‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 9 sur 43 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

IH. Chez les Égyptiens, les Perses cl la plupart des anciens peuples île l'Orient, il y avait des personnes chargées nommément d'écrire les annales publiques. Moïse qui, au témoignage de l'ancien Testament, fut élevé à la cour d'Egypte, établit cet usage chez les Hébreux. Le livre des Paralipomcncs donne les noms de plusieurs de ces scribes, que les Hébreux appelaient prophètes.

Dans la Grèce antique, les scribes étaient déjà nombreux ; Jules Pollux leur a consacré un chapitre dans son Onomasticon. Il les qualifie d'hommes habiles et instruits.

Quoique les livres fussent connus à Rome dès la fondation de cette ville, l'art d'écrire y fut à peu près ignoré pendant plusieurs siècles. Seuls, durant 100 ans, les prêtres, qui tenaient les Annales de la république, pratiquaient nécessairement cet art. Les scribes vinrent plus lard en grand nombre et formèrent, pour multiplier les copies des ouvrages, des espèces d'ateliers de transcription, où ils écrivaient sons la dictée d'un lecteur. Le prix de leur travail s'évaluait par cent lignes; mais on ignore quel était leur salaire.

Ces copies, hâtivement faites, étaient très-souvent fautives, et les auteurs s'en plaignaient amèrement. Horace déclarait indigne de pardon un copiste qui, après avoir été averti, retombait dans les mêmes fautes.

Lorsqu'un auteur s'apercevait des fautes des copistes, il invitait immédiatement le libraire à les corriger. Mais ces corrections ne pouvaient être faites que sur les copies non vendues; les autres restaient avec leurs fautes. C'est de cette diversité, dit M. Giraud, qu'ont pris naissance les variantes recueillies par les érudits des temps modernes dans les anciens manuscrits qui nous restent d'un même ouvrage.

Il y avait à Rome des amateurs tellement avides de se for-

mer prompleinent une belle bibliothèque, qu'ils occupaient à la fois jusqu'à cent copistes, Atticus était de ce nombre.

Pendant le moyen âge, il y eut également un grand nombre d'ateliers de transcription, d'abord dans les monastères, puis dans des maisons séculières. Ces ateliers avaient leurs chefs, leurs règlements auxquels étaient tenus d'obéir les copistes qui y étaient attachés. Nous ne rappellerons pas ce que nous avons déjà dit (chapitre III ) sur la transcription des livres avant la découverte de l'imprimerie. Alors les manuscrits, comme aujourd'hui les imprimés, étaient plus ou moins beaux, plus ou moins solides et riches, selon le prix qu'on y roulait mettre. Les livres usuels, écrits rapidement, élaicnl remplis d'abréviations quelquefois indéchiffrables. Dans les ouvrages de luxe, récriture des copistes rivalisait avec les impressions élégantes de nos typographes modernes. Les lettres capilales étaient en or, en argent, en azur, de couleur pourpre ou verie, etc. Tomes les bibliothèques d'Europe et même des cabinels d'amateurs possèdent quelques-uns de ces précieux manuscrits antérieurs à l'invention typographique.

Lorsqu'on examine avec soin les anciens manuscrits enrichis de miniatures, n'ayant pas une marge qui ne soit ornée de fleurs, de feuillages, de fruits ou d'animaux , peints en or ou coloriés, de même que les lettres capitales en torneures, on est frappé de la vivacité des couleurs, du poli de l'or, de la beauté du dessin, et l'on regrette la perte de cet art, dont se servaient encore les scribes du xuie, du xiv* et du xv* siècle pour décorer leurs manuscrits.

Rendus de jour en jour plus magnifiques, les manuscrits devenaient en même temps des objets du luxe le plus recherché. II n'y avait que les petits livres d'éducation qui fussent sans ornement. On les écrivait même souvent en sigles ou en

caractères lyroniens {écriture abrévialive), afin de les meure à la portée des pauvres écoliers. Mais cela ne suflisait pas encore, les transcriptions étaient toujours trop lentes et trop peu nombreuses pour répondre aux besoins des hommes avides de s'instruire. On chercha des procédés plus expéditifs.

Après bien des tâtonnements, des essais, on trouva un de ces procédés; et, ce qui a lieu de surprendre, la où des hommes intelligents, érudits, avaient échoué, de simples artisans, des fabricants de cartes à jouer, réussirent. En appliquant la gravure aux hesoins de leur industrie, ils donnèrent l'idée de l'imprimerie tabulaire on xylographique, laquelle, comme on sait, fut le premier rudiment de l'imprimerie en caractères mobiles.

D'abord, on avait dessiné et grossièrement colorié a. la main ces grandes cartes tarotées, liantes de six à sept pouces, dont se servaient les joueurs du moyen âge. On avait eu recours ensuite, pour en accélérer la fabrication, à des patrons découpés sur lesquels on appliquait des encres de diverses couleurs : de sorte qu'on faisait à la fois le dessin cl l'enluminure. Jansen affirme que, pour les initiales des manuscrits, les copistes, à partir du vi» siècle, n'employaient pas d'autres moyens.

l'Ius tard, et comme par réminiscence de l'empreinte des cachets antiques, et surtout des sceaux du moyen âge, on eut l'idée de tailler l'image des cartes dans d'épaisses planches de bois qu'on enduisait d'encre grasse, et qui reproduisaient cette image à l'infini.

La gravure en bois ou xylographie s'étendit de la fabrication des cartes à jouer à celle des images de saints. On lii Des livres d'images, comme le Spéculum humanœSatvationis, ['Are moriauli, la Biblia pauperam, etc.

Enfin, les textes qui accompagnaient ces images, écrits quelquefois à la main, mais qui s'imprimaient aussi en même temps, donnèrent l'idée d'appliquer la xylographie à d'autres livres. On l'appliqua notamment à la grammaire de Donal et au petit vocabulaire Catholiron.

Ces livrets ne s'imprimaient que d'un seul côté, à cause des difficultés que le frolton de crin ou brosse, ou même le rouleau recouvert d'étoffe, dont on se servait alors, présentait pour la rctiration ; mais on collait ordinairement l'un sur l'autre les cotés blancs de deux feuillets qui semblaient n'en faire qu'un.

Cependant les travaux minimes et informes de la xylographie ne pouvaient pas remplacer la transcription manuelle, parfois si élégante , et les manuscrits se payaient toujours fort cher.

Enfin la typographie véritable fut trouvée , et ce merveilleux procédé brisa la plume des calligrapbcs el le grossier burin des xylographes.

Cutenberg et ses associés donnèrent à leurs caractères la forme des lettres gothiques, dont l'usage, alors général en Europe, se conserve encore en Allemagne, tant dans l'écriture que dans l'impression.

Les premiers livres imprimés ressemblaient si fort a des manuscrits qu'on les prit d'abord et que les premiers imprimeurs les vendaient pour tels, quand ils trouvaient des dupes. On a inèmc accusé Fust d'avoir commis cette supercherie à Paris où il avait apporté des exemplaires de la Bible.

Mais bientôt la divulgation de l'art typographique, l'emploi du caractère romain et les autres accessoires de l'imprimerie ne permirent plus d'en confondre les productions avec celles de la calligraphie-

Les rubrica leurs, les enlumineurs, les miniaturistes, les dessinateurs, après avoir travaillé si longtemps à la confeclion des manuscrits, continuèrent d'exercer leurs arts, uiémc après l'invention de l' imprimerie, non-seulement pour les ouvrages héraldiques, généalogiques et autres, que Ton faisait souvent copier .i la main, mais encore pour les livres imprimés; car, dans les premières productions typographiques, il y a absence de grandes lettres capitales, au commencement des livres on des chapitres. On laissait en blanc les espaces où les artistes que nous venons de désigner dessinaient des majuscules ornées, puis coloriées, rehaussées d'or et d'argent. Cet usage se prolongea jusqu'au xvi" siècle ; mais il fut abandonné lorsque la fonte des caractères offrit à la typographie des lettres lleuronnées, des vignettes et antres ornements, auxquels s'adjoignirent les produits de la gravure; alors les vitbricatores, iflummatarex , mmiatores, miniculatores disparurent, comme des auxiliaires inutiles.

Cependant, l'impression en couleur fut pratiquée dès l'origine de l'imprimerie. Le Psautier de 1-437 (t'salmorum codex), in-folio, exécuté par Fust et Schœffer, en fournit la preuve.

^ Ce livre , imprimé en lettres rouges et noires, faites sur le modèle des manuscrits liturgiques du xv* siècle, et dont la grosseur peut être comparée a celle du caractère connu en typographie sous le nom de gros-canon, est décoré de 288 capitales délicatement gravées en bois et tirées d'une manière surprenante, par rentrées à deux couleurs : en rouge quand les ornements sont en bleu, et en bleu quand les ornements sont en ronge- En 1474 el 1473, Zainer à Uni, Kaldolt à Venise, employaient aussi des lettres capitales ornées, sculptées en hoîs.

tandis que tous les autres imprimeurs les laissaient en blanc pour cire dessinées à la main.

Les grandes capitales, ornées ou simples, étaient de la hauteur de plusieurs lignes et rentraient dans la justification. L'usage n'en a été abandonné que depuis environ soixante ans, et se conserve même encore dans les livres d'église. Hors de là, ces lettres rentrées ne sont employées que comme caractères de fantaisie.

Nous avons déjà parlé (chapitre 111) de l'excessive cherté des manuscrits avant l'invention de l'imprimerie; nous avons vu qu'en 1KH, un seul volume revenait, en moyenne, à 583 fr. , valeur actuelle, ou coulait tout au moins de 400 à i>00 fr. de cette même valeur.

D'après les cotes marquées en 1292, à la suite de chaque article du catalogue de la bibliothèque de la Sorbonne, nous voyons, il est vrai, que le prix d'un livre ne s'élève plus, terme moyen, qu'à la somme de 148 fr. (monnaie actuelle i. Celte différence de pris entre les volumes portés sur le catalogue de la docte école et ceux vendus au public résuite de ce <|iic les livres de la Sorbonne jouissaient du privilège de la taxe que l'Université avait établie, pour modérer la vente de chaque ouvrage en faveur des étudiants.

On ne peut guère déterminer la valeur des livres pendant les premières années qui suivirent la découverte de l'ail typographique, car elle variait en raison de l'ornementation plus ou inoins riche qu'on leur donnait; mais ce qu'il y a de certain , c'est que celle admirable découverte lit baisser considérablement les prix qu'on avait payés jusqu'alors.

En effet, dès 1468, trois ans seulement après rétablissement de l'imprimerie à Rome , Ji-an Andiva , évéquo d' Alerta, disait dans sa dédicace , au pape Paul 11 , des ÈpHres de saint

Jérôme, que des volumes qui, en d'autres temps, auraient coûté 100 écus d'or (environ 450 francs) en coûtaient à peine 20 (90 francs), et que cens qui auraient coûté jadis 20 écn> n'en coûtaient tout au plus que i (18 francs).

Us livres furent encore moins chers dans le siècle suivant; car plus l'imprimerie prenait de l'accroissement, plus le prix des livres diminuait.

On trouve dans les premières productions typographiques une foule d'irrégularités qui tiennent a l'enfance de l'art et à l'état d'imperfection de la langue à cette époque.

Ainsi, des imprimeurs, n'ayant pas de lettres capitales, mettaient une petite lettre à un nom propre on il aurait fallu une majuscule; manquant d're, ils mettaient un e simule, fpislole pour epistolœ. Les signes prosodiques, d'accentuation et de ponctuation, alors peu connus, sont fréquemment offlis ou mal placés; l'orthographe française n'étant pas encore lixée, présente des bizarreries, dont quelques-unes se reproduisent dans l'orthographe latine : on lit, par exemple, hijstoria, on même ystvria, simboluin, Iloracius, etc. Les aire viations sont nombreuses et souvent peu intelligibles (1k Au reste, tontes ces anomalies se rencontrent aussi dans les anciens manuscrits, copiés quelquefois trop servilement par les typographes.

Quoique la typographie soit devenue l'unique moyen qu'on emploie pour la reproduction des livres à un grand nombre d'exemplaires, la calligraphie n'a pas été entièrement abandonnée; mais elle n'a plus été considérée que comme une œuvre artistique.

(I) On remarque aujourd'hui le même défaiil ilans quelques oovragM

usuels, noL'immcnl rl.ms le* lUrlinii nairch. pi>tistr.tjilt:c| wr*. l.'èconoriii'' 'l'i' vn résulte ne nuis parall ps un motif valable .

Les scribes si renommés du moyen âge ont eu des rivaux oou moins célèbres dans le xvr* siècle, dans le vin* siècle et jusque dans ces derniers temps.

Ainsi Ange Végèccou Vergéce, né dans l'Ile de Crète, excellait à écrire le grec. Appelé en France par François I", il fut nommé calligraphe du roi el pensionnaire du collège de France. On conserve a la Bibliothèque impériale un Oppien, que Vergéce écrivit par ordre de Henri II, pour Diane de Poitiers, maîtresse de ce prince ; il est de toute beauté et orné de figures supérieurement peintes. L'écriture de ce manuscrit, est si régulière et si gracieuse, que c'est sur ce modèle que les beaux caractères grecs dont s'est servi Robert Esticnne pour ses magnifiques éditions ont été gravés par Garamond. La reliure de ce manuscrit est très-curieuse; d'un coté sont les armes de Henri H, de l'autre on voit Diane de Poitiers représentée avec tes attributs de la déesse dont elle portail le nom. Ange Vergéce fut le maître d'écriture grecque de Henri Estienne. Il vécut jusque sous le règne de Charles IX. On dit que son talent calligraphique a donne naissance il cette expression proverbiale : Écrire comme un ange.

Nicolas Jarry, né à Paris vers 1620, écrivain et nolcur de la musique de Louis XIV, fut un des plus habiles calligraplies du xvii0 siècle. La beauté de son écriture surpassa tout ce que l'on connaissait jusqu'alors. Les productions de sa plume sont nombreuses et atteignent encore dans les ventes des prix très-élevés. La plupart sont des livres d'office écrits sur vélin, parmi lesquels nous citerons le volume intitulé: Preceschristianœ (1652, in-12),avec miniatures, vendu 1,210 fr. ; les Heures de Notre-Dame (1647, in-8" de 120 feuillets), eu lettres rondes et bâtardes, ornées de sept miniatures. Ce manuscrit a été vendu 1,601 francs à la vente de la bibliothèque

du duc de La Vallière; il passa plus lard dans le cabinet de M. De Bure l'aîné.

On regarde comme un des chefs-d'œuvre de Jarry , la G«trlande de Julie, ouvrage exéculé sur vélin en lfi41 , par ordre du duc de Montausier, qui en lit hommage à Julie- Lutine d'Angcnnes de Rambouillet, linéique temps avant son mariage avec, cette dame. C'est un volume in-folio dont le frontispice est entouré d'une guirlande de trente (leurs différentes; puis chaque fleur est reproduite sur un feuillet séparé avec un madrigal au-dessous. Les fleurs sont peintes par Kobert; les vers ont été composés par le duc de Montausier et par les beaux esprits qui se réunissaient à l'hôtel de Rambouillet ; mais ici le ealtigraplic l'emporte infiniment sur le peintre et sur les poêles. Après la mort de Montausier, cet admirable manuscrit passa dans la bibliothèque du duc de La Vallifere; il fut ensuite vendu li.SlO francs et transporté en Angleterre , d'où la famille de La Vallifere l'a fait revenir. Une copie sur vélin, format in-8°, exécutée par Jarry , mats sans peintures, a été vendue 622 francs.

Didot jeune donna une édition de la Guirlande de Julie , accompagnée d'une notice historique, par M. de Gaigmères, 1784 , in-8" ; papier vélin ; tirée à 250 exemplaires.

Une nouvelle édition in-18, avec ligures coloriées, a été imprimée a Paris, en i81tt, et une autre à Montpellier en 1894, in-18.

Nous citerons encore une merveille calligraphique de Jarry; c'est Adonis , poème de La Fontaine , dédié au ministre Fonquet, 1(138; grand in-i° avec peintures. Ce superbe manuscrit se trouvait dans le cabinet du prince Michel Gatitzin il Moscou, lorsqu'il fut rapporté à Paris et vendu 3,900 francs en mars 18àii.

Comme on le voil , Jarry écrivait des livres dans tous les formats, depuis l'in-folio jusqu'il l'in-32. L'Office de la Vierge, qu'il écrivit en IGliO, dans ce dernier formai, a clé vendu 850 francs.

Nous dirons à celle occasion que la calligraphie est allée plus loin que la typographie dans l'écriture microscopique. On rapporte qu'un Français offrit à Ëlisabelh , reine d'Angleterre, un papier de la grandeur d'un liard, oii élaient écrits les dix commandements de Dieu, le symbole îles apôtres, l'oraison dominicale, le nom de la reine, la date de l'année. II lui présenta en même temps des lunelles au moyen desquelles on pouvait distinguer toutes les lettres.

La calligraphie u élé cultivée avec succès jusqu'à nos jours; les Rossignol, les Roland du dernier siècle onl encore de dignes héritiers dans celui-ci.

1*5 écrivains experts, chargés des vérifications d'écritures ordonnées par la justice, formaient autrefois une communauté, qui fut même érigée en bureau académique.

IV. Les premiers livres imprimés ne portent pas de litre sur un feuillet séparé. On lit seulement en tôle de la première page : Incipil liber si le livre est en latin, on,

s'il est en français: Cy commence le livre par exemple: Incipiunt epistole Horacii; — Cy commence la Légende dorée. Quelquefois, cette espèce d'intitulé esl an verso du premier feuillet, apparemment quand on voulait réserver le recto pour dessiner un titre.

Ce ne fut que vers 1170 que l'on imprima séparément sur un feuillet le titre de l'ouvrage.

Beaucoup de ces éditions primitives n'indiquent ni la date, ni le lieu de l'impression, ni le nom de l'imprimeur. Quand on les mettait, c'était ordinairement à la (in du volume, en

forme d'épilogue, comme dans ces exemples : Explicit spéculum historiale impressum par Johannem Mentdin

amio domini, etc. — Cy (inist la Légende dorée imprimée en la dicte ville de Lyon par Barthélémy Buyer le dix et huitième iour d'npurit mil quatre cens septante et six.

Ces épilogues, puis les titres, lorsqu'on les imprima séparément, ainsi que les sommaires et les lignes finales des chapitres ou autres divisions des ouvrages, représentaient souvent un cône renversé de cette manière :

Depuis longtemps déjà la typographie donne aux titres principaux et secondaires un aspect plus agréahle, tant par la variété des caractères que par une diversité bien entendue dans l'agencement des lignes.

La première impression avec une préface est l'Apulée, et la première avec des notes marginales est VAulu-Gelle, l'un et l'autre ouvrage imprimés eu 1469, à Rome, par Sweynheym et Pannartz, qui introduisirent l'imprimerie dans cette ville.

Lorsque l'on eut mis des titres imprimés aux livres, la plupart des imprimeurs adoptèrent des marques typographiques, espèces d'écussonsou de cachets qu'ils plaçaient au frontispice de chaque exemplaire de leurs éditions, pour les faire reconnaître et pour opposer à la contrefaçon une barrière trop souvent franchie par les faussaires.

L'origine des emblèmes et devises que les anciens imprimeurs et libraires avaient adoptes provient certainement

de ce que les imprimeurs avaient voulu qu'on reconnût, à une marque distioctive, les productions sorties de leurs presses. La législation même leur en lit une obligation, ainsi qu'on le voit par l'article l(i «le la déclaration du 31 août 1539 :

« Ne pourront prendre, les maîtres imprimeurs et libraires, les marques îles uns des autres, ains chacun en aura une à part soi différente les unes des autres; en manière que les acheteurs des livres puissent facilement connoltre en quelles officines les livres auront été imprimés, et lesquels se vendront auxdites officines et non ailleurs. »

Ces emblèmes étaient souvent des jeux de mois, qui faisaient allusion au nom de celui qui les avait choisis.

Les armes de Fust et de Schœffer étaient deux écus suspendus à un tronçon d'arbre posé en travers. La marque particulière de Fust était deux bâtons passés en sautoir, ayant à chaque extrémité un crochet et alaisés; celle de Schœffer, un chevron finissant en crochets aux deux bouts et alaisé, accompagné de trois étoiles, deux en chef et une en pointe (1).

Schœffer, qui s'est si honorablement distingué par ses écrits dans le siècle dernier, descendait de P. Schœffer, et sa famille, dont les membres se décorent du titre de chevalier, porte encore aujourd'hui les mêmes armes.

\& fils de Pierre Schœffer, qui lui succéda comme imprimeur à Mayence, mettait aussi ses armes à la fin de ses éditions; mais il y avait fait quelques changements et les avait rendues parlantes. Au lieu de la troisième étoile en

(l) Voici ce que dit M. Pbilarile Chuta nir les armes i!« premiew imprimeurs : ■ Des l'origine, h profession il' imprimeur s'elail classée ii U léle de la Miciélé. Elle avait iléjà ses armoiries Modules; Vautre des Aide. V oranger des Henri Eslienrir. ne sonl pai autre rhose. Erasme disait que le bhsnn .les Alilr êiail relui du «avoir faisant la guerre à l'ignorance. ■ TOME II, *2

pointe, il inellaiL une rose; il y ajoutait des bergers avec leur chien et îles moulons, pour exprimer apparemment son nom allemand Schœffer, qui signifie berger. On voyait dans le champ même, ou bien dans un petit cartouche séparé, les initiales I.S. entrelacées (Jean Scliœffcr).

Un autre descendant du célèbre imprimeur, Jean Jans Schœffer, c'esl-à-dire Jean fils de Jean ScliœfTer, établi à Boisle-Duc, en Brabant, a l'enseigne du Missel (sa famille habitait encore la même maison en 1740), avait pour armes parlantes trois moulons d'argent en champ de sinoplc au chef d'argent à deux houlettes en sautoir, avec gueule foncée d'azur.

Les insignes des Alite étaient une ancre et un dauphin. Krasmc dit que cet emblème, te dauphin s'enronlant autour rl'une ancre, se trouvait sur des médailles impériales. On le voit, en effet, sur le revers d'une médaille d'argent de Vespasien, et aussi de Domiticn. Bemho fit présent d'une de ces médailles de Vcspasien à Aide, qui, se rappelant l'adage latin Festina lente, adopté par Auguste, crut que le dauphin désignant la vitesse, à cause de la rapidité avec laquelle il fend les ondes, et l'ancre étant une marque de solidité et de constance, ces deux emblèmes exprimeraient avec justesse que, pour travailler solidement, il faut travailler sans relâche, mais cependant avec une lente réflexion. Aide développe s;i pensée en écrivant au prince de Carpi , à la fin du recueil des anciens Astronomes, qu'il imprima en 1499 : « Je me ronds à moi-même ce témoignage que j'ai toujours eu pour compagnons, comme cela est convenable, dit-on, le dauphin et l'ancre; car nous avons donné ei nous donnons assidûment beaucoup de choses, sans nous bâter » (1).

i l) Voyei M- Djdol, irtiele Typographie de V Encyclopédie iiiotfenw.

L'empereur Maximilien [I, par un diplôme île noblesse du 28 avril 1571, accorda a Paul Hanucc le droit d'ajouter ;i ses armes l'aigle impériale. Mais la mort de Paul Manuce, survenue peu après, ne lui permit pas d'imprimer ces armes sur aucun de ses livres. Elles ne parurent que sur ceux d'Aide le jeune, son fils.

La ligure <pii sert d'insigne au frontispice du premier livre où se trouve le nom d'Elsevicr (Histoire romaine d'Eutrope , 1392Ï, représente un auge qui tient d'une main un livre et de l'autre une faux.

Louis Elsevier avait pour marque habituelle de sa librairie un aigle sur un cippe, avec un faisceau de sept flèches, accompagné de cette devise empruntée à Salluslc, et où semble prophétisée la gloire île sa famille : Concordia res pana ereseunt.

Isaac substitua à cet insigne l'arbre embrassé par un cep chargé de raisins, avec le Solitaire et sa devise : Non solus.

Daniel adopta pour mangue Minerve el l'olivier avec la devise Ne extra oleas. Depuis 1(>2!>, on trouve dans ses livres un fleuron où est liguré tin masque de buffle. Dans le Salluste, imprimé en 163i, on remarque la figure d'une sirène. Cependant Daniel ne fui pas toujours lidèle à ces insignes : dans le TérencedeWA, par exemple, il substitua a la tête de buffle et à la sirène une guirlande de roses tréniièrcs qu'on retrouve dans un grand nombre de ses éditions.

Les premiers Imprimeurs de Paris, comme faisant partie de l'Université, niellaient souvent en tête de leurs éditions les armes de ce corps. Ces armes sont l'écu de France chargé d'une main qui sort d'une nuée et présente un livre fermé. Elles figurent sur plusieurs impressions de Wolfgang Hopil , de Henri Esliennc I", de Jean Petit, de Guillaume Lerouge, de Simon de Colîncs.

Quelquefois les imprimeurs joignaient les armes du roi à celles de l'Université, comme tirent Antoine Caillaut, Galliot Dupré, Jean Gorniileau, Josse Bade.

D'autres, François Regnaull, Gilles Gonrmont, etc., y ajoulaient encore les armes de la ville de Paris, c'est-à-dire un vaisseau, comme fit aussi la première compagnie de libraires associés, de la Grand' Xavire (1586).

André Boccard, imprimeur (i 497), avait pour devise, autour de sa marque représentée par les armes du roi, de l'Université et de la ville de Paris, ces vers :

Honneur au roi et à la courl, Salut à lUnitenllé, lient noire bien procède et »ourt.

Dieu tard'tle Paris la cité.

Mais, outre cela, les Imprimeurs et les libraires avaient aussi leurs marques particulières avec des devises.

L'enseigne du Soleil d'or, que Géring avait adoptée, et qui fut conservée par Remboll, son associé et son successeur, passa ensuite à Claude Chevallon, après qu'il eut épousé Charlotte Guillard, veuve rie Remboll. 11 la mettait au-dessus de sesannes soutenues par deux chevaux debout, faisant allusion à son nom Chevallon (cheva! long).

Les premiers concurrents de Géring, Pierre Cjesaris et son associé Jean Sloll, avaient pour enseigne un soufllct vert. Cœsaris, vers la fin de sa carrière, abandonna cette enseigne et adopta celle du cygne et du soldat.

La marque d'Antoine Vérard (1480) consistait dans son chiffre ou monogramme placé dans un cœur, surmonté de Pécu rie France, avec ornements, et accompagné de ces vers écrits dans l'encadrement :

Tour provoquer la grtnl meéritorde Ih; Ions pecbeun foire gner cl punlon . Anlliolne Verard li uni Me nient le retorde ; Tout ce qu'il i 11 t'ent île loi oiir don.

Guyol ou Guy Marchand (1483) avait pris pour enseigne le chant gaillard, el pour marque Jeux mains jointes, emblème de foi, surmonte rie ses initiales G. M. cl île cette devise : Sola fides sufficit, tirée de l'hymne Pange liitgua, et qu'il exprimait en rébus par les notes sol, la, avec le mot fides au-dessus de fieît.

Pierre Jocohi, prêtre et imprimeur àToul(IS05), adopta pour marque une croix avec la devise de Guy Marchand, exprimée par le même rébus.

Denis Janol, libraire-imprimeur a Paris (1484), avait pour devise autour rie sa marque : Amor Dei omma vincit Tout par amour, amour par tout, par tout amour, en tout bien.

Geofîroi de Marner imprima souvent en société avec ses deux frères, Enguilbert cl Jean. Ils avaient une marque représentée par trois symboles : des grues qui font un nid en volant, un perroquet nui parle, un pélican qui donne la vie à ses petits, et trois bâtons sur lesquels sont les premières lettres de leurs prénoms; G. (Gcoffroit, E. {Enguilbert), 1. (Jean).

Jean Bonj'cr et Guillaume Boueliel avaient pris pour emblème de leur laborieuse association deux bœufs paissant, accompagnés rie ces vers:

F,n lo parûn île l'œoïro, louer Dieu

Chacun do nous doit, pour avoir sa grâce;

A luj donc os {louange), pour ce qu'il lu; a plr»

Nous donner Irmps de re f.iirp ft «puce.

Josse Bade, surnommé Ascemius, avait pour marque la représentation d'une Imprimerie avec ces mots : PraAum aseensianum. — Jean de Iloigny, gendre et successeur de Josse Bade, conserva sa marque.

Henri Estienne. 1er (1502), en prenant polir marque les armes de France ou celles de l'université, les accompagnait de l'une de ces deux devises : Plus olei quam fini. — Fortuna opes auferre, non animant potest. Son officine était à l'enseigne des lapins.

C'est peut-être pour rappeler cette circonstance que Simon de Colines, allié à la famille (les Estienne, prit quelquefois pour emblème deux lapins. Il adopta aussi pour marque le Temps armé de sa faux, avec celle devise : Virtus hane uciemsola retundit. Son gendre llegnault Chaudière la conserva.

Robert Estienne prit pour marque l'olivier, avec la devise : Non aitum sapere, et celte marque devint celle de tous les Estienne.

Nicolas de la Barre avait pour marque un cœur percé d'une flèche, deux tètes de mort aux deux côtés, et deux os de mon , avec ces mots : Mors omnibus œqua.

Jean Barbier, imprimeur, avait pour marque une épée, avec ces mois : roui par honneur.

Pierre Vidouvc. libraire juré, imprimeur et maître es ans (lSiO), avait pour marqueta Fortune, avec ces mois: Partit forttma lalwri, cl au-dessus île la ligure : Audentesjuva.

Jean Gourmont avait pour marque trois roses, deux en chef et une en pointe; au-dessus: $pes mea Deux, et autour : Chacun soit coulent de ses biens. Qui n'a suffisance n'a riens.

Chrétien Wochel \V>±2> eui d'abord pour marque l'An de

Di j N:'j"j Cv Ci

Bâte, ville oit il était peut-être né; il adopta ensuite lu devise sub Pegaso, et, sur linéiques impressions, il prit pour emblème tin arbre et deux écureuils, avec ces mois : Unicum arbustam non alit duos erithacos.

Orry (1388) avait pour marque un lion rampant regardant les étoiles, avec cette devise : Ad attraper asperavirtus, que les descendants de cet imprimeur, qui furent contrôleurs des finances, conservèrent dans leurs armes.

La marque de Laurent Sonnius (1590) était un compas, avec cette devise : Suo sapiens sic limite gatidet ; et celle de Fouet, libraire-juré, nommé syndic le -2 juillet 1626, le Temps et l'Occasion.

Mathurin Dupuis, libraire { 1628 à 1633), avait adopté une couronne d'or, avec cette devise : Donec totum ambiat orbem, et l'enseigne et la marque de Jean de la Caille, imprimeurlibraire (1664), auteur d'une Histoire de l'imprimerie et de la librairie , était la Prudence, représentée par une femme, tenant un miroir dans la main droite et des serpents dans la main gauche, avec cette devise : Yincit prudentia vires.

Les marques des imprimeurs faisaient quelquefois allusion :i leurs noms.

Celle de Michel Lenoir, éditeur de livres de chevalerie, était une rose en fasec sur un fond de sable, soutenue par deux mores.

Jean Petit (1498) mettait, en tète de ses livres, cette devise modeste : Petit à petit.

Calliot Dupré (151-2) avait pour emblème nnegaliolc, avec relie devise : Vogue la guaUée.

Sébastien Cryphe , imprimeur à Lyon (15-23), avait pour marque nu griffon, et pour devise cette sentence de Cicéron : ïirtute duce, comité fortuna.

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