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DES PAPIERS

SOMMAIRE

1. Importance de l'imenlion du papier ; îles différentes sortes île papiers emplo;ee< aianl le papier européen. — 11. Du parchemin ; franchise ilu papier.— 111. Panique ; papiers île couleur; papiers peials on de teniure; carlon ; ca Non-pi erre. -- IV. Iles fabriques de papiers les plus renommées ; commerce de la papeterie.— V. Marques du papier; papier lliubré; papier- monnaie; papier de sttrete, — VI. Qualités du papier.

1. Nous ne rappellerons pas ici que, dans les premiers âges du monde, l'écriture était gravée dans la pierre ou sur des lames de cuivre, de plomb, etc. Aussitôt que les hommes furent réunis en société, en corps de nation, cette manière d'écrire fut réservée pour les monuments; mais, pour les relations ordinaires, on imagina de tracer l'écriture, avec une liqueur colorante, sur des peaux d'animaux, sur des étoffes, sur des écorces d'arbre, notamment sur celle du papyrus.

Le parchemin et le papyrus furent, dans l'antiquité et jusqu'au milieu du moyen âge, les deux principales substances sur lesquelles on écrivait.

Cependant les anciens avaient aussi des tablettes de bois ou d'ivoire enduites de cire, sur lesquelles, au moyen d'un style ou aiguille, ils écrivaient des noies qu'ils effaçaient à volonté, cl cet usage dura jusqu'au xm« siècle. Aujourd'hui on enlève avec la même facilité l'écriture tracée au crayon sur des tablettes de parchemin ou même sur du papier ordinaire.

Le papier ji i contribue puissamment à la beauté de l'impression , et son invention se lie d'une manière intime à celle de l'imprimerie.

Voici la définition qu'en donne V Encyclopédie: a Merveilleuse invention oui est d'un si graud usage dans la vie, qui fixe la mémoire du fait et immortalise les hommes ! Cependant ce papier admirable par son utilité est le simple produit d'une substance végétale, inutile d'ailleurs , pourrie par l'art, broyée, réduite en pâte dans de l'eau, ensuite moulée en feuilles carrées de différentes grandeurs, minces, flexibles, collées, sécbées, mises à la presse, et servant dans cet état à écrire ses pensées, et à les faire passer à la postérité! »

Ne pourrait-on pas ajouter que ce haillon de toile de lin ou de chanvre connu sous le nomde chiffon, ramassé dans la rue, devenu livre ou journal, transforme la société loulentière, ses mœurs, son esprit, sa conscience , ses lois; rend à la lumière et à la justice les droits du genre humain, élève la raison publique jusqu'au niveau de la liberté , donne de la splendeur, de l'éloquence et de la poésie à l'histoire, sauvegarde les trésors du génie, féconde les champs de l'intelligence universelle, multiplie les principes et les instruments de travail, fait la guerre sans verser de sang, gagne des batailles

(i) Ou mol Krec r.i— papyrus,

sans combattre, élargit, non les frontières mais les horizons, crée après Dieu, renouvelle le momie et le gouverne par la philosophie , tout en le moralisant et l'améliorant par l'éducation el par les idées?

Avant le papier européen, on employait autrefois différentes sortes de papiers que nous allons décrire sommairement.

l°Le papier d'Egypte, le plus célèbre de tous, était fait avec un jonc appelé (M/H/rus, qui froissait sur les bords du Nil. On prétend queMempliis a la gloire d'avoir la première fait le papier de papyrus. Gnke à sa légèreté et aux nombreux avantages qu'il présentait, il remplaça bientôt les diverses matières sur lesquelles on avait écrit jusqu'alors, et il devint d'un usage général dans le monde civilisé.

L'usage du papyrus remonte à une haute antiquité : non pas sans doute jusqu'au siège île Troie, comme l'ont prétendu quelques aneiens auteurs latins; mais on s'en servait antérieurement au règne d'Alexandre le Grand, et peut-être même au régne de Pisistrate (300 ans avant J.tC).

Les papiers employés à Rome étaient faits avec le papyrus d'Egypte, mais après avoir été préparés et travaillés de nouveau. Cassiodore, écrivain du vi» siècle, dit que les feuilles employées de son temps étaient blanches comme la neige et composées d'un grand nombre de petites pièces, sans qu'il y parût aucune jointure.

On conservait à l'abbaye de SamUGermaiu-des-Prés, avant l'incendie qui iit disparaître toutes les richesses de sa bibliothèque, des Epîtres de saint Augustin, écrites sur du papier d'Egypte entremêlé de feuilles de parchemin destinées à soutenir le papyrus naturellement trop fragile. Ce vieux manuscrit dalaitde Hûflans.

Les Egyptiens faisaient dans U* monde entier un grand cotu- TOME 11. 2B

mercede leur papieMuidevïnlcncore plus llorissanl sous lu règne d'Auguste. Le débit en était si prodigieux eh» les nations étrangères, qu'on en manquait quelquefois à Rome, el qu'un jour entre autres cet événement causa un tel tumulte, que des commissaires furent nommés pour en distribuer à chacun suivant ses besoins, autant que la disette le permettait, absolument comme dans ccrlaines villes on fait pour l'eau dans les temps de grande sécheresse.

2° Le papier d'êcorce, que nous ne citons ici que pour mémoire, élait fait avec la pellicule blanche intérieure placée entre l'écorccel le bois de différents arbres, tels que le tilleul, l'acacia, le hêtre et l'orme. Les anciens écrivaient des livres sur cette pellicule après l'avoir enlevée, battue et séchée. On prétend qu'il exisic encore quelques-uns de ces livres Théophraste parle de bandelettes d'éeorcc sur lesquelles on écrivait des noms; l'Une mentionne en beaucoup d'endroits le papier d'écorce de tilleul, el Symmaque rapporte que les premiers peuples d'Italie n'écrivaient que sur des ccorccs, avant qu'ils employassent le papier d'Egypie.

3° Le papier de coton, qui remplaça partout le papyrus, est incontestablement meilleur, plus propre a écrire el se conserve mieux.

Suivant plusieurs ailleurs, ce fut à la Mecque, vers la fin du vin» siècle, que le papier de colon fut inventé; selon d'autres, les Arabes apprirent l'art de le fabriquer dans Ut Bucharie dont ils firent la conquête en 704.

Quoi qu'il en soit, il fut bientôt connu en Afrique; les Maures, après s'ëlre empares de l'Espagne, l'introduisirent dans ce pays, où on le fabriqua d'abord avec du coton cru. Les moulins ;1 eau et l'emploi des chiffons île coton ne furent probablement en usage que sous les rois chrétiens de Valence.

Le papier de colon fut importé par les Arabes en Sicile, où le roi Hoger, par un diplôme de i 10-2, autorisa la construction d'une manufacture. C'est ce que rapporte l'historien Roccbus l'irrhius (Sicilia sacra).

■i" Le papier de Chine est, en général, plus doux, pins uni (pie ceux d'Europe. Quoique souvent très-mince et transparent, il a beaucoup de consistance; celui qui est destiné aux emballages est épais et solide. Enfin il y en a de tant d'espèces, que chaque province a, pour ainsi dire, la sienne.

Les principales substances qui servent à fabriquer ces divers papiers sont le bambou, le mûrier, le papyrier ou broussonétie , le coton, le chanvre, la bourre de soie, la paille de riz et de blé.

Les Chinois trempent leur papier dans de l'eau d'alun qui lient lieu de colle el <|iù lui donne un brillant pareil au vernis.

Il s'en exporte maintenant une grande quantité, nonseulement dans l'Inde, mais pour l'Angleterre, la Hollande, la France.

On fait remonter l'invention du papier en Cbine à deux siècles environ avant Jésus-Christ; mais la fabrication en était encore bien imparfaite et ne donnait que des produits grossiers. Ce ne fut que vers l'an 93 de notre ère qu'elle se perfectionna notablement et que les papiers chinois acquirent des qualités supérieures. Toutefois, il parait que l'usage en restait concentré dans le céleste empire et dans les contrées voisines; car les autres nations continuèrent longtemps encore d'employer le papyrus d'Égyple, auquel succéda le papier de colon. Celui de soie, qui de la Chine se propagea dans toute l'Asie, ne fut guère connu en Europe avant les croisades.

Telles sont les diverses espèces de papiers qui ont précédé

le papier européen , appelé plus généralement papier de linge ou de chiffe, parce qu'il est l'ait avec du vieux linge qu'on a porté, et qu'on ramasse même dans les rues sous le nom de chiffon.

Il esl difficile de déterminer le lieu et l'époque où ce papier fut inventé. Quelques auteurs en reportent l'origine à la tin du xie ou au commencement du xii" siècle.

Dans le Traité contre les Juifs, composé en 1120 par Pierre le Vénérable, abbé de Chmi , on trouve le passage suivant :

* Les livres que nous lisons Ions les jours sont faits de peau « de bélier ou de bouc , ou de veau , ou de plantes orientales,

* ou enfin de chiffon (ex rmtris veterum pamiorum). » Ces paroles sont remarquables; elles prouvent qu'on se servait encore simultanément; auxn* siècle, de parchemin, de papyrus et de papier de chiffon. Mais peut-être n'esl-il ici question que du papier de colon , et non de notre papier de linge, qui ne fut communément employé que vers le milieu du xiv siècle.

Au reste, quelques auteurs pensent que le papier de coton et même celui de chiffe sont, comme le papier de soie, des inventions chinoises importées d'abord dans l'Inde et qui. plus tard , ont été inlroduites el perfectionnées en Occident.

II. L'usage d'écrire sur des peau* d'animaux remonte à une époque reculée; Hérodote, Diodore de Sicile parlent de peaux de mouton, de bouc, de veau, soit blanches, soit de couleur jaune on pourpre, sur lesquelles on écrivait en lettres d'or cl d'argent avec des roseaux.

Suivant Pline (Bist. no/., iiv. XII, chap. 21) et d'autres écrivains, le parchemin fut inventé à Pergame, sous le règne du roi Kumènes (200 ans av. J.-C.t, et c'est de là qu'il a élé appelé ckarta pergamena, ou pergamenum, donl nous avons fait le mol parchemin ; mais cela signifie seulement que c'élail

dans celle ville qu'on le fabriquait le mieux ; car Juseplie Flavius et Philon rapportenl que Plolémée Pltifatlclpbe, lorsqu'il eut fait traduire par les Septante lePentateuque d'hébreu en grec, reçut du grand-prêtre Eléazar les livres sacrés dont il admira la beauté du parchemin (environ 270 ans av. J.-C); et ce n'était sans doute pas une invention nouvelle.

Les diplomatistes distinguent le parchemin du vélin. f.c parchemin est une peau de mouton ou de chèvre polie avec la pierre-ponce; le jaunâtre annonce le plus d'antiquité. Le vélin est tire de la peau d'un veau mort-né ou d'un veau de lait; il est beaucoup plus blanCf plus tin, plus uni que le l>arcbemin.

Le meilleur vélin ou parchemin se fabriquait en Orient, et les parcheininicrs de Paris n'étaient souvent que des cnlrepositaires.

Le comte de Nevers, après avoir visité ta Chartreuse de Grenoble, envoya aux religieux des cuirs de bœuf et des parchemins pour leurs livres, pensant que c'était le présent le plus agréable qu'on put leur faire (xi» siècle).

En effet, le parchemin était devenu rare et cher, parce que les troubles qui agitaient l'empire d'Orient en avaient rendu l'importation difficile, et qu'on en fabriquait peu en Occident. Souvent, on raclait d'anciens manuscrits pour écrire sur le même parchemin un nouvel ouvrage. C'est ainsi qiiCj vers 1820, l'abbé Angelo Mai, depuis cardinal et alors biblioUlé-" faire du Vatican, retrouva une partie du texte encore lisible de la République de Cicéron, snns des coimnenlaires de saint Augustin sur les psaumes.

Au reste; l'usage de ces parchemins palimpsestes, c'est-àdire grattés, était connu chez les anciens. Cicéron, répondant au jurisconsulte Trebatius, qui lui avait envoyé un bille! écrit

sur un palimpseste, lui disait en plaisantant, après avoir loué son économie : « Je ne pense pas que vous eflaciez mes lettres " pour y substituer les vôtres (1). »

Le papyrus qui, dans l'antiquité, s'employait concurremment avec le parchemin, était également rare et coûteux depuis que les Arabes avaient envahi l'Egypte. Le papier de colon, plus solide (pie le papyrus, le remplaça et s'introduisit en Europe vers le ix° sièele; mais, comme il élait souvent mal confectionné, on préférait encore le parchemin.

Dans tesConstitutiones siculœ (Constitutions siciliennes) de l'empereur Frédéric H, en 1221, il va une ordonnance par latpicHc il est dit qu'à l'avenir tous les actes publics ne pourront être dressés que sur parchemin; que tous ceux qui auraient été écrits sur papier ne seront pas reçus en justice, et que tous les actes faits sur papier de coton devront être transcrits sur parchemin dans l'espace de deux ans. Cela prouve que le papier de colon de ce temps était d'une mauvaise qualité, et que celui de lin n'était pas encore connu en Italie. L'ordonnance de l'empereur Frédéric élait encore observée rigoureusement cent ans après.

En France, l'usage habituel du parchemin dura longtemps. Dans le xiu" et le xiv" siècle, la plupart des parcheminiers de Paris étaient établis au quartier dcsArcis, dans la rue des Écrivains, qui fut appelée momentanément rue des Parcheminiers; dans la rue des Blancs-Manteaux, qu'on ap|>cln aussi rue de la Petite ou de la Vieillc-Parehcminerie ; et enlin dans une rue du quartier de la Sorhonne, qui porte encore le nom de rue de la Parcheminerie.

(I) Non pulo te meas epislolus ilelere ni icpona* luns ( Epittolor <trt fmiliarei, lib. VII, episl. 18.)

Les parcbeminiers étaient sous la juridiction de L'Université; les jurés, c'est-à-dire ceux qui avaient prêté serment entre les mains du recteur, jouissaient des franchises et privilèges accordés aux officiers universitaires. Ils étaient cliargés de visiter, (le marquer et de taxer le parchemin destiné à être vendu, et sur lequel le recteur percevait un droit de seize deniers parisis ou vingt deniers tournois par botte.

Ce droit, déjà mentionné en 1291, fut confirme par lettres patentes de Henri II (1317), de Louis XIV (1673) , et par plusieurs arrêts du parlement rendus contre les parclieminiers qui cherchèrent souvent à s'y soustraire. 11 était affermé depuis 1561, et formait le seul revenu lixe du recteur.

Celui qui arrivait à Paris devait être déposé à la halle au Parchemin, située d'abord dans le couvent des Malhurios, el plus tard dans un collège de l'Université.

On ne pouvait en acheter que là, ou bien à la foire deSaintl-izare et à celle du Lendit (1). Celte dernière, qui se tenait à Saint-Denis, était Ires-renommée. Le recteur s'y rendait processionnelleinent, accompagné des maîtres, des officiers cl des écoliers de l'Université, et c'était seulement après que les marchands du roi, l'évèque de Paris el le corps universitaire s'étaient approvisionnés en parchemin, que les particuliers pouvaient faire leurs achats.

( 1) Ce mntsc trouve écrit Landit, Lundi au Lendit. La première urlliû graphe a nrèvnlu; mais la dernière parait plus conforme » l'origine^ il u

l'on a fait le chamn du Lendit.

Celte foirP, dont l'elahlisscmcnl r»l nltrihué à Charles le Chauve, s'ouvrait le lendemain de la Saint -lia m a lié III juin); et telle i|ui se lient encure à la même i-iioi|nc, dans la ville de Sain l- lien i.= , a conservé le nom de Uiidit.

Plusieurs fois, l'abbé de Saint-Denis voulut contester le droit du recteur pendant la foire du Lendit ; niais, en 14$), le parlement jugea en faveur de l'Université.

Au commencement du xvu" siècle, le Lendit, où les écoliers causaient souvent du désordre, cessa d'être inauguré par les recteurs, qui perdirent ainsi le droil qu'ils y percevaient sur le parchemin; mais ils le conservèrent sur celui qu'on apportait à Paris.

Quoique, depuis le milieu du jtir1 siècle, l'usage du papier de linge fût devenu a peu près général, on se servit longtemps encore de parchemin pour écrire des livres d'heures, inémc des romans de chevalerie, et autres précieux manuscrits enrichis d'ornements et de miniatures.

Les premiers imprimeurs employèrent aussi quelquefois le parcTiémiti dans leurs travaux typographiques. Plusieurs exemplaires de la Bible de Mayence de 1488 et de différents Missels sont imprimés sur vélin.

Quant aux actes publics, tels que diplômes, chartes, lettres patentes] contrats, etc., ils ont été presque toujours, jusque dans le siècle dernier, el sont parfois encore écrits sur parchemin. Mats le commerce de la parchemïneric n'a plus aujourd'hui l'importance qu'il avait jadis.

Dès son apparition en France, le papier y fut affranchi de toute contribution.

Les papetièrs de Times ayant réclamé contre une taxe ,i laquelle la Tille les avait imposés, Henri II les en déchargea par sa déclaration du 17 mars 1852, « à cause, y est-il dit, que par les privilèges de iTniversilé octroyez par aucuns de nos prédécesseurs roys, el successivement par les antres, et par nous continuez, la marchandise de papier a toujours esté exemple <lr fous péages ?l subsides, pour le grand besoin

qu'elle fait à la chose publique, en plusieurs et maintes manières, comme chacun sait, et entre autres à imprimer les livres, pour l'entretenemcnt et accroissance des bonnes études et sciences, n

En 1564, Charles IX ayant mis un impôt sur le papier, l'Université porta ses réclamations devant le parlement. L'avocat Montholon parla au nom du recteur pour revendiquer les antiques privilèges universitaires.

« La chose la plus nécessaire aux étudiants, dit-il, est le papier, qu'on peut dire nous avoir été transmis par un don spécial de Dieu ; et la preuve en est aisée en remémorant la difficulté, voire la cherelé, qui estoil de recouvrer livres auparavant et lorsque l'cscritiire se mettoit in tabulis cera delibutis. En cette considération, il y a en spécial privilège au papier Le pauvre escholicr a un double ou un liard pour

avoir une feuille ; que si elle passe de plus haut prix, il sera contraint délaisser l'estude. »

De Thnu plaida pour les libraires et imprimeurs, écrivains et papetiers.

« Est, dit-il, la papeterie une manufacture qui ne s'est pas cy-devant faite qu'en France, et se sont les esirangers, mesme ceux d'Espagne, toujours fournis eh France, cl s'est par le moyen de la papeterie, plus que par autre trafic et marchandise qui se fasse en France, tiré l'ôr estrnnger. Il n'y a en France mine d'or ny d'argent, et n'avons moyen de trafiquer avec l'estrangcr et d'avoir leur or et leur argent, que parle moyen de la manufacture de la papeterie. Si l'aide que l'on veut de nouvel lever sur le papier a lieu, et est une fois levée, l'on bannit une infinité de pauvres gens du royaume de Fiance, lesquels apprendront aux estrangers, qui cy-devant se sont fournis en France, leur art et leur manu facture, cl seront les

François pour l'avenir contraints, au lieu nue les estrangers se foarnissoîent en France de papier, d'en aller quérir aux pays estrangers. »

Versoris, avocat îles maîtres gardes de la marchandise, parla d'abord de la fabrication peu coûteuse du papier <|ui le mainlient à un prix modéré : « Car personne n'ignore que chose plus abjecte, vile et conlemptible, ne peut estre que la matière dont se fait le papier. Tellement qu'à dire le vray, il n'y a rien que la manufacture de l'ouvrier, laquelle est d'autant plus louable et recommandante, comme c'est une industrie trèsgrande, etd'une si vile et conlemptible matière, et quasi ex niliilo, faire une chose si utile, si nécessaire et si commode pour tous. >

Puis, craignant que le renchérissement du papier, occasionné par l'impôt dont on veut le frapper, ne décourage à la fois l'imprimeur et le fabricant, il ajoute : « Que si l'imprimeur délaisse son art elles marchands d'acheter, il faudra bien que les maistres papetiers délaissent leurs inauufacturcs; ne trouvant à qui vendre leur marchandise quand elle sera faile, il faudra que les serviteurs papetiers soient cl demeurent inutiles, recherchant les pays estrangers pour estre employés. Les Espagnols, qui avaient coutume de venir acheter et se fournir de papier en France, ont commencé, depuis six ans, à construire des moulins à papier, où ils retirent des ouvriers de France le plus qui leur est possible. Et, à leur exemple, la roine d'Angleterre eu fait construire, et a fait défense de plus venir acheter papier en France. Si l'imposition a lieu, on verra en bref les ouvriers passés aux pays estrangers, et celle manufacture tellement délaissée en ce royaume, qu'au lieu que par cy-devanlon avoit en France le papier à vil prix, ei que l'on eu vendoit grande quantité aux estrangers, dont

<iii en liroil grand argent, on sera dorénavant contraim d'en acheter bien chèrement d'eux, et ce dont la France ahondoii y défaudroit à ['advenir. Ceux qui ont fréquenté la ville de Lyon et les villes de France esquellcs il y a Université oui pu remarquer quel trafic se fait de l'imprimerie, et comme les Allemands, Italiens, Espagnols et Anglois laissent par chacun an au royaume un denier inestimable pour livres imprimés qu'ils en tirent. Sur quoy si le papier se fait dorénavant ailleurs, il n'y a doute que plniosi on n'imprime es esiranges pays qu'en France, conséqucmmcnl cessera celte négociation, qui est une des plus grandes du royaume. »

L'Université gagna sa cause. Charles IX défendit aux fermiers de lever l'impôt sur le papier, par lettres patentes du 1-4 août 1563, confirmées par celles de Henri III, du 16 novembre 1382, et par celles de Henri IV, du 13 novembre

En 1635, sous Louis XIII, on établit un impôt sur le papier, mais à la condition que le fermier payerait chaque année, à titre d'indemnité, une somme de dix mille livres à ['Imprimerie royale et à l'Université de Paris.

En 1634, sous Louis XIV, cette indemnité fut remplacée par l'exemption de droits de trente mille rames de papier de toutes qualités et fabriques dont la distribution fut laissée au recteur.

Actuellement, le papier est affranchi des droits d'octroi à l'intérieur, et même de ceux d'exportation à l'extérieur; mais le papier importé de l'étranger est soumis aux droits de douane.

III. La fabrication du papier telle qu'elle se fait maintenant n'a pas été connue des anciens ; car la préparation du papyrus n'y ressemblait en rien ; elle consistait à enlever les pel-

licules de celle plante, :'i les couper réguliferemcnt, à les coller les unes aux autres cl à les lisser Je manière à ce qu'elles pussenl recevoir l'écriture.

Il esl vrai que Oc temps immémorial les Chinois et les Japonais broient avec de l'eau les écorces Je bambou, Je colon, même les chiffons de coton, Je soie, cl les réduisent en pâle dont ils font du papier; mais ce procédé, analogue à celui que nous employons, ne fut pratiqué dans les autres contrées du globe que du vm* au ixB siècle.

Par une charte Je 1189, Haimond Cuillaume, évêque de Lodbve, accorda, moyennant un cens annuel, le droit de eonslruire Jes moulins à papier sur l'Hérault.

Dans le xui", le xiv« et le xv» siècle, les moulins à eau , en avant ci en aval de Troyes, étaient presque tous occupés par la papeterie.

Dans ces derniers lemps, la fabrication des papiers s'est bien perfectionnée; on y a appliqué les machines à vapeur qui jouent un si grand rôle dans l'industrie moderne.

Les papiers confectionnés par les anciens procédés s'appellent papiers à la forme ou à la main, parce que la plupart des détails de la fabrication s'exécutent par la main de l'homme,

Ceux qui sont faits au moyen des machines se nomment papiers à la mécanique. Ce procédé, outre la rapidité Je l'exécution, présente encore l'avantage de donner au papier telle dimension que l'on désire.

M. Johnson et MM. Spiccr, célèbres fabricants Je papiers en Angleterre, ont présenté à l'exposition universelle de Londres (1831) un rouleau Je papier Je 2,300 yards (-2,275 mètres, ou environ 7,013 pieds) de longueur. Il résulte de la perfection du mécanisme que la bouillie aqueuse, coulant sans

inttîrniplion .i l'une des extrémités de Ni machine, se trouve convertie eu une feuille continue de large papier à écolier, qui arrive sec et prêt à être employé à l'autre extrémité.

Rien n'est plus facile pour le visiteur de la papeterie que de suivre des yeux tous les degrés de cette transformation merveilleuse. Les chiffons sont classés suivant la qualité de leur matière première ; on les décrasse, on les lave, on les blanchît, on les triture, on les réduit en pâte. Quand la pate est devenue blanche, line, douce, floconneuse, elle tombe dans un grand bassin rempli d'eau; elle se dissout, elle se liquéfie, elle disparait presque, et le papier commence. L'eau épaissit de nouveau, en passant dans un second réservoir; à sa troisième étape, elle s'étend et se consolide en glissant sur une espèce de tamis en laine; l'eau du premier bassin redevient pâte, elle roule tout doucement autour d'un cylindre qui la presse, qui la sèche, et qui la remet aux mains d'un ouvrier, sous la forme d'une immense feuille de papier; c'est là un miracle qui ne dure pas cinq minutes. Il ne reste plus qu'à faire la toilette du papier: on le coupe en formats, on le rogne, on le glace, s'il y a lieu, on le met en rames, et la métamorphose du cliiiïon est complète. L'étude île celte transformation n'est pas seulement quelque chose de singulier et lie charmant pour les personnes; on assiste à la représentation de ce mystère de l'industrie et de la mécanique, avec une secrète émotion, jusqu'à l'achèvement du travail.

Dans le papier fait à la forme, c'est-à-dire sur une espèce de tamis en lils métalliques attachés à des irmglctlcs, nommées vergeures et pontuseaus, formant plusieurs compartiments, on voit des raies qu'on appelle aussi vergeures, [lonluseaux et filigranes, produites par ces tils cl tringlettcs ; et l'on nomme papier vergé celui qui est ainsi fabriqué.

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