‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 7 sur 43 · KM · texte numérisé non relu

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encore neuf, il nu faut jms l'échanger contre un autre plus fi la mode, quoique bien inférieur sous le rapport de l'art ;'i celui qu'il remplace, pour satisfaire à l'exigence d'un client. Or, chaque changement entraîne une perle de 75 pour 100 (1 ).

C'est sans doute par ces diverses causes que l'imprimerie, malgré le privilège derrière lequel elle s'abrite, et dont nous avons montré le peu de valeur, a toujours été une profession plus honorable que lucrative. Depuis Géring, le premier imprimeur qui vint s'établir à l'aris, en 1470, et qui, étant mort sans enfants, après avoir exercé sa profession pendant quarante années, laissa tous ses biens à la Sorbonne, on cite à peine, en quatre siècles, deux ou trois imprimeurs qui aient fait fortune.

Les mauvaises chances de l'imprimerie tiennent encore au peu de sécurité de ses rapports avec la librairie, qui est un des étals les plus aventureux. Si un livre réussit, il procure d'énormes bénéfices à l'éditeur, c'est-à-dire plusieurs capitaux pour un. S'il n'a pas de succès, tous les frais faits pour sa confection sont perdus sans ressources. Ainsi, un volume imprimé à 2,000 exemplaires, et qui a coûté deux francs à peine, y compris les honoraires de l'auteur, peut être vendu six ou sept francs, lorsque le public l'agrée à ce prix; mais, dans le cas contraire, les 'A ou 4,000 francs déboursés sont compromis en totalité, car l'ouvrage ne vaut intrinsèquement que le poids du papier livré à l'épicier, soit dix à quinze centimes par volume. l'n tel contraste explique suffisamment les fréquents embarras dans lesquels a été jetée la librairie, dont les produits n'ont qu'un prix de convention, tandis que ceux des

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autres professions uni une valeur réelle, <|iii ne peut être que légèrement affectée par les circonstances. L'imprimeur se trouve, malgré lui, solidaire île toutes les chances que court la fortune du libraire, fortune toujours incertaine et précaire, puisqu'il suffit d'une seule opération mauvaise pour absorber les bénéfices réalisés précédemment sur d'autres. C'est là une des causes principales des désastres qui, a toutes les époques, ont frappé si rudement l'imprimerie dans quelques-uns de ses membres, et souvent dans les plus distingués.

L'imprimeur ne doit pas plus prétendre aux honneurs qu'à la fortune. Dans les lenips de trouble politique, de tourmente sociale, comme ceux où nous vivons, où tant de positions longuement et laborieusement acquises se trouvent bouleversées, ruinées en un seul jour, tandis que pour d'autres s'ouvrent inopinément des horizons inespérés, l'homme intelligent, énergique, aventureux, peut tenter la fortune, arriver aux affaires, s'y distinguer el parvenir peutélre aux plus hautes charges de l'État. Cela s'est vu ; il y en a encore aujourd'hui des exemples. Mais l'industriel, imprimeur ou autre, s'il veut rester dans sa sphère, j.cui-il espérer un sort pareil? Assurément non; trop heureux si le sillon qu'il a péniblement tracé dans les temps de calme et de prospérité ne devient pas, au jour des révolutions, le tombeau de sa fortune!

Puisse ce tableau fort triste, mais dans lequel cependanL rien n'est exagéré, éclairer ceux qui se destineraient à la profession d'imprimeur en leur ôtanl de dangereuses illusions. On ne saurait trop le publier, l'art d'imprimer exige des connaissances et une vocation spéciales : on ne se fait pas imprimeur comme on se fait marchand, agent de change, banquier ou négociant.

Mais si ingrate que soit cette carrière, il y aura toujours quelques esprits généreux qui ne seront point arrêtés par ses difficullés. Ces merveilleuses machines qui remplacent aujourd'hui les anciennes presses; les nombreux el intelligents ouvriers avec lesquels on vit, et dont i! est si facile de se faire des amis ; les relations multipliées qu'on entretient avec les savants de tontes les nations; la pensée de propager des œuvres impérissahles qui feront la gloire de son pays : tout cela vaut bien les jouissances d'argent que peuvent procurer des professions plus faciles !

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