‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 15 sur 43 · TOME M- It · texte numérisé non relu

TOME M- It

hebdomadaires cl mensuels. Dans les autres villes île la péninsule, lant espagnoles <[iie portugaises, la presse périodique a pris le même essor.

Dès 14)10, on publiait à Anvers une gazette en flamant), composée par l'imprimeur Abraham Werhœven. En 11331 parut à Bruxelles la première gazelle en langue français?, rédigée à l'imitation de celle de Paris. Plus tard, d'autres journaux écrits en français s'imprimaient en Belgique, tels (|ue le Journal encyclopédique, dirigé par P. Rousseau (1756-91 , 288 vol. in-12) ; V Esprit des journaux (1772-1818, 498 vol.).

La Belgique compte actuellement (1831) environ cent qnalrc-vingls publications périodiques. Il parait à Bruxelles plus de vingt journaux quotidiens; c'est plus que n'en avait il y a quelques années tout le royaume.

Pendant le xvn* siècle, d'importants journaux scientifiques et littéraires parurent en Hollande, où les auteurs trouvaient une plus grande liberté d'écrire. Ainsi Bayle commença en 1684 , à Amsterdam , les Nouvelles de la république des (fifres. Vers la même époque, i. Leclcrc y publiait la BiMiothèque universelle; H. Basnage, à Rotterdam, V Histoire An ouvrages ries savants, etc. Ces diverses publications étaient écriies eu français. La Gazette de Leyde , journal politique rédigé aussi en français et qui obtint une certaine célébrité, date de 1738. Les principales villes de la Hollande ont aujourd'hui leurs feuilles publiques, mais imprimées dans la langue nationale.

La première feuille publique d'Allemagne, l'Auto, parut en 1612. Le Journal de Francfort, publié par Emmel, en 1613. se continue encore el compte ainsi près de deux siècles et demi d'existence.

Les Acta eruditorum, imprimés à Leipzig, sont un des plus anciens et des plus célèbres journaux littéraires d'Allemagne. La collection, de 1(!82 à 177(i, forme 117 vol. in-i".

Sous le règne du grand Frédéric, Nicolaï publia en 1765, à Berlin, la Bibliothèque allemande universelle, qui a été continuée et qui, en 1806, formait 236 volumes.

En 1833, l'Allemagne possédait sept cent quatre-vingts journaux scientifiques, littéraires, religieux, philosophiques, agricoles, administratifs, etc. Ijjs journaux politiques y sont beaucoup inoins nombreux. Nous citerons, parmi les principaux, l' Observateur autrichien, la Gazette d'Augsbourg, le Journal de Francfort, le Moniteur prussien, le Mercure de Souabe.

L'effervescence de 1818 enfanta aussi dans celte contrée plusieurs centaines de journaux, dont la plupart n'ont |Kis survécu aux circonstances qui les avaient fait naître.

La première gazelle publiée dans le royaume de Danemark dale de 1644.

Aujourd'hui, le plus ancien des journaux de Copenhague est le Berlingske tidende (Gazelle de Berling), ainsi appelé du nom de son fondateur. Le 3 janvier 18111, les ouvriers typographes de ce journal ont célébré le centième anniversaire de la publication de son premier numéro, et ont offert un vase d'argent à MmB Berling, veuve du dernier descendant du fondateur de cette feuille dont elle est actuellement propriétaire et imprimeur.

Le nombre îles publications quotidiennes, hebdomadaires ou mensuelles , s'élève en Danemark à près de cent.

l*a Suède compte aussi beaucoup de journaux el de recueils périodiques.

La plus ancienne des feuilles publiques de Russie est la

Gazette (le Saint-Pétersbourg, publiée par ['Académie des sciences de cette ville dès 1703, sous le règne de Pierre le Grand.

Il existe actuellement dans l'empire environ 130 journaux, dont près de la moitié s'impriment dans la capitale. La plupart sont rédigés en russe; un assez grand nombre en allemand ; quelques-uns en polonais, en français, en anglais.

La Pologne, malgré ses démembrements, possède dans ses diverses parties plusieurs journaux écrits dans la langue nationale.

Il y a environ vingt ans qu'on publie à Constant! noplc deux journaux : le Moniteur ottoman, rédigé en turc, et la Gazette île Conxtantinople, rédigée en langue française. De la le journalisme n'a pas tardé à s'introduire dans les autres provinces de l'empire turc, tant en Europe qu'en Asie. Depuis 1811 on imprime à Jassy, capitale de la Moldavie, un recueil périodique, scientifique et littéraire, en français, intitulé le Glaneur moldo-valatitte ; il y avait déjà en cette ville un journal nisse, Y Abeille du Nord. Dans ces dernières années, des journaux ont été fondés à Smyrne, à Jérusalem, dans l'Ile de Candie. Au reste les publications périodiques sonl en usage aujourd'hui cnez presque tous les peuples de l'Asie.

Il se publiait déjà dans la Perse une gazelle officielle litbographiée, lorsque, au commencement de 1851, un Anglais, nommé Burgess, a établi, avec la permission du sebab, une imprimerie à Téhéran, et a fondé dans cette capitale un nouveau journal, rédigé en persan.

Les Anglais qui possèdent la plus grande partie de l'Hindoustan ont fondé, dans les principales villes, des imprimeries et des journaux. Le goùl du journalisme s'est propagé parmi les indigènes, el plusieurs feuilles politiques et litté-

mires, rédigées en Jiitt Joustani et lithographiées élégamment, paraissent à Bombay, à Matins, à Dehli, etc.

Depuis que les missionnaires ont fait connaître la typographie européenne & la Chine, les journaux s'y impriment en caractères mobiles.

La Gazette de Pékin est le journal officiel du gouvernement; elle parait tous les jours et on la placarde sur les murs de la capitale. Des copies en sont adressées aux principaux fonctionnaires de l'État. Une entreprise particulière la fait réimprimer en un cahier de dix à douze pages pour la vendre dans les différentes villes de l'empire.

Le 1" janvier 1850, il a paru un nouveau journal, le Moniteur de Pékin, <pri s'imprime aux frais des liants mandarins et qui est envoyé gratis aux fonctionnaires inférieurs.

Les relations de l'Europe devenues aujourd'hui plus fréquentes avec la Chine y propagent le journalisme. Déjà les Anglais ont publié dans l'Ile de Hong-Kong, qu'ils nomment Victoria, la Gazette de Hong-Kong et l'Ami de la Chine (The Friend of China).

On trouve aussi quelques journaux en Afrique, surtout dans les possessions des Européens.

Pendant le peu de temps que l'Egypte fut occupée pai les Français (de 1798 à 1801), l'imprimerie que Bonaparte avait établie au Caire publia deux journaux, le Courrier du Caire et la Décade égyptienne. En 182-2, le vice-roi Mébémel-Ali fonda à Boulait, près du Caire, une imprimerie d'oii sort un journal français, arabe et turc.

Depuis que l'Algérie est devenue colonie française, il s'y public plusieurs journaux, dont les principaux sont le Mvniteur algérien et l'Akhbar.

Ce n'est qu'au commencement du xviir siècle que le jour-

nalismc su naturalisa en Amérique. Auparavant on se bornait, dans quelques colonies, à réimprimer les gazelles que l'on recevait d'Europe. Le premier journal américain, intitulé The Boston news letter, fut publié en 1704 par un Écossais, nommé John Campbell, libraire et maître de poste a Boston, dans la Pensylvanic, alors colonie anglaise. Cette feuille paraissait une fois par semaine et se continua jusqu'en 1776.

Un second journal, The Boston gazette, parut le 21 décembre 1719, et un troisième, The new Engtanà courier, l'ut publié en août 1721 ; l'un et l'autre étaient imprimés par James Franklin, frère ainé de Benjamin Franklin, qui était en apprentissage chez lui et qui devint un des collaborateurs de ces deux feuilles. Plus tard, Benjamin s'élant établi imprimeur à Philadelphie fonda dans cette ville un nouveau journal.

Depuis cette époque les journaux se sont multipliés prodigieusement en Amérique. Les diverses colonies européennes, l'empire du Brésil, les autres lîtals indépendants ont leurs feuilles publiques; mais c'est aux États-Unis que l'on en compte davantage : il y en a 2,800, dont 330 paraissent tous les jours, 2,000 toutes les semaines, cl les autres à des intervalles plus ou inoins éloignés. iîOO, parmi ces différents journaux, sont rédigés en allemand, une trentaine en français; presque tout le reste est en anglais. On y traite de politique, de sciences et même de littérature, mais surtout d'agriculture, d'industrie, de commerce et de navigation.

La dimension dus journaux américains est encore plus grande que celle des feuilles anglaises ; un journal quotidien aux États-Unis et dans la Grande-Bretagne équivaut à un volume in -8° ordinaire.

Lies sectaires appelés Mormons sont établis, au nombre de

plus de trente mille, dans les montagnes roclieuses de l'Ulali, où ils ont bAti l;t ville île Nauvoo, qui renferme un temple à l'usage de la nouvelle religion. Vers 1844, plusieurs dissidents fondèrent à Nauvoo un journal, intitulé The ExpotUor (le Révélateur), dans le premier numéro duquel ils attaquaient leurs anciens coreligionnaires. Le conseil supérieur des Mormons décréta la suppression de ta feuille, et aussitôt deux cents fanatiques vinrent briser les presses et rasèrent la maison où s'imprimait le journal, dont les rédacteurs se réfugièrent à Cartilage, ville île l'Illinois, l'un des États de l'Union. Sur leur plainte des mandats d'amener furent décernés contre les instigateurs présumés de cet acte de violence. Les Mormons n'en tinrent compte et s'apprêtaient à résister, lorsque Joseph Smith, fondateur de la secte, et son frère Hirum leur firent déposer les armes et allèrent euxmêmes se constituer prisonniers à Carthage, d'après l'invitation du gouverneur qui avait promis de les préserver de toute insulte; mais, la populace ayant forcé les portes de la prison, les deux frères Smith furent tués. Les Mormons n'en ont pas moins continué à dogmatiser et ont même envoyé quelques apôtres en Europe pour y faire des prosélytes. Ils prétendent professer le christianisme en prêchant et en pratiquant la polygamie; et, malgré les réclamations des journaux américains, celte doctrine est enseignée dans une revue mensuelle intitulée The Seer (le Voyant), rédigée et publiée à Washington par Orson Pratl, l'un des chefs de la secte.

Bon nombre de journaux se publient dans l'Océanie. il y en a aujourd'hui dans les îles Sandwich. M. Bruat, lorsqu'il commandait le protectorat de France à Taïti, fonda aussi dans celte île un journal auquel la reine Pomaré s'empressa de s'abonner.

III. Le journalisme comprend un grand nombre de catégories. Indépendamment des journaux qui ne contiennent que des annonces judiciaires ou mercantiles , il y a des journaux consacrés aux sciences, aux arts, à la littérature : les uns mil une spécialité, par exemple, l'agriculture, l'administration, la jurisprudence, la médecine, la physique, la musique , le théâtre; les autres ont un cercle plus étendu et embrassent tous les travaux de l'intelligence humaine, tels sont les nombreux recueils périodiques appelés Revues.

Il existe aussi une sorte de publications ou de macédoines qui s'occupent de littérature, de beaux-arts, de voyages, d'histoire , d'archéologie , de physique , d'histoire naturelle, etc., etc., et qui sont enrichies d'illustrations, c'està-dire de gravures en bois imprimées dans le texte ; tels sont en France le Magasin pittoresque, le Musée des familles, cl en Angleterre le Gentleman's magazine, le premier en date (1731).

Les journaux dont nous venons de parler se publient ordinairement par cahiers à des époques déterminées. » La publication quotidienne n'a guère lieu que pour les journaux politiques, dont chaque numéro contient une feuille d'impression. Le format en était assez exigu autrefois; mais depuis quelque temps il a pris, surtout en Angleterre cl en Amérique, des dimensions énormes.

Outre les annonces, les nouvelles, les actes du gouvernement, les comptes rendus des séances des assemblées, des académies ou des audiences des tribunaux, et de longues dissertations sur les affaires publiques, ces journaux traitent aussi des matières scientifiques, littéraires et artistiques ; ils analysent tes ouvrages nouveaux, les pièces de théâtre; ils publient, dans une série de feuilletons des romans en nlu-

- Ko -

sieurs volumes. Eu un mot, c'est nue espèce de panorama encyclopédique, et l'on peut dire que, sous plus d'un rapport, le journalisme actuel fait une rude concurrence au commerce rie la librairie.

Au reste, comme les discussions littéraires et surtout politiques auxquelles se livrent les journaux s'appliquent à des actualités, elles sont presque toujours passionnées et dégénèrent parfois en personnalités ; cela résulte en quelque sorte rie la nature de ces publications. La polémique est leur vie, et l'on se tromperait souvent si, des déliais animés des journaux, on concluait que l'agitation publique est extrême. Convenons cependant qu'ils sont bien capables de la faire naître; l'expérience, depuis la fin du siècle dernier, en fournirait plus d'un exemple.

Enfin, sans parler de ces nouvelles inventées à plaisir, de ces mystilications désignées sous le nom rie puf, et dont les journalistes régalent quelquefois leurs lecteurs, on reproche encore à la presse périodique un empressement irréfléchi a rapporter des faits dont un examen plus attentif et ries informations plus sérieuses auraient démontré la fausseté, et qu'on est obligé de démentir le lendemain. Si, comme cela peut arriver, le fait cou trouvé est susceptible d'alarmer îles familles sur le sort de quelques-uns de leurs membres, la publication en est doublement regrettable.

Le journalisme n'a pas laissé sans réponse les attaques dirigées contre lui. Il est une objection, dit la Itevue britannique (1), que répètent avec complaisance certaines personnes qu'importune le contrôle exercé par les journaux sur leur vie publique. Elles prétendent que la presse est fort

(l) llevue britannique, 1" Ȏrie, t. V, 18iG.

dangereuse, attendu que c'est un instrument Irès-actif de calomnie.

Cette objection s'évanouit quand on considère <|iie la presse, qui sert merveilleusement à corriger les erreurs générales, n'est pas inoins utile pour réfuter les bruits injurieux répandus à tort contre des particuliers. L'action de la loi elle-même paraîtra faible et bornée si on la compare aux services que la presse périodique rend à des milliers d'individus, en leur fournissant les moyens de défendre publiquement leur lionneur et leur innocence. S'il lui arrive de se tromper, l'erreur est rectifiée avec autant de rapidité qu 'elle s'élail produite.

Suivant le géographe Balbi, plus de 3,000 journaux se publiaient dans les diverses contrées de la terre en 1832. Dans ce calcul l'Europe ligurait pour 2,141 et l'Amérique pour 978; mais, depuis celle époque, le nombre des feuilles publiques s'esl considérablement accru dans tous les pays et pourrait bien aujourd'hui être porté à ti.OOO. En Europe, c'est la France el l'Angleterre où les journaux sont le plus nombreux; mais les États-Unis d'Amérique en publient encore davantage.

Le tilre d'un journal, comme celui d'un livre, est une propriété littéraire qui ne peut tomber dans le domaine public que lorsque la feuille qui le porte a cessé d'exister. Plus d'un journal a été condamné par les tribunaux pour avoir pris un litre identique à celui d'une autre feuille existante; mais il esl des dénominations banales qu'on ne saurait interdire. Combien de livres, par exemple, sont intitulés Dictionnaire historique. Grammaire française! Il y a de même poulies journaux une foule d'appellations génériques : Annales, Archives, Bulletin, Chronique, Courrier, Gazette, Journal,

.Magasin, Messager, Moniteur, Postillon, Revue, etc., etc., auxquelles, il est vrai, on joint une épitlièle distinclive : Journal (les Débats, Journal du Palais, Journal des Chasseurs; Gazette de Franec, Gazette des Tribunaux; Courrier de la Gironde, Courrier de la Moselle; Revue encyclopédique, Revue britannique. Dans telle niasse énorme de journaux publiés en France depuis 1789 et nui ont disparu successivement après une existence plus ou inoins longue, beaucoup ne différaient dans l'intitulé que par de légères variantes ; il y avait simultanément : l'Orateur du peuple, l'Avocat du peuple, l'Ami du peuple, l'Ami des citoyens, l'Ami des patriotes, l'Ami de la constitution, l'Ami de la révolution; puis l'Ami du roi, titre sous lequel paraissaient trois journaux à la fois. Le nom de Père Duchesne figurait aussi en léte d'une foule de journaux démagogiques. 11 y avait force Courriers, Chroniques, Postillons.

A des noms communs plus ou moins modifiés certains journaux préfèrent, comme plus remarquables, des noms particuliers, quelquefois même assez excentriques. Ainsi il y a eu ou il y a le Voleur, le Menteur, l'Argus, le Nain jaune, Brid'oison, le Figaro, le Charivari, etc.

Plusieurs feuilles publiques reprirent, à différentes époques, les titres de journaux qui les avaient précédées. Pendant la révolution de 1848 on vit reparaître des Père Duchéne, des Sans-Culotte, des Ami du Peuple.

Les titres renouvelés ne s'appliquent pas toujours à des journaux de même nature. Après l'extinction du Journal de Paris, qui fut si longtemps une feuille politique, il parut nu Journal de Paris qui était un programme des théâtres.

Enfin, il n'est pas rare de trouver, dans des pays différents, des journaux portant le même litre, soil par imitation, soil

par rencontre fortuite. L'Angleterre avait déjà son Globe , son Times (Temps), lorsque la France eut aussi un Globe et un Tempe; nous avions l'Époque quand la Epoca fut créée en Espagne. Nil novum sub sole.

La presse périodique, si rapide, si influente, a toujours été particulièrement surveillée. Autrefois elle était soumise, dans presque tous les États de l'Europe, à une censure rigoureuse. En Angleterre même, où elle jouit d'une liberté qui dégénère souvent en licence, une ancienne et cruelle pénalité pesé toujours sur elle, comme nous l'avons déjà fait remarquer; mais, depuis plus d'un siècle, on ne l'applique pas. Aux États-Unis d'Amérique, la liberté illimitée de la presse provoque quelquefois la fureur populaire contre certains journaux dont les imprimeries sont alors saccagées. En France, des excès semblables ont eu lieu à des époques de réaction ; mais le journalisme y fut encore frappé plus rudement |iar les gouvernements révolutionnaires : les exécutions sanglantes de 1793 et 9i, sous la Convention, les déportations de fructidor, sous le Directoire, étaient de terribles restrictions à la liberté de la presse.

Sous l'Empire, la censure préalable était imposée aux journaux.

La Restauration, sauf en quelques circonstances où la censure fut momentanément rétablie, rendit la liberté aux journaux, à la condition de répondre de leurs articles devant les tribunaux. Sous le gouvernemenldejuillet, l'appréciation des délits de presse attribuée à la police correctionnelle fut soumise au jury. Mais, comme la plupart des articles insérés dans les feuilles publiques étaient anonymes, la responsabilité ne pesait que sur les gérants. En 1850, M. de Tinguy, représentant iln peuple à l'Assemblée nationale, lit introduire

dans la loi du 16 juillet, sur la presse périodique, une imposition portant que tous les articles de journaux qui présentent un cas de responsabilité seront signés par leurs auteurs, el cette législation est toujours en vigueur.

Depuis les événements de décembre 183) , de nouvelles modifications ont été apportées aux lois sur la presse périodique. Les journaux politiques restent soumis au timbre el au cautionnement; ils ne peuvent paraître sans l'autorisation préalable du gouvernement; la publication des débals judiciaires leur est interdite en certains cas; ils ne doivent rendre compte des séances des corps constitués qu'en reproduisant les articles ou les procès-verbaux insérés dans le Moniteur; les délits de presse sont portés devant les tribunaux de police correctionnelle; un journal peut être suspendu par voie administrative et supprimé par condamnation judiciaire ou par mesure de sûreté générale.

IV. Le journalisme moderne a toujours compté parmi ses rédacteurs des écrivains éminents. Beaucoup de savants et de littérateurs ont prêté leur collaboration a la presse périodique,

En Hollande, Bayle rédigeait les Nouvelles lie la république des lettres. En France, Fontenelle, de Guignes, Lalande, Daunou , etc. , travaillèrent successivement au Journal des savants; Marmonlel, La Harpe, Fontanes, Chateaubriand, au Mercure àe France. En Angleterre , Addison et Steelc publièrent le Spectateur; plus tard, Henri Brougham, Sydney Smith, James Maekinlosb Tondaient en 1802 la Revue d'Édimbourg.

Depuis que la politique a pris une si grande place dans les journaux, des pnblicisles ont concouru à leur rédaction ; plus d'un homme d'État y a fait ses premières armes. C'est surtout à l'époque de la révolution française de 1789 qu'une foule tomk it. 20

d'écrivains, appartenant à toutes les opinions, s'élancèrent dans l'arène Un journalisme pour dérendre et propager leurs doctrines.

Un des premiers fut le célèbre Mirabeau. II venait d'être nommé, par la sénéchaussée d'Aix en Provence , député du Tiers-État aux Étals généraux , lorsqu'il publia, quelques jours avant l'ouverture de l'assemblée, le prospectus d'un journal qu'il se proposait de rédiger sous le titre d'États- Généraux. Il en lit paraître le premier numéro le 2 mai , et le second le 5 mai 1789 ; mais la hardiesse de langage du rédacteur, déjà connu par ses écrits politiques , alarma le ministère et provoqua deux arrêts du conseil d'État, dont l'un , du (> mai, défendait de publier sans permission des journaux ou écrits périodiques, et l'autre, du 7 mai, supprimait la feuille intitulée les États-Généraux.

Target dénonça cet arrêt à l'assemblée électorale du Tiers- État de Paris , qui réclama contre la mesure ministérielle et demanda la liberté provisoire de la presse, spécialement pour les journaux. Le garde des sceaux déclara, au nom du roi, le 19 mai, que les journaux pourraient rendre compte des délibérations des États généraux, mais sans y ajouter des réflexions ou des commentaires.

Quant à Mirabeau , en protestant énergiquement contre celte restriction apportée à la liberté de la presse, que déjà il regardait comme un droit acquis, il écrivit à ses commettants qu'il allait leur adresser une série de lettres destinées à continuer son journal des États-Généraux. Du 10 mai au 25 juillet 1789 il publia dix-neuf Lettres à mes Commettants ; chacune formait un cahier in-8°, contenant bien souvent deux ou trois feuilles d'impression. Ces lettres sont écrites avec la véhémence qui caractérisait le fougueux tribun.

Le vingtième cahier parut sous le titre de Courrier de Provence, et portail le numéro 20 , pour indiquer que ce nouveau journal était la continuation des Lettres. Cependant, depuis le commencement de 1790 jusqu'à sa mort, 3 avril 1791 , Mirabeau ne fournissait plus que de rares articles à cette publication, qui fut continuée par ses collaborateurs jusqu'au 350e numéro, 30 septembre 1701 , jour de la dernière séance de l'Assemblée constituante.

Le journal fondu par Mirabeau forme 17 volumes in-ti° d'environ «30 pages chacun, comprenant une période de deux ans.

Mirabeau eut de nombreux imitateurs; à son exemple , Ccmtli, Gondorcet, Barère, Brissot, Corsas, Carra, dans le parti démocratique; Montjoye, Itoyou, Rivarol, Champccnetz, Fontancs, dans le parti royaliste, et beaucoup d'autres dans l'une et l'autre opinion se firent journalistes.

Nous n'entreprendrons pas même d'énumérer les écrits périodiques auxquels la révolution française donna naissance. Panni ces innombrables journaux , les plus connus sont les Révolutions de Paris, publiées par Prudhoimnc, imprimeurlibraire; les Révolution» de France et de Brabant et le Vieux Cordelier, rédigés par Camille Desnioulins; l'.4t«i du peuple, par Marat; le Père Duckesne, par Hébert, etc. En opposition à ces feuilles révolutionnaires, il y avait aussi plusieurs journaux monarchistes , tels que le Journal de la Cour et de la Ville, rédigé par Gauthier et Brune (alors imprimeur, plus tard maréchal de France) ; la Gazette de Paris , par Derosoy ; Y Ami du Roi, par Montjoye et Royou; les Actes des Apôtres, par Peltier, Rivarol, Chainpcenetz ; et il faut convenir que l'injure, la licence et la violence furent souvent à l'ordre du jour dans les deux camps du journalisme.

Au reste, quoique la liberté de la presse fui proclamée , la

profession de journaliste n'en était pas moins dangereuse dans tontes les nuances d'opinion; plusieurs fois la fureur populaire saccagea les imprimeries de différents journaux ; plus souvent encore l'écliafaud ou la déportation fut le partage d'un grand nombre de rédacteurs de feuilles publiques, et même de leurs imprimeurs.

Les catastrophes qui amenaient des changements dans le système politique du gouvernement réagissaient sur les journaux. Ainsi lcsreuillesroyalLstcssiiccoinberentaulOaoùtl7!)2; les journaux girondins au 31 mai 1703, les journaux jacobins au 9 thermidor, an u (i794). Le 13 vendémiaire, an iv < 1793) , et surtout le 1H fructidor, an v (1797), frappèrent d'un rude coup les nombreuses feuilles royalistes qui avaient reparu.

Pendant cette triste période la plupart des journaux littéraires et scientifiques n'existaient plus. Néanmoins Marniontel, La Harpe et quelques autres littérateurs travaillaient toujours au Mercure; J.-B. Say, Amaury Duval, Cuinguené, etc., fondèrent, en l'an ir (17fH),la Décatie philosophique , qui fut le prélude du Magasin encyclopédique, de la Bévue encyclopédique, et de tant d'autres recueils du même genre.

Après le 18 brumaire, an vm (1799), les journaux politiques, réduits à un petit nombre et placés sous la surveillance île l'autorité , ouvrirent largement leurs colonnesaux sciences, il la littérature et aux arts, et réclamèrent le concours de MM. Auger.de FelcU, Malle-Brun, Roissonade, Guizot, etc. Il est peu de nos célébrités actuelles qui n'aient aussi travaillé pour la presse périodique.

C'est de la même époque que date le feuilleton. On se souvient encore de la réputation que Geoffroy s'était acquise au Journal des Débats, par ses feuilletons dramatiques.

l'n fait curieux dans l'histoire du journalisme, c'est que

Napoléon lui-même, parvenu au pouvoir, rédigeait souvent des articles de liaute politique qu'il Taisait insérer dans le Moniteur (1) , et où l'on reconnaît facilement le cachet de son génie. On y remarquait d'ailleurs , à l'égard des grands corps de l'État , et sur les rapports de la France avec les puissances étrangères, des traits hardis qu'un simple journaliste n'aurait osé se pennettre , attendu que la presse était loin d'être libre à celte époque.

Nous ajouterons un autre fait <|iii se rattache également à Napoléon et au journalisme. Un Français nommé l'ellier, qui, dans les premières années de la révolution , rédigeait un journal royaliste, intitulé les Actes des Apôtres, s'était réfugié eu Angleterre , et il y avait fondé l'Ambigu , journal écrit dans le même sens, où il attaquait avec violence le premier consul. Après la paix d'Amiens, au lieu de mépriser ces vaines attaques, Bonaparte ordonna au général Andréossi, son ambassadeur à Londres , de poursuivre judiciairement le journaliste. Peltier, traduit devant un jury anglais, fut défendu par Krskine , dont l'éloquence sarcasliquc ajouta encore au scandale de ces débats, qui eurent du retentissement dans toute l'Europe. Cellier cependant fut condamné à une faible amende, payée sur le produit beaucoup plus considérable d'une souseripiion ouverte aussitôt; ce qui prouve qu'une poursuto éclatante peut donner de l'importance à un libelle que le dédain seul aurait fait tomber dans l'oubli.

Nous dirons en terminant : Heureux le pays où les journaux politiques sont ennuyeux, car c'est l'indice que la paix i.-l la tranquillité publique y régnent.

(I) Le cardinal de Richelieu, H mime l.ouin Mil, fournirent ijuclquerui* des article* à la Cmelit de France, eréée en 11331 .

V. Le caleudriur (i), ralmanach (i) ou l'annuaire, dans le sens le plus restreint, est un tableau ou un livret contenant la nomenclature des jours de chaque année avec l'indication des lunaisons, des éclipses, etc. Ordinairement on y ajoute divers renseignements d'un besoin journalier, des détails statistiques, même des anecdotes et des chansons. Souvent aussi une publication annuelle sur un sujet spécial prend la même désignation : Calendrier du Cultivateur, Almanach du Commerce , Annuaire militaire.

L'imprimerie a prodigieusement multiplié ce genre d'écrits périodiques , mais il en existait antérieurement.

La supputation du temps remonte à l'origine du monde. Sans parler de ces époques reculées, où, en l'absence de l'écriture, on marquait avec des clous de différentes grosseurs les jours, les mois, les années , nous trouvons chez tous les peuples civilisés de l'antiquité, tels que les Égyptiens, les Chafdéens , les Hébreux , les Grecs , les Romains , des calendriers auxquels on joignait même l'indication des fêtes civiles

(1| Le moi calendrier, ipi'on écrivait aulrcrois Calendrier, vient tin latin caleudœ, calendes {dnul l'éivniolofiir ".-i-i-cque on latine est furl iuceraine), nom par lequel 1rs llomaios iléii^'uaieii! le premier jour île chaque nuis. On a|i|ii-lle ralemlrier jnlii'ii le calendrier i-nuiaiii corrigé [ilir Jules ('tsar (quaranle-eiiuj ans avanl J.-C], et rali'iuli-uT j;ré>irieii celui de Jules Cosir corrigé |iar le pape Grégoire Mil en l."i8i. La rorreclion grégorienne. i|«e es Klnls non rallmlii|ius n'avaii'nl pas d'alion! mihIu adopter, fut nommée jonvenu style, et Tau qualifia île vieux slyle le calendrier julien, encore suivi en Russie, où toules les dates sonl maintenant en retard de Ireiic juurssin celles des autres nations de l'Europe.

Lorsque l'on substitua, en K rince, le calendrier républicain (1703] au

calendrier ea égnrion , relui-ci lui ili'-sipio n -ulnm'-mrnt snus le nom du

vieux style-, mais l'usage eu fut rétakli eu IROti.

(■1) Selun l'opinion ordinaire des êlymiilngisles , le mol nlnlmiach vieul de deux mots aralies. al mauah, qui -lignifient Ir rompu! , la supputation d» temps.

on religieuses, des jours de marchés, des dignitaires de l'État, etc.

Pendant le moyen ;ige, c'était principalement dans tes monastères que se fabriquaient les calendriers ou atmanachs. Avant la révolution, le trésor de l'abbaye de Saint-Denis en possédait un composé par Alberon, archevêque de Reims, pour l'usage du roi Hugues Capct. Il était écrit sur parchemin, en lettres d'or el d'argent, enrichi de miniatures et relié en peau de serpent avec des laines d'ivoire. On y trouvait, outre le calendrier, des remarques astronomiques et des prières.

En Orient, où les sciences avaient continué de fleurir après l'invasion de l'empire romain, ces petits livres étaient plus communs qu'en Occident. Les Arabes surtout s'adonnaient à cette sorte de composition, et c'est même de leur langue que dérive le nom i'almanaek; aussi les croisades contribuèrent à propager de plus en plus les almanachs en Europe. Jean de Tignonville , du temps de saint Louis, le savant Thomas de l'isan , sous le règne de Charles V , rédigèrent des almanachs qui obtinrent beaucoup de succès.

Une des premières publications typographiques de ce genre est un calendrier pour l'année 1457, pancarte m piano, intitulée : Conjunctiones el appositimes salis et lunœ. La Bibliothèque impériale de Paris en possède un fragment donné par M. Fischer qui le découvrit à Maycncc en 1801, et qui en attribue l'impression à Gutenberg.

Il existe un autre calendrier portant la date de 4488 et annexé à une exhortation (mahnmg), écrite en vers allemands, |)Oiir faire la guerre aux Turcs. Celle pièce formant 6 feuillets in-4°, se trouve dans la bibliothèque royale de Munich et pourrait aussi avoir été imprimée par Gutenberg; niais quelques bibliographes contestent la date de

Jean de Millier ou Kegionion tamis, imprimeur ;ï Nuremberg, homme d'une profonde érudition, composa et publia son Caletidarium, qualifié de livre d'or, et ses Éphémérides, espèces de calendriers perpétuels calculés pour les années 1 475

ft»06.

Un almanach des bergers, en latin, sous le litre de Compostes, Tut imprimé à Lyon en 1488, 1489, 1492, et à Rome, 1493, in-4°.

Un ouvrage semblable, publié en français vers la lin du xv« siècle, le Compost (comput) et Kalendrier des Bergiers, fut réimprimé fréquemment, jusqu'au commencement du xviii" siècle, à Paris, à Genève, a Lyon, à Rouen, à Troyes, etc., in-4° et in-folio avec ligures en bots; il y en a même une traduction du français en anglais, imprimée à Paris en 1503 , in-fol. , fig., donl un exemplaire a été payé 180 liv. sterling (4,500 francs) à la vente de Roxburghe.

On imprima aussi a Paris , vers 1 499 , le Compost et Calendrier des Bergères, in-fol., fig.

François Rabelais ne dédaigna pas de composer des almanacbs. Sous l'anagramme Akofrybas Nasier , il publia nue Pantagruétine prognostication certaine, véritable et infaillible pour l'an mil- D. xxmii (1533), qui a été réimprimée , avec changement de date, à la suite de plusieurs éditions du Pantagruel, donl quelques-unes ont paru à Lyon. C'est peutêtre ce qui a fait dire à deux anciens bibliographes (La Croix du Maine et Antoine Le Roy), que Rabelais avait publié à Lyon des almanaehs pour les années 1533, 1535, 1518 et 1550. Unoi qu'il en soit, M. Guillemot, libraire à Paris, a découvert dernièrement (1853), dans le cartonnage d'un vieux livre 'le 1543, dont il dépeçait la reliure, deux feuillets appartenant à un almanach composé pur maislre Francoijs llabetaîs,

docteur en médicine , daté (le Lyon, Util. La Bibliothèque impériale a fait l'acquisition de celte rareté bibliographique.

Jean Tabouret publia , sous le nom de Toinot Arbeau, anagramme du sien, un Compost et Manuel Calendrier en dialogues, Langres, 1S82, in-4°. C'est une explication de la correction grégorienne.

Les alnianacbs de Noslradainus eurent une grande vogue dans le xvi" siècle. Ils contenaient des sentences morales, des préceptes d'hygiène, des recettes médicales combinées avec des observations astrologiques; puis des prédictions en vers formant plusieurs centaines île quatrains et de sixains , et «pie, pour celte raison, on appelle centuries. Ces almanachs, et quelques autres de la même époque, ne paraissaient pas régulièrement tous les ans.

Ce fut vers iC3(i qu'on publia le fameux almanach de Liège, sous le nom de Mathieu Laenslierg, que l'on croit avoir été chanoine de l'église de Saint- Barthélemi de celte ville. Depuis plus de deux siècles , cet almanach , à la suite duquel se trouve souvent un calendrier des bergers, conserve encore une réputation populaire, partagée plus lard par le Messager boiteux de Berne et celui de Baie, en Suisse.

Au reste, un grand nombre d'almanachs dits liégeois on messagers boiteux s'impriment :'i Paris et sont souvent préférés par les étrangers à ceux qui se publient dans leurs pays, quoiqu'ils ne vaillent guère mieux les uns que les autres.

Charles IX en i5G0 (1), Henri tfl en lo"(î avaient assujetti les almanachs à l'examen desévfiques. Louis XIII, par édil

(i) Ce prince, par édil île 1.164, fixa le coin menée rite ni île l'année, en France, au 1" janvier. Auparavant, clic y r.immcnpii à Piiimcs ; miiis celiir me étant mobile, le commencement el la durée do l'année étaient aussi variables.

du -20 janvier 1028, défendit « à toutes sortes de personnes de faire aucun almanach cl prédiction hors les termes de l'astrologie licite, même d'y comprendre les prédictions concernant les états et personnes, les affaires publiques et particulières. » Mais ces dispositions n'ont jamais été strictement exécutées. Aujourd'hui même on retrouve dans ces livrets, comme dans ceux du xvi" siècle, les variations du temps pendant tonte l'année, les horosco|ies, etc. dont il parait que tout le monde ne rit pas encore.

En I77i l'almanaeh de Liège avait prédit, pour le mois d'avril, qu'une grande dame jouerait son dernier rôle. Madame du lîarry, maîtresse de Louis XV, croyant que la prédiction la regardait, s'écriait souvent : « Quand donc ce vilain mois d'avril sera-t-il passé!*» Le mois d'avril passa, mais le roi mourut le 11) mai, et le rôle de la grande dame fut lini. On cite encore d'autres coïncidences relatives à l'astrologie; mais, comme le dit La Fontaine (1) :

Jl [iciil rencontrer juslc une Tois enlro mille; O: sont les elTeU ilu hasard.

C'est en Amérique que les almanachs populaires ont commencé à être rédigés d'une manière raisonnable. Le célèbre ISenjainin Franklin, alors imprimeur à Philadelphie, publia, Ch 1732, sous le nom de Richard Saundcrs, un almanach devenu célèbre sous celui du Bonhomme Richard. Aux pronostications, aux remèdes prétendus merveilleux, il substitua des préceptes de morale, des règles d'hygiène pratique, des leçons d'agriculture et d'économie domestique.

Son exemple fut suivi, et depuis cette époque la coinposi-

(l) Fable lii, livre VIII.

lion îles almanachs a l'ait île granits progrés. 1! y en a qui sont rédigés avec talent et annuels des écrivains distingués ne dédaignent pas de coopérer; les nombreux documents ([u'ils contiennent sur toutes sortes de matières en font comme de petites encyclopédies. Ces livrets, d'un prix modique, peuvent être fort utiles aux ouvriers et aux habitants des campagnes en leur donnant une foule de notions instructives et de connaissances usuelles qu'ils puiseraient difficilement ailleurs.

Nous avons déjà dit qu'on désigne encore sous les noms de calendrier, d'almanach et d'annuaire, des publications annuelles consacrées à des spécialités quelconques. Ainsi chez nous l'Almanach du commerce donne la liste des commerçants et la statistique commerciale an commencement de chaque année; rAlnianacli ecclésiastique, l'état du clergé; l'Annuaire militaire, l'état de l'armée, les noms des chefs de corps, etc.

L'Almanach royal de France est une des plus anciennes publications de ce genre. Fondé en 1G79, il fut présenté à Louis XIV en 1697 et prit le litre Aeroyat en 1099. L'éditeur Laurent d'Houry, libraire, et plus tard imprimeur, obtint, pour l'impression de cet ouvrage, un privilège particulier dont sa famille a joui jusqu'en 1789; la propriété en a passé depuis à l'imprimeur Guyot, qui en continue toujours l'exploitation.

Dans l'origine, cet ouvrage n'était qu'un très-mince volume donnant te nom et la demeure de quelques personnes attachées à la cour; il s'augmenta successivement et fonne • aujourd'hui un fort volume in-8°, contenant l'indication des jprinces et souverains de l'Europe, la nomenclature des fonctionnaires publics et tout ce qui se apporte à l'organisation

politique île la France; aussi l'Almanach royal csl-il devenu, selon le temps, Almanach impérial ou national.

Il y a maintenant, dans chaque État de l'Europe un almanach ofliciel publié sous les auspices du gouvernement.

Pendant longtemps on a imprimé à Gotha, capitale du duché de ce nom, un almanach très- recherché, parce qu'il donnait des détails généalogiques fort étendus sur les maisons régnantes et princières, avec des tableaux de la population, des forces militaires, de la situation financière, etc., des diverses souverainetés.

Quelques provinces, quelques villes ont aussi leurs almanacbs spéciaux ; l'alinanach de Versailles, par exemple, était en vogue lorsque la cour de France faisait sa résidence au château. Actuellement chaque département a son annuaire, et parfois ces collections offrent de curieux renseignements sur l'histoire, la topographie et la statistique.

C'est François de Ncufchàteau, lorsqu'il était ministre de l'intérieur, qui généralisa cette mesure. Le 20 floréal an vu (9 mai 1799), il invita les professeurs et bibliothécaires des écoles centrales à rédiger des annuaires départementaux dont il leur traça le plan dans sa circulaire, et qui s'impriment aujourd'hui par les soins îles préfets.

Il existe aussi des calendriers liturgiques à l'usage des diverses communions religieuses; ceux que les évéques publient dans leurs diocèses s'appellent brefs.

Parmi les publications annuelles nous ne devons pas oublier ÏAmmalre du Bureau des longitudes, rédigé par cette compagnie savante, créée en l'an m (1795) à l'Observatoire de Paris, annuaire qui enregistre les phénomènes astronomiques et météorologiques arrivés pendant l'année précédente, et contient des dissertations à ce sujet. Le Bureau fait paraître

- 2fl -

aussi par anticipation, c'est-à-dire quelque temps à l'avance, mi autre annuaire à l'usage des astronomes et des navigateurs, sous le litre de Connaissance des temps, dont la publication remonte à 1(>78 et que l'Académie des sciences était autrefois chargée de rédiger.

On imprime encore sons forme d'almanacli des recueils historiques, littéraires, agricoles, même des facéties et des pamphlets : Almanacli des centenaires, Almanach des Muses, Almanach comique, Étrennes mignonnes, Étrennes lyriques, etc.

Enfin, grâce à l'imprimerie, il se fait chaque année dans tous les pays un débit prodigieux de ces sortes de publications, car il y en a pour tous les figes, pour toutes les conditions, pour tous les goûts.

VI. A toutes les époques, les gouvernements ont cherché a mettre obstacle à la progagalion des écrits immoraux, nuisibles à autrui on dangereux pour l'ordre public, et en ont puni sévèrement les auteurs. L'histoire ancienne nous fournil de nombreux exemples d'acles législatifs ou judiciaires destinés à prévenir ou à réprimer les écarts de la liberté d'écrire. A Athènes, les écrits blasphématoires étaient interdits; les livres de Prolagoras furent condamnés par les juges de l'Aréopage à être brûlés cl l'auteur lui-même fut banni parce que, en tête d'un de ses ouvrages, il déclarait qu'il ne savait s'il y avait des dieux ou s'il n'y en avait pas. — Lorsque les livres de Numa furent retrouvés dans son tombeau, l'an 272 avant J.-C, le sénal romain ordonna qu'ils fussent brûlés parce qu'ils contenaient des choses qui n'étaient plus en harmonie avec la religion du moment. C'est, du reste, un principe qui n'a été méconnu chez aucun peuple, soit ancien, soit moderne, que la loi peut raisonnablement et sans

TOHE II. 21

tHrc accusée de tyrannie surveiller la parole et récriture, et en chiltier les écarts.

Les mesures qui ont été prises pour empêcher les mauvais livres, les publications dangereuses de se répandre ont varié selon les temps et les lieux; mais de tous les moyens mis en usage, il n'en est aucun qui ait soulevé autant de récriminations et de plaintes que la censure préalable, c'est-a-dire le droit bissé au gouvernement d'examiner et de supprimer tout ou partie d'un écrit avant sa publication. Presque tous les grands écrivains modernes se sont montrés opposés aux mesures préventives en ce qui concerne les œuvres de l'esprit. Hilton est un de ceux qui les ont flétries avec le plus de vigueur : voici ce qu'il écrivait, il y a plus de deux cents ans, à la législature de la (irande-Bretagnc :

a Je ne prétends pas que l'Église et le gouvernement n'aient intérêt à surveiller les livres aussi bien que les hommes, alin, s'ils sont coupables, d'exercer sur eux la même justice que sur des malfaiteurs, car un livre n'est point une chose absolument inanimée. Il est doué d'une vie active comme l'âme qui le produit; il conserve même cette prérogative de l'intelligence vivante qui lui a donné le jour. Je regarde donc les livres comme des êtres aussi vivants et aussi féconds que les dents du serpent de la fable, et j'avouerai que, semés dans le monde, le hasard peut faire qu'ils y produisent des hommes armés. Mais je soutiens que l'existence d'un bon livre ne doit pas plus être compromise que celle d'un bon citoyen ; l'un est aussi respectable que l'autre, et l'on doit également craindre d'y attenter. Tuer un homme, c'est détruire une créature raisonnable; mais étouffer un bon livre, c'est tuer la raison elle-même. Quantité d'hommes n'ont qu'une vie purement végétative, el pèsent inutilement sur la

terre ; mais un livre est l'essence pure et précieuse d'un esprit supérieur; c'est une sorte de préparation que le génie donne à son âme, afin qu'elle puisse lui survivre. La perte de la vie, quoique irréparable, peut quelquefois n'être pas un grand mal ; mais il est possible qu'une vérité qu'on aura rejetée no se représente plus dans la suite des temps, et que sa perte entraîne les malheurs des nations. »

La censure préalable existait avant l'invention de l'imprimerie. Les libraires-jurés apportaient aux députés des Facultés de l'Université les manuscrits , afin qu'ils les examinassent et qu'ils permissent de les mettre en vente.

On trouve beaucoup d'actes qui prouvent que les manuscrits étaient souvent l'objet de censures et de poursuites. Ainsi un arrêt du Parlement, du 17 juillet \\Q6, supprima un libelle ayant pour litre : Lettres de l'Université de Toulouse. Un autre arrêt du 5!) février 1413, suivi de lettres patentes du H! mars, condamnait au feu un écrit de Jean l'etit , cordclier.

L'Université conserva encore , après l'invention de l'imprimerie, le droit d'examiner les livres avant leur publication.

En effet, on lit dans un arrêt du Parlement, du 1:2 janvier 1308, qui accorde à Bertbold Kemboll, ancien associé de Géring, premier imprimeur de Paris, un privilège pour imprimer un ouvrage de saint Bruno, que le livre a été « vu et corrigé par plusieurs docteurs en théologie, à ce commis par ladite Faculté ; > et que d'autres arrêts semblables ont déjà été donnés par la cour. L'approbation préalable est mentionnée également dans l'arrêt de 1311 , en faveur de Ponce! Lépreux; dans celui de 1517 , en faveur de Jossc Bade.

Il parait cependant que, depuis l'introduction de i'imprime- - rie, les visites prescrites par les règlements universitaires

- 2ii —

dans les librairies , pour vérifier si les livres qu'on y vendait étaient approuvés, n'avaient pas lieu exactement, et que le; imprimeurs et les libraires qui ne demandaient pas de privilèges négligeaient de soumettre leurs livres à l'examen des Facultés; mais bientôt les nouvelles opinions religieuses (iront remettre la censure en vigueur. En 1521 , François I" défendit d'imprimer ou de vendre aucun livre qui n'ait auparavant été visité cl approuvé par l'Université. Deux arrêts du Parlement, du 18 mars et du i novembre 1521 , défendent aus imprimeurs, sous peine de 500 liv. d'amende et même du bannissement , d'imprimer des livres relatifs à la foi chrétienne et à l'interprétation de l'Écriture sainte , en langue vulgaire ou en latin, avant qu'ils soient examinés par la Faeid:é de théologie ou par les députés de ladite Faculté.

Un arréL de règlement du Parlement, en date du 28 août 1527, défendit d'abord aux imprimeurs de publier aucun livre de l'Écriture en français sans permission du Parlement. Cn antre arrêt, du 2 mars 1535, lit défense d'imprimer et mettre en vente aucun livre de médecine qui n'aurait été vu et visité par trois docteurs, et prohibait aussi la publication de livres de pronostications et d'almanachs , sous peine de 10 marcs d'urgent et de prison , et d'autres amendes arbitraires. Enfin des lettres patentes datées de Montpellier, du 28décemhre 1 537 , généralisèrent les prohibitions. Elles portent défense de vendre et imprimer aucuns livres, anciens ou modernes , avant de les avoir communiqués à un censeur, sous peine de confiscation des livres et d'amende. Ce fut le poète Mellin de Saînt-GelaiS, abbé de Reclus, garde de la librairie et aumônier de François Ier, qui fut investi de ces rigoureuses fonctions.

Sous Henri H, un grand nombre d'ouvrages réputés hérétiques furent censurés par la Faculté de théologie, puis rnn-

damnés par le Parlement, et enlin brûlés pur lu main ilti bourreau sur la place du Parvis-Notre-Dame, au son de la grosse cloche de cette église. Cependant ce prince leva l'interdiction <|iie la Sorljonnc avait prononcée, en 1531, contre le quatrième livre du Pantagruel de Rabelais , et en permit la vente. Mais il n'en continua pas moins d'exiger que les livres de théologie fussent soumis à l'examen préalable de la Faculté , conformément a ses ordonnances de lot" et 1531 , et il inséra expressément cette clause dans le privilège qu'il accorda , en 1553, à Michel Vascosan pour ses impressions.

Nous donnerons ici quelques détails sur les privilèges et permissions.

C'est pour se prémunir contre les contrefaçons que les imprimeurs et les libraires demandèrent des privilèges à l'autorité. Nous avons déjà vu que Manuce en obtint du sénat de Venise et des souverains pontifes pour l'emploi exclusif de ses caractères italiques. Erasme en lit accorder un par l'empereur à Jean Froben pour les livres qu'il imprimerait le premier. En France, dès 150", sous le règne de Louis XII, des privilèges sont donnés par le roi, par le Parlement, par le prévôl de Paris. Mais ce qu'on sollicitait d'abord comme une faveur est rendu plus tard obligatoire comme mesure de surveillance. L'édil de Charles IX, de 1563, et son ordonnance (le Moulins, de 1566, qui défendent d'imprimer aucun livre sans approbation et privilège, furent confirmés et renouvelés par ses successeurs et restèrent en vigueur jusqu'en 1789.

Les privilèges du roi étaient délivrés ;i la chancellerie ; le directeur général de l'imprimerie et de la librairie accordait des permissions simples , principalement pour (les réimpressions; les lieutenants de police en accordaient pour les livrets n'ayant pas plus de deux feuilles d'impression.

Les privilèges généraux demandés par des communautés nu par des particuliers, pour imprimer les ouvrages dont ils pourraient avoir besoin ou qu'ils pourraient composer, s'obtenaient rarement et furent plusieurs fois révoqués à cause des abus qui en résultaient. Des privilèges spéciaux délivrés à quelques imprimeurs ou libraires, pour l'impression exclusive d'almanaclis, de factums, de billets d'enterrement, etc., furent annulés dans l'intérêt du commerce et sur les représentations de la chambre syndicale. Les règlements de 1086 et de 1753 défendirent même d'en accorder.

Cependant les évêques obtenaient des privilèges généraux pour l'impression des livres liturgiques à l'usage de leurs diocèses (1) ; les académies royales en obtinrent aussi pour a|>prottver et publier les ouvrages émanés d'elles.

Les privilèges accordés aux imprimeurs, aux libraires et même aux auteurs , n'avaient qu'une durée plus ou moins longue, à l'expiration de laquelle une nouvelle permission était néeessaire. Ce fut seulement en 1777 que les auteurs purent obtenir des privilèges perpétuels. (Voir au chapitre suivant l'article de la Propriété littéraire.)

Les approbations, privilèges et permissions devaient être imprimés au commencement ou a la (in des livres, et enregistrés à la chambre syndicale.

Les infractions à toutes ces dispositions étaient rigoureusement punies; elles le furent quelquefois cruellement. (Voir cidessus, chapitre IV.)

Malgré la sévérité des ordonnances, l'examen des livres et

f I ) Aujourd'hui enroie , en vertu du (léi-rrl impérial du 7 termina] an xtu (2!> mars 180".), aurun livre lidirpHpii! ne peut élro imprimé Ou léim primé sans la peiuii>siun <W lï-véutie diocésain.

la permission élaieul souvent éludés. Louis XIII, pour y remédier, créa , par lettres patentes de lli-23, quatre censeurs royaux. L'Université , voyant dans cette mesure une atteinte portée au droit immémorial qu'elle avait d'approuver les livres, lit îles réclamations, et les choses restèrent en suspens; mais, par son édit de lfiâît, le roi, dérogeant au droit universitaire, donna pouvoir au garde des sceaux de choisir les censeurs , et déclare que les lettres du grand sceau « ne pourront être expédiées qu'il n'ait été présenté une copie du livre manuscrit à nos chancelier ou garde des sceaux, sur laquelle ils commettront telles personnes qu'ils verront être à faire selon le sujet et la matière du livre, pour le voir et examiner et bailler sur icelui , si faire se doit, leur attestation en la forme requise sur laquelle sera expédié le privilège. »

Cependant ce n'est que vers 17-41 que les censeurs royaux furent nommés avec un litre permanent. Ils étaient au nombre de 79, savoir: 10 pour la jurisprudence; 10 pour la fhélogie; 1 pour la jurisprudence maritime; 10 pour la médecine, histoire naturelle et chimie; 2 pour la chirurgie et l'anatoinie; 8 pour les mathématiques ; 35 pour les belleslettres; 1 pour la géographie, la navigation et les voyages; 1 pour la peinture, gravure et sculpture, enfin 1 pour l'architecture (1).

Ce nombre considérable de censeurs parait avoir été encore insuflisant pour la prompte expédition des privilèges. On lit , en effet, dans Y Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, le passage suivant : « Il arrive quelquefois que le grand nombre de livres qu'ils sont chargés d'examiner ou d'autres raisons les mettent (les censeurs) dans la désagréable nécessité de

(1) PeiRiwt, Estai historique sur la liberté décrire- ■

réduire les ailleurs ou les libraires iiui attendent leur jugement, à l'état de ces pauvres âmes errantes sur les bords du Slyx , qui priaient longtemps Caron de les passer. »

Un abus bien plus grave de la censure nous est signalé dans une lettre de Boileau à Maucroix. Ce dernier ayant remis entre les mains du censeur le manuscrit d'une traduction qu'il avait faite du Traité de la Vieillesse, de Cicéron, Dubois, qui avait traduit le même traité , intrigua pour que la traduction de Maucroix restât longtemps dans les bureaux de la censure , et il profila de ce retard pour publier la sienne. Lorsque, au boni d'une année , on rendit à Maucroix son ouvrage approuvé, il fut si outré de ce procédé déloyal dont il eut connaissance, qu'il renonça a faire paraître sa traduction , qui ne fut imprimée qu'après sa morl.

Investis d'un privilège royal accordé après une censure préalable, les auteurs n'étaient pas toujours entièrement à l'abri des poursuites pour la publication de leurs livres.

En effet, à l'apparition de l'édit de 1(186, rédigé par Collierl, et portant règlement sur la librairie et l'imprimerie, le Parlement prétendit avoir le droil d'examiner les livres (1) , même ceux publiés avec autorisation et privilège du roi, se fondant sur ee que l'autorité souveraine avait sans doute l'administration et la police de l'imprimerie, mais qu'elle ne pouvait soustraire à l'autorité de la justice les crimes et délits commis par la voie de l'impression, sous le permis d'un censeur inhabile ou partageant les idées d'un auteur; la remontrance alla

(1) Par un nrrël du 1"- septembre Lin*, soin le ri'/ne de Henri IV, ht Parlement a va il fait supprimer, dans une éililiun de la Jérusalem conquise tin Tasse, imprimée eu iljtliitu ,i Paris par Abt'l I.mnelier, trois slanres ilu 2tK rliant, 011 l'auteur admetlail l'aulorilf du pape sur le temporel des

jusqu'à contester l'aulorilé du conseil du roi en matière de concession de privilège littéraire.

Voilà ce qui autorisa le l'arlement à sévir, à plusieurs époques, contre certains ouvrages (lotit il lit citer les auteurs à sa barre. 11 les jugea, les condamna à l'amende, à la prison; (|uel(iuefois il ordonna seulement la destruction du livre jiar (a main du bourreau. C'est ainsi qu'on peut se rendre compte des procès faits à ['Encyclopédie de Diderot et d'Alembcrt , et à V Emile de Itousseaii {1 ).

Le livre de l'Esprit d'Helvélius avait déjà été poursuivi et condamne au feu par le l'arlement. Le privilège accordé à cet ouvrage, le 10 mai 1~îi8, fut révoqué par le conseil du roi le 10 août suivant. On exigea des rétractations de l'auteur; le censeur lui-même (Tercicr) déclara, dans une lettre au l'arlement, qu'il avait signé l'approbation par inadvertance et se démit de ses fondions.

La Faculté de théologie censurait aussi des livres revêtus d'approbation et de privilège. C'est ce qui eut lieu iï l'égard du Bëluaire de Marmontcl. Le privilège ne fut pas révoqué , mais le censeur Lebret fut suspendu.

Du reste, il parait que, comme on l'a vu de noire temps, les livres dont la publication était prohibée par la censure ou poursuivie par les parlements, n'en étaient que plus avidement recherchés par le public. L'anecdote suivante en est la preuve : Lamotlie-Levayer , qui fut précepteur du frère de Louis XIV et père de l'abbé Levaycr, à qui Boilcau dédia sa satire : les Folies humaines, ayant fait un livre d'un dur débit, comme on disait alors , son libraire lui en lit des plain-

(1) Sotice mr la législation de ïii>t\ntirt> '<( , yar M Itaudoimi, l'ut'.*. ui-8", !ar,S.

les. " four Dieu, lui dit Levayer, ne vous mettez pas en peine; je sais un secrel pour le faire acheter. » Il employa ses amis de Versailles et le lit défendre. Des qu'il fui défendu , tout le monde voulut l'avoir, et on fui bientôt obligé d'en publier une seconde édition.

Sons la régence et le règne de Louis XV, la censure continua d'être exercée avec rigueur, mais les écrits illicites se multipliaient au moyen îles imprimeries particulières tolérées par le pouvoir, et des imprimeries clandestines, dont le nombre n'a peut-être jamais été plus grand i[u'à celte époque.

Il n'était pas rare de voir des ouvrages qui n'avaient pas obtenu d'autorisation officielle publiés et souvent imprimes à Paris, avec l'indication d'une ville étrangère, après laquelle on lisait quelquefois : lit se trouve à Paris, chez tel libraire. L'autorité fermait les yeux sur ces infractions et transigeait même en certains cas. Ainsi, après la condamnation de l'Encyclopédie de Diderot, dont nous venons de parler, l'imprimeur Lebreton eut la permission d'en continuer la publication sous ta rubrique de Neufchâlel.

Nous ajouterons qu'on rencontre dans plusieurs livres, imprimés avec approbation cl privilège, des passages qui prouvent que le censeur ne connaissait guère les matières soumises à son examen, ou qu'il partageait les opinions de I auteur, on même que , s'en rapportant au titre, qui ne présentait rien de scabreux , il se dispensait de lire l'ouvrage.

Enfin le choix des censeurs n'offrait pas toujours des garanties bien imposâmes. Quelle valeur par exemple pouvait avoir le témoignage de Crébillon Dis, auteur de romans licencieux, lorsqu'il terminait son approbation d'un livre par celle formule accoutumée : Je n'y ai rien trouvé de contraire h la foi ni aux bonnes mœurs.

Les fonctions dii censeur, largement rétribuées, et, par conséquent fort recherchées , ne laissaient pas que d'être parfois trcs-délicales. Placé entre le pouvoir et les auteurs, le censeur, en accédant aux exigences de celui-ci, froissait souvent l 'amour-propre île ceux-là. On raconte que Marin, chargé d'examiner une pièce de théâtre , substitua morbleu a ma foi, jugeant celle dernière exclamation plus choquanle que l'autre. Mais, après avoir cherché a contenter tout le monde, il finit par ne satisfaire personne. Réprimandé plusieurs fois par l'autorité , détenu pendant un mois à la Bastille, il fut entln révoqué.

Malesherbes , qui fui directeur de la librairie sous Louis XVI, voulait autant que possihle la liberté de la presse, et n'était d'avis, dans aucun cas, d'entraver les critiques littéraires. Il se monlra même quelquefois d'une extrême indulgence. Dans ses Mémoires sur la Librairie , il parle souvent des difficultés qu'il rencontrait pour concilier les amours-propres, an sujet des ouvrages qui étaient soumis a la censure :

« J'ai entendu dire sérieusement, remarquait-il, qu'il est contre le bon ordre de laisser imprimer que la musique italienne est la seule bonne...

« Je connais des magistrats qui regardent comme un abus de laisser imprimer, sur la jurisprudence, des livres élémentaires, et qui prétendent que ces livres diminuent le nombre des véritables savants.

« La plupart des médecins voudraient qu'on défendit d'écrire en langue vulgaire sur la médecine.

« Presque lous ceux qui ont joué un rôle dans les affaires publiques, n'aiment point à voir écrire sur la politique, le commerce, la législation.

a Les gens de lettres pensent de même sur la critique lil-

liSraire ; ils n'oseal pas proposer de h proscrire entièrement , mais leur délicatesse sur cet article est si grande, que, si l'on y avuit tout l'égard qu'ils désirent, on réduirait la critique à rien. »

Louis XVI lui-même n'était pas ennemi de la liberté do tu presse, et on dit que, sous le ministère Turgot, il songea un instant à l'octroyer par édit, bien qu'il la voulut assez restreinte.

La révolution ne lui laissa pas le temps d'accomplir ce dessein. Comme on l'a vu au chapitre V, un des premiers actes de l'Assemblée constituante fut de garantir à tout homme « la liberté lie parler, d'écrire, d'imprimer et de publier ses pensées sans que ces écrits puissent être soumis à aucune censure ni inspection avant leur publication, (1) »

En 180(1 , la censure rut rétablie de lait pour les journaux et recueils périodiques. Le décret du 5 février 1810 la fit revivre pour toute espèce de publications. Un moment supprimée pendant les Cent-Jours , elle reparut au second retour des Bourbons, et, malgré la Charte, qui proclamait la liberté de la presse , elle resta eu vigueur jusqu'en 1819 , époque où clic fut écartée. A partir de ce moment, la censure ne fut plus exercée qu'à de courts intervalles, savoir : en 1820, après l'assassinat du duc dcBerry; en 182i, pendant quelques jours avant la mort du roi Louis XVIII.

Charles X , en montant sur le trône , avait dit : « Mes amis, plus de censure! » Oublieux de ses promesses, il tenta de la rétablir en 1X30 par un coup d'État; mais on sait quelle fut la suite de celte téméraire tentative. La censure était désor-

U> Déclaration des ilroiis de l'homme (5G aonl 178!)). — Constitution <lu 3 scpicmlii'i' 1791.

mais condamnée en France. Durant les dix-huit ans de règne de Louis-Philippe , il ne fut pas une seule fois question d'y revenir; et si, depuis 1818, les journaux furent à deux reprises obligés, avant de paraître, de passer sous les yeux d'un comité de censure , ce ne fut là qu'une mesure exceptionnelle, nécessitée par les circonstances critiques où se trouvait le pays, mesure qu'on s'empressa d'abandonner aussitôt que l'ordre fut rétabli.

Page 1