuite le tour du premier salon, toujours précédée par le ministre, qui lui nommait successivement chacune des personnes qui se trouvaient sur son passage. Elle achevait de parcourir le second , lorsque la porte s’ouvrit tout à coup, et laissa voir le Premier Consul

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