‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 31 sur 43 · IÎ · texte numérisé non relu

IÎ

1*. 18ai-1830.

fleur, et qui avaient été achetés de ses héritiers par Antoine Vitré, sur l'ordre du cardinal de Richelieu; — les poinçons arméniens que Vitré avait fait graver aux frais du roi par Jacques de Sanlecque; — enfin, les poinçons et matrices de caractères syriaques et samaritains, et les matrices de caractères arméniens, offerts en 1693 a la Bibliothèque royale par l'abbé Le Jay, et que son père avait fait graver pour l'impression de la Bible polyglotte.

En outre, le chancelierdc Pontcbartrain chargea, en 1693, le graveur Grandjean de faire un grand nombre de poinçons grecs, soit pour compléter les trois corps qui existaient déjà, soit pour suppléer aux pertes qu'ils avaient éprouvées.

Ainsi retrouvés, accrus et complétés, les types de François Ier restèrent la principale richesse de l'imprimerie royale. Les étrangers mêmes les trouvèrent si parfaits de formes et de précision, que l'université de Cambridge en demanda une fonte pour son usage particulier. Le gouvernement français consentit à la lui accorder, mais à la condition qu'on rappellerait le fait dans le premier volume imprimé avec ces caractères et qu'on mellrait sur le frontispice de chaque volume une ligne ainsi conçue : Char ac 1er ibus grœcis e typographeio regio parisiensi. L'Université de Cambridge ne voulut point se soumettre à cette condition, et ce sentiment d'amour-propre national mal entendu fut un obstacle à la conclusion d'une affaire qui eùi honore les deux pays.

Les premiers caractères employés à l'imprimerie royale, qu'on désignait sous le nom de caractères de l'Université (I), étaient les mêmes que ceux dont se servaient les imprimeurs

(I) On trouve un alphabet rlc ros caractères dans Ir spécimen de llm-

de Paris. Mais, en 10SJ2, Louis XIV ordonna l'exécution d'un caractère spécial pour le service de l'imprimerie royale , eu remplacement des types dont on avait Tait usage jusqu'alors.

Un comité composé de Jaugcon, membre de l'Académie des sciences, l'abbé Bignon, Filleau dos Billctlcs, le père Sébastien Truchel, religieux de l'ordre des Carmes, Anisson, directeur de l'imprimerie royale, Simonneau et Grandjean, graveurs, fut chargé de déterminer, d'après des principes généraux, la meilleure forme des lettres. Après avoir compilé à cet effet les manuscrits et les plus belles éditions de la Bibliothèque royale et autres, on eut recours aux procédés de la géométrie, et l'on obtint par ce moyen des types dont la configuration parut devoir être la plus agréable a l'œil. Ce travail considérable occupa le comité pendant plusieurs années, et il eu résulta une table exacte des proportions des lettres, où chaque sorte était en même rapport avec celle qui la suivait et celle qui la précédait (1).

Philippe Grandjean et Alexandre, son élève, furent chargés de la gravure et de la fonte des nouveaux caractères. Trente corps de caractères romains et italiques, de rondes, bâtardes, coulées, vignettes assorties, furent successivement gravés et fondus par ces deux habiles artistes. Plus lard, Louis Luce , gendre d'Alexandre, exécuta dans le mémo style deux autres corps de caractères qui complétèrent la typographie dont Louis XIV avait ordonné la création.

Les beaux ouvrages auxquels elle fut employée élevèrent, dès ce moment, l'imprimerie royale au rang de la première imprimerie du monde. Parmi ceux qu'elle tit paraître sous le

II) Extrait d'un rupimrl déposé aux Archives nationales

règne même de Louis XIV on peut citer les grandes collections des historiens byzantins, des actes des conciles, etc.

C'est à cette typographie <pie furent ajoutes pour la première fois, sur l'ordre même du roi, les signes qui distinguent les caractères de l' imprimerie royale, et qu'il est formellement interdit aux autres imprimeries d'imiter. Ces signes consistaient alors dans le doublement du délié supérieur des lettres b, d, h, i, j, k, l, et dans le trait dont était flanquée cette dernière lettre. Ces doubles déliés n'ont pas été conservés dans les nouveaux types de l'imprimerie impériale; mais le trait latéral de la lettre / est resté et forme encore aujourd'hui un des signes les plus apparents des caractères de cet établissement.

Le Régent et Louis XV voulurent aussi ajouter de nouvelles richesses a celles que possédait déjà l'imprimerie du Louvre. De 1715 à 1712, on grava, sous la direction de Fourmont, savant orientaliste, des caractères chinois, dont les modèles furent pris dans les dictionnaires Tching-tse-tong et Tseoey (1J. Ce sont les premiers types de langue chinoise qui aient été gravés en Europe.

Louis XV ordonna aussi, en 1722, la gravure des types hébraïques qui manquaient encore à l'imprimerie royale. Ces types furent exécutés en quatre corps différents par Villeneuve et aussi sous la direction de Fourmont.

Pour faciliter la surveillance de ces travaux, on réunit, en 1723, à l'imprimerie du Louvre la fonderie royale, dont était

(t) Ce travail, in 1er rompu en \'iî par la mort de Fourmonl, ne fut repris qu'en 1811, sons ta direction de M. de Guignes Hls, pour l'impression du Dielionnaire chinois d» P. Basile, publie en 1813 par ordre du

chargé le graveur ilu roi, et "dont le matériel était resté jusque-là eulre les mains de la veuve Grandjean, qui avail succédé à sou mari.

En 1773, l'imprimerie royale s'enrichît d'une nouvelle typographie gravée par Luce, et qui, indépendamment des caractères proprement dits, comprenait une nombreuse collection de vignettes, d'ornements en pièces de rapport, genre de gravure et de foule encore inconnu à celte époque. Vers ce même temps, la collection des ornements fut augmentée do culs de lampe et autres vignettes gravés sur bois par le célèbre Papillon.

Sous le règne de Louis XVI, l'imprimerie royale continua les grandes collections commencées sous les règnes précédents, et en entreprit de nouvelles, notamment les Œuvres complètes de Uuffon, avec l'histoire des serpents, des ovipares et des poissons, par Lacépède (1775, 71 vol. in-12); les Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi (1787, "m-i°, collection qui se continue et forme aujourd'hui 10 volumes); la Collection générale des lois , proclamations, instructions et autres actes du pouvoir exécutif f 1792 , 23 volumes in-4°).

Son matériel, déjà si considérable, s'accrut encore par la remise qui lui fut faite des caractères et ustensiles de deux autres établissements. En 1773, on réunit à l'imprimerie dii Louvre celle qui avail été établie quelques années auparavant à Versailles, pour le service des bureaux de la guerre, de la marine et des affaires étrangères; en 1789, le directeur de l'imprimerie dite dit cabinet, à Versailles, lui céda également son privilège.

L'imprimerie royale était aloft une propriété mixte.

Les poinçons et matrices appartenaient à l'Etal, ainsi que

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dix presses dont les travaux étaienl dirigés vers un but de perfectionnement de l'art typographique et il'eneouragemenl pour les études do langues orientales. Les impressions d'ouvrages grees étaient exécutées gratuitement.

Le surplus des machines, ustensiles et caractères appartenait au directeur Anisson (Elienne-Alexandre-Jacques), qui l'exploitait pour son propre compte (1), et était payé de ses travaux sur des tarifs arrêtés par le roi.

Les appointements des employés, l'achat du papier, etc. étaient à la charge du directeur; quant aux dépenses faites par l'État pour l'imprimerie royale, on peut 'en juger d'après le compte rendu au roi en mars 1788, et publié par ses ordres :

Appoinlemenls du directeur

Au correcteur d'épreuves

Impression pour le département de la finance,

environ

Pour le département de la maison du roi . . .

Frais de gravure 2,000 i

Frais de reliure 2,300 |

Total !>0,000

(1) On Ut dans un Mémoire adressé en 1789 par Anisson du garde des sceaux, à propos de projets de réforme, lo passage suivant : ■ Tous les pointons, motrices, moules, instruments de fonderie, presses, casses sont

au roi. Le directeur esiubligé de le.» représenter, ainsi que pesant

de matière, constaté par les inventaires appartenir au roi. I.e reste du poids de la matière est au directeur nui s'en fournil à son compte. Les frais à la charge du roi son!, rntii: autre-;, un logement pour le directeur aux galeries do Louvre [ce qui ne dispense pu* ce dernier d'avoir une maison pour son service, ses commis, etc.), les pges de 800 livres d'un graveur pour l'entretien des poinçons et matrices, îles pensions de looii ■iOO [ivres ii de vieux ouvriers, etc. >

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