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XIII. Les cadres et modèles imprimés sont aujourd'hui en

usage dans loules les administrations publiques. Depuis les ministères jusqu'au dernier degré de ïa hiérarchie administrative, les fonctionnaires se servent de ces imprimés, qui rendent la rédaction de leurs actes plus facile, plus prompte, plus régulière. On comprend, en effet, l'avantage qu'il y a pour eux a employer des formules préparées à l'avance, et où il ne reste à remplir que des colonnes portant des indications précises, toujours conformes au texte de la loi ou des instructions.. L'administration supérieure eile-méme y trouve l'avantage inappréciable d'obtenir la parfaite uniformité des actes rédigés par ses agents sur tous les points de la France. Ainsi, sous le double rapport de l'intérêt particulier des fonctionnaires et de l'intérêt général, l'emploi des cadres administratifs a été une véritable amélioration et un complément nécessaire de notre admirable centralisa lion administrative.

L'imprimerie impériale, comme on vient de le voir, s'est emparée île la plus grande partie de ces fournitures. Cependant, malgré ses efforts, clic n'a pu encore enlever à tous les fonctionnaires le droit de se fournir, partout où ils le jugent convenable, des imprimés qu'ils payent de leurs propres deniers. Parmi les fonctionnaires qui lui ont échappé jusqu'ici sont les agents de la complabilié générale des finances, de l'administration des contributions directes, des ponts et rbaussées, les préfets, les maires, etc., qui alimentent encore plusieurs imprimeries tant à Paris que dans les départements.

L'imprimerie que nous dirigeons depuis 1820, s'est occupée particulièrement de ces sortes d'impressions ; de là son nom tY imprimerie administrative. Pour tous les services publics, elle a établi des séries de cadres et de modèles imprimés, qu'elle livre à des prix lixés d'avance, aussi bien lorsqu'il ne

lui en esl demande qu'un sêul exemplaire qui; lorsqu'il s'agit de fournitures plus considérables. Les nombreux agents des divers services, disséminés dans nos villes et dans nos campagnes, ont pu dus lors se procurer à peu de frais les modèles dont ils ont besoin, et qu'ils ne pourraient faire imprimer eux-mêmes qu'à des conditions trop onéreuses.

Indépendamment des cadres imprimés, Vimprimehe administrative a créé, pour chaque branche particulière de l'administration, -des publications périodiques qui font connaître, tous les mois, les changements de la législation, les nouvelles interprétations de l'autorité et la jurisprudence des tribunaux. Elle publie aussi, sur les mêmes matières, des Codes, des Traités élémentaires, des Manuels, des Formulaires, qui concourent également à répandre l'instruction administrative. Lorsqu'on a voulu, à l'étranger, emprunter à la France quelques-unes des branches si enviées de son administration : organiser, par exemple, comme en Espagne, un service de garde nationale; ou, comme en Portugal et au Mexique, un régime de comptabilité financière; ou, comme en Russie, un système de contributions directes et de cadastre, c'est dans cet établissement, unique en Europe, qu'on est venu chercher les instructions, les modèles, en un mot, tous les documents nécessaires à la marche de ces institutions.

Par son importance matérielle, comme par l'étendue de ses relations, Y imprimerie administrative est un des établissements typographiques les plus considérables de Paris. Elle occupe, pour ses impressions administratives et celles des Compagnies de chemins de fer, d'assurances, etc., qui rentrent tout naturellement dans le genre de ses travaux, un personnel de quarante employés et d'environ trois cents ouvriers. Des correspondants dans chaque ville chef-lieu d'ar-

rondisscment , et quelquefois des sous-correspondants de canton, t'aident a répandre ses ouvrages et ses imprimés. Elle emploie journellement huit presses mécaniques mues par la vapeur, et quarante presses à bras, tant pour la typographie que pour la lithographie. Son matériel s'augmente d'une quantité énorme île planches ou formes qu'elle conserve, an nombre de quatre à cinq mille, dans l'intérêt des fonctionnaires de Paris ou des départements, qui n'ont ainsi jamais a payer les frais d'une nouvelle composition.

Pour arriver à ces résultats, des capitaux considérables étaient nécessaires; il y a été pourvu par la formation d'une Société en commandite. Cette Société, qui régit aujourd'hui Yimprimerie administrative, est du petit nombre des établissements industriels de Paris qui ont intéressé leurs ouvriers aux bénéfices. Elle a fondé, d'abord, une caisse de secours, qui, s'augmentant du produit d'une cotisation hebdomadaire, leur assure, en cas de maladie, une indemnité journalière; plus tard, elle leur a accordé un dixième dans ses bénéfices annuels, et cela indépendamment des jetons d'argent, d'une valeur intrinsèque de cinq francs, qu'elle leur distribue dans des réunions périodiques, où régnent entre le patron et les travailleurs les témoignages du dévouement cl de la cordialité les plus intimes.

Les bases de l'association méritent d'être signalées, car elles réalisent en partie un problème dont la solution est depuis longtemps l'objet des recherches et des vœux des amis sincères de la classe ouvrière. Les travailleurs, malgré l'intérêt qu'ils ont dans les produits nets de la maison, ne courent aucune chance de perte. Ils reçoivent un salaire suivant le mérite et l'utilité de leurs services, mais le droit au partage des bénéfices est le même. L'un ne reçoit pas plus que l'autre

dans celle répartition, parce que chacun a contribué, dans la mesure de son intelligence et de son zèle, à la prospérité de l'entreprise. Rémunération suivant le travail et la capacité, partage égal dans les bénéfices, c'est de la fraternité cl do l'égalité bien comprises, et qui n'ont rien de commun avecces déplorables doctrines émises naguère au Luxembourg touchant le nivellement absolu des salaires.

Les ressources que possède cet établissement, tant sous le rapport du matériel que sous celui du personnel, l'ordre qui règne dans ses ateliers, et les garanties morales incontestables qu'il offre aux administrations publiques, comme aux entreprises industrielles, peuvent être opposés victorieusement aux détracteurs inléressés auxquels il porte ombrage. Il est d'ailleurs un exemple éclatant du bien qu'apporterait à un grand nombre d'autres établissements particuliers la suppression du monopole de l'imprimerie impériale, et des avantages que retirerait l'imprimerie en général de tant de travaux ramenés à leur source naturelle.

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