tome n. S
En 18U7, il lit paraître un opuscule sous ce litre : De Texposition, de la prison, de la peine de mort, avec cette épigraphe : Point d'humiliation, point de désespoir, point de sang.
Des 1803, M. Pauckouckc avait donné des fragements de la Vie d'Agrkola. En 1824, il publia une traduction complète de la Germanie, avec un nouveau commentaire extrait de Montesquieu et îles principaux publicistes, et, en 1827, l'Ile de Staffa et sa grotte basaltique, grand in-folio , avec carte et planches; enfin, la traduction des Œuvres complètes de Tacite, ouvrage adopté par le conseil de l'instruction publique.
Comme imprimeur, M. Panckouckc ne fut pas au-dessous de sa réputation littéraire et de la célébrité qu'il s'était acquise comme éditeur.
En 1827, il présenta a l'exposition des produits de l'industrie une magnifique édition latine des Œuvres complètes de Tacite, en 1 volumes in-folio, tirée seulement à 80 exemplaires. A cette occasion, M. Panckoncke reçut la médaille d'or décemée par le jury d'exposition. Il fut décoré en 1820 et élevé plus tard au grade d'officier de la Légion d'honneur.
Il était associé correspondant de la société des Antiquaires d'Edimbourg, de la société de l'Ouest, des Académies d'archéologie de Rome et de Naples, de la sociélé de Géographie et de plusieurs autres corps savants.
Charles-Louis Panckoncke est mort laissant une grande fortune. Son lits, M. Ernest Panckoncke, gère aujourd'hui l'imprimerie que lui a léguée son père. Il est propriétaire du journal officiel le Moniteur universel, et auteur d'une traduction eslimée des Fables de Phèdre, et de plusieurs parties de la Bibliothèque latine-française, dont il a été un des collaborateurs.
Nous ne terminerons pas la notice des imprimeurs célèbres sans dire un mot de la famille Crapelet.
Charles Crapelet était, fi l'âge tic dix-huit ans, prote et correcteur de l'imprimerie de Sloupe, l'une des plus considérables de Paris. Il devint bientôt tin des imprimeurs les plus capables et les plus renommés de son temps. Il passait ordinairement une partie de ses nuits au travail, et était tellement esclave des devoirs que lui imposait sa profession, (|ue le jour même de son mariage, vers minuit, il quitta la compagnie réunie à l'occasion de ses noces, pour aller corriger des épreuves qu'il savait être attendues par les imprimeurs.
M. G. -A. Crapelet succéda à son pijre, le 19 octobre 1809, à l'âge de vingt ans. On cite parmi ses éditions les plus importantes les Œuvres de Destouches et de Ilegnard, les Poètes français, les Fables (le La Fontaine, la collection des Anciens monuments de la langue française (en -1 vol. iu-8°) : ces éditions sont remarquables par les soins apportés a l'impression et à la correction. En 1837, il lit paraître le premier volume d'un ouvrage auquel il travaillait depuis longtemps, intitulé Études sur la typographie. Ce livre, qui fait honneur à M. Crapelet, comme littérateur, n'a jamais été achevé. Il a, en outre, publié trois petits volumes, sous les titres suivants : Du Progrès de l'imprimerie, 1836; Des Brevets d'imprimeur, 18-10; De la Profession d'imprimeur, même année. En 1811, il a fait paraître sous ce titre : De la Profession d'imprimeur, une brochure dont la matière devait, suivant le plan primitif, entrer dans le second volume des Études.
Vers la lin de 1811, l'affaiblissement de sa sauté le força de partir pour l'Italie, où il est mort, après trente-deux ans de travaux assidus, sans laisser de fortune, son patrimoine entier ayant été consumé dans l'imprimerie : triste exemple des dif-
ficullés assiègent aujourd'hui la profession d' imprimeur, et que ne peuvent pas toujours surmonter le talent et le courage.
Nous devons également citer M. Renouard, imprimeur habile et distingué qui a montré, dans ses Annales de l'imprimerie des Aide (3" édit., 1831, un vol. in-8°), et dans sa brochure intitulée Aide l'Ancien et Henri £s/ie>Mi£(1838,in-8°), un vrai talent littéraire et des connaissances historiques tresétenduea.
Il publia une édition complète de Voltaire qui obtint un succès mérité, el dont lui-même avait surveillé la partie littéraire. C'est a quelques entreprises heureuses de la librairie et non à son imprimerie qu'il dut sa fortune.
Après sa mort, l'un de ses (ils eut en partage son imprimerie, l'autre sa librairie, qui est restée l'une des plus importantes de Paris.
VIII. Comme on vient de le voir, tous les imprimeurs qui se sont distingués ont été tout ensemble imprimeurs et hommes de lettres. C'est là une preuve des rapports étroits qui unissent la littérature à l'imprimerie. Mais une preuve plus décisive encore, c'est le grand nombre d'hommes remarquables à différents titres qui, avant d'entrer dans la carrière où ils ont acquis de la célébrité, ont exercé la profession d'imprimeur. Nous nous bornerons à en citer quelques exemples pris parmi ecuv. que nous offrent le xviu* et le six' siècle.
Le premier des romanciers , Uicliardson , était imprimeur (1].
(I) Sir Uicharilson , l'auteur <le Vamêla. <le Grantlinoa, île Clarisse Hartowe, vie, ilunt le mériie est l'j/ali'im'iii :i|iiin''r.it: \r.\i I an tes les nations ; écrivain qui, au milieu (le ses plus |irnn<is sucre*, rirnserva toujours une extrême simplicité île moeurs, tr mitant les autres et ne parlant |)rrsi|Ue
Gessner. l'était aussi, et il grava lui-même les planches de ses ouvrages.
Franklin, pour qui Turgot, son ami, liL ce vers heureux :
Eripnil ceelo fulmcn seeptrumque Ijmnnis,
joignait à la connaissance de l'imprimerie celle de la fonderie en caractères. Il voulut que son petU-lils, Benjamin, exerçât son ancienne profession. 11 le conduisit en France et le confia aux soins de Firmin Didot. Dans sa visite à l'atelier de Didot, il fit manœuvrer une presse avec une dextérité qui étonna tous les ouvriers. Son pclit-lils exerça l'imprimerie à Philadelphie; maïs il survécut de peu tic temps à son aïeul, et son imprimerie passa en des mains étrangères 11).
Bordazar, grammairien, poète, mathématicien, chronologisle, qui a écrit sur tous les arts el sur toutes les sciences, était le plus savant imprimeur de l'Espagne. Il demeurait à Valence et y mourut en 174*.
jamais, chose usa rare chez les auteurs, n'était encore qu'adolescent quand il fui placé connue appi-enli rln-i un imprimeur île Londres. Ce ne Rit qu'au boni de sept ans qu'il parvint au rang de correcteur d'imprimerie. Il aimait à raronler qu'il se crut alors un personnage. L'excessif travail d'esprit auquel il se livra, dans un âge déjà avancé, pour la composition île ses romans attaqua cher lui le système nerveux et abrégea sa vie.
(1)0(1 cite une lettre de Franklin à un imprimeur de Londres, qui peut donner une idée du patriotisme qui animait ivl homme célèbre ; nous reproduisons celte lettre à litre Je document historique :
A M. Strahaui, imprimeur dit roi, à tondre».
• Vous êtes membre de ce parlement, vous avex fait partie de celte majorité qui a condamné mon pays à la destruction; vous avei commencé à brûler nos villes el à tuer leurs habitants. Regarde* vos mains, elles sonW teintes du sans de quelques-uns de vos parents el de vos «mis. Longtemps nous fûmes amis . vous et moi , vous êtes à présent mon ennemi el je suis le votre.
- Philadelphie, le S juillet 177.1. .
Rétif «le la Bretonne (1), homme de lettres, dont la célébrité aujourd'hui n'est pas en proportion avec la fécondité, puisqu'il écrivit plus de 200 volumes, entra très-jeune en apprentissage chez un imprimeur d'Auxerre. En 1753, il fil son compagnonnage à Paris, dans l'imprimerie royale, sous la direction d'Anisson-Dupcrron, qui lui donnait 50 sous par jour. A trente-trois ans, il éUut encore ouvrier imprimeur, lorsqu'il écrivit son premier roman dédié aux beautés (2).
A la révolution de 1789, il établit une imprimerie rue de la Bùcherie, près la place Mauberl, quartier digne de l'auteur. Cet atelier était seulement à son usage ; il s'y renfermait, el, passant alternativement de la casse à la presse, il composait et imprimait lui-même ses ouvrages. Le cynisme de cet auteur se retrouve un peu dans la forme de ses livres. De tant d'ouvrages qu'il a publiés, on a beaucoup de peine aujourd'hui a en retrouver un seul : l'épicier, ce vampire de la littérature, les a tous dévorés. Itetil' de la Bretonne est mort pauvre, après une vie misérable : triste exemple d'une fécondité malheureuse ! Dans un de ses meilleurs ouvrages, dont la sérieuse Angleterre a publié jusqu'à i-2 éditions, le Paysan perverti, il a donné à deux de ses personnages des noms de caractères d'imprimerie: Madame Parangon et Madame Palestine.
Le maréchal Brune , qui mourut assassiné à Avignon le S août 1815, avait été, dans les premières années de la révo-
(I) Son vtinhilili: nom [«n-ail fin' Ilextif. Du resle, il ne s'est jam«;s liien nr cordé avec loi-même à cil éjiunl : le premier de ski romans est signé de la Ilrelonue; le troisième, lielif; le l'agêan perverti , Itelif de la Bretonne; c'est et dernier nom qui a prévalu.
(d) Son Théâtre, nSi-'l'EKi, i|ui forme sept volumes a ver. figures, a été imprimé en partie par loi-mémo; il dit dans on avis : • le suis lu seul niiti-nr <pii s'occupe île littérature dans et limps di> Irouliles. J'ai le coeur serré aujourd'hui, en composant i wi sans copie. •
lution, directeur d'une petite imprimerie établie à Paris, nie tic la Harpe. 1! rédigeait et imprimait, en 1780, le Journal général de ta Cour et de la Ville, feuille qui fut connue plus tard sous le nom du Petit-Gauthier, l'un de ses rédacteurs. Elle était écrite dans un esprit satirique contre les énergumënes de la révolution ; elle paraissait tous les jours dans le format in-8°, et avait pour devise : « Tout journaliste doit tribut à la malice. » Brune a aussi écrit cl publié un Voyage pittoresque et sentimental, en prose et en vers (1708, in-8°), lequel fut réimprimé en 1802 et 1806 (in-18).
L'n autre imprimeur, Nicolas Bonneville, fit paraître vers le même temps plusieurs ouvrages estimés. Il est auteur de V Esprit des religions, oii il lit ressortir habilement les rapports intimes et nécessaires delà législation d'un peuple avec son culte. Il publia, sous le litre de Poésies de Nicolas Bonneville, un autre ouvrage où l'on trouve de l'originalité, de la verve, et quelquefois de la bizarrerie. Accusé par Levasscur cl par Marat d'êlre aristocrate, il fut défendu par Lanlbenas, qui rappela à cette occasion plusieurs de ses écrits. Il lit partie de la réunion qui eut lien pour célébrer l'anniversaire du 10 août, à laquelle assistaient Kosciusko, Desaix, Cbabcrt et plusieurs autres personnages célèbres, et s'y lit remarquer par ses sentiments républicains.
Charles Pougens, élève du cardinal de Bernis, fnembre de l'Institut national, de l'Institut de Bologne, des Académies de Cortone et de Rome, de la société philotechnique, de la société libre des Sciences et des Arts, associe honoraire de l'Athénée de Lvon, membre correspondant de la société d'Émulation et d'Agriculture du département de l'Ain, ayant perdu a la révolution presque toute sa fortune, se vit forcé, sous le consulat, de se livrer au commerce pour subvenir à ses besoins.
I! devint libraire, puis imprimeur. On lui doit Je nombreuses et belles éditions d'ouvrages de sciences et de li itéra turc. Lorsqu'il se lit libraire, il s'occupait, depuis vingt ans, du Dictionnaire étymologique et raisonné de la langue française. Il fut le fondateur et le rédacteur de la Bibliothèque française, qui paraissait périodiquement. Il parait s'èlre exercé dans plusieurs genres avec un égal succès; car on lui doit aussi un drame touchant, la Iteligieuse de Nimes ; des Lettres sur les cataclysmes ou révolutions du globe; sur le système sexuel des plantes; sur la minéralogie; des traductions de l'anglais et de l'allemand, etc.
Hégésippc Moreau, ce poêle de grande espérance, qui mourut si jeune, avait passé dans une imprimerie de province ses premières aimées qui Turent les plus agréables de sa vie. o Je m'étais arrêté, dit-il, dans une toute petite imprimerie coquette, hospitalière. » Cet établissement appartenait à M. Lebcau, à Provins. En 1828, il vint à Paris et entra dans l'imprimerie de H. Firmin Didol, rue Jacob, justement en face de cet hospice de la Charité où il devait, comme Gilbert, aller bientôt mourir à vingt-neuf ans, de misère cl de dégoût de la vie.
Il dédia à son patron une Éptlre sur l'imprimerie dans laquelle se trouvent de beaux vers descriptifs :
Au lieu de fiitiguvr lu plume vigilante.
De consumer sans cesse une activité lente
A reproduire en vain ces écrits fugitifs,
Abattu* ilans leur vol par les ans destructifs ,
Pour donner une forme, un essor aux pensées,
lies signet voyageurs, sous îles mains exercées.
Vont saisir, en courant, leur place dans 1111 mot.
Sur ce nu': lui uni l'encre passe, cl bientôt,
Su riant multiplié de la presse rapide,
Le discours parle aux yeux, suc uni- feuille humide.
L'épitre devient surtout remarquable, lorsque le jeune compositeur se plaint d'être forcé d'imprimer pour les autres, alors qu'il serait si désireux de composer pour son propre compte :
Hélas! pourquoi faul-il qu'aveuglant la jeunesse. Comme tous les plaisirs, l'élude ait son ivresse? Les chefs-d'œuvre du roiï(, par mes soins reprivluit- . Ont occupé mes jours, ont enchante mes nuits; Et souvent, insensé, j'ai répandu des larmes, Semblable au forgeron qui, préparant ile.s armes. Avide des exploits qu'il ne partage pas, Siffle un air belliqueux et reve des combats!
Baour-Lormian, de l'Académie française, l'élégant traducteur du LivredeJob, était fils d'un imprimeur de Toulouse (i),
Balzac , l'un de nos plus féconds et plus spirituels romanciers, avait aussi exercé dans sa jeunesse la profession d'imprimeur.
Béranger, notre immortel chansonnier, l'une des gloires les plus pures de la France, a également débuté par élre imprimeur. Mais ce fut un ouvrier peu consommé, si l'on en juge par sa lettre spirituelle, en réponse aux renseignements qui lui avaient été demandés à ce sujet :
« Monsieur,
« Si j'ai tardé à vous remercier du beau volume dont vous
( 1 ) On connaît sa querelle avec Lebrun , et les épigrnmmes qu'ils ont •■changées amusèrent beaucoup le public On a retenu les deux suivants : Lebrun de gloire se nourrît; Aussi, voyez comme il maigrii.
A quoi l'autre répondit :
Sottise entretient l' cm bon point; Alliai, Baour ne maigrit point
m'avez fait présent (1), c'est qu'après en avoir admiré l'exécution typographique, j'ai voulu le lire avec l'attention que j'apporte à tout ce qui concerne votre noble profession.
h Ce livre résume quantité de faits et de détails intéressai! Is, Monsieur, et ce précis rapide des progrès et de la position actuelle de l'imprimerie fait désirer vivement l'ouvrage plus complet (pie votre lettre m'annonce. La matière est belle, et, malgré tout ce qui a déjà été écrit sur ce sujet, je suis sur (pie vous en tirerez une œuvre digne d'un grand succès, et qui répondra an nom que vous vous êtes fait dans la typographie.
« Mais, Monsieur, je ne vois pas à quel titre mon nom figurerait dans un pareil ouvrage, à moins que ce ne soit pour mentionner quelques éditions de mes chansons.
« Quant aux détails que vous avez la bonté de me demander, Monsieur, ils se réduisent à zéro.
« Pauvre petit apprenti, resté deux ans à peine dans une imprimerie de province, ainsi que je l'ai dit dans quelques notes, j'ai terni les balles, tiré même le barreau, lessivé les caractères, distribué et composé, avec accompagnement, pour prix de mes fautes, de coups de pied et de chiquenaudes; ce qui ne m'a pas empêché de conserver un grand goût pour celle profession, que j'ai regretté d'avoir quittée avant seize ans.
« Bien des années après, d'anciens camarades m'ont dit souvent que si j'avais persévéré, je serais devenu un très-liabile compositeur. Mais, Monsieur, j'ai aussi appris à jouer de la flûte pendant trois mois; et, longtemps après, mon maître m'assurait que je promettais de devenir un Tulou. Or, dans
(t) Notice sur F imprimerie, par Paul Dupont. — Paris, t84!>.
mes trois mois de leçons, je n'avais jamais pu trouver l'embouchure. Cliez nous, réussissez à quelque chose, on vous croira propre à tout. N'a-l-on pas voulu me faire législateur !
« Croyez-moi, Monsieur, toute ma gloire, comme typographe, se réduit à la confection de bonnets de papier. Je puis m'en vanter : j'en ai fait de magnifiques.
« Je ne pense pas que vous en parliez dans l'ouvrage dont je vais attendre la publication avec impatience. Hâtez-vous de le donner au public, je vous en prie, si vous voulez que je le lise.
« Avec mes remerciments pour le présent que vous avez bien voulu me faire, agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
« Votre dévoué serviteur,
* Signé Béranger. »
IX. II est fâcheux que' ces hommes distingués n'aient pas persévéré à suivre une carrière où ils pouvaient rendre de si grands services, et dans laquelle il est plus fâcheux encore de ne rencontrer trop souvent que des gens qui n'y apportent pas des études et une instruction assez approfondies.
Sans doute, tant qu'il y eut des découvertes à faire, des auteurs anciens à exhumer et à traduire, tant que le domaine de la science fut inséparable de celui de l'imprimerie, il y eut des imprimeurs plus savants et à la hauteur de cette belle mission. Lorsque le champ fut moissonné, lorsqu'il ne resta plus qu'à glaner dans quelques rares endroits, quand la tâche île l'imprimerie se borna à la reproduction lente et progressive des travaux des premiers maîtres, alors, les besoins n'étant plus les mêmes, on vit tout naturellement diminuer la grandeur des moyens, cl la profession d'imprimeur compta moins
d'hommes supérieurs panui ses représentants. Toutefois, on ne se fait pas toujours une idée exacte de ce qu'elle exige de qualités réunies de quiconque veut encore aujourd'hui l'exercer avec distinction.
Ces qualités sont de deux sortes : les unes sont propres à la profession même, les autres communes a toutes les carrières industrielles.
« La perfection de cet art, a-L-on dit (1), exige que ceux qui le professent aient de l'instruction, parce que la considération dont les imprimeurs doivent jouir en dépend essentiellement. >
Il y a plus d'un siècle que ces mêmes principes avaient été exposés par les imprimeurs de Paris.
t Le discernement, le bon goût, l'exactitude, et même, si on ose le dire, l'érudition, sont les parties essentielles d'un excellent imprimeur. Il doit être nourri dans l'usage de ces belles éditions de France et d'Italie, qui ont paru dans le cours du xvi" et du xvii" siècle, et ce n'est pas moins sur ces modèles qu'il doit se former et s'inspirer de l'émulation que dans la conversation et sur les avis de ceux qui font profession de cultiver les sciences.
« Assembler des lettres de métal, travailler à une presse sont des occupations qui dépendent peu des lumières de l'esprit. Savoir la mécanique du l'imprimerie ne conduit pas à corriger un ouvrage avec exactitude, à disposer avantageusement le texte d'un auteur, à y placer à propos les notes, les citations, les sommaires et les divisions. Enfin, il faut plus que des connaissances acquises par la seule habitude du travail, lorsqu'il s'agit de soulager le lecteur par une distrihu-
(I) fjliiirai]-l,ararhi', Prnjel de ûterti , flr.
lion bien entendue des parties qui composent un ouvrage (te critique (1). »
Un imprimeur, parfaitement compétent, définit ainsi les qualités qu'il faut réunir : « J'ai appris, sous mon père, à considéo rer toute l'étendue des connaissances essentielles à un bon « imprimeur. Un bon imprimeur doit faire la nuance entre a l'homme de lettres et l'artiste. Il n'est pas nécessaire qu'il « soit homme de lettres ; il s'occuperait trop exclusivement « de quelques parties qui auraient plus d'attrait pour lui, ou
• qu'il aurait plus étudiées ; mais il faut qu'il ait sur presque
* toutes des notions générales, alin que les diverses matières « contenues dans les ouvrages dont on lui confie l'exécution « ne lui soient pas tout a fait étrangères. Il lui importe sur- « tout d'être bon grammairien, et il serait à désirer qu'à la « connaissance de la langue latine, exigée par les règlco ments (2), il joignit celle du grec, et de deux ou trois lan- « gués vivantes les plus répandues. Les principes de la méc caaiqne doivent lui être assez familiers pour qu'il puisse « les appliquer utilement ;i son art. Enfin, il doit être exercé « dans les fonctions manuelles des ouvriers, afin de les diri- « ger dans leurs travaux, et de leur indiquer les méthodes « les plus promptes et les plus sures (3). »
Ces qualités si diverses et si difficiles à acquérir sont essentielles à tout homme qui veut exercer avec gloire la noble
(1) Mémoire det itaprhneurt, publié en 1731.
{2) Il «'agit des règlements qui étaient en vigueur en i'Hi. — On es! beaucoup moins exigeant aujourd'hui, r-.iv rulmmi~tr;iliiM> tu' rvum-lr mime pas comme indispensable flu"un imprimeur sache lire, et plus d'un breveté s'est bien trouvé de celle opinion.
(3) M. Pierre Dîâot, Êpilre tur le* progril île l'imprimerie, noie. Pari*, 17R*.