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qui a donné les premières leçons à l’empereur Napoléon 111'. Elle s’attacha d’abord à développer chez elles, les goûts de la famille, à leur apprendre l’ordre, l’arrangement, les travaux de femme, la vie d’intérieur et la direction d’un ménage. Mais elle voulut aussi procurer une éducation du monde à des jeunes personnes destinées à vivre et à briller dans la société, si des destins meilleurs, et on les pressentait, étaient faits à la patrie. L’institution de Saint-Germain l’emporta donc encore sur toutes les autres, par l’ensemble des arts d’agrément qui étaient offerts aux élèves, et par le talent des professeurs, les plus célèbres du temps, qui, plusieurs fois par semaine, venaient de Paris pour leur donner des leçons.
Grâce à cette réunion d’avantages, l’établissement de Mme Campan n’avait pas tardé à devenir le pensionnat à la mode. On en jugera par les noms qui vont suivre, et qu’il faut grouper autour de Mlle de Beauharnais, sans flatterie aucune (son institutrice et ses camarades l’ont redit souvent), l’élève la plus distinguée alors de l'Institut de Saint-Germain.
C'étaient d’abord sa cousine germaine, Emilie de Beauharnais, que Mme Campan appelle la douce Émilie, depuis Mme de Lavaletle , si connue par son dévouement conjugal , puis , un peu plus tard , la jeune Caroline Bonaparte, devenue Mme Murat et reine de Naples, ainsi que Charlotte Bonaparte, fille de
1 . Correspondance inédite de Mme Campan avec ta reine Hortense, publiée par J. A. C. Buchon. Paris, 1835, l" vol , p. 2 et 33. — Recueil de MM. Didot, t. II, p. 315.
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Lucien, mariée au prince Gabrielli ; venaient ensuite Mlles Églé et Adèle Auguié, nièces de Mme Campan, et qui furent, nous l’avons déjà dit, l’une Mme la princesse de la Moskwa , l’autre cette si regrettée Mme de Broc ; Mlle Cochelet , devenue la lectrice et restée l’amie intime de la reine Hortense, Mlles Aimée Leclerc, sœur du général beau-frère de Bonaparte , qui épousa le maréchal Davoust ; Zoé Talon , qui fut Mme du Cayla ; Athénaïs de Rochemond, mariée au général d’Arlincourt ; de Syré, devenue Mme de Nicolaï; Léontine de Noailles, fille du duc de Mouchy, qui épousa son parent, M. Alfred de Noailles; Sophie Marhois, depuis duchesse de Plaisance; Anna Leblond, mariée au frère de l’infortuné général Duphot; Mlles Clarke, de Lally-Tollendal, Félicité deFaudoas, duchesse de Rovigo, Hervas, femme de Duroc; les filles du duc de Valence, nièces de Mme de Genlis, et devenues, l’une Mme de Celles, et l’autre la maréchale Gérard ; Mlle Isabey, fille d’un peintre de talent, traité en ami par Mme Bonaparte; Mlles Victorine Victor, Nancy Macdonald, et Eugénie Hulot, laquelle, en épousant le général Moreau, devait concevoir pour la fortune de son ancienne amie et pour le rang de sa mère, une de ces jalousies poussées jusqu’à la haine, qui ne contribua pas peu à la triste fin du général'. Terminons enfin cette liste
1. Nous puisons tous ces noms dans la précieuse Correspondait* r de Mme Campan avec la reine Hortense, publiée par M. Buchon. Voy. t. I", p. 1, 4, 11, 20, 47, 49, 52, 56, 85, 113, 145, 148, 149 ; t. II, p. 1, 2, 177 et 237.
déjà trop longue, par le nom de l’une des amies les meilleures et les plus fidèles de la reine Hortense, malgré l’absence et l’éloignement, Mlle Élisa Monroü, fille du ministre des États-Unis près du Directoire , devenu plus tard président de la République américaine, et qui, en mettant sa fille chez Mme Campan, donnait à celle-ci un certificat bien précieux de confiance et d’estime’.
Le système d’éducation de Saint-Germain a été
1. On trouve un touchant souvenir de ces temps de jeunesse dans cette lettre écrite par Mlle Monroë à Mme Campan, en 1819 : « Je n’ai jamais été si occupée de mes anciennes compagnes de classes que depuis qu’elles ont éprouvé les plus terribles revers. Diles-le, je vous prie, à la chère et si aimable Hortense , à la pauvre fcglé (a), mais faites savoir à cette première qu’il y a neuf ans j’ai donné le jour à une petite fille, heureusement plus jolie que moi, car elle a le teint, les yeux et les traits de ma mère. Dites lui que, selon nos usages civils et religieux, le plus grand honneur que nous puissions rendre est de faire tenir nos enfants sur les fonts de baptême; qu’à cette époque, ma mère et mon père se permirent de présenter mon enfant comme s'ils étaient munis des procurations de ma chère compagne et de son estimable frère, que l'enfant porte leurs deux noms. A cette époque, nous envoyâmes M. Morris, chargé de dépêches de notre gouvernement, porter nos hommages et faire savoir ce que nos coeurs nous avaient porté à faire ; nous ne reçûmes aucune réponse. Ma fille me parle souvent de son parrain et de sa marraine, et moi je me permets de leur demander à l’un et à l'autre une bonne copie de leurs portraits , qui appartiendront à cette enfant. I.cs temps sont changés, mes affections ne le sont pas; l’amitié no doit pas se ressentir des choses d’ici-bas, et à jamais ces deux portraits honoreront ma fille et seront le plus bel ornement de sa chambre (b). »
« La lettre do Mlle Monroë (Mme Hay) n’est jamais parvenue à la reine, » fait observer l'éditeur de la correspondance de Mme Campan, renseigné, à cet égard, par la reine Hortense elle-même.
(") La veuve de l'infortuné maréchal Ncy.
l>: Conrspomtancc de Mme Campan , I. II ,p. 237.
fort attaqué. On a reproché à Mme Campan d’avoir, pour mettre son institut en réputation, sacrifié le côté sérieux au côté brillant; d’avoir plutôt développé chez les jeunes personnes confiées à ses soins la vanité que les qualités solides; de les avoir élevées pour en faire des femmes à succès et non des femmes d’intérieur: de s’être attachée, en un mot, à ne produire que des grandes dames, des princesses et des reines.
C’est l’événement qui a occasionné ces reproches, et Mme Campan a été punie de l’éminente fortune de plusieurs de ses élèves. On lui a imputé à intention ce qui a élé réalisé par un avenir qu’elle ne prévoyait pas davantage que celles dont il a surpris les vœux. Mais la louange eût élé plus juste que le blâme, car on est forcé d’aVouer que presque toutes se sont trouvées au niveau des situations que le monde leur a faites. I.u liste que nous avons produite, porte avec elle l’éloge de l’institution de Saint-Germain : elle montre, en outre, quelles furent les familles dont la confiance honora et soutint Mme Campan.
Çelle-ci, au reste, a eu plusieurs fois occasion, même dès ces commencements, de formuler ses idées sur l’éducation des filles; elle a même composé un traité sur cet art délicat, de sorte qu’il est trèsfacile de se rendre compte des principes mis en usage à Saint-Germain.
Contrairement aux critiques dont elle a été l’objet, on voit par les écrits de Mme Campan que la chose à laquelle elle attachait le plus d’importance, c’était le
DE L’IMl'ÉBATRICE JOSEPHINE.
développement moral des élèves, cette éducation de l’àme et du cœur, appuyée sur la religion, sans laquelle les connaissances littéraires sont un vain et parfois dangereux ornement. Elle leur prêche l’habitude de l’obéissance qui forme le caractère, détruit la vague rébellion de l’esprit, et amène le respect des lois et des mœurs, ainsi que la soumission à toutes les nécessités de la vie1 2 ; elle leur recommande la douceur , ce charme et , cette force de la femme, qui non-seulement ajoute à la beauté et à l'attrait des talents, mais survit à ces avantages quand l’habitude a diminué leur pouvoir elle les met en garde contre l’amour exagéré des plaisirs du monde, qui énervent l’âme sans la satisfaire, éloignent du goût des jouissances simples , et cessent de mériter leur nom par la satiété , et elle leur signale les pièges couverts de fleurs que ces faux plaisirs et les vices qui les suivent viendront exprès placer sous leurs pas3; elle entreprend de les guider dans la recherche du vrai bonheur, ayant grand soin de les avertir qu’elles ne le trouveront point dans la puissance et la richesse, à moins d’employer crédit et fortune au soulagement des opprimés et des malheureux, et le leur montrant dans la sagesse des projets et la modération des désirs , dans l’emploi utile et varié du temps , dans la bienveillance qui éloigne l’envie, dans l’économie qui procure l’aisance, dans la tempérance qui conserve
1. De l’Éducation , par Mme Campan. Paris, 1824. T 1", p. 457.