‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 4 sur 43 · SI · texte numérisé non relu

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» et le dernier degré de mon ambition, rappeler celui qui t est incontestablement à la téle des imprimeurs de tous les » pays et de tous les âges, le fameux Henri Estienne ! »

M. Amhroise-Firmin Didot, qui, avec son frère Hyacinthe , dirige maintenant la maison Fimiin Didot, est né à Paris, ** en 1790. Élève de Coray, il fut attaché, en 1810, à l'ambassade de France à Constat! tinople, parcourut la Grèce et l'Asie- Mineurc, et, pour se perfectionner dans la connaissance de la langue grecque, il séjourna quelque temps au collège de Cydonie. Sous le titre modeste de Notes d'un Voyage fait dam le Levant, il a publié, en 1831, le récit intéressant de ses longues courses dans les lieux célèbres de l'antiquité. On lui doit, en outre, une bonne traduction de Thucidyde, en i volumes in-8°.

On trouve dans des fragments de lettres, insérées a la suite de cet ouvrage, l'explication des motifs qui l'ont porté a abandonner la carrière diplomatique pour se vouer exclusivement à l'imprimerie.

«Non, jamais, lui disait son père dans une de ces lettres,

■ jamais tu ne renonceras a la typographie, puisque c'est à

■ elle que notre famille doit une considération qu'il te faut a non-seulement maintenir, mais accroître, en n'oubliant ja- « mais que la considération attachée à un art diminue dès

■ l'instant qu'il ne fait plus de progrès.

« Je vois avec plaisir que tu désires, à ton retour, l'occuper « de la gravure des caractères orientaux. Nous n'examinerons « pas si ce travail doit nous être avantageux sous le rapport i du commerce ; il suffit sans doute qu'il puisse te faire hon- « neur sous le rapport de l'art, et contribuer à augmenter * Ion goût pour l'étude des langues savantes.

« Les principaux imprimeurs ont tous trouvé du temps à

« consacrer à l'étude. En effet, l'étinle des sciences fait une « grande partie du mérite de l'imprimeur. Comment , sans « instruction, peut-il prétendre à donner des éditions cor- « rectesï Comment pourra-t-il avertir les auteurs dont il « mérite la confiance, ou de quelques négligences, ou de « quelques erreurs qui leur seraient échappées? N'est-ce pas - même là une partie de ses devoirs?

« Il faut cependant qu'un imprimeur se préserve d'un dan- « ger qui n'a que trop de charmes. S'il est utile et même iu- ■ dis|iensable pour lui de consacrer du temps à l'étude, il ne « faudrait pas qu'il se permit d'en donner trop à la composi-

* lion, et, moi-même, j'avoue (pie je me suis trop laissé sé- « duire au doux chant des Syrèncs. J'ai, dans ma jeunesse, » introduit les Muses jusque dans les forges de Vulcain; et, « s'il faut même le dire, la médaille il'or que m'a accordée le « jury des arts pour mes travaux typographiques, m'a peut- « être moins Halle que ta mention honorable qui m'a été ae- « cordée par l'Institut, pour une traduction en vers des Pas- « (orales de Virgile et de Théocritc.

«Toi-même, lu le souviendras un jour que, lorsque lu « travaillais auprès de ton père, les écrits d'Homère, de So-

* plioclc, de Théocritc, de Virgile, d'Horace, disputaient la u place à nos burins et a nos travaux commencés; tu te « rappelleras, non sans quelque douloureux souvenir, qu'en u répétant les vers divins d'Homère, soit dans le morceau a de l'riam aux pieds d'Achille, soit dans les adieux d'Hector » et d'Andromaque, ou de Sophocle, dans ceux d'Ajax à sou « jeune lils , ou de Virgile, dans la mort de sa Uidon , des « larmes d'attendrissement tombaient quelquefois sur ces « types, qui, depuis, nous ont fait quelque honneur. »

H. Itidol a travaillé, avec son père, à la gravure des types

île l'écriture cursive ou anglaise, dont nous avons parié précédemment, et en a surveillé ta foute.

1! fut le premier (|ui, en 1853, proposa une souseription en faveur des Grecs, et contribua puissamment à l'organisation du comité grec de Paris, dont il fut nommé secrétaire.

C'était à la famille Didot, qui, au dix-huitième el au dixneuvième siècle, occupe si dignement la place tenue au seizième siècle, dans la typographie française, par la famille des Eslienne, qu'il appartenait de compléter l'œuvre immense commencée par le membre le plus célèbre de cette dernière maison. MM. Ambroise-Firmin cl Hyacinthe Didot n'ont point failli à cette mission, et c'est faire un digne éloge de leur édition du Thésaurus grœcœ linguœ, et de leur magnifique collection des Classiques grecs, avec traductions latines, que de dire que Henri Esticnnc n'aurait pas mieux fait s'il eût vécu de nos jours.

VII. Jean-Baptiste Bodoni, de Parme, a porté l'art typographique à un point de perfection où les secrets de la mécanique et les inspirations du goût pouvaient seuls permettre d'aspirer.

Cet imprimeur célèbre était né le 13 mars 1740, à Saluées, chef-lieu de l'une des provinces du Piémont. Son père, Augustin Bodoni, qui exerçait aussi la profession d'imprimeur, donna la première direction au talent du jeune artiste.

La carrière de Jean-Baptiste Bodoni, comme artiste, date de sa quinzième année. 11 s'exerçait à travailler les métaux dans l'atelier d'un sieur Capra, serrurier. A dix-huit ans , il se rendit à Home pour se perfectionner (17S8). Placé à l'imprimerie de la Propagande, sous la direction de l'abbé Ruggierj , celui-ci lui persuada d'apprendre les langues orieniales, pour parvenir à être compositeur de livres à l'usage des missions étrangères. Bodoni fit de rapides progrès dans celte élude :

mi Misse/ arabe et l'Alphabet du Tkibet, lurent les premiers fruits Je son travail.

Le 24 février 17t>8 , Jean-Baptiste Bodoni arriva à Parme, pour y prendre la direction de l'imprimerie ducale, qui acquit dans ses mains une grande importance. La multiplicité des éditions entreprises par Bodoni semble un prodige, et leur supériorité a été attribuée aux perfectionnements qu'il avait apportés dans les procédés pour graver les matrices et pour couler les caractères, et aussi aux améliorations introduites dans les diverses parties de la presse.

L'imprimerie de Parme a fourni des moyens d'impression à plusieurs nations. La France elle-même lui demanda, en 1798 , une frappe de caractères phéniciens et nafmyréniens , pour assortir l'imprimerie nationale.

Bodoni, entre autres distinctions honorables, avait reçu le titre d'imprimeur du roi d'Espagne. L'empereur Napoléon lui accorda l'ordre impérial de la Réunion et une pension de 3,000 francs. Une autre pension lui était assignée par le prince Eugène. Le roi de Naples le décora de l'ordre des Deux-Siciles.

A l'exposition française de 1806, Bodoni obtint la médaille d'or.

Il est mort a Panne le 30 novembre 1813.

Charles-Louis-Fleury Panckoucke est né à Paris, le 23 décembre 1780. Il avait dix-sept ans quand il perdit son père , Charles-Joseph Panckoucke, qui, comme lui, fulun imprimeur distingué. Peu après, nonobstant sa jeunesse, il fut nomme secrétaire de la présidence du sénat, fondions qu'il abandonna en 1807, pour se livrer, comme son père, à de grandes entreprises d'imprimerie cl de librairie.

Sa première opération fui le Dictionnaire des science*

médicales, auquel travaillaient les Alibert, les Haro, les Pinel, les Larrcy, etc. : vaste répertoire, en (10 vol. in-8°, où sont analysés les misères de la nature humaine et les moyens les plus efficaces d'y remédier.

Encouragé par le succès Je celte première entreprise, il enrichit bientôt après la botanique d'un ouvrage précieux , la Flore médicale, dont une partie des peintures est due au talent remarquable de M»" Panckoucke.

Ce dernier ouvrage fut suivi de la Biographie médicale, et d'un Journal complémentaire des sciences médicales.

Après 1815 , M. Panckoucke publia son grand ouvrage des Victoires et Conquêtes des Français, monument national destiné à consoler nos braves par le spectacle de leurs anciennes vertus guerrières, et a perpétuer la mémoire de leurs exploits.

La Description de l'Égypte, histoire complète de notre expédition et de l'Egypte elle-même, en 26 volumes in-8°, accompagnés de 887 planches, suivit de près la publication des Victoires et Conquêtes, ainsi que le Barreau français, contenant tous les chefs-d'œuvre de l'éloquence judiciaire en France. Ces publications, d'un ordre élevé, furent couronnées par une entreprise colossale, la traduction des auteurs latins, avec le texte en regard.

Les travaux littéraires de M. Panckoucke ont contribué également à sa réputation. Ses études classiques étaient à peine terminées, qu'il prononça, sous le titre de l'Influence des lois sur la morale, un discours qui fut accueilli favorablement et inséré, sur la demande de M. Lanjuinais, au Bulletin de V Académie de législation.

Bientôt après, il publia un petit ouvrage intitulé: Études d'un jeune homme.

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