‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 87 sur 232 · VoirM. Thiers, t. IV, p · texte numérisé non relu

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aux femmes de sa famille et à son épouse, triste récompense de la faveur dont Mme Bonaparte avait entouré le parti de l’émigration. Le Premier Consul dénonçait amèrement ces attaques et en demandait la répression ; l’Angleterre répondait par ce respect élastique et facultatif de sa constitution , qui est chez elle une tradition d’État. Bonaparte se voyant, quoique allié , ainsi traité constitutionnellement en ennemi, se vengeait alors lui -même dans le Moniteur , par des réponses ardentes qui s’adressaient en même temps aux feuilles anglaises et aux gazettes françaises de Londres. Les récriminations devinrent de plus en plus aigres. En Angleterre le parti de la guerre se remuait; chez le Premier Consul le général se réveillait : ce jeu dangereux ne pouvait durer, une étincelle suffisait pour tout remettre en feu. L’Angleterre menaça d’armer ; Bonaparte releva le gant, et, le 11 mars 1803, une scène éclatante de rupture eut lieu dans le cercle des Tuileries , en présence de tout le corps diplomatique et de Joséphine désolée de voir sitôt finir celte paix à laquelle elle attachait son bonheur.

Les ambassadeurs sont réciproquement rappelés. La rupture était complète, mais la guerre n’était pas officiellement déclarée quand, le 16 mai, sans aucun avis préalable , un embargo est mis , en Angleterre , sur tous les bâtiments français , avec ordre de capturer ceux que l’on rencontrerait en mer. Par représailles, et afin de servir d’otages pour les

Français ainsi surpris , le Premier Consul prescrivit immédiatement l’arrestation de tons les Anglais qui se trouvaient alors en France. C’était là une rigueur qui dépassait évidemment les nécessités de la lutte. Cambacérès chercha à faire revenir le Premier Consul sur cet ordre'. Mme Bonaparte se joignit à lui : u Ce qui n’est pas grand et noble, dit-elle à son « mari avec le sentiment et le souci de sa vraie gloire, « ne doit pas venir de toi ! » Bonaparte la serra sur son cœur et promit d’adoucir la mesure. Mais, au même instant, on apprit que le brick de guerre le Dard, qui amenait à Joséphine, sur sa demande, sa cousine et filleule, Mlle Stéphanie de Tascher, ainsi qu’un de ses cousins , avait été pris en vue de Brest, et les jeunes gens conduits à Portsmouth. Le Premier Consul les réclama avec vivacité , déclarant que si on ne lui renvoyait pas sur-le-champ les parents de sa femme , il retiendrait prisonniers tous les enfants anglais qui , au moment de la rupture, étudiaient dans des pensionnats français’. Les jeunes Tascher ayant été restitués, la liberté fut rendue aux sujets britanniques résidant en France , sauf à ceux qui servaient dans l’armée anglaise et dans les milices , ou qui avaient une commission de leur gouvernement.

Dans ce débat des deux premières puissances du monde, qui allaient se prendre corps à corps, les pou-

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