‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 10 sur 43 · HO · texte numérisé non relu

HO

Son frère, François, ;i Paris, avait également [iris le griffon, avec ces mois : Vira et ingenium.

Gilles Corrozet, libraire à Paris (lo3(i), avait pour marque une rose dans un cœur, avec celte devise, tirée ttn livre îles Proverbes : In corde prudentis requiescit sapientia.

La marque d'Etienne Dolet (1339) était une hache ou doloirc tenue par une main sortant d'un nuage, avec ces mois: Préserve-moi, û Seigneur, des calomnies des hommes!

Celle de Guillaume Dûment, imprimeur à Anvers (1339;, était une main sortant d'un nuage cl touchant des montagnes fumantes, avec ces paroles tirées du psaume CIY : Tangit montes et fumigant.

Grafton, imprimeur à Londres dans le xvi« siècle, niellait, au fronlispice de ses livres, une tonne, d'où sortait un arbre greffé, couvert de fruits, avec celle devise : C'est à leurs fruits qu'on les reconnaît.

La marque d'Arnould et Charles Angelier, libraires associés à Paris (i.'»42), étail deux anges liés, avec cette devise: D'un amour vertueux l'alliance immortelle; celle d'Olivier Harsy, imprimeur-libraire (1536), une herse, avec celle devise : Evertit et œquat; celle de Sébastien Chapelet (1614), un chapelet ou rosaire, avec celle devise : Cœloque rosaria florent; enfin, celle de Jean de la Caille, imprimeur-libraire (1011), père de Jean de la Caille, auteur d'une Histoire de l'imprimerie et de la librairie , était trois cailles, avec ces mots placés autour d'un soleil, et rjui formaient l'anagramme de son nom : llle camlela Dei.

Ces diverses marques, donl nous n'avons décrit ici qu'un très-petit nombre, élaient, en général, fort compliquées pendant le xv" el le xvia siècle. On y voyait des blasons, des monogrammes, des ligures représentant des anges, des hommes.

des animaux, avec des (leurs, des arbres, des vases et des ornements de toute espèee , accompagnés presque toujours de devises. Depuis le xvu* siècle, ces marques furent beaucoup plus simples, et l'usage en devhu moins fréquent, quoiqu'il se soit perpétué en France jusqu'à la révolution de 1780. Alors, l'abolition des anciens règlements, la désorganisation de l'imprimerie, le nombre prodigieux des imprimeurs qui s'établirent, par suite de la liberté laissée à chacun d'exercer cetu profession, tout cela fit oublier les traditions typographiques. Aujourd'hui, les marques cl les emblèmes ont presque totalement disparu en Europe; les imprimeurs et les libraires se bornent, le plus souvent, à mettre leur chiffre dans une vignette, sur le frontispice de leurs livres. Cependant MM. Reuotiard, dont un est l'auteur des Annales des Aide, ont adopte la marque de ces illustres devanciers , une ancre autour de laquelle s'enlace un dauphin.

On Yoit souvent sur le frontispice d'un livre un emblème qui n'est pas la marque de l'imprimeur, mais qui se rapport» aux matières traitées dans le livre. Ainsi, par exemple , eu tète d'un ouvrage sur l'agriculture, on mettra des instruments aratoires. Les actes imprimés du gouvernement ont ordinairement pour symbole la représentation des armes de l'État.

On introduisit aussi, dans la confection des livres, quelques autres améliorations qui étaient devenues nécessaires. Nous voulons parler du registre, des signatures, des réclames, des chiffres ou folios et des colonnes.

Le registre {registrum ebartarum) est un index, une table rappelant les premiers mots des feuillets jusqu'à la moitié do chaque cahier d'un livre i l), afin de guider les assembleurs

(l) Kème avant l'invention ilr hinnrimiric, le» juifs. * l» "» de fhoquf

cl les relieurs, pour placer dans leur ordre les différents ralliera d'un volume.

Il parait que c'est JJlric Haï), imprimeur à Rome, qui, le premier, a l'ail usage du registre vers i WJ.

Uuelques années après (1472), Jean Kœlhof de Lubeck, imprimeur à Cologne, inventa les signatures, c'esl-à-dire l'indication île chaque cahier d'un livre par une lettre de l'alphabet : le premier cahier porte la lettre a, le deuxième la lettre f>, el ainsi de suite.

Il les employa pour la première fois dans l'ouvrage intitulé : JohannU Nider Vrœceplorium divine legis, Cologne, 1473, in-Iblio, édition longtemps inconnue aux bibliographes.

Cette utile méthode fut adopléc successivement dans les imprimeries d'Euro|>e. Céring la mit en pratique à Paris dés 117(1.

L'usage des signatures lit abandonner celui du registre, moins commode en effet. Par surcroit de précautions, plusieurs imprimeurs les employaient simultanément.

Mais, depuis la lin du xvi" siècle, les signatures seules sont employées en typographie.

IVabord, comme nous l'avons dil, on les marquai! par des lettres en ajoutant un numéro en chiffre romain mineur, ou même un chiffre arabe, après la lettre, jusqu'à la moitié du cahier.

Ainsi, le premier cahier d'un volume in-i° portait, sur le

liilres, ides Tfncbi rie* mois ci des letlres de t'Anricn TfMimtnl ; I" aulrci en on! nié Je inrm« à l'épird du Koran,

premier feuillet, au-dessous de la dernière ligue du recto à ilroile, A; sur kr deuxième, Aij; sur lu troisième, Aiij ; sur le quatrième, Aiv. Si le volume éiait in-8°, le numérotage allait jusqu'à Aviij. Quelquefois, au lieu de mettre Aij, Aiij, on mettait A2, A3, etc.

Au second cahier, on employait la lettre B, et l'on continuait de la même manière.

Quand l'alphabet était épuisé, on recommençait en doublant, triplant, quadruplant la lettre; la première était majuscule, les lettres subséquentes étaient minuscules: Aa, Aaij, etc.; Aaa, Aaaij,etc.

Il est assez singulier qu'on n'ait pas songé plus lot à remplacer les lettres des signatures par des chiffres arabes. Celle méthode, beaucoup plus simple, n'est cependant usitée que depuis environ soixante ans. Au lien d'indiquer les cahiers d'un volume par A, B, C, etc., on les indique assez généralement aujourd'hui, surtout en France, par les chiffres i, 2, 3, etc., qu'on place au bas du premier feuillet recto de chaque cahier, sans mettre, comme autrefois, des signatures aux feuillets suivants, ce qui n'a aucune utilité réelle.

On se sert néanmoins encore de lettres, presque toujours italiques, pour les signatures des discours préliminaires, des appendices ou autres pièces détachées du corps de l'ouvrage, quand elles ont une pagination séparée.

Nous remarquerons que les Chinois qui, plusieurs siècles avant nous, connaissaient des procédés d'impression, n'ont appris que dans ces derniers temps, par les missionnaires (•uropéens, l'usage des signatures ; ils les inarquent au recio

de chaque feuillet de celte manière : + + , on augmentant

mi diminuant le nombre supérieur on l'Inférieur des lignes transversales. Les signatures leur sont d'autant i>lns utiles qu'ils ne chiffrent pas toujours leurs feuillets.

L'Histoire île l'Ancien Testament, la Vie et 1" Apocalypse de saint Jean, VArs moriemli, ouvrages imprimés avec des tables gravées en bois, el même, dît-on, des manuscrits antérieurs, oui au milieu de chaque page une lettre ou un chiffre. Mecrman (Orig. typogr.) et quelques auteurs en ont conclu que l'usage des signatures était connu avant qu'elles fussent employées en typographie ; mais les lettres et les chiffres dont il s'agit se rapportent plutôt à la pagination qu'aux signatures, qui servent a indiquer les différents cahiers dont se compose un volume.

La réclame consiste à mettre au bas d'un feuillet ou d'un cahier le premier mot du feuillet oit du cahier suivant.

l'nc des premières impressions, avec date, où l'on trouve des réclames, est IfsCoufessionaleie saint Anlonin, iii-i", imprimé à Bologne en 1472, probablement par Balthazar Azzoguidi.

Aide Manuce en propagea l'usage, qui ne s'introduisit en France que vers 1520, cl qui s'est maintenu jusque dans ces derniers temps où il a été abandonné comme inutile, puisque les signatures ont la même destination que les réclames {eustoàes ou redamantes) avec lesquelles on les employait simultanément. Presque toujours, elles étaient placées horizontalement au-dessous de la dernière ligne, à droite ; mais, dans quelques anciens livres, on les trouve à gauche ou au milieu, el même perpendiculairement.

Au reste, c'esl aux écrivains qui se servaient déjà de réclames dans la copie des manuscrits que les imprimeurs en avaient emprunté l'usage.

Les chiffres indiquant l'ordre numérique îles feuillets sr

remarquent dans des manuscrits antérieurs à l'invention de la typographie, et l'on s'étonne, avec raison, que les imprimeurs ne les aient pas adoptés plus tôt ; car ils joignaient quelquefois à leurs livres des tables qui renvoyaient à des feuillets dont les numéros n'existaient pas. Probablement, ils laissaient aux acheteurs le soin de les écrire à la main, ou bien ils les faisaient mettre par les dessinateurs, rubrieatetirs, etc., chargés de remplir les blancs des lettres capitales.

La première impression où l'on trouve des pages chiffrées est le Semo ad populum, opuscule in-4", imprimé en 1 470, à Cologne, par Arnold Therhoernen. Les chiffres arabes qu'il a employés étaient depuis longtemps en usage dans les manuscrits ; mais jusqu'alors et même plus tard les typographes se servaient presque toujours de chiffres romains.

Therhoernen est aussi le premier, dit-on, qui ail placé des titres courants au haut des pages, comme on le voit dans son édition du Quodlibeta de saint Thomas d'Aquin, 1171, in-foi Dans le Compendium theologiœ verilatis d'Albert le Grand, sans date, sans nom de ville et d'imprimeur, mais que l'on croit être de 1173, tes feuillets sont chiffrés au reclo dans le milieu de la marge supérieure ( f. 1, f. 2, etc.}, avec un titre courant au verso {liber primus, liber secundus, etc.).

(iéring, premier imprimeur à Paris, employa les chiffres en 1 177, et les mit au haut des pages.

Quelques imprimeurs, entre autres Hugues de Rugeriis à Bologne, André Torregiani à Venise, Thomas Anshelmc à ïlaguenau, placèrent les chiffres au bas des pages ; mais cette méthode n'a pas été adoptée.

Enfin, les tables, les index que l'on ajouta aux livres, les renvois à un endroit du même ouvrage ou de l'ouvrage d'un auteur cité, firenl sentir de plus en plus le besoin des chiffres. TOME H. 13

dont l'usage cependant ne devint général que vers le milieu du svi" siècle.

Dans les premiers livres chiffrés, on se contentait souvent île numéroter chaque feuillet sur le recto, eomme cela se pratique encore pour les registres administratifs, judiciaires on commerciaux ; c'est ce qu'on appelle le foliotage.

Kntin on numérota constamment les deux côtés du fcuillcl, c'est-à-dire chaque page, méthode beaucoup plus commode qu'on nomme pagination. La pagination des livres est communément en chiffres arabes; on ne se sert guère de lettres numérales que pour les annexes du volume, comme les préfaces, les discours préliminaires, etc.

Ces chiffres et ces lettres numérales se placent au-dessus de la première ligne et près de la marge, à droite sur le recto, à gauche sur le verso, quand il y a un litre courant.

Lorsqu'il n'y en a pas, on met les chiffres de pagination au milieu de la marge supérieure, soit entre parenthèses, soif entre deux tirets.

L'usage de diviser en colonnes les pages d'un volume est bien antérieur à l'invention de l'imprimerie. Il existe à la Bibliothèque impériale de Paris un manuscrit du vr ou du vit" siècle, contenant les Epttres de saint Paul en grec et eu latin, écrites sur vélin en lettres majuscules, Tonnai in-4" à deux colonnes; méthode (pie l'on pratiqua dès l'origine de l'imprimerie : la première Bible imprimée à Hayence, par CutcnUcrg et ses associés, est à deux colonnes. Cette disposition typographique, qui soulage la vue en diminuant la longueur des lignes, est fort usiléc aujourd'hui.

Souvent aussi, dans les ouvrages avec version, on mettait le texte sur le verso d'un feuillel et la traduction en regard sur le recto du feuillet suivant, comme cela se fait encore à présent.

AJdeManuce employa dans quelques éditions grecques el latines un procédé particulier. Il imprimait le lexte grec sur le verso du premier feuillet, et ia traduction latine vis-à-vis sur le recto du deuxième feuillet; il continuait le latin sur le verso de ce deuxième feuillet, et le grec sur le recto du troisième; puis le grec sur le verso de ce troisième feuillet, el le latin sur le recto du quatrième, de manière que le grec était toujours en regard du latin, et que cependant on aurait pu détacher l'un et l'autre texte, qui avaient leurs signatures cl leurs réclames distinctes, el les faire relier séparément. Celle méthode n'a nas eu d'imitateurs.

I^cs savants ont regretté le papier collé dont on se servait autrefois pour l'impression, et qui leur permettait d'écrire des annotations sur les marges des livres, de faire même dans le texlc les corrections indiquées dans Perrata placé à la lin du volume et qu'on oublie souvent de consulter.

Depuis une soixantaine d'années, on n'emploie eu général dans l'imprimerie que. du papier non collé, ordinairement moins terne et sur lequel le tirage est plus facile, mais souvent si mince qu'en retournant un feuillet, on risque de le décbirer. Le papier non collé peut cependant avoir de la consistance, mais il est toujours spongieux et ne supporte pas l'encre à écrire.

L'ence d'imprimerie n'est pas limpide: elle est épaisse e( visqueuse, et ne s'attache au papier que lorsqu'il a été convenablement humecté. La netteté et l'uniformité du tirage dépendent donc à la fois du mouillage du papier et de la qualité de l'encre. Sur un papier qui n'est pas suffisamment trempé, l'impression se fait mal, des mots, des lignes entières sont à peine lisibles; sur un papier trop mouillé, cite est pâteuse el toute noire.

La bonne composition de l'encre est aussi un point essentiel; car, si elle est mal préparée clic répand autour des lettres une teinte jaune et huileuse ; ou bien elle ne sèche pas, l'impression macule cl les pages se décalquent, pour ainsi dire, les unes sur les autres.

Dans la première période île l'imprimerie, les livres étaient de formats in-folio et in-iQ. AldcManucc, à la tin du xv° siècle, imagina le format in-8°. Au xvii», les Elsevier publièrent leurs charmantes collections qui mirent en vogue les formats in-I(ï et in-2i. Dans le siècle dernier, l'in-lâ était fort commun. Aujourd'hui, c'est l'in-8°et I'in-i8 qui sont le pins en usage. L'in-folio esta peu près abandonné, siée n'est pour des atlas, des registres, etc. On n'imprime guère in-4° que des dictionnaires, des recueils seientiliques et autres ouvrages qui ne sont consultés que dans le cabinet.

Nous ne parlons pas des journaux, surtout de ceux d'Angleterre el d'Amérique, qui, par leurs dimensions exagérées, pourraient couvrir entièrement leur lecteur.

Enfin, dans ces derniers temps, la grandeur donnée aux papiers fabriqués à la mécanique a augmenté proportionnellement la grandeur des formats: ainsi tel volume in-8° équivaut presque à un in-i° d'autrefois; tel in-18 à un fort in- 1 2 , etc.

Deux systèmes opposes se sont produits de nos jours dans la confection des livres : les éditions compactes et les éditions à grands blancs.

Sans doute, en incitant dans un seul volume la matière que pourraient contenir trois oit quatre volumes ordinaires, on épargne le papier, on diminue les frais de tirage, d'assemblage, de brochure ou de reliure, et il en résulte une réduction dans le prix du livre; puis un rayon suffit pour placer

des collections précédemment' volumineuses ci qui auraient occupé une travée de bibliothèque.'

Mais, si les éditions compactes sont commodes quand il s'agit do livres que l'on consulte seulement de temps à autre, il faut avouer que la lecture suivie d'ouvrages imprimés de la sorte deviendrait une fatigue, au lieu d'être un amusement.

Les éditions à grands blancs sont l'antithèse des éditions compactes: celles-ci renferment (rois ou quatre volumes en un, celles-là donnent en trois ou quatre volumes ce qu'un seul contiendrait facilement. Les gros caractères, les triples interlignes, les alinéas multipliés, les amples intervalles entre les chapitres, les grandes marges, tous les moyens sont employés pour allonger le texte et vendre, par exemple, à sept francs chacun, neuf volumes qui n'en représentent que trois ; ce qui fait une différence des deux tiers dans le prix total.

Mais qu'arrive-t-il, quand l'attrait de la nouveauté ou la vogue éphémère est passée t On réimprime convenablement l'ouvrage, s'il en vaut la peine; et les volumes de sept francs, s'ils ne sont pas vendus à la rame, sont livrés à trente ou quarante sous, réduits ainsi à leur juste prix.

On a exécuté quelquefois des éditions amplement interlignées et blanchies ; mais c'étaient des livres de luxe, d'apparat, ou même un monument typographique élevé à la gloire d'un écrivain célèbre, et non point, comme aujourd'hui, une spéculation mercantile sur des ouvrages qui, pour la plupart, sont destinés à tomber bientôt dans l'oubli.

Au reste , le public se lasse de ces éditions compactes à bon marché et des éditions si coûteuses à grands blancs, pour lesquelles une vaste bibliothèque deviendrait bientôt trop étroite. D'ailleurs, ni les unes ni les autres ne satisfont agréablement la vue, parce qu'elles n'offrent pas ces proportions

convenables, ces intervalles régulièrement ménagés qui rehaussent la beauté île l'impression ; cl c'est ici le cas d'appliquer le précepte d'Horace : - Il y a une mesure dans les - choses, .il y a enfin certaines limites au delà ou en deçà " desquelles la rectitude ne peut exister. »

V. Quand l'impression d'un volume est terminée, plusieurs opérations restent encore à faire avant qu'il puisse être livré au publie : le séchage, l'assemblage et la brochure sont indis- Itensables ; le satinage, le cartonnage ou la reliure, sans être nécessaires, ont leur utilité.

Aussitôt qu'une feuille est tirée, on l'étend pour la faire sécher; et ensuite ou la saline. Ce procédé, dont l'effet est d'enlever le foulage produit par l'impression, n'est pas fort ancien. Il s'exécutait, dans l'origine, avec une presse en bois et n'avait lieu que pour les ouvrages de luxe. Aujourd'hui, le satinage se lait d'une manière plus uniforme, plus expéditive, au moyen de la presse hydraulique, et, par la modicité de son prix, il est devenu à peu près général.

Chaque feuille se tirant séparément au nombre d'exemplaires que doit avoir le volume dont elle fait partie, il en résulte que ions les exemplaires de la feuille première sont ensemble, tous ceux de la feuille deuxième le sont également, de même que ceux delà feuille troisième, etc.

C'est dans cet élat qu'on les remet à l'assembleur, aûn qu'il les dispose en volumes.

L'ouvrier place les piles de feuilles à la suite les nues des autres; puis, prenant successivement une feuille à chaque pile, c'est-à-dire une feuille i" à la première pile, une feuille H à la seconde, une feuille 3 à la troisième, etc. , il arrive à former un exemplaire complet du livre ou du volume; ei il recommence aulanl île fois qu'il y a de volumes à faire.

Ainsi un livre de trente feuilles, lire à 50O.exemptaires, nécessite 500 fois l'opération <le l'assemblage.

Ce travail est purement manuel, niais il demande une certaine dextérité qui ne s'acquiert que par l'habitude.

Après avoir assemblé les feuilles d'un volume, il faut les plier en cahier : chaque feuille in-4», in-8D, in-16, etc., forme un cahier; dans les formais in-12, in-18, in-2*, la feuille se divise en plusieurs cahiers.

Le pliage, fait ordinairement par des femmes, s'exécute avec une lame de bois qu'on appelle plioir.

Si un ouvrage n'a que quelques feuilles d'impression, quand elles sont pliées, on les pique, c'est-à-dire on les perce au dos avec une grosse aiguille, et on les attache avec un fil.

Les ouvrages couqiosés d'un plus grand nombre de feuilles sont brochés, cartonnés ou reliés.

La brochure consiste à coudre les feuilles les unes avec les autres, et à recouvrir le volume d'une feuille de papier île couleur.

Aujourd'hui, l'usage est de faire des couvertures imprimées avec un encadrement où les titres des livres sont reproduits. C'est plus joli qu'un papier uni ou marbré, comme on en incitait autrefois.

Le cartonnage pur et simple est entièrement recouvert en papier: celui des livres destinés aux écoliers, tels que rudiments, grammaires, dictionnaires, se recouvre ordinairement en parchemin.

Le cartonnage dit à la liradel, du nom du relieur qui le pratiqua le premier en France, il y a environ cinquante ans, ust un procédé venu d'Allemagne. Les marges n'étant pas rognées el le dos étant brisé, le volume reste inlacl et tout disposé |»ur être relié.

- ta -

L'art de la retfurw, tel qu'il s'exerce maintenant, n'était pas connu dans l'antiquité, parce que la forme îles livres était alors toute différente de celle que nous leur donnons.

Les anciens appelaient MbUopegus, mol latin tiré du grec et qui siguilio librorum compacter, assembleur de livres, celui qui était chargé de les confectionner après que le librartits ou copiste en avait achevé la transcription.

Les livres, ainsi que nous l'avons déjà dit, étaient ordinairement en rouleaux: les feuillets, écrits d'un seul coté, étaient collés de gauche à- droite l'un à l'antre, et formaient une longue bande que l'on roulait autour d'un bâton, comme nous le faisons pour les cartes géographiques, les plans, les tableaux synoptiques.

Ce balon, auquel tenait la dernière page du livre, était en huis ou en ébéne et s'appelait cylmdrus; les extrémités, cornua, se terminaient par de petit boutons en ivoire, en argent, en or, nommés umbilici, du mot umbUicits, qui signilic proprement nombril, et, au figuré, milieu, parce que le volume étant roulé le bouton se trouvait au milieu, au centre du rouleau.

Le premier feuillet, qui enveloppait tout le rouleau, était recouvert au verso non écrit d'une feuille de parchemin, membrana; on y collait une étiquette en vélin sur laquelle était inscrit le litre de l'ouvrage, quelquefois en lettres d'or. A celte couverture étaient attachés des rubans ou eourroies ordinairement rouges (fora rubra), qui serraient le rouleau autour du cylindre.

La tranche des feuillets, appelée (vous, c'esl-à-dirc l'extérieur, était poncée et peinte en pourpre ou autre couleur.

Le volume ou rouleau avait communément un pied de uau

Digitizcd by Googl

leur; il était comfmù de tîd à HO pages contenant chacune 30 à W lignes.

On comprend facilement tjne tout ce luxe de confection et d'agencement des livres, joint à ta dépense calligraphique, c'est-à-dire aux frais de leur transcription qui s'élevaient en raison du soin qu'on y apportait, devait influer beaucoup sur leur valeur matérielle, qui variait suivant leur degré de magnificence.

L'n disciple de Zénon ou d'Epictèle, par exemple, plus chargé de semences philosophiques que de pécunc, ne pouvait pas consacrer à l'achat des livres dont il avait besoin la même somme qu'un patricien.

Pour un grand nombre de personnages opulents, les livres, comme nous l'apprend Séncquc, étaient les ornements des maisons plutôt que des instruments d'études (1): paroles qu'on pourrait encore appliquer à certains Lucullus de notre époque. Sur les rayons de leurs bibliothèques d'apparat sont rangés symétriquement des volumes d'élégante et riche reliure, plus ou moins digne du contenu ; car le choix ne leur en importe guère, atlendu qu'ils ne les ouvrent jamais.

Constatons cependant que le goût pour la lecture est devenu général et se manifeste aujourd'hui dans toutes les classes de la société. Si l'imprimerie, par ses produits incessants, en a élé le stimulant le plus actif, la reliure n'est pas restée étrangère à ce mouvement intellectuel ; car les somptueux vêtements qu'elle donne aux livres sont un attrait qui engage souvent les personnes du monde à les lire, et qui pourrait

11 sluiliunim instrumenta sunl, mil iriliiini iVï Tranquillltale aiiimi, t»\t. ix.)

même leur faire préférer an bouquin substantiel le roman frivole bien babillé. C'est ainsi que la musique sert quelquefois de passe-port aux paroles, et, connue, le dit Beaumarchais, ce qui ne vaut pas la peine d'être lu, an le chante.

Nous ne prétendons pas pour cela proscrire la belle reliure; car si c'est un honneur gratuit accordé aux ouvrages médiocres, c'est mi juste hommage rendu aux chefs-d'œuvre de l'intelligence.

Dans le moyen âge, les manuscrits, qui avaient généralement la forme carrée, élaient reliés en ais de hois, unis oit sculptés. Les livres d'un usage habituel, on destinés aux étudiants et aux personnes qui ne pouvaient pas y metlre un prix élevé, étaient, par-dessus les aïs, recouverts en cuir ou en parchemin. On consolidait quelquefois la reliure par des coins en métal, comme on le l'ait aujourd'hui pour les registres. Ou ajoutait des fermoirs en cuivre à ceux qui, d'un format épais et devant être longtemps ouverts, n'auraient pu se refermer facilement; c'est ainsi que se confectionnent encore les Missels et les livres de chœur.

Les princes, les seigneur, les personnes riches faisaient recouvrir leurs livres en veau, en maroipiin, en chagrin, eu velours, en soie, avec de précieux ornements et des fermoirs d'argent ou d'or*

Charleniagne, en accordant un diplôme de chasse à l'abbé de Saint-Berlin, avait mis pour clause que les iwanx du gibier lue seraient employées ;'t la reliure des livres du monastère, tieofl'roi Martel, comte d'Anjou, consacrait au même objet, en faveur de l'abbaj'C de Saintes, qu'il avait fondée, la dîme de peaux de biclicqiic lui devait l'ilc d'Itléron.

L'artiste charge îles opérations de la reliure était appelé

iiijtttoi- librorum, lieur (liéeur) de livres, ot plus brièvement rtlitjnior, d'où est venu le mot français tvffatr.

Apres l'invention Je l'imprimerie, les livres se mulliplicrail cl l'art de la reliure prit un accroissement rapide. Aux ais de bois on substitua le carton, moins lourd cl plus facile à mettre en œuvre; la beauté des couvertures acquit un nouvel éclat On commença sous le ri'gnc de François I" à dorer la tranche îles livres sur laquelle on inscrivait le nom du possesseur ou (|ueli|ue devise. lis étaient alors posés île lace dans les bibliothèques, et voilà pourquoi le plat était plus orné rjue le dos ; c'est ordinairement le contraire depuis que le dos seul est apparent sur nos rayons : ce qui n'empêche pas que le plat des livres, aujourd'hui comme autrefois, ne soit souvent encadré île lilels, de fleurons, de vignettes dorées, ou rempli d'ornements, tels que des armoiries, des chiffres, des emblèmes.

Les reliures du xvie siècle unissaient l'élégance à la solidité, et, sans être réputé louangeur exagéré du temps passé, on peut dire que, dès celte époque, l'art du relieur élait parvenu à sa perfection, lin a simplifié, amélioré les moyens d'exécution , mais on n'a pas fait mieux. Sachons donc gré à nos artistes modernes d'avoir pris leurs habiles devanciers pour modèles. En effet, les reliures actuelles, dont nous admirons à juste litre l'ornementation riche et variée, sonl des beautés rajeunies, des Imitations heureuses de ces brillantes reliures qui figuraient dans les bibliothèques de nos aïeux, et devant lesquelles, quand ils en retrouvent, les amateurs s'inclinent encore.

On conserve aujourd'hui, plus qu'autrefois, un grand nombre de livres a létal de brochure. L'enjolivement1 des converliires imprimées y a sans doute contribué, independam-

incnt de L'économie. Cependant la reliure n'est pas une dépense inutile; elle conserve mieux les livres et les rend plus commodes pour la lecture.

Les opérations principales de la reliure sont 1° le décrochage et un pliage plus régulier des feuilles, s'il s'agit d'un livre déjà broché; 2° le battage; 3° la coulure; A" le cartonnage; Ti" la rognure en presse; 6° la jaspure, marbrure ou dorure des tranches ; 7° la couverture du carton en peau de veau préparée à cet effet, en maroquin, en basane ou en mouton maroquiné; 8° enlin, la dorure de lettres et d'ornements sur le dos, et quelquefois sur le ptaL du livre.

Lorsque le dos du livre seulement est couvert en peau, et le plat du livre couvert en papier de couleur, L'opération prend le nom de demi-reliurc.

On l'appelle cartonnage, lorsque les livres sont entièrement recouverts, soit en papier de couleur, soit en percale, ou en toile gauffrée.

La brochure et la reliure ne faisaient autrefois, et ne font encore en province, qu'une seule profession ; mais à Paris, la reliure est maintenant une industrie distincte (i).

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des opérations de la reliure; nous ne parlerons que des résultats.

(1) Le nombre îles relieurs île Paris s'élève à 581. Le total de leurs affaires a été. en I34T, de 4,3 11, 500 fr.; moyenne par industriel, 11,0913 fr. En 18*8, le total a été de 1,474,000 ft.; réduction, 63 p. "/«.

Le nombre il'ouvrirrs est île i,89:i individus; la moyenne d'affaires par

Les ouvriers sont batteurs, endosseurs, couvreurs. Les ouvrières sont

«.(je'JWWcKSCS . iCi'ffll'lHlt'X . CMiSeUSet,

lin certain nomlnT ùV ivlirnrs l"ni lai m la dorure ait dehors, par des entrepreneurs spéciaux: i|mli|ucs-uns emploient des ouvriers doreurs. hnueoup sont doreurs eux-mêmes.

(^Statistique de la chambre de commerce de Paris )

\près avoir cartonné le livre, on le recouvre île peaux de différentes sortes (1) et de diverses couleurs. La basane est une peau de mouton préparée: ce genre de reliure est d'une jolie apparence, mais n'a pas une grande solidité et s'use promptement. La reliure en veau est plus solide , celle qu'on faisait autrefois en parchemin ou en vélin avait aussi beaucoup de consistance, mais elle n'est plus en usage. Le maroquin se fabrique avec des peaux de bouc ou de chèvre, dont les plus belles viennent du Maroc, et qu'on teint en ronge, en vert, en noir, etc. : c'est une reliure solide et brillante qui s'emploie pour les ouvrages de luxe, et surtout pour les livres d'église. On appelle chagrin une peau grenue d'âne ou de mulet, ordinairement teinte en noir; on en fait des reliures magnifiques. Quelquefois encore on recouvre les livres d'apparat, comme anciennement, en velours, en soie ou autre étoffe.

(1} Suivant plusieurs ailleurs contemporains, Pnidhomme [Histoire impartiale des liétoluiitmt , tome VII 1} ; lu j:i''ni''ral l);irnr,in [les lliiyands démasqués); Galletti , rédacteur dit Journal des Lois; Mou I [raillant (Histoire de France, touie VHI), dont les témoignages sont consignes dans VHilloire du Directoire, par M. Granicr de Cassa finie, on a tanné , pen-

noUimmcnl à la reliure des livres.

Feu M. Villenave, ancien avucat et homme de lettres, dont la bibliothèque contenait un grand nombre de pièces curieuses, tant imprimées que manuscrites, possédait un volume in-18 de 105 pages, intitulé ; Constitution de lu république française, sur vélin, doré sur tranclie, imprimé à Dijon, chez P. Causse, en 1795. La reliure, avec Iruis filets dorés snr plat, imite le veau fauve; mais une noie écrite de la main de M. Villenave, sur un feuillet placé avant le titre, apprend que le livre est relié en peau humaine.

Ce volume, déjà décrit par le journaliste Gallctii, en 1797, a été acheté à la vente de la hibliolhèi|ue de M. Villenave, en novembre IStH, par M- France, libraire, quai Ma laquai», n" 17.

• lin n pnrW- <lo rulolli. do Hr nniifeullra "Il rnir ("mon.

Page 1