‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 27 sur 43 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

1497. Dans l'avertissement de colle troisième édition, il dit qu'il voudrait avoir chez lui les cintj cents volumes de la première pour les anéantir cl les plonger dans un éternel oubli, sempiterna oblivione. Le lemps ,1 réalisé ce vœu, car on ne connaitplus un seul exemplaire de celte édition primitive.

On conçoit que, les tirages devenant plus considérables, il était impossible de raturer et de corriger à la main les fautes typographiques. Alors on imagina de les réunir toutes et de les reproduire, avec les corrections et l'indication des pages, à la lin du volnme sous le titre d'errata. Le Juvénal annoté par Merula, et imprimé à Venise, en 1 478, par Gabriel Pierre, est un des plus anciens livres où se trouve un errata; il est de deux pages, et l'imprimeur s'en excuse en ces termes : « Lecleur, ne t'offense pas des fautes dues à l'incurie des ouvriers ; car nous ne pouvons pas être soigneux à tous les moments. »

Simon de Colines, les Estienne, Vascosan, Charlotte Guillard, Amcrhacli, Plantin et plusieurs autres élaienl renommés pour la correction de leurs livres; les errata qu'ils y joignaient ne relevaient souvent que trois on quatre fautes.

Malheureusement, tous leurs confrères n'apportaient pas le même soin à leurs impressions. Jean Knoblouch, imprimeur à Strasbourg, laissa passer tant de fautes dans les œuvres de Pic de laMirandole, publiées en 1507, qu'elles nécessitèrent un errata de quinze pages in-folio. Il csl vrai que l'imprimeur en fait une amende honorable à la fin du volume : « N'imputez pas, dit-il, les erreurs à l'auteur: elles ont été commises par les typographes. Nous confessons sincèrement notre faute. »

Le cardinal Bcllarnùn, voyant que les différentes impressions de ses controverses contenaient beaucoup de fautes, voulut en donner une édition exacte qui servi! de modèle aux réimpressions qu'on en ferait à l'avenir; mais cette édition,

imprimée à Venise sur un manuscrit irréprochable, élail encore plus défectueuse que toutes celles qui avaient paru : l'errata qu'il en publia en 1608 est de quatre-vingt-huit pages.

Nous citerons ici l'ouvrage que le docteur Jean-Conrad Zeltner lit imprimer a Nuremberg en 1716. Ce livre, écrit en latin, contient la biographie de cent correcteurs érudits, et, par une espèce de fatalité, il est rempli de fautes; Verrats en signale six cents, mais il y en a bien davantage.

Au reste, les livres qui n'ont point A'errata ne sont pas toujours les plus corrects; souvent, au contraire, c'est dans ceux-là qu'on rencontre le plus de fautes.

Une mesure, longtemps observée en Espagne, obligeait les imprimeurs et les libraires d'envoyer un exemplaire de chaque livre imprimé à un censeur qui, après l'avoir conféré avec le manuscrit, en dressait Verrata qu'il signait et qu'on imprimait au commencement du volume.

En France, l'édit de 1619, qui exprime des plaintes sur le peu de correction apporté a. l'impression des livres, exigeait, par l'article 26, que, pour les catéchismes, les vies des saints, les missels, les bréviaires, de même que pour les dictionnaires, grammaires et autres livres de classes, les libraires prissent un certiticatde correction délivré par le recteur de l'Université. Mais celle mesure fut négligée et resta sans exécution.

Voltaire, dans un endroit de sa Correspondance, fait sur le sujet qui uous occupe une observation judicieuse :

« Qu'il me soit permis, dit-il, de proposer ici à tous les éditeurs de livres une idée qui me parait assez utile au bien de la littérature : c'est que, dans les livres d'instruction, quand il se trouve des fautes, soit de copiste, soit d'imprimeur, qui peuvent aisément induire en erreur des lecteurs peu au faii, on ne doit point se contenter d'indiquer les fautes dans un

errata; niais alors il faut absolument un carton (I). La raison en est bien simple : c'esl que le lecteur n'ira point certainement consulter un errata pour une Taule qu'il n'aura point aperçue. Toutes les fois encore qu'une faute n'otc rien au sens et à la construction d'une phrase, mais forme un sens contraire à l'intention Je l'auteur, ce qui arrive Ircs-souvenl, un carton est indispensable. »

De nos jours, l'art typographique a fait, dans toutes ses branches, d'immenses progrès; l'élégance, la symétrie, la variété des caractères donnent aux impressions modernes une apparence qui flatterait agréablement la vue, si les incorrections du texte ne l'offusquaient trop souvent. Nous l'avons dit et nous le répétons, il est très-diflicilc, sinon impossible, d'imprimer un livre sans qu'il y reste quelques fautes; mais la vigilance du ty|H>graplie ne doit pas moins tendre à n'en laisser aucune. C'est par l'exactitude de la correction, bien plus encore que par la beauté des types, que les maîtres de l'art se sont illustrés.

VI. La vue d'un pressoir, et surtout le mouvement de la vis qui répond à un poids immense, donnèrent, dit-on, à Cutenberg l'idée de la première presse. Il la lit exécuter par Conrad Saspacb, ouvrier en bois, et l'installa chez André Uritïetien, son associé. Cette presse, comme relies qui furent un peu plus tard construites à Mayence, était sans doute fort imparfaite, car on remarque dans les premiers livres des mots imprimés à moitié, et qu'on a été obligé de Unir à la main.

([) En forme il'imprimeric on appelle carton un un [iltisieurs fouillerqu'où réimprime, soi! pour y corriger quelques fautes, soi) pour y faire

- iOI -

Cependant depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'en 1830, le mécanisme des presses n'a, pour ainsi dire, subi aucune variation.

Les premières presses, faites en bois grossièrement travaillé, Étaient disgracieuses à la vue, el devaient être fixées à des murs solides, soil par îles élançons, soit par des croebets en fer. Sans cette précaution, elles eussent cédé aux efforls de l'ouvrier, obligé d'user de toute sa force pour obtenir une pression suffisante.

Leur dimension était si petite que chaque face d'une feuille de papier exigeait deux tirages.

A partir de 1830, une presse en fer et à vis, inventée par lord Slanhope, dont elle a conservé le nom, fut importée d'Angleterre. Sa forme est élégante, et le système de pression permet d'opérer le tirage sans trop d'efforts.

Les États-Unis nous apportèrent, vers la même époque, une presse appelée Colombienne, construite d'après un nouveau système et qui pouvait imprimer des papiers de plus grand format.

Ces nouvelles presses furent partout substituées aux anciennes. Les rouleaux en matière élastique, inventes en France par M. Cannai (1819), avaient aussi remplacé les tampons avec lesquels on distribuait l'encre sur les caractères. Ces deux changements amenèrent une véritable révolution dans l'art typographique.

Une révolution plus importante encore fut produite par l'introduction des mécaniques ou machines à imprimer.

C'est en Angleterre qu'on en lit d'abord usage. Dès 1190, William Nicholson, éditeur du Journal philosophique, exécuta une presse mécanique qui ne réussi) pas. Mais, plus lard, deux Allemands, MM. Kœnîg, horloger de Leipsich, el Bauer,

son élève, établis à Londres, fabriquèrent une presse imprimant au moyen de deui cylindres eu bois et de rouleaux qui distribuaient l'encre en même temps. Celle immense machine, mue par la vapeur, donnait, dans son premier état, 12 à 1,300 impressions par heure. Elle fut construite pour le compte et aux frais de T. Benslcy, imprimeur, et de M. Taylor, éditeur du Times, el le 21 novembre 1811, les lecteurs de cette feuille apprirent, par nu avis officiel, qu'ils lisaient pour la première fois un journal imprime par une machine à vapeur.

Bientôt après parut la presse mécanique de MM. Applegath et Cowper, la première qui fut importée de Londres en France.

Le succès de celle presse engagea les mécaniciens; français à se meltre à l'œuvre; leurs travaux nous affranchirent de la nécessité où nous étions de recourir à la fabrication étrangère, cl fournirent à nos ateliers typographiques un grand nombre de machines, loules opérant par le même système, mais différentes quant aux détails.

Dans le nombre, nous devons citer particulièrement celles de M. Dularlrc, qui impriment même des vigneites avec toute In perfection qu'on pourrrait espérer des meilleures presses à bras, el qui ne coûtent que 6 à 7,000 fr-, tandis que les premières presses de Cowper avaient été payées 30,000 fr.

On imprime avec les presses mécaniques, suivant leur systèuie, depuis quinze cents jusqu'à deux mille feuilles par heure, c'est-à-dire le même nombre d'exemplaires que deux ouvriers pouvaient obtenir dans une journée entière du plus rude travail. Ainsi, une seule machine, tout en n'exigeant que le travail d'un homme el de deux enfants, non compris la force motrice, rournit autant d'ouvrage que dix presses anciennes employant vingt ouvriers.

Les journaux, qui n'ont pas besoin d'une impression soignée, se servent de presses beaucoup plus expédilives. Il en est qui impriment jusqu'à quatre feuilles à la fois, ce qui donne un tirage de dix mille feuilles par heure, nombre qu'on pourrail porter à douze mille, si l'on ne craignait les accidents.

C'est surtout' en Angleterre et en Amérique que les plus grands sacrifices ont été faits pour perfectionner les presses mécaniques et obtenir avec une extrême vitesse l'impression des papiers de la plus grande dimension.

A cet effet, il a été fabriqué, à Londres, en 1830, une machine (iui,au lieu d'imprimer horizontalement, fonctionne verticalement. Mais elle ne fournil que huit mille exemplaires à l'heure, ce qui ne répondait que médiocrement au but que s'étaient propose les inventeurs. De plus, elle a l'inconvénient de tenir beaucoup de place et de coûter fort cher{iO,Q00 fr.).

Une autre presse mécanique, dite il papier sans fin, fut construite vers la même époque, et obtint la préférence, comme pouvant imprimer, dit-on, vingt mille exemplaires par heure. Son mécanisme consiste en quatre cylindres superposés. A deux de ces cylindres sont adaptés des clichés cylindriques; le papier sans lin tourne autour des deux autres, et l'impression se produit par la pression de ces deux couples de cylindres entre eux.

Si cette machine donne, en réalité, le résultat annoncé, elle l'emportera de beaucoup sur la presse monstre de Richard lioe, qui a fait tant de bruit, il y a deux on trois ans, et que les propriétaires du journal le Sun, de New-York, ont installée avec un si grand éetatdans leur établissement. La presse de Hoe atteint le nombre de vingt mille exemplaires à l'heure ; mais elle a le grave inconvénient d'avoir un mécanisme tres-compliqué et qui demande un vaste emplacement; on n'y compte

pas moins de 8 cylindres, 1,200 roues, 202 rouleaux en bois et 400 poulies, sans compter une inimité d'engrenages. Celle presse monstre a coûté au Sun 106,000 fr. , non compris les frais d'installation.

Un. ingénieur de Londres, que nous avons déjà cité, M. A. Applegatli, à qui on exprimait le doute qu'une seule presse pût imprimer vingt mille exemplaires à l'Iieure, offrit de construire une presse qui tirerait quaranie mille exemplaires dans ic même espace de temps. Il exigeait, à la vérité, qu'on prit préalablement l'engagement de le dédommager de tous ses frais de construction.

Mais ces prodiges de la mécanique peuvent-ils être regardés comme un véritable progrès? Nous sommes loin de le croire. Il ne suflit pas de produire vite, il faut aussi produire bien, et les nouvelles presses ne nous paraissent pas pouvoir réaliser à la fois ces deux avantages. Le maximum de nos presses de Paris est de douze mille exemplaires à l'Iieure, et ce nombre semble devoir suflire. Nous ne regrettons donc pas que les mécaniciens français ne songent point à créer d'antres merveilles. On se rappelle, du reste, la mésaventure de l'inventeur d'une de ces presses prodigieuses, qui devait, disaiiil, faire mettre au rebut toutes les presses en usage. Au premier essai, on reconnaît qu'elle ne peut marcher; on la répare, on y ajoute des pièces : elle ne marclie pas davantage; enGn, après plusieurs vaines tentatives, on fut forcé de l'abandonner.

Le prix des presses qui sont employées actuellement à Paris ne dépasse pas 10,000 fr. Deux mécaniques de ce prix donnent le même travail que celle de Hoc, le font mieux, et coûtent cinq fois moins.

Les presses à bras ont encore subi, dans ces dernières an-

nées, de nouvelles et importantes améliorations. Uuoique moins avantageuses, sous le rapport Je la célérité et de l'économie du travail, on n'arrivera jamais à les suppléer complètement; car il est beaucoup d'ouvrages (pii exigent une délicatesse et une précision qu'on n'obtiendrait pas de l'action inintelligente des mécaniques.

Il semblait que, par l'emploi des machines, on fût arrivé au plus haut période de promptitude pour opérer le tirage typographique. Cependant les investigations de la science ont fourni des moyens plus expéditifs, plus merveilleux encore.

Nous signalerons ici deux inventions récentes, la photographie et la télégraphie électrique, dont certains résultats peuvent se rattacher à l'imprimerie, et qui, par ce motif, doivent être mentionnées dans une histoire de la typographie.

Depuis la découverte de MM. Niepcc et Daguerre, la photographie a déjà accompli de très-grands progrès. Nous n'avons pas à nous occuper ici de toutes les applications qu'elle a reçues, nous parlerons seulement de celle qui se rapporte le plus spécialement a notre sujet, c'esi-à-dirc de la photographie appliquée à l'impression. Elle peut, en effet, reproduire une image quelconque à un grand nombre d'exemplaires avec une célérité prodigieuse et a bien moins de frais que par l'emploi des machines dont l'imprimeur typographe doit être pourvu.

Au lieu de ces appareils mécaniques considérables, dispendieux, et qui réclament, pour fonctionner, le concours de la vapeur, il ne faut à l'imprimeur photographe qu'une chambre obscure, de quelques centimètres carrés; quelques produits chimiques, du papier, et la lumière du soleil. Avec cela, le tirage s'opère à la volonté de l'éditeur cl au fur et a mesure de

scs besoins. Un csl sur, en ouire, d'avoir la reproduction exacte du modèle: c'est l'original même qui renaît à l'infini. Tels sont les avantages de l'impression photographique. Ce qui a manqué jusqu'ici à ces impressions, c'csl une teinle noire ou brune, ayant toute l'intensité désirable. Mais les plus habiles imprimeurs photographes sont à ta recherche de celle encre, si l'on peut ainsi parler, cl nous ne doutons pas qu'ils ne parviennent, tôt ou tard, à réaliser ce dernier perfectionnement.

Les dessin-: plirpingrapliiques sur papier s'obtiennent a l'aide de deux opérations successives, dont la première n'a besoin d'élrc renouvelée qu'après avoir donné de nombreux résultats. La première épreuve obtenue csl une image étrange, à contresens de la réalité. On y voit dans l'ombre ce qui doit être éclairé, et dans la lumière ce qui doit êlre dans l'ombre. On appelle celle première image épreuve négative. C'est un véritable cliché avec lequel on peut lirer un très-grand nombre d'épreuves positives, c'est-à-dire d'Images parfaitement vraies de l'objet qu'on veut reproduire. Il suffit pour cela d'exposer à la lumière, derrière l'épreuve anormale, la feuille de papier sensible sur laquelle on vcul opérer le transport du dessin primitif, de manière que les rayons qui tombent sur les noirs à contre-sens de celle-ci sont sans effet sur la feuille blanche, cl qu'elle n'en reçoit que par les clairs, et, par conséquent, sur les points seuls qui doivent être plus ou moins teintés en noir.

Déjà les faussaires se sonl emparés des procédés photographiques pour contrefaire des billets de banque, et les tribunaux onl eu à sévir contre ce nouveau genre de contrefaçon qui rend plus nécessaire que jamais l'emploi d'un papier de sûreté dont nous avons parlé dans le rhapilre précédent.

On applique avec succès la photographie à la gravure sur liois: il s'agit simplement de placer un bloc de bois préparé sur l'écran de la chambre obscure, de graver ensuite la pièce el de la tirer selon le mode ordinaire. C'est ce qu'on appelle la xylophotographie.

Un habile lithographe, M. Lemercier, a créé aussi la lithophotographie, et a publié un recueil de dessins obtenus par cet art nouveau, représentant des vues, des monuments, des intérieurs, etc. (1).

La photographie donne l'image d'un objet, mais n'en reproduit pas les couleurs, et sous ce rapport le secours du pinceau lui est nécessaire. Toutefois, nous croyons qu'elle finira par s'en passer, et que ce complément du nouvel an sera obtenu, si même il ne l'est déjà.

L'n journal de New- York, le Photographie art journal, a donné, en janvier 1851, la copie d'une lettre par laquelle un M. Hill annonçait qu'il avait découvert le moyen de produire l'image daguerrienne sur la plaque dans tout l'éclat de ses couleurs naturelles, résultat que des hommes éminents de l'Europe avaient cherché en vain. Parmi les 43 spécimens qu'il a obtenus par son procédé, nommé Uéliochromie, il cite une Vue où aucune des couleurs naturelles n'a fait défaut: maison rouge, herbe et feuillage verts, troncs et branches d'arbres, vaches de différentes couleurs, vêtements divers étendus pour sécher, ciel bleu, etc. Le bleu pAle et limpide de l'atmosphère, qui s'étendait entre la chambre noire et les montagnes éloignées, est même répandu aussi délicatement

(1) Essai île lithophotographie , impression* obtenues directement sur pierre. Paris, Lemercier, imprimeur lithographe , rue de Seine, *7, Planches de divers formais.

sur la peinture, qu'il le serait par la main d'un grand artûîte.

Deux artistes français, MM. Nicpcc el Becquerel, ont alors revendiqué leurs droits a la priorité; mais celte question si pleine d'intérêt est encore à l'état de germe en France el même en Europe, comme elle l'est probablement aux États- Unis, malgré l'assurance avec laquelle M. Hill affirme l'avoir résolue.

Quant à la télégraphie électrique, quoique nous ne voulions la considérer ici que sous le rapport qu'elle peut avoir avec l'imprimerie, nous croyons devoir donner préalablement et bien succinctement quelques notions historiques sur l'invention elle-même, depuis son origine jusqu'à la nouvelle phase où elle est entrée.

C'est de deux mots grecs (mXoç, loin, cl f pAjw, j'écris) qu'on a formé le nom de télégraphe, pour désigner un instrument avec lequel on transmet des signaux à des distances éloignées. Ce moyen rapide de convspomhmcr remonte à une haute antiquité; sans doute les procédés employés par les anciens étaient bien imparfaits: c'étaient, par exemple, des feux, des étendards; cependant les Crées, environ 300 ans avant J.-C, se serf aient déjà de signaux pour indiquer les lettres de l'alphabet, de manière à former des phrases: c'était l'antique prélude de .la télégraphie moderne, dont la France devait doter le monde. En effet, le système télégraphique actuel l'ut d'abord mis à exécution, en 1702, par ordre de la convention nationale, sous la direction de Claude Chappc, qui en est regardé comme l'inventeur. Il parai! que l'idée primordiale en est due h Guillaume Amonions, de l'Académie des sciences de Paris, mort en 1705; mais cette théorie et quelques autres, publiées vers la même époque, n'avaient pas eu de résultais. La téié-

graphie lira naturellement un 'grand secours des lunettes d'approche; mais, combinée avec l'électricité, elle devient, pour ainsi dire , un arl magique qui annule l'ancien système.

L'idée d'appliquer l'électricité à lu télégraphie, c'est-à-dire de s'en servir [tour la prompte transmission des nouvelles. Fui émise, vers le milieu du xviii" siècle, par Franklin en Amérique, et par d'autres savants en Europe. Dans son Voyage agronomique en France, année 1787 (loine I"r, 2" édit., 1791), Arthur Young raconte le fait suivant : « Sur le soir, nous allons chez M. Lomond, mécanicien fort ingénieux, et qui a le génie, de l'invention. Il a amélioré la machine à filer le coton. On dît que les machines ordinaires font un fil trop dur pour certaines fabriques; mais celle-ci le rend doux et moelleux. Il a fait une découverle remarquable dans l'électricité. Vous écrivez deux on trois mots sur du papier; il les prend avec lui dans une chambre, et tourne une machine dans un étui cylindrique au haut duquel est un élcclromèlre, une jolie petite halle de moelle de plume. Un fil d'archal est joint à un pareil cylindre et électrise dans un appartement éloigné, et sa femme, en remarquant les mouvements de la balle qui correspond, écrit les mots qu'ils indiquent: d'où il parait qu'il a formé un alphabet de mouvements. Comme la longueur du fil ne fait aucune différence sur l'effet, on pourrait entretenir une correspondance de fort loin, par exemple, avec une ville assiégée ou pour des objets beaucoup plus dignes d'attention. Quel que soit l'usage qu'on en pourra faire, la découverte est admirable. » Quelques essais eurent lieu en Espagne (1798), à Saint-Pétersbourg (1832); dès lors la télégraphie électrique lit des progrès rapides. M. Morse en est regardé comme l'inventeur, parce qu'il a le premier, aux Étals-Unis, appliqué en tome n. 3">

grand ce procédé, qui a reçu ensuite d'importantes modifications {!).

Les Anglais, de leur côté, ont fait des expériences qui ont été couronnées de sucées. M. Wlieatstonc, après avoir imaginé, en 1838, le télégraphe à cadran, l'a remplacé plus tard par le télégraphe à double aiguille, beaucoup plus rapide : c'est ce dernier système avec de nouveaux perfectionnements qui est adopté en France.

Autrefois, les gouvernements seuls pouvaient transmettre des nouvelles et îles ordres au moyen de leurs anciens signait* télégraphiques, mais seulement pendant le jour et lorsque le ciel était pur. Maintenant, tout particulier peut, moyennant une somme insignifiante, envoyer un message ou inviter un ami, a une distance de plusieurs centaines de milles, dans un intervalle de temps calculé par secondes plutôt que par minutes. Pour la transmission des nouvelles, pour le recouvrement des pertes, pour la découverte des criminels, le télégraphe électrique a prouvé son immense utilité ; enfin, en examinant le mouvement et la direction des vents et des ouragans, on a pu, de la Nouvelle-Orléans, signaler par le télégraphe, à New-York, l'approche de grands orages, douze heures avant leur arrivée, et ainsi empêcher des bâtiments sur le point de partir, de se mettre à la mer avant que le trouble atmosphérique fût passé.

Les divers modes de correspondance télégraphique employés jusqu'à présent consistent dans un alphabet de convention ou dans des mouvements indicateurs des lettres usuelles; mais de nouvelles combinaisons ont eu des résultats

(1) Il y a aujourd'hui aux Ëtals-Unis d'Amérique 1300 milles (Ï,"M kilomilrr-.) de lignes télégraphiques.

tien remarquables, et que nous devons signaler, parce qu'ils onl un rapport plus direct avec l'imprimerie; ils remplacent, pour ainsi dire, le tirage à la presse, et joignent à la promptitude de la copie la célérité de la transmission.

C'est aux États-Unis que l'expérience a d'abord eu lieu. On y est parvenu à télégraphier en dix minutes vingt mille mots, c'est-à-dire tout le contenu d'un journal; et cela par un procédé presque entièrement mécanique, sans l'assislance d'un employé, sans nécessité de déchiffrer des signaux particuliers, sans possibilité de faire une seule faute, par l'association du télégraphe électro -magnétique avec la photographie.

Au moyen de l'invention nouvelle, la reproduction photographique d'un manuscrit ou d'une feuille imprimée s'obtient par le télégraphe électrique avec une rapidité presque incroyable. Le procédé est des plus simples. On roule sur un cylindre un papier soumis à une préparation chimique semblable à celle qui sert pour la photographie. Ce papier est mis en contact avec la pointe du fil conducteur, qui, par le mouvement de rotation du cylindre, y trace une ligne noire, produite par le courant électrique. A chaque rotation, le cylindre se déploie d'un cinquantième de pouce, de sorte qu'après 1,300 rotations, une feuille de papier de 2(i pouces de largeur se trouve entièrement couverte, d'un côté, de lignes nettement tracées. Au moyen d'une interruption du courant, on obtient des lacunes dans ces lignes; ces lacunes forment une écriture en blanc sur fond teinté, a peu près comme on en voit souvent sur les gravures. Pour former ces lacunes, on a, à l'autre extrémité du fil, c'est-à-dire à l'endroit d'où part la communication, un cylindre pareil et se mouvant de la même manière. Sur ce cylindre on applique une feuille de papier où la dépêche est écrite ou imprimée avec une encre contenant

lia vernis. La pointe du fil conducteur repose sur ce papier, tandis que la communication avec la batterie se trouve établie à l'axe tlu cylindre, île sorte que le courant électrique doit liasser par le papier. Le vernis, n'étant point conducteur, interrompt le courant, toutes les fois (pie le lil rencontre l'écriture par le mouvement tic rotation du cylindre. Avec une rapidité de rotation de six pieds par seconde on peut en une minute couvrir d'écriture une feuille de 86 pouces carrés. De la même manière, on peut aussi transmettre des dessins ou des plans de situation.

Chacun a entendu parler du télégraphe sous-marin construit en 1851, entre la France et l'Angleterre. Des essais d'un nouveau procédé ont été faits sur cette ligne, et on espère, au moyen de ce procédé, arriver à la prompte transmission, en caractères ordinaires, des plus longues dépêches. Dans ces expériences, comme dans celles qui avaient été faites précédemment entre Londres et i'ortsmoutlt, à une distance de deux cents milles, les messages sont reproduits en clairs et beaux caractères romains. On évite ainsi les erreurs et les perles de temps causées jusqu'ici par la traduction des dépêches et leur copie.

Celte dernière invention se nomme télégraphe électro-typographe.

A l'une des dernières séances de l'institution des ingénieurs civils de Londres, on a décrit les grands perfectionnements récemment introduits sur le télégraphe-imprimeur de Bain.

Il a élé constaté que cet appareil avait reproduit 300 mots par minute; que 50,000 messages en un mois avaient été transmis par les chemins de fer des comtés de l'Est, pour le seul service de ces chemins; que tel étail le développement de l'usage des télégraphes pour le service du commerce , que

le seul bureau central télégraphique de Londres expédiait |>ar jour des messages dont le total équivalait au contenu d'un volume in-8° d'une impression serrée.

Telle est la facilité de manoeuvrer ces appareils aujourd'hui employés, que le service en est fait par des enfants sortant de l'asile des orphelins, mii.au bout de quinze jours d'apprentissage, sont parfaitement au courant de leur emploi.

Les divers États de l'Europe s'empressent d'adopter ce mode rapide de communication ; et, selon toute probabilité, le télégraphe électrique sera, dans quelques années, d'iin-usagc aussi général (pie la poste aux lettres.

Il faut reconnaître cependant que ces belles découvertes, tout en ouvrant à l'imprimerie de nouveaux horizons, n'ont encore rien fait pour sa prospérité, et qu'il n'est guère permis île former que des conjectures sur leurs résultats pratiques et linanciers dans l'avenir.

VII. L'encre d'imprimerie est différente de l'encre à écrire : relle-ci, claire et limpide, ne s'emploie que sur. un papier sec cl collé ; celle-là, épaisse et visqueuse, ne prend bien que sur un papier humide. Elle se compose de noir de fumée et d'huile de lin bouillie jusqu'à consistance, amalgamés dans des proportions convenables ; elle doit être assez siccative pour ne pas maculer après l'impression.

Suivant Polydore Virgile (1), c'est Schœffcr qui a inventé l'encre typographique; d'après Prosper Marchand et beaucoup d'autres auteurs, ce serait à Gutenberg lui-même que cette invention serait due.

On n'a pas de renseignements sur les procédés dont usaient les anciens typographes pour fabriquer l'encre ; chaque im-

ft) De Invaitartbut rtrum.

primeur composait celle qui lui était nécessaire. Elle s'est toujours conservée brillante, est en général d'un très-beau noir, et ne laisse autour des lettres aucune de ces traces jaunâtres d'huile que l'on remarque souvent dans les impressions postérieures, et même dans les impressions actuelles.

Cette mauvaise qualité de l'encre provient beaucoup moins de l'ignorance du prétendu secret de la lionne fabrication que d'une parcimonie mal entendue, tant de la part de l'acheteur que de la pari du vendeur. Pour livrer sa marchandise à bas prix, le fabricant est .obligé d'employer des ingrédients défectueux et n'apporte pas à la main-d'œuvre tous les soins désirables.

Aussi n'y a-l-il guère lieu d'espérer que, par rapport à l'encre, et même au papier, beaucoup d'impressions modernes subissent sans détérioration l'épreuve des siècles comme celles des premiers temps de l'imprimerie. Alors les typographes n'épargnaient ni peines ni dépenses pour la belle exécution de leurs travaux.

Sans doute, il en est encore aujourd'hui plusieurs qui marchent sur les traces de leurs devanciers, cl qui, non moins jaloux de la gloire de l'art, ont imprimé des livres dont la confection splendide sera aussi d'une longue durée.

Rarement, les imprimeurs actuels fabriquent l'encre dont ils font usage. De même qu'il existe des établissements spé-' ciaux de fonderie, de sléréotypie, il y a aussi des fabriques d'encre typographique. Une des plus considérables et des plus recommandâmes de Paris est celle de M. Lorilleux, qui, un des premiers, a établi dans ses ateliers une machine à vapeur pour le broiement et le mélange des matières.

Les linges en couleur datent des premiers temps de l'imprimerie. On se servait communément d'encre rouge, qui

était employée Je façons très-diverses. Dans iel livre, le titre est entièrement rouge; dans tel autre, les lignes sont alternativement rouges et noires ; ici, ce sont les premières lettres de chaque alinéa qui sont en couleur; ailleurs, ce sont des alinéas entiers, de même que nous mêlions aujourd'hui en italique les passages que nous voulons faire remarquer.

Le mélange du rouge et du noir donne à l'impression un aspect agréable. Aussi les inventeurs de l'imprimerie ontils mêlé fréquemment ces deux couleurs dans leurs éditions, comme on le voit dans le Psautier de Maycnce (1157), dans le nationale divinorum officiorum (1139), etc.

Les premiers imprimeurs de Paris imprimèrent aussi en rouge et en noir. Ulric Géring suivit celte méthode, notamment dans les livres liturgiques qu'il imprima d'abord pour le diocèse de Paris, tels que \a Bréviaire, ie Missel, et dans les ouvrages de droit qu'il imprima ensuite.

ThielmanKcrver, qui réimprima \e Bréviaire in-8°, en 1300, suivit l'exemple de Géring, et imprima en rouge les Rubriques, dont le nom se trouve ainsi parfaitement justifié.

L'usage d'intercaler dans le texte d'un grand nombre de livres des lettres, des mois ou des passages entiers imprimés en encre rouge s'est maintenu jusqu'à la lin du siècle dernier.

Dans un ouvrage de Raban Maur ayant pour litre: De Lautlibus Sanctœ Crucis opus, imprimé à Augsbourg en 1603, on voit ces tirages de couleur combinés d'une façon assez curieuse. Le portrait de Louis I", empereur d'Allemagne, csi imprimé au trait dans le milieu d'une pièce de vers, et les mots ou les lettres qui se trouvent dans l'intérieur des trails sont imprimés en rouge el forment un sens à pari, tout eu coopérant au sens général de la pièce de vers. On lro«vedans

le niêiiie volume des dispositions semblables pour un portrait du Christ.

Les encres de couleur n'étaient pas, comme on le voit, employées d'une manière uniforme dans tous les livres; le goût ou la fantaisie de l'imprimeur étaient pour beaucoup dans ces combinaisons. Mais ces ouvrages n'en sont pas moins remarquables, car on y trouve réunies les deux qualités essentielles d'une bonne impression, l'uniformité de tcinle et l'exaclitudc de la retiralion.

L'uniformité de teinte consiste à avoir sur toutes les pages d'un volume la même nuance d'encre. Celte uniformité s'oblienl facilement pour tous les exemplaires d'une même feuille ; mais la difficulté commence aux feuilles suivantes, imprimées successivement, quelquefois à de longs intervalles, cl presque lotijours dans des conditions atmosphériques diverses.

Quanta l'exactitude de la reliration, appelée en imprimerie le registre, elle exige des soins plus grands encore, car In page du recto et celle du verso doivent tomber l'une sur l'autre avec une telle perfection que l'œil ne puisse apercevoir aucune déviation, ni dans les lignes de la page, ni dans les titres courants ou les folios qui sont en téle. Or, cette exactitude peut varier, soit parce que le repère ou trou de pointure s'est agrandi, soit parce que le papier lui-même a pu se retirer plus ou moins, suivant qu'il a été plus ou moins mouillé. Ce retrait était beaucoup plus sensible sur les anciens papiers, dits papiers à la main, que sur ceux de nos jours, qui sont exécutés à la mécanique et mieux apprêtés.

Ces explications sullisent pour faire comprendre les difficultés qu'on! dû rencontrer nos devanciers pour que les tirages en rouge vinssent s'adapter avec précision à la place qui leur était réservée a côté de l'impression ordinaire, sur-

tout à une époque où les instruments île travail étaient loin d'êlre aussi perfectionnés qu'ils le sont aujourd'hui.

Plus tard, l'imprimerie a fait d'immenses progrès sous le rapport des encres de couleur. Ce n'est plus seulement une seule encre rouge qu'on imprime facilement sur la même page, mais autant de couleurs que l'on veut. On peut voir dans nos Essais d'imprimerie, publiés en 1819, un papillon et une branche de rosier imprimés en quinze couleurs diverses, par la presse ordinaire, et avec une telle précision qu'aucune couleur n'a dévié de la place qu'elle devait occuper.

On fait aussi maintenant avec beaucoup de perfection des impressions eu or, argent ou bronze, de nuances variées, et présentant parfaitement le reflet et l'éclat métalliques.

Les premiers essais de cette sorte d'impression en France sont dus à M. Marcel, directeur de l'imprimerie impériale, qui en présenta plusieurs spécimens à l'exposition de 1806. l'nc cantate imprimée en encre d'or, et formant 4 pages in-folio, parut aussi en 1810, à l'occasion du mariage de l'Empereur.

Depuis lors, des progrès importants ont été faits dans les impressions métalliques. On emploie actuellement avec un égal succès l'or et l'argent, soit en feuilles, soit en poudre ; on parvient;) marier agréablement l'or mat avec l'or à fond ouvré, et on se sert aussi du bronze avec autant d'avantage que des métaux plus précieux. Les impressions en poudre d'or et d'argent peuvent être exécutées à très-bas prix; mais on n'est point encore parvenu à donner aux lettres toute la solidité désirable. Cela résulte de l'absence d'un corps gras ou d'un mordant ayant toutes les qualités d'adhérence.

La lithographie a également trouvé dans ses impressions en couleur un accroissement de ses travaux et de ses débouchés. La plupart des paysages lilhograpbiés sont exécutés en plu-

sieurs teintes, et on a même réussi, par ce procédé, à imprimer des bouquets de fleurs avec une grande perfection, tout en réalisant une économie notable sur le prix qu'aurait coulé le coloriage Tait à la main.

Nous avons parlé plus liant de l'iiéliocliromic, procédé photographique encore peu connu, qui reproduit l'image daguerrienne avec ses couleurs naturelles.

VIII. La sléréolypie, comme l'élymologie du mot l'indique (1), a pour but de substituer des planches d'imprimerie solides et d'une seule pièce aux planches formées par l'assemblage des caractères mobiles.

La stéréotypie ou clichage consiste à mouler en plâtre ou en papier une page de composition typographique; puis à reproduire, au moyen d'un alliage que l'on coule dans ce moule, une planche parfaitement identique à la planche typographique, et dont on se sert pour imprimer.

Tout le inonde sail que les ouvrages ne s'écoulent pas toujours rapidement. Il en est, et ce sont quelquefois les meilleurs, dont le placement ne s'opère qu'avec lenteur. Il importait donc de chercher les moyens d'éviter les frais d'une nouvelle com|>ositiott. La première pensée qui vint à l'esprit fut de conserver les planches toutes composées; mais alors le caractère devenait improductif; peu d'établissements pouvaient en laisser ainsi une partie sans emploi. On essaya ensuite d'imprimer avec des caractères mobiles soudés ensemble, mais c'était tourner la difficulté et non la vaincre, puisque ce procédé exigeait autant de caractères que si l'on se fût contenté de conserver la composition.

(I) Le nom île êtérietypit esl formé dt <teu\ mois grec s : dnpio'c, solide, tl ttiiit;, type, caractère.

On dut chercher d'autres moyens. Les premières tentatives remontent fort loin, mais c'est seulement depuis le commencement de ce siècle que la stéréotypie est réellement devenue un art d'une application facile.

Vers l'an 1735, l'imprimeur Valleyre imprima, par un procédé stéréotype, le calendrier d'un livre d'heures. Voici quel était ce procédé : la page une fois composée en caractères mobiles, il l'enfonça du côté de la lettre dans une masse d'argile sur laquelle on coulait du cuivre. Mais il n'obtint qu'un résultat imparfait : les aréles des caractères n'étaient pas vives, la surface de la plupart était arrondie, quelques caractères même étaient cassés.

De 1725 à 1739, un orfèvre écossais, nommé Ged, imprima par le même procédé plusieurs livres, notamment une édition de Salluste: son essai ne fut guère plus heureux.

En 1783, Hoffmann, imprimeur â Schelesladl, se prévalant des essais de Ged et d'une observation faite par Darcet, en 1773, sur quelques alliages métalliques, essaya d'un nouveau procédé. 11 fil avec la planche composée en lettres mobiles une empreinte dans une terre grasse, ramollie, mêlée de plaire et apprêtée avec une colle gélatineuse ; il coula sur cette empreinte une composition de plomb, d'étain et de bismuth, et il obtint ainsi des tables stéréotypes. Alors, il vint à Paris, et un arrêt du conseil du roi, du 5 décembre 1783, lui accorda un privilège exclusif pour un établissement auquel il donna le nom d'imprimerie polytype, et d'où sortirent plusieurs impressions exécutées par ses nouveaux procédés, entre autres les Recherches historiques sur les Maures, de Chénier père (1787) ; mais un second arrêt du conseil, du mois de novembre 1787, prononça la suppression de l'établissement.

Carcz, imprimeur à Toul, employa, en 1785, les mêmes moyens que ses devanciers. Seulement, il remplaça les moules en argile par ilu mêlai chaud, t:l il imagina de frapper un coup vif sur le métal en fusion pour le faire pénétrer plus exactement dans le moule.

Lorsqu'il fui question de fabriquer les assignats, on atteignit promplement la perfection pour le polytypage des planches à graver; mais il n'en fut pas de même du stéréotypage des planches on formes en caractères saillants, pour imprimer suivant le mode ordinaire de l'imprimerie en lettres. Le moyen qui parut le plus simple fut de réunir les matrices isolées de toutes les parties de l'assignat, pour former une matrice unique que l'on pût cliciier. L'idée de ce procédé appartient à tlrassal, un des artistes attachés à cette fabrication ; il inventa aussi, ou du moins exécuta la machine à cliciier nécessaire pour porter la matrice sur la matière en fusion. Ce résultat était le plus important de ceux qu'on avait obtenus jusqu'à ce jour; il assura le succès de la stéréolypie.

M. Gatteaux, qui avait, ainsi que lirassal, travaillé à la confection des assignats, imagina (en l'an vi) d'enfoncer, à froid et à l'aide du balancier, la planche composée de caractères mobiles dans une planche de métal. L'opération fulexécutée ie 30 brumaire an vi (20 novembre 1797), en présence de Firmin Didol ; la matrice se trouva sans défectuosité. Mais il avait fallu fondre exprès des caractères en matière plus dure que celle dont on se servait ordinairement, et cette matière, composée par Anfry, et dans laquelle il entrait de l'argent, revenait à un prix exorbitant.

Firmin Didot trouva un alliage moins coûteux, qui atteignit exactement le même but. Après s'être muni d'un brevet d'invention, il se réunit à Pierre Didot, son frère, et ils pu-

blièrent ensemble un prospectus d'éditions stéréotypes, qui excita de nombreuses critiques. Sans s'arrêter a ces clameurs, ils continuèrent leurs opérations et obtinrent un plein succès. Voici la description sommaire de leur procédé.

La planche, composée en caractères de matière dure, est couchée sur une planche de métal malléable du côté de l'œii de la lettre, et ou fait passer les deux planches ensemble sous un balancier, tel que celui des monnayeurs. La pression se fait doucement, de sorte que tous les caractères enlrcntâ la Tois dans la seconde planche, sans qu'il y ait de refoulement. La matrice obtenue, on l'ajuste dans un châssis et on l'attache, au moyen d'un écrou, à la vis du mouton de la machine à ciieher. On obtient alors, par l'action de cette machine, la forme ou planche solide dont on se sert pour l'impression.

Herhan avait fait connaître, en 1801, sou stéréotype en matrices de cuivre creuses. MM. Marne frères, ses successeurs, suivirent et perfectionnèrent plus tard ce procédé. Les caractères creux, ou matrices mobiles, sont frappés au lieu d'être fondus. La page se compose absolument de la même manière que dans la composition en caractères mobiles en relief; mais le clichage a lieu sur la page même. On voit que ce procédé exige une opération de moins (pie celui dont nous avons parlé plus haut. Il est vrai que les caractères creux demandent dans la fabrication beaucoup d'adresse, de soin, et qu'ils entraînent des frais considérables.

A raison de ces inconvénients, la supériorité est restée au procédé de Finnin Didot; c'est à cet imprimeur illustre que l'on doit réellement la stéréotypie, ou, du inoins, lus moyens de l'appliquer avec succès à l'art typographique.

Plus lard on obtint, par quelques modifications, des résultais plus complets encore. Au lieu des alliages employés si TOME n. 36

péniblement pour prendre l'empreinte des caractères mobiles, on se servit de plâtre, ijiii, à beaucoup moins de frais, les remplace, même avec avantage. Pour obtenir un métal tout à la fois dur et fusible, on mêla au plomb du régule d'antimoine. Enfin, pour prévenir les soufflures, on inventa un instrument qui permet à l'air intérieur de se dégager au dehors, à mesure que le métal en fusion pénétre dans les cavités du moule. — Ces nouvelles découvertes sont ducs principalement à M. Durouchail.

A partir de cette époque, la stéréotypie a pris un très-grand développement; on en peut juger par le nombre considérable d'ateliers de clicliage qui se sont établis à Paris.

Lottin (Augustin-Martin), imprimeur-libraire à Paris, auteur de plusieurs ouvrages, et qui eut l'honneur, en 1766, d'enseigner a Louis XVI (alors dauphin) l'exercice de l'art typographique, avait vu les premières tentatives de la stéréotypie et n'était point partisan de celle découverte. Voici comment il en parle : «Trois siècles après l'invention de l'imprimerie en caractères mobiles, on essaya de faire rétrograder l'art, en prenant toutefois pour base ses premiers principes... , en substituant aux lettres mobiles la fusion de pages entières composées avec des caractères mobiles. » Peut-être aurait-il changé d'avis, s'il eût vu les belles et nombreuses productions stéréotypes que MM. Herhan et Didot ont exécutées par ce procédé.

Une amélioration notable a été obtenue dans la stéréotypie. Jusqu'en 1849, le plâtre avail été seul employé pour la confection des empreintes propres a donner desclichés typographiques. Mais, depuis lors, des perfectionnements apportés dans le clicliage au papier, ont fait donner souvent a ce système la préférence sur le plâtre et les autres pâtes.

Voici quelques-uns des avantages de la stéréolypie sur papier :

1° Les caractères d'imprimerie ne sont nullement altérés ' par le moulage ;

2° Les stéréotypes sont obtenus plus promplement.

3° La dimension n'est plus limitée, puisque avec le moule en papier on reproduit de grands sujets, tels que journaux, gravures, etc. ;

4° Le moule en papier pouvant facilement prendre la forme cintrée, on peut obtenir des stéréotypes ronds s'adaptant aux cylindres de presses mécaniques spéciales;

5° Ils n'ont plus besoin d'être dressés ni tournés, la fonte les reproduisant tels qu'ils doivent être mis sons presse ;

6- Les moules peuvent se conserver inaltérables pendant plusieurs années ;

7° Enfin, le prix de revient offre, sur l'ancien système, une diminution de 23 p. 0/0.

Un avantage qui mérite d'être signalé, c'est que, an point de vue hygiénique, les ouvriers fondeurs ne sont pas exposés, dans la stéréotypie au papier, a ces incommodités organiques que leur occasionnait souvent une masse de cinq cents à six cents kilogrammes de matière chauffée au rouge, et contenant environ vingt parties de régule sur cent parties de plomb.

M. Victor Michel, clichenrà Paris, a inventé, en 1844, un polylypage bitumineux. Ce procédé ingénieux a donné de fort beaux résultats; mais il a été en quelque sorte abandonné depuis la découverte de l'éleclrotypie, dont M. Michel s'occupe spécialement. Ce dernier procédé offre autant de pureté que le premier et a surtout l'avantage de donner des produits plus solides.

Le sléréotypage en gutta-percha, dont les Anglais et les Autrichiens commencent a se servir, n'a pas encore été essayé ■ en France, où nous désirons qu'il soit promplemenl étudié.

Des procédés nouveaux, et du domaine de la stéréotypie, se sont produits à l'exposition universelle de Londres, et ont été signalés par M. Didot, membre du jury international (1). Le plus important de tous ces procédés, celui dont les résultats sont le mieux constatés, est la galvanoplastie, qu'on désigne aussi sous le nom de galvanolypie ou électrotypie.

La galvanoplastie, dont l'invention est due a M. Jacobi, de Saint-Pétersbourg, a montré à l'exposition de 1851 des poissons antédiluviens qui se sont reproduits eux-mêmes sur le papier.

« Au moyen de couches successives de gutta-percha appliquées sur la pierre où le poisson est pétrifié, on obtient un moule qui, après avoir été enduit d'une teinte légère de minium, est placé dans une cuve contenant une dissolution rte cuivre, où le moule est soumis à l'action rie la pile galvanique. Le cuivre en dissolulion l'orme en se précipitant une planche où tous les traits du poisson, reproduits en relief et imprimés ensuite à la presse typographique ou en taille-douce, donnent sur le papier un résultat identique à l'objet même.

u Des tableaux typographiques ayant chacun cinq cent quarante pouces carrés ont, par ce procédé, reproduit en cuivre, avec une grande perfection, ta série des types orientaux rie l'imprimerie impériale d'Autriche. «

Le procédé rte la galvanoplastie a été utilisé en Belgique avec le plus grand succès. Une presse unique ne pouvant suffi) Encyclopédie moderne, nriiflc Typographie. -Rapport du jury rie l'expoiîiion <ic Londrea, cri 1851.

lire aux besoins lie la banque nationale, on a eu recours au galvanisme pour la reproduction de la planche type des nouveaux billets émis par celle banque. Celle opération, des plus difficiles, a été faite par SI. Van den Nesle, d'Anvers, et n'a pu être conduite à bonne fin que par l'emploi d'un procédé inventé par cet habita graveur. 11 est impossible de distinguer les billets tirés sur l'original de ceux tirés sur les planches reproduites.

On a aussi établi à l'hôtel des Monnaies de Paris un atelier électro-typique, dont la direction a été confiée à M. Hulot. C'est là que ce savant artiste applique le procédé de la galvanoplastie à la reproduction des types de timbres-poste, de billets de banque et de caries à jouer; les épreuves qu'il obtient ainsi sont tellement identiques qu'elles déjouent la contrefaçon.

Ces nouveaux- types sont d'une dureté qui permet un long tirage ; l'impression se fait à bras d'homme sur un papier particulier fabriqué dans la papeterie d'Echarcon, sous la surveillance de M. Hulot.

D'autres procédés, plus ou moins différents de la galvanoplastie, ont exhibé leurs produits à l'exposition universelle de Londres.

Nous allons encore les indiquer sommairement.

1° La galvauoglypkie. i Lorsque le graveur a fait mordre à l'eau-forte son Irait sur une planche en zinc, au lieu d'enlever le vernis dont il avait d'abord couvert celte planche, c'est sur ce vernis même qu'il étend successivement avec un rouleau de légères couches d'encre siccative qui, sans entrer dans les tailles, ne se déposent que sur le vernis primitif. Au moyeu de ces couches superposées, les creux de la gravure acquièrent une profondeur de plus en plus grande. Alors la

plaque ainsi préparée est descendue dans une pile galvanique, où se forme une autre planche, en contre-épreuve, dont le relief est égal au creux que l'on avait obtenu par l'effet des couches superposées, t.

2° La gaU/anographie. « Sur une planche de zinc un peintre exécute un dessin au moyen d'une peinture monochrome composée d'un oxyde de fer ou de terre de Sienne brûlée. Selon l'intensité donnée aux couches de cette peinture pour obtenir les ombres et les clairs, ces couches successives acquièrent une épaisseur plus ou moins grande. Lorsque le dessin est achevé, on soumet la planche à l'action de la pile galvanique, d'où résulte une autre planche en cuivre, où les divers plans de la peinture superposée se trouvent reproduits en creux; c'est donc une véritable gravure de taille-douce imitant Vaqua tinta qui est obtenue sans l'aide d'aucun graveur. » C'est aussi par la presse en taille-douce que l'impression doit en être faite.

3° La chimity\ne. « Après avoir gravé à l'eau-forte un dessin sur une plaque de zinc, on en enlève le vernis, puis on fait fondre sur celte plaque du métal fusible (alliage d etain et de bismuth réduit en poudre). Quand il est refroidi, on le rabote jusqu'au niveau de la plaque de zinc, de manière à ce qu'il ne reste de ce métal fusible adhérant à la planche que ce qui est entré dans le creux de la gravure. Alors cette plaque de zinc ainsi alliée au métal fusible est soumise à l'action d'un acide ; et comme de ces deux métaux, dont l'un est négatif et l'autre positif, le zinc seul est mangé par l'acide, il en résulte que le métal fusible entré dans les creux de la gravure reste en relief, lequel peut être ensuite imprimé par la presse typographique. »

4» La ponteonographie. «Parcelle invention, M. Gillot, de

Paris, reproduit toute gravure lithographique, aulographique, typographique, tout dessin au crayon ou à l'estompe, toute gravure exécutée soità l'eau-forle, soitau burin.

« Lorsque sur une plaque de zinc un report à l'encre lithographique d'une gravure ou dessin est opéré, on encre avec un rouleau ce report, puis, au moyen d'un tampon en ouate, on le saupoudre de colophane réduite en poudre impalpable. Elle adhère aux parties grasses et les solidilie.

« On place ensuite la plaque au fond d'une caisse remplie d'eau acidulée de cinq jusqu'à douze degrés, ei, après une demi-heure d'un mouvement lent de bascule donné à la boite, le relief est obtenu, si c'est un dessin au crayon.

i Si le dessin offre un travail en tailles plus espacées, on retire la plaque de temps en temps pour l'encrer fortement à l'encre lithographique; et, après avoir de nouveau enduit de colophane cet encrage, on réitère l'opération dans la boîte remplie d'eau acidulée. Cette opération est répétée jusqu'à ce qu'on ait obtenu le creux nécessaire. Les grandes parties blanches sont enlevées à la scie à repercer. »

M. Nicolas Zach, lithographe, à Munich, a inventé un procédé qu'il nomme métallographie, par lequel on peut donner à tout dessin, tracé avec une pointe aiguë sur une plaque de métal quelconque, une préparation qui, en moins d'une heure, reproduit ce dessin en relief sur la planche métallique, opération plus économique et plus prompte que la gravure en bois et le clichagc.

Toutes ces inventions récentes ont donc pour bu! de remplacer, par des moyens physiques et chimiques, le hurjn du graveur et le travail du clichagc. Ainsi, un dessin soumis à la galvanographie devient une planche gravée en taille-douce. Par les autres procédés, un dessin, une lithographie, une gra-

vurc, une impression quelconque se transforment e» véritables clichés qu'on tire sur la presse typographique.

Si , jusqu'à prëscnl, ces ingénieuses découvertes n'ont pas toujours eu des résultats satisfaisants, du moins elles peuvent donner lieu à de nouvelles conquêtes de l'intelligence, ou même acquérir des perfectionnements qui offrent à la fois la heauté artistique dans l'œuvre, la célérité dans l'exécution, l'économie dans la dépense.

IX. Il a été question dans le cours de ce chapitre de tous les moyens matériels qui concourent au travail typographique; nous ne terminerons pas sans ajouter quelques mots sur h? personnel qui les met en œuvre.

Les ouvriers d'imprimerie s'appellent ttjpoyrapkes , et ils tiennent à honneur d'être nommés ainsi. Cu sont moins, en effet, des ouvriers que des artistes. Presque tous ont de l'esprit et des connaissances générales. Cela lient à ce qu'ils passent leur vie au milieu des cliefs-d' œuvre de l'esprit humain : leur intelligence se développe dans le commerce des gens de lettres et de savoir. Heureux et frappant contraste avec l'ouvrier des mines, qui s'étiole et s'ahrutit au sein des profondeurs de la terre, loin des hommes et du soleil!

Sous la Restauration, on a reproché aux typographes leurs idées avancées; mais en pouvait-il être autrement, lorsque, venant de réimprimer, en tant de formais, les œuvres de Voltaire et de J.-J. Itousseau, ils étaient encore imprégnés des pensées de ces grands esprits du xvm* siècle? Toujours est-il que la classe des typographes est la plus éclairée, la plus exempte des préjugés qu'on reproche aux autres classes d'ouvriers. Leurs manières, leurs conversations, le choix de leurs expressions, et jusqu'à leur extérieur, se ressentent de la noble profession qu'ils exercent. Il esl des ouvriers

d'élite qui réunissent au plus liant degré l'instruction, l'intelligence et l'amour de leur art. Plusieurs écrivent et publient d'excellentes pensées, soit dans des brochures, soit dans des journaux. Tout le monde sait que l'illustre Franklin commença par être imprimeur. Nous avons vu, pendant dix ans, dans nos ateliers, un simple margeur (1) de mécanique, qui a composé un ouvrage fort remarquable (2), tout eu remplissant ses modestes fonctions, et dont la pensée, disait-il, s'inspirait en voyant reproduire celle des autres.

On remarque chez les typographes un penchant naturel Iiour les plaisirs qui dénotent des goûts distingués. Ils aiment le spectacle, la musique, les réunions; ils s'assemblent, à certaines époques de l'année, dans des banquets où régnent d'excellentes manières et une tenue irréprochable.

Ils sont fiers de l'importance acquise par la maison à laquelle ils sont attachés et de tout ce qui peut contribuer à sa considération. En 1852, les ouvriers et employés de l'imprimerie administrative se rendirent spontanément à Sainl-Cloud auprès du chef de l'État, pour le remercier d'avoir donné au directeur ■le cet établissement la croix de ta Légion d'honneur.

C'est dans l'imprimerie que l'on compte le plus de sociétés mutuelles. Naturellement charitables, les typographes savent compatir a tontes les infortunes. Un des leurs est-il malade, ils vont le visiter ; a-t-il besoin de secours, ils font des collectes, et s'imposent des privations pour le soulager (3) ; s'il

(1) Celui qui préunlc la C-utlte Manche à h uii'r;uiii|uc ijui doit l'imprimer.

(i) Mémoires d'un Savoltlen , par Genoux.

{7t) Peu de jours après lu révolution de Juillet, de) typographes oui mime osé affronter la rampe d'un polit théâtre paya m, h Paris, pour venir en aide a un imprimeur amputé à In suite île ses blessures. La rerrlt* f«l irèj-froctueuse

meurt, ils font les frais de l'enterrement, lui rendent les derniers devoirs, aident sa veuve et ses enfants. Et ce n'est pas seulement sur des camarades que leur charité s'exerce: elle s'étend a tout malheureux qui s'adresse à eux, quels que soient son ûtal et son pays.

Le personnel d'une imprimerie se divise en plusieurs classes :

Le contre-maître de l'atelier, celui qui surveille les travaux, qui remet la copie aux compositeurs, qui dirige et conduit le personnel, communique avec les clients, est appelé prote, du mol grec TrpSTOî, le premier. Dans quelques imprimeries, il y a un proîeaux presses, c'est-à-dire un contre-mai tre exclusivement chargé de surveiller le travail des imprimeurs. 11 y a aussi un ou plusieurs sous-protes, suivant l'importance de l'établissement.

Les correcteurs qui, pour le traitement, prennent rang après le prote, son t chargés de lire et de corriger les épreuves. Autrefois même, comme nous l'avons dit plus haut à l'article Correction, les fonctions de prote et celles de correcteur se confondaient; mais aujourd'hui la plupart des imprimeries sont devenues si considérables, que la direction d'un atelier typographique réclame tous les soins du prote ; quelquefois cependant il revoit les tierces, c'est-à-dire les dernières épreuves, avant le tirage.

Il y a, dans les imprimeries, trois sortes de compositeurs : les metteurs en pages, qui distribuent la copie aux paquetiers, et qui, lorsque ceux-ci leur ont remis la composition, la disposent de manière à former les pages ; les paquetiers ou leveurs de lettres, qui composent les lignes et en font, par la réunion d'un certain nombre, ce qu'on appelle un paquet; enfin, les hommes de conscience, et ce sont les plus habiles.

auxquels on confie généralement les travaux de luxe el ceux que des difficultés d'exécution n'ont pas permis de tarifer, qui mettent aussi les caractères en ordre, en ont la surveillance et en font la répartition ; ce travail, qu'il est diflicile d'apprécier, se paye a l'heure, et c'est de là que vient à ceux qui en sont chargés le nom d'hommes de conscience. Tous les compositeurs ne sont pas d'une égale habileté: aussi, quoique le prix de main-d'œuvre soit le même pour tous, il arrive souvent que, sur un même ouvrage, l'un gagne un tiers de plu» que l'autre. C'est surtout à eux qu'on peut appliquer la devise des satnt-simoniens : A chacun selon sa capacité ; à chaque capacité selon ses œuvres.

Les imprimeurs ou pressiers tirent sur la presse à bras les feuilles, après que l'auteur et le correcteur y ont mis le bon à tirer. Chaque presse occupe deux imprimeurs, dont l'opération la plus diflicile est la mise en train, c'est-à-dire le travail préparatoire à faire sur la forme pour obtenir un bon résultat.

Dans certaines imprimeries, ce sont des ouvriers spéciaux, appelés faiseurs d'épreuves, qui tirent les épreuves destinées à être envoyées aux auteurs ou données aux correcteurs.

Les conducteurs de presses sont chargés de la mise en train sur les presses mécaniques, de surveiller le travail et de remédier aux accidents qui peuvent survenir.

Les margeurs présentent les feuilles qui doivent être prises par la presse mécanique.

Les leveurs de feuilles , placés à l'opposé des margeurs, reçoivent les feuilles à mesure qu'elles sortent imprimées, et sont chargés de mettre au rebut celles qui se présentent avec un défaut.

Les trempeurs mouillent le papier destiné à l'impression.

Dans les imprimeries qui ne possèdent pas de machine à vapeur, îles tourneurs de roue mettent les presses en mouvement.

On trouve encore dans le personnel des imprimeries des hommes de peine chargés de porter les formes, de les laver, etc.

Les femmes qui y sont employées sont plieuses, margeuses ; dans quelques imprimeries, ou emploie des brocheuses.

Enfin, on doit compter dans le personnel les apprentis compositeurs, qui se recrutent d'ordinaire, soit parmi les fils d'ouvriers, soit parmi des personnes qui ont été forcées d'abandonner une première carrière, ou ont choisi celle de l'imprimerie comme satisfaisant le mieux leurs goûts et leur amour-propre. On ne trouve dans les imprimeries de Paris que des apprentis compositeurs; les imprimeurs a la presse ne font pas d'autres apprentis que leurs propres enfants. C'est en général dans les départements que se recrutent les ouvriers imprimeurs de la capitale.

Un premier tarif des salaires avait été adopté, en 1843, par les patrons et les ouvriers typographes réunis: suivant un article de ce document, il devait être revisé après cinq ans, c'est-à-dire en 1818. Une commission inixîc d'ouvriers compositeurs cl de patrons s'est réunie h cet effet (1). D'après le nouveau tarif qu'elle a publié, les prix de composition sont déterminés par le nombre des nu, à condition qu'il en entre 43 dans la justification donnée par deux alphabets du même corps.

(I) D'après la Statistique publiée par la chambre île commerce .le

Paris , en IW , hi moyenne ilu salaire ile.< ouvriers pur lele et par j ■

e*l lté 1 fr. 47, c. Sept renl Miixaiile- seize gngnent plus île .1 fr. par jour.

L'intérieur d'une imprimerie offre une activité qui plaît ei attache. Peut-être y parle-t-on trop, mais toujours d'une manière convenable. Dumarsais a dit que « dans un jour de mar- « Ché, à la campagne, il se faisait plus de (ropes et de figures « qu'en un mois, à l'Académie : » on pourrait dire avec autant de vérité que, dans certains ateliers de typographie, il se dépense plus d'esprit que dans beaucoup de sociétés savantes. Du reste, on n'y voit jamais fumer, comme on n'y entend jamais chanter ou siffler. Il suffit, pour obtenir cet ordre vraiment remarquable, de le demander a des hommes qui savent apprécier tout ce qui est juste et convenable. Nos ateliers sont situés dans un quartier très-populeux, entourés de maisons, et, depuis vingt-cinq ans, jamais un bruit parti des salles de travail n'a pu faire supposer aux voisins que, tout près d'eux, des centaines d'ouvriers se trouvaient réunis du matin au soir. Si, par exception, quelque manquement à la règle se produit, le coupable est passible d'une amende qui profite à la caisse de secours. Ainsi chaque faute entraîne une punition qui tourne au profil de ceux qui souffrent.

Les ouvriers faisaient autrefois partie de la corporation des imprimeurs, corporation puissante et honorée, qui a disparu, comme tous les privilèges, sons le souffle révolutionnaire, il ne faut pas se dissimuler, toutefois, que, si nos devanciers sont parvenus à créer des ouvrages dont la pureté et la perfection sont, encore aujourd'hui, l'objet de notre étonnemeni et de notre admiration, ils le doivent, en grande partie, à ces sages règlements où le maître et les ouvriers trouvaient de salutaires garanties, et qui exigeaient de chacun d'eux des conditions de capacité, de savoir et de moralité.

Les ouvriers, inscrits sur les registres des chambres syndicales, pouvaient, à toute époque, par les extraits de res li-

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