‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 11 sur 43 · TOME 11. li · texte numérisé non relu

TOME 11. li

C'est dans le xvm« siècle que l'on a commencé à faire des dos brisés. Autrefois, le dos était co'.lé sur le l'ivre: de sorte (ju'en l'ouvrant il se formait au milieu un pli qui, à la longue, produisait une déchirure. On remédiait à cet inconvénient un moyen de nervures saillantes qui divisaient le dos en plusieurs compartiments. Aujourd'hui, le dos n'étant plus collé, étant, pour ainsi dire, élastique, ne se déforme pas quand on ouvre le livre : voilà l'avantage du dos brisé; on y ligure encore des nervures, mais comme ornements seulement. Cette reliure, quoique moins solide que l'ancienne, est généralement adoptée.

Les beaux livres reliés sont ordinairement dorés sur tranclie ; les autres on! la tranche coloriée en rouge, en bleu, jasl>ée ou marbrée.

l ue observation utile qui s'adresse aux amateurs, c'est de ne pas faire relier îles livres nouvellement imprimes et de laisser à l'encre le temps île bien sécher; autrement les pages maculeraient. Les impressions des Junte, ces célèbres typographes de Florence et de Venise, ont ce défaut, sans doute à cause de la mauvaise qualité de l'encre qu'ils employaient (I); après trois siècles, elles maculent encore sous le marteau du relieur. Il est vrai que les relieurs modernes, pour rendre le papier plus uni, battent en général les livres plus fortement qu'on ne le faisait jadis, cl quelquefois même avec, exagération.

Les relieurs, avant et après l'invention de l'imprimerie, étaient comptés, ainsi que les libraires, les enlumineurs et les

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écrivains, auxquels succédèrent les imprimeurs, au nombre îles officiers de l'université, el jouissaient Je lous les privilèges, de toutes les franchises attachés à ce titre; les uns el les autres formaient une seule et même communauté.

Mais, en lfi8t(,en vertu d'un édit du roi, les imprimeurs et libraires furent constitués en une communauté particulière, et les relieurs et doreurs en une corporation distincte, toutes deux à peu prés Indépendantes de l'université, qui réclama inutilement contre ces dispositions restées en vigueur jusqu'à répoque de la révolution où toutes les corporations furent supprimées.

C'est en France que l'art de la reliure a été et est encore pratiqué avec le plus de succès. Dibdiu [Voyage bibliographique), malgré les réserves de l'orgueil britannique, en fait presque l'aveu.

Le plus célèbre relieur an xvi8 siècle fut Gascon, dont M. Lesné, dans son poëine sur la reliure, a dit, en parodiant les vers de Boilcau sur Malberbc :

Uhcoq puni alors, el, des premiers en France, Sut mettre en sa reliure une nulle élégance.

Oit artiste relia beaucoup de livres pour la bibliothèque de Henri II.

Dans le siècle suivant, Jean Cusson et Éloi Levasscur, libraires à Paris, étaient aussi d'habiles relieurs. Levasscur fut même le premier garde de la communauté des relieurs et doreurs, après que l'édit de lUWi les cul séparés de celle des imprimeurs et libraires.

Dans des temps plus rapprochés de nous, Duseuil, Paneton», Derome, Delormc se sonl acquis une jnstc réputation.

Les Bozeriait, les Thouvenin, les Sîmier tiennent le premier rang parmi les relieurs modernes; leurs travaux seront toujours admirés des amateurs de beaux livres.

La Typographie a été l'objet de plusieurs poèmes didactiques en latin ou en français ; nous citerons, entre autres, ceux de Tbiboust, de Gillet et deDondcy-IHipré. M. Lesné, relieur distingué, en a fait un en vers français sur l'art qu'il professe ; son poème sur la Reliure est accompagné de notes intéressantes.

VI. Indépendamment de leur mérite littéraire ou scientifique et de leur utilité, d'autres causes donnent encore du prix aux livres manuscrits et imprimés. Ainsi, l'antiquité, la rareté d'un ouvrage, la beauté ou même la bizarrerie de sa forme matérielle, le font rechereber par les curieux. Il y a dans les bibliothèques publiques, et dans les cabinets des particuliers, certains livres qui jouissent, sous ces différents rapports, d'une grande célébrité.

Nous placerons en première ligne le manuscrit origirjal d'Ulphilas, évêque des Goths, du iv« siècle. Ce manuscrit est le fragment d'une traduction des quatre évangiles en langue gothique : on le désigne sous le nom de Codex argenteus, parce que les lettres en sont argent et or, sur vélin couleur pourpre. Il est conservé précieusement dans la bibliothèque d'L'psal, en Suède. On croit qu'il a été imprimé lettre à lettre au moyen de l'estampille.

L'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés, à Paris, possédait le Psautier de saint Germain, œuvre du v» siècle, en parchemin violet, à lettres d'or et d'argenl, obtenues, dit-on, par le même procédé.

On a trouvé dans le tombeau de Charlemagne, à Aix-la- Cliapellc, les quatre évangiles en latin, dont se servait ce 1110-

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oarque. Ils sont écrits également en lettres d'or sur un vélin pourpré.

En ces derniers temps, à la vente du cabinet de M. Dehruge- Duménil, le Missel de Juvénal des Ursins ;i été acquis, dil-ou, par le prince de Holtîkoff, pour le prix de 9,900 fr.

Ce livre est un des produits les plus riches et les plus expis de la calligraphia et de la peinture du xv siècle. On y voit ligurer, sous l'éclat des plus vives couleurs, les hommes de tontes les conditions, avec leurs costumes cl leurs armes; les monuments, l'intérieur des habitations, les ustensiles de la vie privée, y sont reproduits; les usages, les cérémonies de l'Église, les comhats, les supplices même y sont exprimés dans leur vivante réalité.

Ce Missel a été exécuté pour Jacques Juvénal des Ursins, pair de France, alors qu'il était administrateur perpétuel de l'évèché de Poitiers. M. Labarte eu a clé le dernier possesseur.

C'est à ce livre remarquable que M. du Sommerard a emprunté le plus grand nombre des vignettes renfermées dans son grand ouvrage les Arts au moyen âge. M. Lassus, architecte de la Sainle-Cliapclle, en a aussi tiré le dessin du magnifique autel qui décorera ce beau monument.

On conserve aux Archives impériales de Paris d'antiques tablettes de cire, dont on se servait autrefois dans la maison île nos -rois, pour jnscrire les recettes et les dépenses de l'hôtel, et qui remontent aux années et 1-257, sous le règne de saint Louis. Ce précieux monument se compose de quatorze feuilles en bois de platane, enduites de cire au recto et au verso, excepté la première et la dernière, qui en portent seulement sur leur surface intérieure, l'antre côté n'étant destiné qu'à servir de couverture au registre. Ces feuilles.

arrondies par le haut, ont 20 centimètres de largeur et 4" centimètres île uautcur. Une marge, légèrement élevée, protège la cire et conserve récriture suis altération, quand les feuilles sont reployées les unes sur les autres. Des bandes de parchemin relient entre elles les diverses feuilles, et permettent de les ouvrir facilement.

Ces curieux documents sont connus aujourd'hui sous le nom île Tablettes du trésor des chartes.

On appelle le livre unique, l'ouvrage intitulé Liber jwwsionis Domini nostri Jeta CMrisli cum (iguris et caracteribus ex mita materia comjtositis.

L'empereur Rodolphe II, lils île Maximilicii II, en offril, dit-on, 11,000 ducats. On le voyait encore à Bruxelles, en IlitO, dans le cabinet du prince de Ligne.

Ce livret in-ii contient 2i feuillets, y compris y estampes. Le vélin en est de la plus grande blancheur et du plus beau poli. Le premier feuillet, qui sert de frontispice, représente des H couronnés, entremêlés de roses. Le second, qui es! également une vignette, a pour dessin les armes d'Angleterre, avec la devise Honni soit qui mal y pense. Au-dessous de celte devise, on aperçoit une rose et deux herses qui sont les armes de Henri VII, parvenu ait trône en 1481, et mort en 1509. On présume donc que ce livre remarquable a été fait enire ces deux époques.

Au troisième feuillet, commence Passio Vomini nostri Jeta Christ i secundumJolianuem, cap. AT///. Le texte entier de la Passion occupe quatre feuillets. Sept autres représentent les principaux mystères de la Passion, et sont placés à côté du texte qui les cite. Sur chaque feuillet, on a découpé avec la pointe d'un canif, ou d'un instrument fort tranchant, toutes les lettres et les traits .les ligures qui y avaient été préalable-

nient dessinées. Vu celte opération, chaque feuillet se trouve percé à jour, et ne présente que différentes espèces de vides. Entre chaque fonillol de vélin, on a intercalé une feuille volante en papier bien, qui laisse voir les lettres et les ligures aussi distinctement que si elles étaient gravées ou imprimées, l-es lettres rouges du texte sont d'une forme el d'une netteté parfaites. Leur découpure et celle des traits des ligures sont d'un délié, d'un lini el d'une précision admirables.

Le catalogue de La Vallière, u° 30", cite un livre exécuté de la même manière : ce sont des Heures de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII, in-8". Ce volume n'est ni écrit ni imprimé; les caractères, formés avec un emporte-pièce, en sont percés à jour.

Le Musée britannique de Londres, s'est enrichi naguère du célèbre Missel, dit de Bedford, et qui a appartenu à Henri V, roi d'Angleterre, mort à Vincenncs en 1*22, pendant l'occupation anglaise. Ce Missel, (pie l'on s'accorde à regarder comme un des plus grands chefs-d'œuvre de calligraphie, et qui est orné à profusion de miniatures remarquables, appartenait à sir John Tohyn, à Plymouth, qui, après de Irèslongues négociations, s'est décidé à le céder, avec quelques autres manuscrits, au Musée britannique de Londres, moyennant l'énorme prix de 3,000 liv. st. (75,000 fr.) (1).

Aux curiosités bibliographiques dont nous venons de parler, il faut ajouter les premiers livres imprimés, qu'on appelle incunables, parce qu'ils remontent au berceau de l'art, et que les amateurs recherchent comme des monuments précieux. Nous allons en citer par ordre chronologique quelques-uns des

(I) Bulletin il» bibliopkilt , \mi'.et I8S3-

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plus remarquables; ces ouvrages montrent l'émlnenl degré de perfection auquel, dans l'espace île vingt ans seulement, fa typographie était parvenue en Europe.

Lettres d'indulgence du pape Nicolas Y, imprimées à Mayence en 1454 et 14o5: l'édition de trente lignes est altribuée à (iutenberg;

Bible dite aux quarante-deux lignes (Mayence, 1450 à 1438), imprimée par Kiilenberg pendant son association avec Fust et Schœffer;

Psautier de 1437, publié par Fust et Schœfler, mais auquel Gutenberg avait travaillé;

national de Durand, imprimé par Fust et Schœfler, Mayence, 1459;

Lactance, imprimé en 14(ii>, an monastère de Subiaco, près de Rome, par Sweynneym et Pannartz ;

Les Épttres familières de Cicéron, imprimées en l iOT, à Home, par les mêmes ;

Antre édition, par UlriC Han, Home, 1408;

Autre édition, par Jean de Spire, Venise, 1409 ;

Êpttres. de Gasparin de Sergame, imprimées à Paris, en 1470, par Géring, Crantz cl Friburger;

Eusèbe, imprimé a Venise, en 1-470, par Jenson, renommé par la beauté des caractères qu'il employait.

Sans doute, on ne peut pas mettre en parallèle les chefsd'œuvre de la typographie moderne avec les productions du premier âge de l'imprimerie ; mais, en se rappelant que ces productions datent de 1450 à 1170, peut-être trouvera-t-on que l'art typographique a fait relativement plus de progrès pendant les vingt années qui suivirent son invention que dans les trois siècles et demi qui se sont écoulés depuis.

Nous sommes loin cependant de méconnaître la perfection

;i laquelle l'imprimerie s'est élevée de nos jours; entre tant d'exemples que nous pourrions cher, nous mentionnerons ici un livre vraiment merveilleux, dû à la presse anglaise : c'est le Nouveau Testament imprimé en lettres d'or, sur papier de porcelaine. Ce livre, donl on n'a tiré <|uc cent exemplaires, est imprimé sur recto et verso, ce qu'on n'avait encore jamais pu obtenir; ila fallu deux ans pour le composer et l'imprimer. Un se figurera aisément ce qu'a dû coûter un pareil ouvrage, quand on saura que chaque exemplaire a absorbé pour 123 fr. d'or.

Les hommes qui ont le goût des livres, qui aiment à les posséder, qui les recherchent avec ardeur, dont l'existence tout entière s'écoule très-souvent à en former des collections coûteuses, se divisent eu trois catégories distinctes: les bibliographes, les bibliophiles, les bibliomanes.

La bibliographie, comme l'étyinoiogie grecque de ce mot l'indique ({itCXiiv, livre; fp^ilv, écrire) , était le nom qu'on donnait autrefois à la profession du copiste. Aujourd'hui on appelle bibliographe celui qui est versé dans la connaissance des livres, manuscrits et imprimés, qui en signale l'ancienneté, les différentes éditions, les diverses traductions, qui en recherche les auteurs et les imprimeurs quand ils ne sont pas nommés, qui dresse les catalogues de bibliothèques.

Sous ce rapport, il y a eu des bibliographes dans l'antiquité: tels étaient les rhéteurs ;ï qui l'on confiait le soin de ces belles bibliothèques de Pcrgame, d'Alexandrie, de la Grèce et de Rome. Nous savons qucVarron, bibliothécaire de Jules-César, avait composé des ouvrages de bibliographie, mais ces écrits ne sont pas parvenus jusqu'à nous. On trouve seulement, dans les auteurs anciens qui nous restent, particulièrement dans Suidas, Zonare et autres lexicographes, les titres ou quelques passages d'une foule de livres qui n'existent plus aujourd'hui.

Saint Jérôme, ;iu iv siècle, :i donné la nomenclature des écrivains ecclésiastiques l'avaient précédé, l'hotiiis, patriarche de Constantinopte au vin* siècle, a laissé dans son Myriubiblon la liste et l'analyse de tons les ouvrages sacrés el profanes qu*il avait lus, et donl le pins grand nombre a péri.

Mais c'est surtout depuis l'invention de l'art typographique tpic la bibliographie a pris de l'extension. La multiplicité des livres imprimes, la disparition cl la rareté des manuscrits anciens, ont ouvert un vaste champ aux exploralions du bibliographe, homme précieux dans la république des lettres, et |>ar les travaux duquel bien des savants ont élé mis à portée de consulter sur les objets de leurs études beaucoup d'ouvrages dont ils ne soupçonnaient pas même l'existence.

La science bibliographique;! élé appliquée, soit d'une manière générale aux livres écrits en différentes langues et sur toutes sortes d'objets, soit d'une manière spéciale aux manuscrits ou aux livres imprimés; aux livres hébreux, grecs, latins, etc. ; ;t ceux qui traitent de quelques sujets déterminés : tels que la médecine, la jurisprudence, les mathématiques, les voyages. Plusieurs bibliographes se sont exercés sur les ouvrages anonymes et pseudonymes dont ils ont cherché à découvrir les auteurs ; d'autres ont consacré leurs investigations aux écrivains de leurs pays; les religieux aux écrivains de leurs ordres.

On a fondé aussi des journaux, des feuilles périodiques, comme la Bibliographie de la^France, la Bibliothèque britannique, ijiii enregistrent et analysent tous les mois, truites les semaines, les publications qui ont lieu pendant ce laps de temps.

Les catalogues des bibliothèques publiques, rédigés parles

conservateurs et dont plusieu i-s sont imprimés, ceux des bibliothèques imrliculu'res on des librairies fournissent souvent de précieux documents bibliographiques. Nous citerons, coin; autres, le catalogue des livres de la bibliothèque du due île La Vâinëre, dressé par les libraires <;. De Bure et Nyon, l7Kt-8t, !» vol. in-8".

Parmi les [dus savants bibliographes que l'Europe a produits, nous trouvons, en Suisse, Ccssnor, «aller; en Allemagne, Fabricius, Meusel, Harlos, Ersch; en Italie, Argelati, Eontanini, Paitoni ; en Espagne, Nicolas Antonio; en Angleterre, Egerton-Brydges, Dibdin.

l.a France ne s'est pas moins distinguée dans cette branche de littérature; les vieilles Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et de Duverdicr sont fort utiles pour la connaissance des livres du m* siècle; plus tard, Baillet, (ioujet, Lclong, De Bure ; et, de nos jours Barbier, l'eignot, Beucnot, MM. Brunei, Quérard et beaucoup d'autres ont cultivé avec succès la bibliographie.

Il est une partie de celte science qui nous touche de plus près; t'est celle qui traite des ouvrages sur l'origine et les progrès de l'imprimerie dans tous les pays. Le nombre en est considérable, et nous consacrerons un article social à l'indication des principaux livres composés sur ce vaste sujet.

Le bibliophile (mot formé du grec p<6tiw, livre; çiXtlv, aimer) est l'amateur des livres.

Le tableau que fait un de nos littérateurs (i) de la maison d'un bibliophile ne manque pas de justesse et d';'i-propos :

(I) M. Paulin Paris, .i l'otcnaion d'une vetile <le livres de M. île Monnjin|iié, l'un de un* liililiopinphcs les plus ilisi induis, (Moniteur, mai fSSI.

« Quand on commence à rassembler îles livres, on aime à les voir prendre dans le logis la meilleure place, s'y pavaner avec orgueil... Le cabinet d'étude est bientôt occupé, puis l'arrière-cabinet, puis les couloirs, les corridors. Lue pièce servait de petit salon , les livres s'y introduisent ; on y pratique graduellement des armoires et des cachettes; les dessus déportes étaient décores de charmants tableaux champêtres ; on enferme les paysages dans un vaste réseau de Mercures galants. Quand tous les domaines du mari sont envahis, on frappe chez la maîtresse de la maison ; car, d'ordinaire, le bibliophile est ou devient mari, la passion des ouvrages d'esprit amenant naturellement le besoin d'une conversation enjouée, délicate, ingénieuse.

« Or, quelles (pie soient les dispositions littéraires de la dame de céans, elle ne verra pas sans une sorte de terreur l'arrivée menaçante de tant de volumes en bataillons serrés. Leur a-l-elle cependant ouvert le boudoir? Ils s'y précipitent, sans penser que le boudoir n'avait pas été fait pour eux. Ils vont au delà; rien n'est à l'abri de leurs indiscrètes tentatives. Charles Nodier avait toujours dis volumes sous la toile de son oreiller, et c'est, je m'en souviens, à la suite d'une explication avec l'indulgente et aimable Mme Nodier, (pie l'illustre bibliophile comprit la nécessité de sa première vente. Mais reprenons notre propos. Nous avons laissé les livres dans la chambre à coucher, les voilà dans le salon; chaque jour une nouvelle glace est supprimée à leur profit; chaque jour ils exigent la libre disposition de nouveaux guéridons, tables et consoles. . . »

L'ancienneté des livres, leur rareté, la singularité du sujet de l'ouvrage, du style on de l'orthographe de l'auteur, la confection même du volume, soit par rapport au papier, soil par

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rapporta l'exécution typographique; enfin, la reliure et l'ornementation, quand elles présentent quelque chose de remarquable ou qu'elles sont ducs à des artistes renommés, voilà les motifs qui guident l'amateur dans ta recherche des livres.

On sait quel prix les bibliophiles attachent aux impressions incunables, c'est-à-dire qui remontent an berceau de l'imprimerie, aux éditions des Aide, des Estienne, des Elsevier, des Bodoni, des Didot, aux reliures des Bozerian, des Tiionvcnin et des Simier.

Le fameux Psautier de May en ce, de 1437, un des premiers monuments de l'art typographique, a été acheté 12,000 fr., à la vente du comte de Mae-Cartliy, en 1817, par Louis XVIII, qui en a fait don à la bibliothèque royale. — A la même vente, un exemplaire des Sonetti e trionphi de Pétrarque, imprimé sur vélin à Venise, en 1 473, par Jenson, a été paye 3,000 fr. Les bibliophiles recueillent: encore avec soin ces pamphlets éphémères qui pullulent dans les jours de troubles et deviennent introuvables quand le calme est rétabli, tels que les libelles qui parurent du temps de la Ligue, les Mazarinades du temps de la Fronde. M. Deschiens, instituteur à Versailles, avait réuni la plus riche collection des écrits politiques publiés pendant la première révolution.

Par de singuliers hasards, on retrouve quelquefois des livres bien loin des lieux où ils ont vu le jour; un savant bibliographe, M. Brunet, dans ses Recherches sur Rabelais, mentionne un livre des plus rares, la Généalogie du Grand-Turc, imprimé à Paris, il y a trois siècles, qui ne s'y trouvait plus et qu'un amateur parisien a rencontré à Philadelphie. Le célèbre bibliophile anglais Richard Heher, dont la bibliothèque contenait plus de cent mille volumes, avait inutovir il 1~>

lilcmeiu cherche* dans imite l'Europe un volume français imprimé à Bruges par Colard Mansion ;'i la lin du sv« siècle. Il désespérait de le irouver, lorsque son frère, Ucginald Heber, évéque île Calcutta, lui en envoya un exemplaire qu'il venait <le rencontrer sur les bords du Gange (i).

Les manuscrits et les autographes sont aussi l'objet des investigations des bibliophiles modernes ; avec le prix d'une lettre autographe de Molière, on achèterait une édition complète (le ses œuvres.

Le goût des livres se trouve chez tous les peuples civilisés. Sans parler ici des anciens l'tolémées d'Egypte, de Cbarleinagnc, de Charles V, de Léon X, des Médicis, de François 1er et de tant d'autres princes éclairés qui ont formé, à grauds frais, des bibliothèques plus ou moins nombreuses, suivant les époques, une foule de personnages distingués ont fait dans le même but un noble usage de leur fortune.

Parmi les plus célèbres amateurs de livres, nous citerons, dans le xvn° siècle, le duc de Wolfcnbuttcl, qui dépensait iïO.OOO éens pour acheter des livres ou faire copier des manuscrits; dans le xvur* siècle, le cardinal Dubois, le duc de I„t Vallière, le marquis de Paulray, Mirabeau; plus récemment le colonel Stanley, lord Spencer, clc.

Il existe des sociétés de bibliophiles en Angleterre, ai Krance, eu Belgique et en d'antres pays.

M. Renouant raconte qu'à la vente des livres du duc. de Hoxhiughe, en 1812, les prix passèrent toutes les proporllon connues; il semblait que les guinces ne fussent que «les schclliugs. C'est là qu'un Decamavne ili lioccaccio (Valdarfer, I m) fut paye* 2,2fiO llv. sterling (plus de Si.OOO fr.) par

(1) llulMiu du bibliophile , nclnlire ISr.J.

le marquis de Blandfbrd, maintenant duc de Marlborough, pour en prendre, dit-on, cinq rcuillels, manquant ou gâtés dans un [dus bel exemplaire qui, depuis près d'un siècle, était dans su famille. En mémoire de ce fait si remarquable dans les fasles de la liildiomanie, des amateurs anglais ont formé une société, qu'ils ont nommée Itoxburtjlte club, dans laquelle ils s'eniretiennent exclusivement de ce qui tienl aux livres, tant intérieurs qu'extérieurs ; enfin de tout ce qui est du ressort de la liildiomanie.

Chaque année, le 17 juin, ils célèbrent, par un hanquel, l'anniversaire de la vente du Boccace.

Vu des principaux objets de leur association est l'engagement que prend chacun des membres, dont le nombre ne petit excéder trente et un, de fournir annuellement, et à tour de rôle, quelque ancienne rareté, réimprimée au nombre fixe de trente et un exemplaires pour les seuls membres du Club. Déjà plusieurs de ces réimpressions ont été ainsi distribuées, et, jusqu'en 1819, le choix n'avait pas été porté sur des ouvrages d'un mérite assez réel |wur faire de ces éditions antre chose (jue des singularités bibliographiques; à eetlc époque, elles sortaient des presses de Buhner, Benslcy, Walpy, et de l'imprimerie particulière de M. Boswel, dans l'Ayrshirc en Ecosse (I).

A l'instar des bibliophiles anglais, la France a aussi soi» Koxlmrgtie club, sous le lilrcdcA'ociViVdes bibliophiles frunfttis. Celle sociélé, fondée à Paris en 1834, publie un Itulletm mensuel, consacré à des articles de bibliographie, à l'indication d'ouvrages rares ou curieux.

Enfin, divers opuscules, dont il était difficile de trouver des

U) Catalogue de la bibliothèque d'un nmaleiir, lotnc IV, p, 968.

exemplaires, ont été réimprimés ilans leur forme primitive par les soins de la société ou de quelques-uns de ses membres. Ces fac-similé, sans remplacer les originaux, en offrent du moins l'image; et, n'étant tirés qu'à un pelil nombre d'exemplaires, ils acquièrent ainsi eux-mêmes une cerlaine valeur.

Le procédé litbo- typographique Dupont, à laide duquel ou peut décalquer et reproduire les anciennes impressions et gravures, et dont nous parlerons ailleurs plus amplement, a servi fréquemment à la réimpression d'anciens ouvrages.

Le bibliophile est un amateur, le Mbliomane est tm maniaque : celui-là est guidé, dans la recherche des livres, par un goût éclairé; celui-ci n'a pour règle que sa passion. Il y a entre eux la même différence qu'entre l'homme généreux qui distribue ses dons avec sagesse, et le prodigue qui les jette sans discernement.

En effet, le bibliomanc ne considère pas ce qui peut donner du prix à un livre; il lui suflit d'entasser volume sur volume. C'est une jouissance pour lui de réunir toutes les éditions du même ouvrage, quand même elles ne différeraient que par la qualité du papier.la grandeur des marges, le nombre des lignes contenues dans une page, le nombre des lettres contenues dans une ligne, etc. Dans le siècle dernier, un médecin anglais, le docteur Douglas, avait réuni environ 430 éditions d'Horace.

Le bibliomanc ne se contenle pas non plus d'avoir les meilleures et les plus lidèlcs traductions , il voudrait les avoir toutes.

Il tient beaucoup à être le seul possesseur d'un livre rare, et, parfois, il ne veut le communiquer à personne, semblable à l'avare qui renferme son argent et le soustrait à la circulation. Le bibliomanc prend alors le nom de bibUotaphe, c'està-dire d'cnlerretir de livres.

Tel était à peu prés Naigeon. « Il poussait sa manie à un point excessif, dit M. Renouard (i) : une ligne île marge, tin maroquin un peu plus brillant le faisaient pâlir el pâmer d'aise, quand le livre lui appartenait ; de chagrin et de mecon lentement, quand un autre en était l'heureux possesseur. Chez lui md n'avait le droit d'ouvrir un livre. »

C'est en Angleterre que la liibliomanic a été poussée au plus haut point. La bibliothèque du colonel Stanley, composée seulement de 1 ,130 articles et dont la forma (ion lui avait coûté, dit-on, 2,500 liv. st. (0-2,500 fr.), a produit, à la vente qui en fut faite à Londres, en 1813, une somme de 8,232 liv. st. (205,800 fr.) Un Don Quichote (Madrid, 1605 et 1615, 2 vol. in-1", 1" édit.) y fut vendu 1,050 fr. ; un Orlando furioso de l'Arioste (la08, in-i°, édit. de Fcrrare), 1,573 fr. ; lesCAranfques de Monstrelel (Paris, 1372, 3 vol. in-fol.), exemplaire qui avait appartenu à l'historien Jacq.-Ang. de Thon, 3,100 fr.

Au reste, ces prix fabuleux ne doivent pas effrayer les amateurs moins enthousiastes ; c'est quelquefois pour un motif très-futile qu'un bibtiomane donne une valeur excessive à un livre, qui souvent sera vendu et acheté les deux tiers, les trois quarts de moins au contentement des deux parties.

Ainsi le Décaméron de Boccacc, dont nous avons parlé, el qui fut acheté 34,000 fr. par le marquis de Blandford, à la vente du duc de Koxbiirghc, en 1812, fut racheté, en 1819, par lord Spencer, pour 22,050 fr.

M. Boularil, ancien notaire et homme de lettres, mort en 1825, était renommé pour sa bibliomanie, que la fortune dont il jouissait lui permettait de satisfaire. Après la bibliothèque nationale, la sienne était la plus nombreuse de Paris ; car elle

li) Catalogue <le MtWkêHK 'imi tmaitur.

se composait de 500,(100 volumes. I m le voyait ions les jours tlcv.ml les libraires-étalagistes l'aire dus acquisitions et remplir ses larges poches de livres; il eu achetait même des lois considérables sans les regarder. Propriétaire d'une vaste maison, quand le logement qu'il y occupait fut encombré, il donna successivement congé à tous ses locataires et transforma leurs appartements en dépôts de livres. On comprend qu'une telle conduite devait prêter au ridicule; cependant celte bibliomanic caciiait un acte de générosité ; le but de cet homme honorable était de venir en aide au commerce de la vieille librairie, donl l'utilité est si bien appréciée par les litléraleurs peu aisés, ,

On ne peut se figurer combien est forte chez quelques personnes la passion de la bibliomanic, cl à quels excès eetle passion peut entraîner parfois les bibliomancs.

On a vu de nos jours un membre de l'Institut, professeur au Collège de France, chargé par le Gouvernement d'inspecter les principales bibliothèques et profitant de cette mission pour commettre de nombreuses soustractions de livres rares et précieux, évalués à près de 400,000 francs.

Du reste, celle passion étrange parait être commune aux autres antiquaires. Il y a quelques années, les journaux ont rapporté le Tait suivant :

l'n soir, M. de S. .., antiquaire célèbre, lui volé de samontre à la sortie de l'Opéra. Parmi les cachets qui ornaient la chaîne se trouvait un magnifique camée antique, représentant l'empereur Adrien: ce bijou est connu, dans le inonde des artistes et. des archéologues, par le fini du travail el la beauté de la pierre. SI. de S. . . lil sa déclaration à qui de droit ; mais il n'enlendil plus parler de sa montre, Dernièrement seulement, un commissionnaire lui apporta une boîte, en annon-

Dlgilizcd D, Co

(,:ini que le porl en avait éié payé. Celle boite contenait bien l;i montre et l;i chaîne, mais le camée manquait M. de S. . . phi sou parti cl racontait gaiement lu chose, lorsqu'il lui arriva un onlre (le comparaître par-devant le juge d'instruction.

On avait arrêté à une vente de curiosités un homme soupçonné d'avoir volé plusieurs objets d'antiquité. Conduit chez le. commissaire, cet homme avait été reconnu pour être M. de. . . , collectionneur des plus passionnés. Dans une perquisition faite à son domicile, on avait retrouvé, entre heauconp de raretés dont il ne pouvait justifier la possession, le fameux camée de l'empereur Adrien. Interrogé de qui il tenait cette précieuse antiquité, il avoua naïvement que pendant deux ans il avait suivi M. de S... pour la lui enlever, et qu'un soir ayant trouvé moyen de s'en saisir, il n'avait pas craint de commettre un vol pour en devenir propriétaire, mais qu'il avait religieusement renvoyé à M. de S. . . la montre et la chaîne à laquelle était appendue la pierre gravée ! . . .

Parmi les bihliomanes les plus illustres de notre époque, nous citerons M. Verlieyst, le premier bouquiniste de l'Europe, et probablement des cinq parties du monde, mort récemment à Bruxelles dans un âge avancé.

JI avait fondé une maison à plusieurs étages, aussi grande et aussi haute (prune église, disposée pour contenir environ trois cent mille volumes rangés par ordre de matières dans les enfilades de chambres recevant le jour d'un seul cillé, le côté du midi et du jardin de la maison.

Jamais un livre nouveau n'entra chez H. Verbeysl: c'est ce qui lit sa fortune.

A ce premier nom, joignons celui de Charles Molleley, mort au mois de septembre IK-SO. C'était un des bihliomanes les plus ardents et le* plus fougueux qui aient jamais existé. Il

égua par son testament sa bibliothèque Ma nation française, sons les auspices du Président de la République.

M. Moltelcy possédait la plus riche et la plus nombreuse réunion d'éditions elseviricnnes, le plus magnifique musée de reliures françaises et étrangères, le plus curieux cabinet de livres rares, rie manuscrits à miniatures, etc. : tout cela forme un ensemble fort intéressant qui témoigne des soins intelligents et éclairés du collecteur.

Voici le texte du codicille en vertu duquel le Gouvernement csi appelé a recueillir le legs de M. Motteiey :

« Je donne de mon vivant et, en cas de mort prématurée, je lègue à la nalion française, sous les auspices de M. le l'résident de la République, ma remarquable bibliothèque, à condition que le Gouvernement la fera placer dans une galerie ou salon portant celte inscription : Musée bibliographique formé par le bibliophile Motteiey. »

Le donateur exige, par un autre article du testament, que notre savant bibliophile Paul Lacroix soit spécialement chargé de rédiger une notice sur sa bibliothèque, et d'en composer le catalogue, qui devra passera la postérité. 11 demande, en outre, que ce travail important soit rémunéré d'une manière digne du Gouvernement français.

Malheureusement tous les collectionneurs de livres ne savent pas faire un emploi aussi judicieux des richesses bibliographiques qu'ils ont amassées au prix de tant de peines el de si grands sacrifices. Trop souvent ces richesses passent en la possession de gens qui ne savent en apprécier ni l'utilité ni le mérite, cl n'ont rien de plus pressé que d'en tirer le plus d'argent possible dans les ventes publiques. C'est ce qui arriva, pour n'en citer qu'un exemple, des livres du marquis fie Clial.ibrc, bibliomane célèbre, qui avait légué sa biblioUiè-

que à M1U Mars. Celle bibliothèque était réellement <lu plus grand prix, mais M"* Mars lisait peu ou plutôt ne lisait pas du lout. Elle chargea Merlin, son ami, de classer les livres du défunt et d'un faire la vente. Merlin s'acquitta de cette mission en toute conscience; il feuilleta et refeuilleta si bien chaque volume, qu'un jour il entra dans la chambre de M"» Mars, tenant trente à quarante billets lie mille francs, qu'il déposa sur une table.

— Qu'est-ce que cela, Merlin ? demanda M"' Mars. — Je ne sais, Mademoiselle, dit celui-ci. — Comment, vous ne savez* Mais ce sont des billets de banque. — Sans doute. —Où donc les avez-vous trouvés? — Mais dans un portefeuille pratiqué sous la couverture d'une Bible très-rare. Comme la Bible était à vous, les billets de banque sont aussi A vous.

M!Ie Mars prit les billets de banque qui, en effet, étaient bien à elle, et eut grand'peine à faire accepter à Merlin, en cadeau, la Bible dans laquelle les billets de banque avaient été trouvés.

Quant aux autres livres, auxquels il semble que cette anhaine inattendue aurait du servir de rançon, ils n'en furent pas inoins vendus aux enchères et à beaux deniers comptants au pro/it de Ja légataire.

Ainsi se trouvent trop souvent dispersées des collections savamment et laborieusement faites, et qui, par leur ensemble, auraient pu rendre les plus grands services aux arts, aux sciences, aux lettres et même à l'industrie. Aussi, avec une plus grande masse de livres, avons-nous moins de bibliothèques particulières qu'autrefois; nous devons donc savoir gré à ceux qui ne bornent pas leurs soins à une jouissance égoïste de leurs bibliothèques, mais en assurent après eux la conservaiion, soit dans leurs familles, soit dans les mains de l'État.

VII, Selon son élyuiologie grecque, le mol bibliothèque signifie dépôt de livres, lieu destiné à mettre des livres.

Pour en déterminer l'origine, Il est permis de supposer (|iie, dans les sociétés déjà organisées, les cliefs politiques et religieux eurent des endroits destinés au dépôt des livres qui concernaient l'histoire nationale cl l'administration de l'État, ou les cérémonies du culte. N'y pénétrait pas qui voulait. On se bornait à publier oralement, ou bien à inscrire sur des labiés de pierre ou d'airain ce, qui était d'un intérêt général. Ce lui par une faveur particulière que les prêtres d'Ègypte permirent à Hérodote de prendre connaissance de leurs annales.

Plus tard, la vanité suggéra aux particuliers l'idée des archives de famille, et, quand on lit des livres, le besoin de les conserver donna l'idée dos bibliothèques privées aux personnes assez opulentes pour acheter de quoi les garnir; car, ainsi que nous l'avons vu, les livres chez les anciens et même chez les modernes, avant l'invention de l'imprimerie, se vendaient très-cher.

C'est pour venir en aide aux hommes studieux, niais qui n'ont pas le moyen de se procurer les livres nécessaires ù leurs éludes, que les gouvernements, que des princes ou de riches personnages ont fondé des bibliothèques publiques.

Ces institutions remontent à une haute antiquité. On en trouve riiez les Égyptiens, chez les Hébreux, chez les Grecs, chez les Romains, An moyen ;lge, les bibliothèques étaient concentrées dans les monastères et dans les maisons prineicres.

Enfin, l'invention de l'art typographique reproduisit on lit naître une quantité prodigieuse de livres. Dis bibliothèques publiques el particulières se formèrent de toutes parts et propajîèrcni l'instruction dans louies les classes de la société.

En France, avant la révolution, chacun îles ordres de l'État avait sa bibliothèque, chaque conveiil possédait la sienne. Les personnes île robe ei d'épée tenaient à honneur, comme il est encore d'usage en Angleterre, de conserver de père en lils ta bibliothèque paternelle, que chaque descendant augmentait selon ses goûts on les besoins de sa profession. Telles étaient celles des de Thoxi, des Colbert, des Letellier, des Hethune, des Soitbise, des La Vallière, ùcsd'Aguesseau, des Paulmy, des Lamoignon , des Séguier, des Biienne des Choiseul, et celle de Greffier de Servières, h Lyon, ce généreux et confiant bibliophile, qui, sur tous les beaux livres de sa bibliothèque, ne craignit point de mettre celle inscription : Sibi f( amicis.

Les bibliothèques les plus considérables et les mieux choisies de l'antiquité furent celles des Égyptiens.

Selon Diodore de Sicile, Osymandias, successeur de Protce et contemporain de Priam, roi de Troie, fonda la première bibliothèque à Ttaèbes en Egypte. Celte bibliothèque était magnifique. On lisait sur le frontispice ces mots, écrits par ordre du prince égyptien : te Trésor des remède» de Tàme

Il y avait aussi à Hcmphîs, aujourd'hui le Grand Caire, une très-belle bibliothèque renfermée dans le temple de Vulcain. Nam-raies accusa Homère d'avoir volé , dans cette bibliothèque, l'Iliade et ['Odyssée, qu'il donna dans la suite comme étant ses propres œuvres.

Mais la plus grande et la plus fameuse bibliothèque de l'ancien monde fut celle d'Alexandrie, qui posséda, au rapport de tous les historiens, jusqu'à 700,000 volumes (1).

(f| Il est lion «le remarquer qui' les volume; iiiaintsrril* dut anciens riaient loin (l'équivaloir a nos livre* imprimes. Souvent mi appelait volumes

Ptolémée Soter, morl "283 ans avant J.-C. , en l'nl le fondateur. Elle fut augmentée par Plolémée Phtladelphe, son lils, et par les successeurs de celui-ci, entreaulres par Ëvcrgèles II. Cette bibliothèque fut divisée en deux parties : les 400,000 premiers volumes furent déposes dans le quartier de la ville appelé le Brucliium; les livres nouveaux, cpti à la longue atteignirent le nombre de 300,000, formèrent une bibliothèque supplémentaire établie dans un autre quartier , appelé le Sérapéum.

La bibliothèque principale ayant été incendiée, lors de l'entrée de César a Alexandrie, il ne resta (pie les 300,000 volumes du Sérapéum, qui s'augmentèrent toutefois des livres des rois de Pergame, dont Antoine Dt présent à la reine Cléopâlre.

Lorsque les Musulmans s'emparèrent de l'Egypte, en 642, relie nouvelle bibliothèque fut livrée aux flammes par ordre du calife Omar. Son général Amron, sur les représentions du bibliothécaire Jean le Grammairien, hésitait à accomplir celte œuvre de destruction ; mais le calife lui en réitéra l'ordre : « Si les livres de cette bibliothèque, répondit-il , con- « tiennent des choses contraires au Koran , ils sont mauvais, « et il faut les brûler ; s'ils ne contiennent que la doctrine du « Koran, brûlez-les encore, ils sont superflus. »

Attale, roi de Pergame, et son fils Eumènes, pour rivaliser avec les Plolémées, avaient fondé, an ii° siècle avant Jésus- Christ, mie bibliothèque, qui devint aussi fort célèbre. Elle

de* d vis ons d'un même oowige : ainsi , If poème de Vtliadt, en vinglnualre cliauis ou livres, formait vi nul- quatre volumes. Les bibliolbènues les plus renommées dans l'antiquité, pour le nombre de livres qu'elles contenaient, ne peuvent donr pas, sons ce rapport, être comparée* aux bibliothèques moderne*

renfermait, selon Plutarque, 200,000 volumes lorsqu'elle fut donnée par Antoine à la reine d'Egypte, comme nous venons de le dire.

Les Juifs, outre leur bibliothèque sacrée qui renfermait les livres saints, possédaient encore une bibliothèque dans chaque synagogue.

Il en existait une entre autres a Gaza où l'on trouvait d'anciens livres qui présentaient des ligures d'animaux et des signes à la manière des Égyptiens. On croit que ces livres provenaient de la bibliothèque d'Alexandrie.

La bibliothèque de Nïnive fut célèbre au n" siècle avant Jésus-Christ. Un envoyé du roi d'Arménie, en fouillant à cette époque dans les archives de Ninive, y trouva des manuscrits qui venaient de sa pairie, d'où ils avaient été enlevés lorsqu'elle fut conquise par Alexandre le Grand.

L'n grand nombre de livres qu'on avait amassés dans les temples de Nisibe et de Sinope furent transportés a Edesse sons la domination romaine.

La bibliothèque d'Edesse devint alors fort importante. Elle fut divisée en deux parties, l'une consacrée aux ouvrages écrits en syriaque, l'autre aux ouvrages grecs.

Diodore de Sicile parle d'une bibliothèque considérable que possédait la ville de Suze en Perse. Celle d'Ardevil, dans la même contrée, était aussi très-belle. La bibliothèque de Césarée jouissait également d'une certaine réputation ; elle avait été fondée par Jules Africain.

La première bibliothèque grecque fut celle d'Athènes, établie par Pisistrate. Xerxès, lors de son invasion en Grèce, la lit transporter en Perse; mais plus tard elle fuL restituée aux Athéniens par Séleucus Nicanor.

Peu d'historiens ont parlé des bibliothèques grecques. Les

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