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LITHOGRAPHIE ET AUTRES ARTS GRAPHIES AUXILIAIRES DE LA TYPOGRAPHIE

SOMMAIRE

I. Llltaogriphlc. — H. Liiho-ljpogriplile.— III. Gravure inr pierre. — IV. Graiure sur mêlai — V. Utilité de ces ilifférents aiu pour la irjmgrïiiliie.

I. Aloys Senefelder, pauvre choriste du théâtre de Munich et auteur dramatique, né à Prague, en 1772, est l'inventeur de la lithographie.

Kéduit à copier de ia musique pour se créer des ressources suffisantes, ii imagina de multiplier ses copies par des moyens plus expéditifs que cens qu'il avait employés jusqu'alors.

Ses premiers essais, pour arriver à ce but, datent de 1796. Il s'exerça d'abord à écrire a rebours, au moyen d'une plume d'acier, sur une planche de cuivre recouverte- de vernis de graveur; il faisait ensuite creuser à l'eau-forle les parties où le vernis avait été enlevé, et se servait de ces planches pour imprimer.

Un peu plus tard, il remplaça les planches de cuivre, qui étaient trop coûteuses et auxquelles il ne pouvait pas donner

un poli convenable, par îles pierres calcaires il'im grain licslin, qu'on trouve abondamment près lie Munich, dans les carrières Je Solenliofen.

En 1798, il composa l'encre chimique; les diverses applications qu'il en fil dans ses expériences l'amenèrent, peu à peu, à découvrir tous les procédés de la lithographie, tels qu'on les pratique encore aujourd'hui. Il ne lui resta plus qu'à faciliter le tirage de ses épreuves par des moyens mécaniques ; le rouleau et la presse il levier furent alors inventés et suppléèrent à tous ses besoins.

En 1800, le roi de Bavière lui accorda un privilège exclusif pour l'exercice de son procédé pendant quinze ans. En 1803, il se rendit à Vienne et y fonda une lithographie, sous la garantie d'un antre privilège que l'empereur d'Autriche lui concéda.

En quittant Munich, Senefelder avait laissé son établissement à ses deux frères, Thiébaud et Georges, qui le cédèrent, en 1805, à l'école gratuite de dessin de celte ville. M. Milterer, habile professeur de dessin, en eut la direction, et il apporta bientôt aux procédés de l'inventeur de remarquables perfectionnements. C'est à lui qu'on doit les premiers travaux importants obtenus par l'emploi du crayon lithographique.

En 180(1, Scncrelder revint à Munich, où il lit de nouvelles concessions. Strolioffer, qui avait appris la lithographie chez les frères d'Aloys, la porta à Stullgard. D'autres la répandirent dans les principales villes d'Allemagne. Au commencement de 1801, M. Dallarmi, de Munich, l'introduisit en Italie: Rome, Venise, Florence et Milan curent leurs lithographies.

Les frères André d'Olfenbach, anciens associés de Senefelder, l'avaient aussi importée en France; mais elle n'y eut d'abord aucun succès. En 1810, M. Manlich, voulant fonder

à Paris une imprimerie lithographique, sollicita vainement du gouvernement français une autorisation et îles encouragements. C'est seulement en 1814 que le comte de Lasteyrie, après avoir étudié en Allemagne les procédés de Scnefelder, commença à obtenir dans cette ville des résultats de quelque importance.

M. Engelmann, de Mulhouse, vint, en 1816, établir à Parts ses ateliers, et les belles lithographies qu'il lit paraître ne tardèrent pas à appeler l'attention des artistes et des amateurs.

La Société d'encouragement pour l'industrie nationale applaudit à ces premiers efforts. Le gouvernement se décida cniiit à seconder l'impulsion donnée par des hommes si recommandables, et envoya en Allemagne M. Marcel de Serres, pour s'y initier à tons les secrets de l'art. Celui-ci s'acquitta dignement de sa mission; il inséra à son retour, dans les Annale» des arts et des manufactures, divers Mémoires qui répandirent en France les connaissances spéciales qu'il était allé puiser à leur source même.

Un ouvrage de M. Raucourt, publié en 1819, et intitulé Manuel théorique et pratique de l'imprimeur lithographe, dévoila plus complètement encore les secrets de l'invention.

Peu de temps après, Senel'elder lui-même démontra tous ses procédés en publiant, à Paris, snn Traité sur l'art de la lithographie.

Cet ouvrage donne lieu à une remarque singulière. Scnefelder s'est appliqué à parler de toutes les découvertes ou perfectionnements qui pourraient se rattacher plus tard à hi lithographie: le décalque des vieux livres ou vieux manuscrits, les tirages en couleurs y sont annoncés, mais sans aucune indication des moyens qui doivent être employés pour tome n. '|M

les réaliser. Il semble nue cet homme remarquable ait mis un certain amour-propre fi ce qu'on ne pùt, après lui, rien inventer qu'il n'eût prévu ou indiqué.

Depuisceite époque, lalithograpliic a fait de rapides progrès en France, et elle est à peu près parvenue aujourd'hui à son plus haut degré de perfection.

Elle sert à multiplier en écriture courante des copies d'un écrit qu'il serait trop dispendieux de transcrire à la main, et dont les exemplaires ne seraient pas assez, nombreux pour payer les frais d'impression typographique.

Elle reproduit l'écriture même d'un auteur, et elle prend alors le nom il' autographie. C'est par ce procédé qu'on obtient à bas prix des modèles d'écritures et de dessin linéaire pour nos écoles primaires.

Elle reproduit aussi les dessins originaux d'un artiste, et rend aux beaux-arts un service immense, en livrant <Ji des prix modérés des copies pures et lidèles de tableaux que la gravure sur cuivre aurait fait payer beaucoup plus cher. Nos dessinateurs lithographes ont surtout porté jusqu'à la perfection l'art du paysage.

Le commerce emploie la lithographie pour ses annonces, afin d'offrir la représentation de produits, de machines, d'édifices, etc.

L'industrie manufacturière s'en est également emparée en l'appliquant aux décorations de la poterie, de la faïence, de la porcelaine ; aux dessins qu'elle transporte sur les tissus de tout genre, sur les cuirs, sur les bois et sur les mélaux vernis.

Enfin, par une découverte récente, et dont nous parlerons plus loin, on est parvenu à l'appliquer à la reproduction des vieux ouvrages.

Il y a aujourd'hui près de deux cents ateliers litliographi-

qties à Paris, et plus de mille dans les autres villes de France.

Nous citerons, parmi les hommes (jiii ont le plus contribué en France aux progrès de la lithographie, MM. Engelniann, Thierry frères, Motte, Caltier, Kœppclin, Mlla Fromentin et surtout M. Lemercier, qui a obtenu la médaille d'or à l'exposition de 1844, et, depuis, la croix de la Légion d'honneur.

Nous devons encore citer, comme ayant rendu un service immense a la lithographie, M. Auguste Dupont (1), imprimeur à Périgueitx, à qui on doit la découverte des pierres lithographiques de Châtcauroux. On sait que ces pierres remplacent avantageusement celles qu'on faisait venir à grands frais de Munich. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, frappée des heureux résultats de cette découverte, lui a décerné, en 1830, une médaille d'argent, et, en 1837, la médaille d'or elle grand prix de 3,000 francs. Enlin, aux expositions générales, il obtint, en 1834, une médaille de bronze; en 1839, une médaille d'argent; en 1844, rappel de médaille d'argent; en 1849, une médaille d'or. Déjà, il avait reçu !a croix de la Légion d'honneur.

La lithographie est l'auxiliaire indispensable de toute imprimerie en lettres.

L'une des conditions essentielles du commerce et de l'industrie en général est de tendre constamment à simplifier les moyens de production, pour amener d'abord l'abaissement du prix des produits, et, comme conséquence, un accroissement de la consommation. Sous ce rapport, la typographie, abandonnée à ses seules ressources, est restée depuis bien des aimées

(I) Ancien membre de l'Assemblée nalionali;. rédacteur eo chef de l'Echo de Vésone, mort en duel, le 20 aoùl 18.11. sous la balle d'un do ici anciens collègues à la Constituanle, qui siégeait à la Montagne.

slatiounaire. La lithographie est venue prendre place à côté d'elle sans que nul imprimeur ait songé à faire tourner ses ressources au profit de l'art typographique. De leur côté, les li 11 10 graphe s, qui n'avaient ni înlérét, ni les moyens suffisants pour combiner entre elles les deux industries, se sont bornés an dessin et à l'impression des travaux légers, tels que factures, mémoires, circulaires, avis, etc.

Ainsi, dès l'origine, ces deux arts restèrent en quelque sorte étrangers l'un à l'autre. Un petit nombre d'imprimeurs île province réunirent, il est vrai, une lithographie à leur typographie, mais sans les confondre , sans même avoir L'intention d'utiliser réciproquement leurs procédés.

Persuadé que l'union des deux arts aurait des résultais avantageux, le directeur de l'Imprimerie administrative a (le premier parmi les imprimeurs de Taris) annexé une lithographie à cet établissement.

On avait essayé, avant ISSU, d'appliquer la vapeur aux presses lithographiques, mais il avait été impossible d'obtenir des résultats satisfaisants. La touche ou encrage exige de la part de l'ouvrier une intelligence qu'on ne peut demander à un moteur mécanique ; car il faut, suivant la nature de l'ouvrage, tantôt appuyer sur le rouleau, tantôt effleurer à peine une des parties de la pierre. Pour surmonter cet obstacle, il a été inventé des presses lithographiques où le chariot seul et les rouleaux distributeurs étaient mus par la vapeur; on laissait ainsi à l'ouvrier, comme par le passé, le soin si difficile de répartir l'encrage : d'où il résultait un travail plus suivi et un tirage plus net ci plusexpéditif que par la presse lithographique ordinaire (1).

(i) l'rtssc i'aiil Dupntit. ItrCTel d'iittrntion, IR.'iO.

On ne s'est pas arrêté la : une nouvelle presse mécanique (\), <|ui vient d'être tout récemment inventée, a réalisé les plus grandes améliorations. Ainsi, pour les travaux ordinaires, tels que livres de commerce, factures, cartes, etc., dont l'encrage n'exige pas un soin particulier, la nouvelle presse confie à la mécanique toutes les opérations du tirage lithographique. De la, une grande rapidité dans les tirages cl une notable économie, puisqu'un seul ouvrier, aidé de deux apprentis, peut conduire deux presses tirant chacune quatre mille exemplaires par jour. — La lithographie n'a plus rien à envier à la typographie.

Déjà, dans le chapitre XIII de cet ouvrage, en parlant du papier de sûreté, nous avons fait connaître les services qui peuvent être demandés à la lithographie pour rendre inlalsidahles les litres, actions cl hillets. Nous avons dit qu'au moyen de certains agents chimiques, on ohtient sur pierre lithographique un fond dû au hasard, et, par conséquent, inimitable. Nous ajouterons qu'en soumettant la pierre à des acides, on est parvenu à former un relief qui permet de cliclierle dessin servant de fond et de le tirer lypographiquemenl. C'est là un nouveau et véritable progrès.

II. Ainsi que l'indique son nom, la litho-typographie est l'alliance de l'imprimerie en lettres et de la lithographie.

On a donné ce nom au transport sur pierre des impressions typographiques et à leur reproduction par les moyens ordinaires de la lithographie.

Ce procédé, dont la découverte est toute récente, s'applique surtout avec avantage à la reproduction des vieux livres et des anciennes estampes. On décalque sur pierre, à l'aide d'une

[I) Presse Pmil Dupont, Voté et H «sue t. Ilrevct 'l'invention . tsv,.

préparation chimique, les pages de livres ou les gravures dont on veut obtenir de nouvelles épreuves, et ou en fait le tirage par la presse lilhographiiiuc. Des éditions rares el précieuses ont déjà été renouvelées par ce procédé, qui est appelé à rendre (le plus grands services encore à la science, lorsqu'il sera passé tout à fait à l'étal pratique. Un grand nombre de bibliothèques pourront s'enrichir alors d'ouvrages qui n'existent que dans quelques-unes, ou compléter des exemplaires d'ouvrages anciens auxquels il manquerait quelques feuilles.

On sait qu'il ne se fait pas d'édition sans qu'un certain nombre d'exemplaires soient mis au rebut par suite de l'épuisement ou de la perte de quelques feuilles : la litho-typographie permet de remplir à tres-peu de frais ces lacunes, et d'utiliser, en réimprimant quelques feuilles, des exemplaires incomplets, qui seraient restés sans valeur.

La litho-typographie peut recevoir, en outre, diverses applications dans les travaux de l'imprimerie. Nous nous bornerons à en citer deux exemples.

Chacun sait que la composition des cadres et des tableaux est tres-coùteusc en typographie, non-seulement a cause du prix de main-d'œuvre, mais par la détérioration des matériaux employés. En lithographie, la composition des tableaux n'est guère plus économique, en raison du prix élevé que coûte l'écriture placée en tète on dans l'intérieur des colonnes. Eu général, il est reconnu que l'imprimerie est a meilleur marché, plus lisible et plus prompte pour les textes; que la lithographie, au contraire, est a meilleur marché, plus parfaite et plus prompte pour les Mets et les cadres. En empruntant à l'imprimerie et à la lithographie ce que chacune fournil de mieux, de plus prompt et de plus économique, on

obtient nécessairement une exécution parfaite sous tous les rapports. Il suftit pour cela de composer le texte en caractères typographiques ordinaires, et de le transporter sur pierre lithographique, au moyen d'une encre et d'un papier préparés; puis d'y Taire ajouter les filets noirs cl la réglure par un écrivain. On a ainsi, simultanément, la composition des lettres, les filets et les lignes grises.

A l'état de perfection où sont arrivées la gravure et la fonderie, il serait facile aussi, avec un matériel rie vignettes très-reslremt, de composer, en découpant de bonnes épreuves, un nombre infini de dessins variés, qu'aucun écrivain lithographe ne pourrait imiter avec une régularité et un fini aussi remarquables. Quelques heures suffisent très-souvent pour obtenir les combinaisons les plus heureuses. On parvient à fixer ces compositions fragiles en les transportant sur pierre par le procédé litho-typographique, et on obtient ainsi des encadrements ou ries ornements d'une exécution parfaite, qu'on ne pourrait attendre ni de l'imprimerie ni de la lithographie, prises isolément.

Les explications qui précèdent suffiront pour faire juger rie ce qu'on peut espérer de la litho-typographie. La nature des travaux, les circonstances, le goût de l'ouvrier feront naître nécessairement d'autres applications; car c'est le privilège des découvertes vraiment utiles de se développer à mesure qu'elles reçoivent la sanction riu temps et de l'expérience.

On voit, dans les Essais pratiques d'Imprimerie, une page présentant les principaux signes rie correction typographique. Le texte, imprimé en caractères mobiles, a été décalqué sur la pierre lithographique, où l'écrivain lithographe a tracé ensuile les signes que 1rs correcteurs font à la main en marge

de leurs épreuves. Ou obtient ainsi des exemplaires d'une épreuve typographique corrigée, effet qu'on n'avait pu produire auparavant que parla gravure ou par la fonte d'un caractère exprès portant avec lui les marques de la correction.

(.a litho-typographie sert aussi à la reproducion des vieux manuscrits et des anciennes écritures. Les fac-similé qu'on obtient par son emploi sont de la plus parfaite exactitude, car ce n'est pas une image plus ou moins lidèle de l'écrit, mais c'est l'écrit lui-même qu'ils représentent. Les vieux livres français, avec l'orthographe de leur temps, qu'il est si diflieile d'obtenir dans des réimpressions, les anciennes éditions, si correctes, d'ouvrages grecs ci latins, les bons ouvrages en langues étrangères (allemand, russe, arabe, hébreu, chinois, etc.), se reproduiront ainsi par la litho-typographie avec une exactitude, une fidélité et une perfection qui ne le céderont en rien à l'original.

Quelques essais avaient été laits précédemment ; il a même liaru à l'exposition de l&H des pages de vieux livres reproduites par la lithographie. Mais, soit (pie des difficultés imprévues aient arrête les auteurs, soit par toute autre cause, ce procédé, si important pour le commerce de la librairie et les progrès de l'esprit humain, est resté enseveli dans l'obscurité. Ce qui constitue une découverte industrielle, c'est moins un premier essai que la mise à exécution et l'application sur (le larges bases.

Le transport des vieux livres et des anciennes gravures, procédé dont la première idée est due à MM. Paul et Auguste Dupont, a été applique et perfectionné dans les ateliers rie Nmpi imerie administrative. Il a valu à ses inventeurs, lors des diverses expositions cl des concours de la Société d'encouragement, des médailles en bronze, argent, platine ei or.

Voici l.i lislc de quelques ouvrages publiés ou complétés par le procédé litho-typographique :

Rerum Catlicarum et Frandcarum Scriptores, tomus decimus tertius, parDoro Bouquet; un volume grand in-folio de 966 pages, imprimé fi Paris, en 1786, par la veuve Desaint, contenant l'Histoire d' Angleterre, de Xormandie, de Cambrai; la généalogie des Comtes de Flandre, etc., etc. (Ce volume, dont les feuilles ont été détruites dans un incendie, manquait à la plupart des collections, et son prix dans les ventes s'élevait de 600 à 800 francs : reproduit, en 1847, par le procédé litho-typographique, à cent exemplaires, il permet de compléter maintenant, au prix de ISO francs, les collections qui en sont dépourvues.)

L'Histoire de l'incomparable administration de Romieu te Grand, ministre d'État en Provence, lorsqu'elle était en souveraineté, par Miche! Baudicr, historiographe de Sa Majesté, 163o, imprimée chez. Jean Camusal. (Il ne restait qu'un seul exemplaire de cet ouvrage dans la famille de M. Itomieu, ancien préfet : au moyen de la lilho-typographie, il a été possible d'en reproduire plusieurs exemplaires qui ne différent en rien du volume original.)

L'Estat de l'Eglise du Périyord, depvis le christianisme, par le R. P. Dvpvy, récollel ; imprimé à IVri^uetix par Pierre et Jean Daivy, en 1620. (Ce volume, in-8° de 231 pages, a été reproduit en 1811 sur l'exemplaire existant à la bibliothèque de la ville, retrouvé après bien des recherches.)

Un grand nombre de libraires ou d'éditeurs trouvent tous les jours le moyen de rendre à la circulation des capitaux inaclifs, en complétant à peu de frais, par ce procédé, les volumes qui, par l'épuisemcnl de quelques feuilles, encombraient inutilement leurs magasins.

[11. La gravure sur pierre, devant servir, sinon à remplacer la gravure sur bois, du moins à lui prêter un utile concours, a paru a l'exposition de 1844, dans l'exhibition de M. Auguste Dupont, de Périgueux (Dordogne), sous le nom de clichéspierre, el dans celle de M, Tissicr, sous le nom de tissiérographie.

MM. Duplat, Girard et Dembour ont aussi fait, à diverses époques, des essais de gravure sur pierre.

Les procédés de MM. Duplat, Girard et Dembour n'ont pas passé à l'étal pratique. Il en est de même de la Ihsièrographie, dont on a vu cependant quelques planches très-remarquables. Les clichés-pierre, au contraire, sont en pleine voie d'application.

Ce n'est pas A Paris, où les graveurs sur bois sont en grand nombre, où ces artistes trouvent une ample occupation, que la gravure sur pierre peut rendre de bien grands services. Toutefois, elle peut réaliser quelques problèmes d'une exécution presque impossible par la gravure ordinaire, et produire certains effets que le burin ne pourrait rendre. Mais c'est en province, où il n'existe pas de graveurs sur bois, que ce procédé est appelé à devenir d'une grande utilité.

Partout où il y a une lithographie et un dessinateur, on peut obtenir, sans le secours d'un graveur, un cliché en relief. Ce cliché, ou pierre gravée, se place parmi les caractères typographiques et s'imprime comme une gravure sur bois. Ces types peuvent se reproduire parla voie du clichage.

M. Auguste Dupont a Tait une utile application de son système dans un ouvrage ayant pour titre le Périgord illustré, qui contient plus de 500 clichés de ce genre.

La pierre employée pour ces clichés n'est pas la pierre lithographique ordinaire; c'est un calcaire d'une nature parlicu-

litre, ayant toutes les propriétés de la pierre lithographique, mais qui peut se tourner, se buriner comme le bois.

Quand le dessin csl fixé sur cotte pierre à l'aide du transport lithographique, il est encré avec un vernis préservateur, qui permet de le soumettre à l'action de l'acide. Le premier relief une Fois obtenu par ce procédé, il ne s'agit plus que d'évider les grands blancs avec l'échoppe, et la main la inoins exercée peut opérer cet évidage.

On sait que l'inventeur de la lithographie, SctiefeMcr, avait tenté de se servir de la gravure en relief sur pierre pour l'impression de la musique, et qu'il n'abandonna ce moyen de reproduction que pour s'adonner uniquement à ses recherches sur l'art de la lithographie. D'autres personnes ont voulu, ainsi que nous l'avons dit plus haut, reprendre ces essais : soit difficulté d'application, soit insuffisance des agents chimiques employés', aucune d'elles n'élait parvenue à créer un relief assez élevé pour qu'il pût servir immédiatemenl dans la typographie. Ce problème parait aujourd'hui résolu : partout où il y a un dessinateur capable d'écrire ou de dessiner convenablement sur pierre avec l'encre lithographique, un imprimeur en lettres peut orner ses publications de ligures et de vignettes comparables, pour l'exécution, à celles qu'on obtient par la gravure sur bois.

Au moyen d'une morsure, faite également par les acides, sur les pierres lithographiques, on y ménage des reliefs, avec lesquels on empreint, par le foulage, des clairs sur le papier, ce qui lui donne, à s'y méprendre, l'aspect d'un papier filigrané. On remplace ainsi, presque sans frais, un papier dont la fabrication est très- dispendieuse par les formes llligranées; puis, l'impression sur des fonds de hasard complète le procédé le plus efficace pour déjouer la contrefaçon des actions, billets

- i.ïG —

et autres titres. (Voir ce nue nous lu avons déjà dit plus haut, page 349.)

IV. Il nous reste à parler d'un art qui se rattache également à la typographie et à la lithographie.

l-i gravure sur métal, soit en creux, soit en relief, était connue chez les anciens, connue l'attestent l'ornementation des vases, les inscriptions qu'on lit sur des lames de cuivre et autres monuments antiques. Ils avaient même îles sceaux, des cachets gravés dont ils apposaient l'empreinte sur les étoffes, le parchemin, le papyrus cl plus lard sur le papier; mais ils n'allèrent pas plus loin : aucune estampe, aucun texte reproduit par l'impression, au moyen d'une planche de mêlai gravée, n'a été transmis par l'antiquité aux générations suivantes.

D'après l'opinion la plus générale, c'est seulement vers le milieu du XV" siècle que l'impression chalcographie uc fut pratiquée; mais il ne parait pas, comme quelques auteurs l'ont prétendu, qu'elle ail donné l'idée de la typographie, inventée vers la même époque. La xylographie ou gravure eu relief sur des planches de bois fixes, procédé connu en Europe dès la lin du XIVe siècle el qu'on employa d'abord pour imprimer des cartes, puis des images et enlin des livrets, fui le véritable prélude de l'imprimerie en caractères mobiles. Aux caractères de bois la typographie substitua bientôt des caractères métalliques gravés en relief ou fondus, et c'est probablement alors que l'on commença aussi à reproduire des dessins el des images au moyen de planches de mêlai gravées soit en relief, comme le faisait [a xylographie, soit eu creux, c'est-à-dire en taille-douce.

Ce dernier genre de gravure est attribué à un orfèvre florentin, nommé Maso Finiguerra, qui le trouva, dit-on, par l'effet du hasard. Il avait, selon l'usage du temps, niellé, ou

l'empli i)e noir, afin île la (aire mieux ressortir, une gravure en creux qu'il avait exécutée sur une pièce d'argenterie; un linge mouillé laissé sur celte nielle reproduisit l'empreinte de la gravure, à rebours il est vrai; mais le procède d'impression de la taille-douce était trouvé.

Quoi qu'il en soit de cette origine, qu'on reporte à l'année la gravure en taille-douce ne tarda pas à être cultivée avec succès. Elle devint, ainsi que la gravure en unis, l'auxiliaire de la typographie pour les lettres fleuronnées et les vignettes, pour les cartes géographiques et même pour les portraits et les estampes que l'on joint quelquefois au texte d'un livre. Pendant les deux derniers siècles elle régna presque seule, parce que la gravure en hois avait dégénéré ; mais celle-ci, depuis une soixantaine d'années, a repris un nouvel essor et a fait d'immenses progrès. D'un autre côté, la lithographie et la gravure sur pierre, inventions modernes dont nous avons parlé, rivalisent maintenant avec la gravure en taille-douce pour l'ornementation des livres.

Divers moyens ont été employés à différentes époques pour opérer la gravure sur inétal. Un des plus connus est celui qui consiste dans l'action de l'cau-forte. Ce procédé plus facile et plus prompt que le travail du burin, mais qui n'en a pas la délicatesse, remonte au XVI» siècle, car on en attribue l'invention à Albert Durer ou au Parmesan.'

Nous avons vu plus haut que l'impression en couleurs fut pratiquée pour la gravure en bois et pour la typographie dès l'origine de ces deux arts; mais elle ne le fut que beaucoup plus tard pour la gravure en taille-douce. Un artiste allemand, Jean -Christophe Lehlon, de Francfort, en lit les premiers essais à Londres, de 1720 à 1731), et vint s'établir à Paris eu 1737. Ce procédé de la gravure imprimée en couleurs, au TOME II. 39

moyen de plusieurs planches ou même d'une seule, continua d'être pratiqué et s'est encore perfectionné depuis.

Dans ces derniers temps il a été appliqué avec succès à la gravure sur pierre el à la lithographie; c'csl ce qu'on appelle lithorhromie. Mais il faut avouer que le coloriage de toute espèce de gravure fait au pinceau est plus moelleux et plus varié dans les nuances.

V. Les arts graphiques que nous venons de mentionner sont étroitement liés il la typographie dont ils ornent el complètent même les productions; car il est intéressant el quelquefois utile de joindre à un dictionnaire biographique les portraits des hommes célèbres dont on raconte l'histoire; à une géographie, les caries des pays dont on donne la description; a un ouvrage technologique, des modèles d'instruments, ries plans , dos ligures.

La gravure el la lithographie remplacent même la typographie pour des textes de peu d'étendue, tels que des calendriers, des circulaires, des prospectus (1).

Si la typographie propage les écrils des auteurs, la gravure el la lithographie portent dansions les lieux du monde l'image d'un tableau, d'une statue, d'un monument qu'on ne peul voir que dans un seul endroii ou qui même n'existent plus, mais dont elles onl conservé les formes et les proportions d'après une échelle déterminée; el quelquefois ces données ont servi à guider l'artiste dans la reconstruction d'un édifice qu'on voulait rétablir sur son plan primitif.

(1)1! faut coostater cependant que trop souvent de grandes négligences se remarquent dans U - U:\U--. l-mvi's : ji.ir e\i'm|'li', île- lettres majuscules ou minuscule* irrégulièrement placées, de mauvaises coupures de mots, l'absence ou le ridicule ih> l;i ponctuation ; quelquefois, ,iu lias d'une gra vure magnifique, des fautes d'orthographe impardonnables.

La litho-typographie reproduit identiquement, pour ainsi dire, les anciens manuscrits, les vieilles impressions et estampes.

Tous ces arts graphiques, ainsi que la galvanoplastie, la photographie et autres découvertes récentes, que nous avons déjà mentionnées, recevront probablement encore des applications importantes.

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