TOME II
■U00 fr.
Les départements Je la guerre el rte la marine payaient aussi leurs impressions. Les bénéfices restaient au directeur; l'Étal n'y prétendait rien.
IV. Les préoccupations et les troubles de la Révolution française ne lui permirent pas d'utiliser l'imprimerie du Louvre comme établissement d'art; elle en fit un instrument purement administratif. A partir de 1789, celle imprimerie ne publia plus, en effet, que des lois, des ordonnances, des décrets, des proclamations, et telle fut, en de certains moments, l'abondance de ces travaux, nue l'ancien matériel cessa bientôt de suffire à les exécuter.
L'Assemblée nationale ne considéra pas cette imprimerie comme un établissement public. Elle se borna à faire constater par un inventaire la propriété de la nation (1790), et confia l'impression de ses procès-verbaux a l'imprimeur Baudouin. Celui-ci prît alors, et sans opposition aucune, le nom d'imprimerie nationale pour son propre établissement. Baudouin s'établit d'abord à Versailles, où siégeait l'Assemblée; il la suivit à Paris, après les événements des S et C octobre 1789, et installa son imprimerie dans la cour et la maison des Capucins.
L'ancienne imprimerie royale du Louvre était restée au service du roi, pour l'impression des ordonnances, proclamations, promulgations de lois, etc. On la nomma l'imprimerie nationale exéeulive, pour la distinguer de celle de Baudouin qu'on appelait imprimerie nationale législative.
Cet éljit de choses dura jusqu'au renversement de la royauté. Après le 10 août 179-2, l'imprimerie du Louvre ne pouvant plus suffire aux impressions révolutionnaires, pour lesquelles on était souvent obligé de mettre des ouvriers étrangers en réquisition, l'imprimeur Baudouin y travailla
concurremment avec elle. Lu iî) août 1792 parut un décret jiorlanl : « L'imprimerie de l'Assemblée nationale et l'imprimerie ci-devant royale seront mises jusqu'à nouvel ordre eu activité jour et nuil, pour suffire aux nombreuses impressions décrétées el à décréter. » Cet ordre si formel, et l'insuffisance de moyens matériels pour en obtenir ['exécution, n'empêchèrent pas, toutefois, Marat de faire enlever de l'imprimerie du Louvre, avec l'autorisation de la commune de Paris, quatre presses et leurs accessoires, dont il avait besoin pour l'impression de ses pamphlets révolutionnaires.
Peu de temps après, le directeur Anisson , devenu l'objet de poursuites politiques, se vit contraint d'abandonner ses ateliers qu'il laissa sous la direction de Duboy-Lavernc, sou ami et collaborateur. Après sa condamnation à mort par le tribunal révolutionnaire (5 lloréal an 11), l'Étal prit possession, avec tous les biens du défunt, de l'immense matériel de l'imprimerie qu'Anisson avait au Louvre et dans sa succursale de la nie Mignon ; matériel qui, par un inventaire en date du 20 ventôse an II, avait été estimé à près de 500,000 livres.
L'imprimerie du Louvre ne survécut pas longtemps à la perte de son directeur; elle fit place, dans la même année, à deux autres établissements qui constituèrent dès lors ce qu'on a appelé depuis l'imprimerie gouvernementale. C'est en effet à partir de cette époque, c'est-à-dire en pleine révolution, que l'imprimerie de l'Étal commença à battre en brèche l'industrie particulière.
L'n décret de la Convention du 27 frimaire an II donna le signal du monopole, en créant, avec le matériel d'imprimerie provenant de la suppression de la loterie, une imprimerie tien administrations nationales, qui fut chargée des impressions des divers services publics. Aux termes du règlement qui,
par décret du 6 ventôse suivant, fui donné à cette imprimerie, elle devait être montée sur le pied de quarante presses, et un budget d'un million était affecté à ses dépenses.
Déjà la Convention, par un autre décret f 14 frimaire an H), avait ordonné, pour le service du Bulletin îles lois de la République, la création d'une imprimerie spéciale, régie au\ frais de l'État. Elle l'avait placée sous la direction et la surveillance d'une commission de quatre membres (1), laquelle prit le nom d'Agence de l'envoi des lois.
Un des premiers actes de cette commission fut de requérir l'administration du domaine national de lui faire la délivrance de tout le matériel qui, à l'imprimerie du Louvre et dans sa succursale, pouvait convenir au service de l'impression des lois. Celte délivrance cul lieu immédiatement, et il ne resta plus au Louvre <]uc la typographie seicnliliquc et un modeste atelier sous la direction de Duboy-Laverne.
Car un arrêté du Comité de Salut public, en date du 7 germinal an li, le service dans l'imprimerie du Bulletin des luis fut organisé d'après les bases du décret du G ventôse précédent, relatif à l'imprimerie des administrations nationales.
L'imprimerie du Bulletin des lois avait été installée dans le vaste hôtel Beaujon.à l'extrémité du faubourg Saint-Honoré; au mois de brumaire de l'année suivante, on la transféra rue de la Vrillière, dans l'ancien bôtel de Toulouse ou de Pen- Ihièvre, occupé aujourd'hui par la Banque de France.
Ce transfert fut l'occasion d'une réforme générale de l'établissement. Un décret du 8 pluviôse an III réunit à l'imprimerie du Bulletin des lois tout ce qui appartenait i\ l'État
I] La eommissioo île fuirai des lois Ail eatnpns6c des citoyens CJiaubf, Bernant, Diimnnl cl riranvillc.
dans l'ancienne imprimerie royale, el lui donna le nom d'imprimerie nationale, qu'elle échangea le 18 germinal suivant contre celui d'imprimerie de la République. Elle fut chargée d'imprimer les lois, les rapports, adresses et proclamations, les arrêtés et circulaires des comités, les éditions originales des ouvrages d'instruction publique adoptés par la Convention, et tous les ouvrages de sciences et d'arts qui seraient publiés par ordre de la Convention et aux frais de la République. Un autre décret, en date du 21 prairial, confirma ces dispositions, en décidant de plus que tous les établissements publics, qui ne se servaient pas de l'imprimerie des administrations nationales, seraient tenus de demander à l'imprimerie de la République tout ce qu'ils auraient a faire imprimer.
Ainsi, le monopole gouvernemental se trouva porté dès le début à ses dernières limites. Il ne manquait plus, pour y mettre le comble, que de centraliser toutes les impressions au compte de l'Etat dans un seul établissement. Cette [imposition fut l'aile en effet, cl le bruil courut que l'imprimerie des administrations nationales allait subir le même sort que celle du Louvre, et être réunie h celle de l'hôtel de Peuthicvre. Sur les réclamations îles ouvriers de celle imprimerie (qui employait 300 personnes) et les protesta lions des imprimeurs du commerce, menacés de perdre la faible part qui leur restait dans les travaux administratifs, ce projet fut un moment abandonné. On résolut même de réduire l'importance de l'imprimerie de la République, en fondant une imprimerie scienlitique distincte. Tel est, en effet, l'objet d'un décret en date du 4 brumaire an IV, ainsi conçu :
« Art. 1"'. Les poinçons, matrices et caractères de langues étrangères, déposés à l'imprimerie de l'agence des lois, en
seront distraits pour être exclusivement employés aux sciences et aux arts.
t Art. 2. On y joindra des fontes d'italique et de romain, une fonilcrie de caractères et luiii presses avec leurs accessoires. »
Mais ce décret ne recul pas même un commencement d'exécution : le Directoire, qui fut organisé presque aussitôt, ne partagea point les vues de la Convention, et un de ses premiers actes fut, au contraire, de donner plus de force au monopole de l'imprimerie du gouvernement. Par un arréti du 14 brumaire an IV, il réunit l'imprimerie des administrations nationales à l'imprimerie de la République, qui (levai rester provisoirement à l'hôtel de Penthibvre.
Ces mesures, qui blessaient les intérêts des imprimeurs de Paris, furent le sujet de plaintes et de réclamations fort vives. Elles donnèrent lieu également;! une longue discussion au sein du Corps législatif. Merlin (de Douai), alors ministre de la justice, combattit les prétentions des imprimeurs, et conclut dans son rapport au maintien d'une imprimerie nationale. « La centralisation, dil-':l. dans une seule imprimerie des « impressions payées par le trésor national est favorable à la « surveillance de celle partie importante de la dépense publi-
que; elle est nécessaire pour avoir toujours sous la main « et maintenir dans cette continuelle activité, d'où dépend " l'économie, des ouvriers auxquels l'impression des lois et a celle de quelques ouvrages scientifiques ne peuvent fournir « qu'une occupation intermittente. » Cet avis prévalut ; mais, connue pour pallier le tort (pie celte décision devait faire à l'imprimerie particulière, le gouvernement permit aux imprimeurs français de se pourvoir à l'imprimerie de la République des foules de caractères de langues grecque el orientales.
dont les poinçons y élaient déposés, à la chargte par cuv, il esl vrai, de payer le prix des objets qui leur seraient délivrés. (Décret du 11 pluviôse an V.)
L'époque du Directoire fut, au reste, celle d'une véritable rénovation pour notre imprimerie scientifique, qui sommeillait depuis le commencement de la révolution. L'Italie venait d'être soumise à nos armes. Le général Bonaparte, qui aimait à faire servir ses conquêtes aux progrès intellectuels de la France, avait enlevé de l'imprimerie de la Propagande, à Rome et de celle des Médicis, à Florence, plusieurs séries de poinçons arabes, birmans,"coplcs, éthiopiens, malabarcs, persans, samaritains, syriaques, thibétains, etc., qu'il avait fait parvenir à l'imprimerie nationale. Ces richesses typographiques, venant s'ajouter à la collection déjà considérable de types étrangers que possédait cet établissement, excitèrent au plus haut point le zèle de ses artistes. Ils se mirent à l'œuvre, aidés des lumières de plusieurs savants de l'Institut, et gravèrent sur ces modèles de nouveaux poinçons qui eurent sur les premiers une incontestable supériorité. Grâce à ce concours intelligent et empressé, la perte des richesses typographiques que l'imprimerie nationale avait reçues d'Italie, et qui nous furent enlevées en 1813, pour retourner à leurs possesseurs primitifs, nous laissa moins de regrets.
V. Le gouvernement consulaire ne changea rien aux dispositions du Directoire, en ce qui concerne l'existence de l'imprimerie nationale. Napoléon, tout en voulant le progrès de l'art et la prospérité d'un établissement destiné particulièrement à l'assurer, était loin de souhaiter cependant le développement de l'imprimerie en général; il avait, d'ailleurs, pour principe que les gouvernements peuvent sans inconvénient se faire manufacturiers. Non-seulement il ne
relira point à l'imprimerie de la République le monopole don! elle jouissait, mais il le confirma et l'agrandit. Après son élévation à l'empire, il donna à cette institution le tilre d'imprimerie impériale (décret du 22 mai 1804), et en 1808 il lui procura de plus vastes ateliers, en ordonnant qu'elle lui transférée rue Vieille-du-Templc, dans le palais du cardinal de Roiian, qu'elle occupe encore aujourd'hui. Entin, par un décret en date du 21 mars 1809, il la réorganisa sur de plus larges bases. On auditeur au conseil d'État lut chargé de surveiller, sous l'autorité du grand-juge ministre de la justice, l'administration et la police de l'établissement, spécialement et exclusivement affecté aux impressions des divers départements ministériels, du service de la maison impériale, du conseil d'État, et a l'impression du Bulletin des bis.
De là, suppression de tontes les petites imprimeries attachées encore aux diverses administrations, et réunion de leur matériel à celui de l'imprimerie impériale. Napoléon appela aux fonctions d'inspecteur M. Anisson, lils de l'ancien directeur de l'imprimerie du.Louvre, qui eut ainsi sous ses ordres le directeur, M. Marcel. On frappa à cette occasion une médaille portant l'inscription suivante :
Francisco 1 cc-JDiTAi HDXXXIX Lïwmcvs XIII
l\ *UIBÏS REÇUS COLLOCAV1T
Lvpovicvs XIV sïmptibïs regiis îmsthvxit Tasdeh napoleo
NOÏIS IXGHEUEims AVCTA* l'iBUCE ET UrtERARÏ» VTILITATI
Le décret organique de 1809 fut complété par un décret de 1811, réglant le service intérieur de l'imprimerie impériale, et fixant les prix dos ouvrages faits pour le comple de l'État. Un autre décret régla la distribution du Bulletin rf« lois, qui s'imprimait alors en plusieurs langues.
Dans la même année, l'Empereur, qui se plaisait à augmenter et â perfectionner le matériel de son imprimerie, la dolu d'une typographie nouvelle, dont il avait confié l'exécution à Firmin Didol. Le premier emploi de ces caractères fut destiné à l'impression de la relation du Sacre de Napoléon, volume orné de magnifiques gravures exécutées sur les dessins d'Isahey, Fontaine et Percier.
Sous celte impulsion puissante, l'imprimerie impériale prit en peu d'années un si grand développement mie son budget s'éleva bientôt à quatre millions. Napoléon songea alors à réaliser une idée qu'il avait conçue dès la campagne d'Italie, cl dans laquelle son séjour en Egypte n'avait fait que l'affermir; il rendit un décret (22 mars 1813} en vertu duquel des élèves furent entretenus à l'imprimerie impériale pour y être instruits dans la manipulation typographique des caractères orientaux. En même temps, et comme pour ôler à cet établissement, qui devait être national par excellence, quelque chose du caractère industriel et commercial qu'il lui avait imposé, il ordonna qu'on y imprimerait chaque année des ouvrages en langues orientales, avec le texte français en regard, impressions qui devaient Être faites sous l'inspection du savant orientaliste Sylvestre de Sacy.
« Ainsi (1) furent jetés les germes de celle typographie
(I) Notice hittorique mr [Imprimerie impériale, par M. île Sainl- Gcorges, directeur actuel, 18.13.
orientale qui, île développements en développements, csl devenue, depuis 1815, la plus belle richesse de l'imprimerie impériale, el qui devait donner naissance à la Collection orienlaie, monument gigantesque, dont l'exécution prouve ;'i quels résultais peuvent conduire l'amour du beau et la persévérance dans les efforts. »
L'invasion étrangère, comme nous l'avons dit, n'eut pas pour l'imprimerie impériale les suites qu'on en aurait pu craindre. Grâce à l'activité dont ses artistes avaient fait preuve, grâce aussi aux ruses innocentes par lesquelles quelques-uns de nos savants détournèrent sur les objets les moins précieux l'attention de l'étranger, on n'enleva guère à notre établissement typographique que ce dont il pouvait à la rigueur se passer.
VI. Sans entrer dans les grandes vues de l'Empereur sur la direction à donner aux travaux de l'imprimerie de l'Étal, la Restauration ne permit pas cependant que les ouvrages en langues orientales fussent abandonnés. Elle débuta, d'ailleurs, jiar un acte de justice, dont l'imprimerie particulière doit conserver le souvenir. Les plaintes contre le monopole de l'imprimerie du gouvernement n'avaient pas cessé; elles s'étaient même élevées plus vives que jamais dans les derniers jours de l'Empire. Le chancelier d'Ambray porta le premier à Louis XVIII les doléances des imprimeurs, en mettant adroitement en avant les économies qui résulteraient pour le trésor d'un retour aux errements de l'ancienne monarchie. D'Ambray était appuyé dans cette démarche par le nouveau directeur de l'imprimerie et de la librairie, Koyer-Collard. Louis XVIII, plus libéral, en cela comme en beaucoup d'autres choses, que ne l'avaient été la République el l'Empire, rendit, â la date du -28 décembre 18H, une ordonnance qui
rapporUit le décrel du ±3 prairial au UI, et donnait plein.; satisfatlion aux justes griefs des imprimeurs-
En effet, l'article M de celte ordonnance supprimait le privilège .exclusif attribué a l'imprimerie royale pour les impressions nécessaires aux services publics. En voici les termes : « ... Il sera loisible a nos ministres de traiter, soit « avec le directeur de l'imprimerie royale, soit avec tout « autre imprimeur du commerce, pour les impressions néces-
L'imprimcrie royale resta ebargée seulement d'imprimer pour te cabinet du roi, pour les conseils, tout ce qui était relatif aux affaires secrètes ou ce qui exigeait des garanties particulières, connue lescongés des troupes, les passe-ports, les brevets, les valeurs des caisses et trésors, les lois et ordonnances, et enlin les ouvrages dont le roi ordonnait la publication à ses frais, etc.
Cet acte est, sans contredit, l'un des plus honorables du règne de Louis XVIII. En respectant les droits privés cl surtout ceux du travail, en n'admettant même pas la pensée d'une concurrence, c'est-à-dire d'une lutte entre l'État et les particuliers, il s'est montré animé de ce sentiment de bienveillance dont ses ancêtres avaient donné, dans les siècles précédents, tant de témoignages à l'imprimerie.
L'imprimerie royale cessa donc, à partir du 1™ janvier 1813, d'être régie aux frais de l'État, et fut rétablie sous la conduite et au compte d'un directeur garde des poinçons, matrices, etc. Anisson, inspecteur de l'établissement sous le régime impérial, fut nommé directeur, en remplacement de M. Marcel. Il parait, toutefois, que tes avantages faits a Anisson furent jugés trop considérables, car une ordonnance royale du )-2 janvier 1K20 renouvela, en les aggravant, plu-
sieurs restrictions de l'ordonnance de 1814; elle relira de nouveau au directeur le privilège exclusif des impressions au compte de l'État, lui fil défense d'imprimer pour les particuliers sans une autorisation spéciale, et porta à sept mille, au lieu de six mille, le nombre des exemplaires du Bulletin des lois qu'il devait fournir gratuitement. Elle lui imposa, en outre, l'obligation d'imprimer annuellement, sans rétribution et sur les autorisations du roi, des ouvrages de littérature, sciences ou arts, jusqu'à concurrence de 40,000 francs.
La même ordonnance enjoignait encore au directeur de compter annuellement du produit de la vente du Bulletin des lois antérieur à 1815, ainsi que des codes et ouvrages confies à sa garde, produit qui devait faire la matière d'un compte soumis tous les trois mois à l'approbation du garde des sceaux, et dont le montant, aussitôt après le compte approuvé, serait versé an trésor royal à litre de recettes d iverses.
Ces conditions onéreuses furent-elles mal observées par le directeur? ou bien furent-elles jugées insuffisantes en comparaison des avantages que l'ordonnance de 1814 lui avait accordés? C'est ce qu'on ne saurait dire. Toutefois, ce régime si équitable et dont l'imprimerie particulière s'était constamment montrée satisfaite, fut supprimé brusquement le 23 juillet 1823. Une ordonnance de ce jour remit en régie pour le compte de l'État l'administration de l'imprimerie royale, qui fut de nouveau chargée :
1° De l'impression du Bulletin des lois; -
2D Des travaux d'impression qu'exigeait le service du cabinet et de la maison du roi, de la chancellerie, des conseils du roi, des ministères et des administrations générales qui en dépendent.
- tfll -
Aucun travail d'impression pour le compte des particuliers ne put dès lors èlre exécuté n l'imprimerie royale, à l'exception des ouvrages dont l'exécution exigeait des caractères qui ne se trouvent pas dans les imprimeries ordinaires, on dont le gouvernement aurait ordonné l'impression gratuite (art3).
L'administration Tut composée d'un directeur, chargé de la direction de toutes les parties de l'établissement, d'un conservateur chargé du matériel, et d'un caissier chargé de recouvrer les produits et d'acquitter les dépenses (Art. 5). Un maître des requêtes au conseil d'État, prenant le titre d'inspecteur, fui chargé de la surveillance générale (art. G).
M. de Villchois fut nomme inspecteur, et M. Michaud directeur. Mais, moins d'un an après, celle organisation était encore modifiée : l'inspecteur et le directeur étaient remplacés par un seul fonction n aire prenant le nom d'administrateur, el celte charge était dévolue à M. de Villcbois, qui la garda jusqu'à la révolution de 1830.
L'imprimerie, depuis 181 1, avait fait de grands progrès ; la nouvelle administration de l'imprimerie royale trouva la forme des types romains de l'Empire déjà vieillie; elle demanda el obtint le renouvellement intégral de ces caractères. (Arrêté du garde des sceaux, du M décembre 1821.)
Comme on l'avait fait pour les types de Louis XIV, une commission fut chargée de déterminer les formes modernes et d'en suivre la gravure. Dans cette commission, présidée par M. de Villcbois, entrèrent un membre de chacune des ipiatre Académies de l'Institut : M. Villemain, maître des requêtes, représentai! l'Académie française; M. Daimou, l'Académie des inscriptions et bcllcs-le tires; M. Lacroix, l'Aca-, déinie des sciences, el M. Galle, l'Académie des beaux-arts. tome n 11
M. Marcel lin Lcgrand fui chargé de l'exécution de la gravure des nouveaux types, et il s'acquitta de cette tache de telle sorte qu'il mérita depuis d'obtenir le litre nouveau de graveur en caractères de l'imprimerie nationale. Cette typographie, commencée en 1825, ne fut terminée qu'en 1832; elle se compose de seize corps de caractères, auxquels on a ajouté plus lard quatorze corps d'initiales.
VII. La révolution de juillet vint suspendre un moment ces travaux. Une ordonnance du 17 décembre 1858 avait autorisé l'emploi des presses mécaniques dans les ateliers de l'imprimerie royale, et ces presses y avaient été établies dans le cours de 1829. Profitant de la licence qui régna pendant quelques jours à Paris, à la suite des journées de juillet, un grand nombre d'ouvriers imprimeurs se portèrent à l'imprimerie royale où ils brisèrent ces nouvelles machines, menaçant même l'établissement d'une destruction complète. Le directeur citons les fonctionnaires supérieurs s'enfuirent, laissant d'immenses et riches ateliers à la merci des dévastateurs. Grâce, cependant, à l'énergie de quelques employés subalternes et au concours de l'illustre Déranger, que le gouvernement provisoire avait envoyé sur les lieux avec le titre de directeur, l'établissement fut préservé de plus grands désastres et put reprendre bientôt ses travaux si malheureusemcii l interrompus.
Sur le refus de Déranger de garder la direction de l'imprimerie royale, cet emploi fut conlié provisoirement à M. Duverger, déjà attaché antérieurement à un des services de l'établissement. M. Duverger resta néanmoins près d'un an à ce posle, où il fut remplacé enfin par M. Lebrun, qui prit d'abord le titre d'administrateur, puis celui de directeur.
L'imprimerie royale, dont le monopole avait déjà soulevé îles
plaintes très-vives sous la Convention, le Directoire, l'Empire et dans les dernières années de la Restauration, fut l'objet de nouvelles critiques après la révolution de 1830. Dans ia discussion du budget de 183-2, plusieurs députés proposèrent de la ramener au but de son institution, en lui retirant, le privilège exclusif des impressions de l'Étal. La chambre crut devoir, cependant, maintenir l'état de choses créé par l'ordonnance de 1823. Mais elle s'ydécidacomme à regret, à une faible majorité, et cela sur le rapport de M. de Vatimcsnil, qui eut le talent de faire prévaloir les mêmes considérations spécieuses que Merlin avait invoquées en 1796.
C'est peu de temps après, et sans doute pour justifier le sentiment de M. de Vatimcsnil, que l'imprimerie royale commença les travaux de la magnifique Collection orientale, depuis longtemps en projet, mais que les luttes de la Restauration l'avaient forcée d'ajourner. De 1886 à 1K18, sept volumes in-folio de cette collection furent imprimés sous la direction de MM. Sylvestre de Sacy, Et. Qualremèrc, Saint- Martin, Eugène Buraouf, Fauriel, Amédée Jauberl et Molil. Conformément aux prescriptions du décret impérial du 22 mars 1813, on imprima en regard du texte les traductions, qui furent confiées à MM. E. Bnrnouf, Mohl et Quatremèrc.
Dans celte publication, si remarquable sous le double rapport de la science cl de l'exécution, l'imprimerie royale s'est fait un jeu des plus grandes difficultés et les a vaincues. Les dix exemplaires tirés en or cl en couleurs, enrichis de dessins, vignettes et fleurons, dus au crayon de Ciienavard et de son élève Clerget, sont la réalisation des plus belles conceptions artistiques, cl atteignent un degré de pcrfeclion qu'on ne pourra probablement jamais dépasser. En poursuivant celle couvre capitale, el qui depuis n'a pas
('•Lé interrompue, l'imprimerie royale ne perdit pas de vue les moyens d'augmenter ses types étrangers. Son cabinet des poinçons s'enrichit successivement de plus de cinquante caractères en divers idiomes. Parmi les savants qui l'assistèrent dans ces nobles travaux, nous citerons avec reconnaissance MM. Hase, Letronne, Eug. Burnouf, Landresse, Dnlaurier, Brossel jeune, Francisque Michel, Molli, Botta, de Saulcy, Reinaud, Stanislas Julien, Aliel Uéinusat et Klaprolh. Ce sont ces deux derniers qui s'occupaient du caractère chinois gravé l>ar M. Dclafontl; ils réduisirent à six ou sept mille les poinçons nécessaires à la formation des signes ou groupes ijui, dans le caractère gravé sous Louis XV, étaient au nombre de-i-2,718.
En 1841 , l' imprimerie royale s'accrut d'une lilhograplrie, et, quelques années plus tard, elle établissait encore une tailledouce ; de sorte qu'aujourd'hui ses ateliers s'étendent à toutes les branches de l'imprimerie, sans aucune exception.
La révolution de 1818 n'eut pas, pour l' imprimerie cidevant royale, les conséquences désastreuses qu'avait eues la révolution de 1830; le seul résultat immédiat fut le changement du directeur, remplacé provisoirement par M. Desenne. Mais elle dut pour quelque temps renoncer à la science et à ses œuvres d'art : l'impression des acics du gouvernement provisoire et des ministères réclamait tout son temps et le concours de tous ses bras. \\ y eut même un moment, comme sous la première République, où son nombreux personnel ne put plus suture, et où l'on fut obligé de recourir aux imprimeries particulières.
Cependant , elle restait livrée à une sorlc de désorganisation. Ses ouvriers subissaient l'influence d'un grand nombre de socialistes; de la pire espèce, que l'accroisseinenl des Iravaux
avait introduits panai eux. lis poussèrent même un jour l'aveuglement jusqu'à demander que l'établissement leur fin livre poiirêlrc exploité suivant les principes qui avaient cours à celte époque en fait d'associations ouvrières. Le gouvernement résista, il est vrai; mais les mauvaises passions n'en fermentaient pas moins, sourdement, dans les ateliers et au dehors. Les travaux d'an restaient suspendus, l'intimidation enchaînait l'obéissance et paralysait le travail. C'est alors que M. de Saint-Georges, le directeur actuel, homme d'une haute intelligence et d'une volonté ferme, fut appelé à la direction de l'établissement. Dans un ordre du jour énergique cl senti, il annonça qu'il venait mettre lin à la propagande anarchique, rendre a rétablissement son ancienne splendeur avec ses traditions de discipline, et garantir aux bons ouvriers la sécurité, le bien-être et la justice.
M. de Saint-Georges a tenu parole : quelques mois à peine après son arrivée, l'ordre le plus parfait régnait dans les ateliers, et tous les travaux avaient repris leur cours accoutumé.
Nous ajouterons qu'il fut parfaitement secondé par M. Rousseau, chef de la typographie, dont les talents, le zèle et l'activité méritent les plus grands éloges, et ne contribuent pas moins aux progrès de l'art qu'à l'honneur de l'établissement.
Nous avons dit, à l'occasion de l'exposition universelle de Londres, que l'imprimerie nationale n'avait fait aucun effort pour y figurer dignement, et que cette abnégation avait été un sujet d'étonnement pour les typographes étrangers, qui n'ignorent nullement les ressources immenses dont elle dispose. La vérité est que l'étal d'agitation et de désordre dans lequel s'était trouvée récemment cette imprimerie ne lui avait pas permis de mettre en œuvre ses moyens et rie se préparer
convenablement au contours. Hais il n'en sera pas de même pour l'exposition universelle qui aura lien à Paris en 1835, si l'on en juge par les mesures nui ont déjà été prises en vue de cette solennité industrielle. Une décision ministérielle a institué une commission, composée d'hommes éminents dans la science et dans les arts, pour préparer et faire exécuter les ouvrages que l'imprimerie de l'État doit présentera l'exposition. 11 n'y a pas à douter des succès qui l'attendent, car, il faut le reconnaître, au milieu des préoccupations purement industrielles auxquelles on ne s'est que trop abandonné dans cet établissement, la direction qui préside à ses destinées n'a pas entièrement déserté les intérêts de l'art.
Depuis vingt ans, l'imprimerie impériale a renouvelé la presque totalité de ses caractères , cl ses nouvelles frappes sont d'une admirable netteté. Le spécimen typographique qu'elle a publié en 1848 peut rivaliser avec tout ce qui a été produit de plus beau et à toute époque, tant en France qu'à l'étranger.
Mais c'est surtout dans les types étrangers qu'elle montre sou incontestable supériorité. Le cabinet des poinçons, qui n'a cessé de s'accroître depuis François Ier, renferme de véritables richesses, qu'on ue trouverait, nous sommes tiers de le dire, dans aucun autre pays du monde. Ils sont au nombre de 131, ainsi répartis :
Ueport in
Arabe nc*klii s
Arménien 7
Barman 3
Bengali... 1
.1 rtforltr 33
Uliliiimil H
Anglo-saxon I
Arabe koufltjue i
Arabe karmali([uc 8
Arabe maghrébin ou arabe
it'Afrii|iiD.< • y
,f renerter . ., r.
Report
Chinois
Copie
Egyptien (hiéroglyphes)
Ethiopien amharique
Etrusque
Géorgien
Grec archaïque
, types du roi
Grec cursif J types, mime style
( types nouveaux..
Giuarali
Hébreu
llimyarite
Irlandais
Japonais
Javanais
Kavi
Magadlia
Malny, hindi et indouslani.. .
Mandchou
Mœso- gothique 1
Mongol
Report..
Niniviic
OElel
Ouïgour
Palî
Palmyrénien
Pehlïi
Persan dit laliek. .
l'i:i-'']itililain.
l'hénicien
Punique
Ilunique
Samaritain
Sanscrit
SyriEiqui'
Tamou!
Télinga
ThibètalD
Turc
Zend
Total
Qnanl aux caractères français (romain, italique , gothique, etc.), l'imprimerie impériale en possède plus de vingt corps différente, non compris les caractères d'écriture, les signes divers et d'innombrables vignettes assorties à tous les genres de travaux.
VIII. Depuis qu'on a donné à l'imprimerie de l'État une destination purement administrative, les imprimeurs du commerce n'ont pas cessé tic se plaindre d'un établissement qui leur enlève à son profil une des principales ressourc es de leur
industrie. Nous nous bornerons à rappeler ici celles de leurs réclamations qui ont donné lieu à des débals publics, nous réservant d'examiner ensuite si le gouvernement était réellement fondé à les rejeter, et s'il n'aurait pas agi plus équïlahlemcnl en observant, à l'égard des impressions dont il a hesoin, les règles établies pour toutes les autres fournitures;'! la ebarge de l'État.
Lorsque les premières réclamations se firent entendre, c'est-à-dire sous la Convention el le Directoire, l'imprimerie jouissait de la plus entière liberté, et l'on sait combien cette liberté sans limite fut fatale à ses progrès et à sa considération. Il était donc facile alors de trouver dans les excès de cette industrie des arguments pour repousser les plaintes des imprimeurs. C'est ce que fit , avec son habileté bien connue, Merlin de Douai, alors ministre de la justice, dans deux rapports présentés presque coup sur coup au Directoire exécutif. Dans ces deux documents, dont nous avons cité précédemment quelques passages, il insiste surtout sur l'économie que l'imprimerie nationale doit procurer à l'État, el sur les avantages d'une typographie qui, gravée exprès pour celte imprimerie et dans un système particulier, donne un caractère Officiel, une garantie d'authenticité aux lois, aux brevets, à la correspondance et aux divers actes du pouvoir exécutif.
Eu 1H08, de nouvelles réclamations furent adressées au gouvernement contre l'imprimerie alors impériale, et donnèrent lieu à un rapport de M. i'asquier au conseil d'État, rapport où il n'épargne ni les reproches ni les injures aux imprimeurs. On eu jugera par l'extrait suivant : « Il est de la prudence, dit M. I'asquier, de se méfier des efforts continuels que font les imprimeurs de Paris pour renverser cet établis-* scmenl. Aussi ne peut-on s'empêcher de reconnaître, à leur
manière du s'exprimer, à l'amertume de leurs reproches et de leurs critiques, une malveillance qui doit inspirer une grande méfiance pour les conseils qu'on en peut recevoir. »
Une nouvelle requête, adressée en 1829 au garde des sceaux par les imprimeurs, cul le même son que les précédentes.
En 1830 et 1832, ils s'adressèrent sans plus de succès à la Chambre des députés. Le rapporteur de la commission des pétitions, M. de Valimesnil, lit valoir contre eux les mêmes raisons qu'avait émises Merlin de Douai , trente-six ans auparavant, comme si l'imprimerie particulière avait été, après 1830, dans une situation aussi précaire qu'à l'époque où Merlin ne voulait pas qu'on se confiât à elle et invoquait la nécessité d'une imprimerie gouvernementale.
Les réclamations continuèrent cependant, et la commission du budget de 1845, voulant s'assurer par elle-même de l'étal des choses, se rendit à l'imprimerie royale, qu'elle parcourut cl visita dans toutes ses parties. Mais, séduite par la grandeur et l'éclat de l'entreprise, par la richesse de son matériel, l'activité et l'ordre de ses ateliers, elle conclut au maintien du privilège, en rappelant, en outre, les administrations publiques à l'obligation de taire exécuter tous leurs travaux à l'imprimerie royale.
Après la révolution de 1848, les plaintes prirent une autre forme; elles se produisirent dans la presse. M. Desenne, directeur, par intérim, de rétablissement, crut devoir y répondre. Voici quelques-unes des observations qu'il envoya à la Revue de l'Instruction publique, en réponse à un article de cette feuille où l'imprimerie de l'État était sévèrement jugée:
« Les attributions de l'imprimerie nationale constituent, dit-on, un monopole. Il est temps d'en finir avec cette erreur,