‹ Histoire de l'imprimerieChapitre 8 sur 43 · DES LIVRES · texte numérisé non relu

DES LIVRES

SOMMAIRE

I. Définition do mol livre; utilité de; livres; ili diverse; sorlesde livres.— II. Forints des anciens livres : livres écrits sur des tables de pierre, sur des lames de métal, sur des planches de lnits un if ivoire, sur îles feuilles, des ecorces, lies peaux, des étoffes, elr. Livres en rouleaux; livres carres. Opisllie.!,T;ipliie. Instruments pour érrire. -, III- Des anciens manuscrits et ih-s j.re-ni i.rs livre, imprimés. Ornementation des manuscrit-'. Livres imprimes par la xylographie nu Gravure en bois. Livres imprimes par lu typnisrapliie en cura cl ères m.iliiles. Fermes des caractères. Lettres ornées et coloriées. Du prix îles livres avant et après l'invention de l'imprimerie. Imperfection des premiers livres imprimés. — IV. Disposi lion s diverses introduites dans les livres. Titres, èpilc-ines. préfaces, notes, etc. Marques typographiques registre, statures, réclames, chiffres de foliotée el de pagination; colonnes, tables, papier, encre, formai; impressions rnuipaetcs, impressions a grand* blanrs. — V. Saliuafre. a-scml'here, rte; kiu'hure. oarlivimagc, reliure chei les anciens, au moyen Sue et après ritiveiiiiun de l'imprimerie. — VI. Ribliographes, bibliophiles, hibliomanes. — VU. Bibliothèques ehei les anciens, au moyen ige, cbei les modernes; principales bibliothèques de l'Europe; bibliothéi|ues françaises, bibliothèques communales.

I. Les livres ont fait dans tous les temps le délassement des esprits cultivés de toutes les conditions et à tous les degrés. C'est par eux nue les connaissances s'acquièrent, se développent, s'appliquent utilement et servent à civiliser le monde.

Dépositaires de la mémoire, ils sont, pour ainsi dire, le vé-

hieule ite la science, car ils emportent avec eux tout ce qui est de son domaine, et l,i religion, comme la science, leur doit, en grande partie, son établissement et sa conservation.

On a vu souvent des hommes, dont la mémoire était lente, arriver, par l'élude des livres, à se rendre supérieurs à d'autres hommes que la nature semblait avoir doues d'une intelligence plus vive et plus brillante.

C'est encore avec justice qu'on représente les livres (et par là il faut entendre les bons) comme le miroir de la vérité. Conseillers intimes et désintéressés, toujours prêts, toujours à nos heures, nous les trouvons là où s'arrête le savoir du maître. L'ignorant, en leur empruntant des connaissances, leur a dû parfois une estime usurpée.

« Je ne voyage sans livres, disait Montaigne, ny en paix, ny en guerre; loutcsfois, il se passera plusieurs jours et des mois, sans que je les employé; ce sera tantosl, dis-je, ou demain, ou quand il me plaira. Le temps court et s'en va cependant sans me blesser, car il ne se peut dire combien je me repose et séjourne en cette considération, qu'ils sont en mon coslé pour me donner du plaisir à mon heure, et à recognoistre combien ils portent de secours en ma vie. C'est la meilleure munition que j'aye trouvée à cet humain voyage, et je plains extrêmement les hommes d'entendement qui l'ont à dire. Chez moy, je me détourne un peu plus souvent à ma librairie, d'où tout d'une main je commande à mon mesnage. »

Le mot français livre vient du latin liber que les anciens Romains avaient adopté pour désigner un cahier d'écriture, parce que c'était le nom de la première écorce intérieure des arbres sur laquelle ils écrivaient. Plus tard, on employa d'autres substances, telles que le papyrus, le parchemin, le papier

- lue -

de différentes sortes ; niais le mot liber resta en usage; on l'appliqua même à des lames de cuivre, à des Lableltes d'ivoire où récriture était gravée. De là les expressions de libri œrei, livres d'airain; libri elephantini, livres d'ivoire.

Le mot grec biblos (piëlo;), qui signifie aussi livre et d'où sont dérivés Bible, bibliothèque, bibliographe, etc., a une origine analogue; car biblos était le nom que les Grecs donnaient au papyrus d'Egypte, espèce de jonc dont la tige est formée de membranes qu'on détachait comme des feuilles de papier, et qui pendant longtemps ont servi a écrire.

Les Romains employaient de préférence le tilleul pour la composition du papier et des livres; les peuples du Nord, et surtout les Danois, ont employé le hêtre. Cet arbre, Ires-commun chez eux, se nomme bog en danois, bœk, bueke en flamand et en saxon; btteh en allemand moderne; boe, beoe, boec en anglo-saxon. De là viennent les mots book en anglais, buch en allemand, boek en flamand et en hollandais, qui tous signifient livre.

On désigne les livres sous diverses dénominations qui se rapportent à leur origine, à leur destination ou aux matières dont ils traitent.

Ainsi, on appelle livres divins ceux que la Divinité ellemême, à différentes époques, a pris le soin de dicter : tels sont les livres de la Bible, c'est-à-dire de l'ancien et du nouveau Testament, qu'on appelle aussi livres sacrés, livres saints.

Tous les autres sont des livres humains, et, dans ce cas-là, on emploie souvent le mot profane: les auteurs sacrés, les auteurs profanes ; l'histoire sainte, l'histoire profane.

Les livres canoniques sont ceux que l'Église a reconnus comme divinement inspirés; ceux qu'elle a admis plus tard

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dans le canon ou dialogue «tes livres sacrés se nomment deuléro-canonitjues.

On emploie aussi ic mot canonique, en parlant des autres religionnaircs; par exemple, il y a des livres bibliques qui sont canoniques pour les chrétiens et qui ne le sont pas pour les juifs; il y en a que les catholiques reçoivent comme tels et que les protestante n'admettent pas.

Dans le Koran, Mahomet appelé livres célestes, c'est-à-dire descendus du ciel, le Pentatcuqne, le Psautier, l'Evangile el le Koran.

On appelle livres authentiques ceux dont la date ou les auteurs sont connus.

Les livres anonymes sont cens qui ne portent pas de nom d'auteur : V Imitation de Jésus-Christ est un livre anonyme. Malgré les nombreuses et savantes polémiques qui se sont engagées au sujet de cet admirable livre, on en est toujours réduit à des conjectures sur son véritable auteur.

Les livres pseudonymes sont ceux qui portent un nom supposé. Toutefois, on désigne d'une manière générale, sous le nom d'apocryphes, les écrits dont l'auteur est inconnu ou supposé. Mais, dans l'antiquité, on appliquait ce nom à tout écrit gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public. Ainsi, les livres des Sibylles à Rome, conliés à la garde des décemvirs, les Annales d'Egypte et de Tyr, dont les prêtres de ces royaumes étaient seuls dépositaires, étaient des livres apocryphes.

Les premiers chrétiens classaient eu deux catégories les apocryphes ; ils nommaient antilé.gomhies ceux dont l'authenticité était douteuse, par opposition au mol homoloyoumènes, par lequel ils désignaient les ouvrages authentiques. D'autres étaient appelés illégitimes, parce qu'on les attribuait à tort à

dus personnages inspirés, quoiqu'ils ne continssent rien que d'édifiant.

Car rapport à leur destination, on appelle livres d'église ou cucologes, livres A' offices, livres d'heures, paroissiens, missels ou livres de messe, ceux qui contiennent les différents oflices de l'Église ; livres de chœur ou de lutrin ceux qui servent pour chanter les psaumes, les hymnes, etc. ; livres élémentaires ou classiques ceux dont on fail usage dans les classes, dans les écoles.

Par rapport aux matières dont ils traitent, on appelle livres sapientiaux cinq livres scntencieu\ de la Bible.

On dit, dans le même sens, livres de piété, de prières, de; chant, de musique, d'histoire, de mathématiques, de droit 011 de jurisprudence, etc., elc.

Il est plusieurs livres anciens dont les noms sont restés célèbres. Tels étaient, ,i Kome les livres sibyllins, les livres fulguraux, le livre exercituel, etc.; et, dans des temps plus rapprochés, le Livre d'or, le Livre des mestiers, le Livre rouge, elc.

Les livres sibyllins contenaient les oracles des sibylles sur les destinées de l'empire romain. On les conservait dans un souterrain pratiqué au-dessous du temple de Jupiter Capitolln. Les livres sibyllins furent consumés par l'incendie qui détruisit le Capitale pendant la dictature de Sylla (83 ans avant J.-C). Un second recueil apporté de Grèce fut brûle, dit-on, par ordre de Stilicon, général de l'empereur Honoriits. On a encore huit livres sibyllins, mais qui sont évidemment supposés.

Les livres toscans, qui enseignaient l'art de prendre les augures par la foudre, étaient appelés livres futyuraiu: On les ronservait dans le temple d'Apollon à Rome.

Le livre des armées ou Livre exercituel était celui où se trouvaient décrits tous les augures qui concernaient une armée.

Un livre prophétique des Étrusques était appelé Livre fatal. A Rome, on donnait aussi quelquefois ce nom aux livres sibyllins.

Au moyen âge, dans plusieurs villes d'Italie, on appelait Livre d'or un registre ufliciel sur lequel étaient inscrits en lettres d'or les noms de toutes les familles patriciennes. Le plus célèbre de tous fut le Livre d'orde Venise, créé à la suite de la révolution aristocratique de 1297, et qui devint dès lors, dans cette république, la source unique du patriciat et du pouvoir. Par imitation, en France, sous le règne de Louis XVIII, ou a appelé Livre d'or le registre sur lequel étaient inscrits les noms des pairs de France.

On appelait Livre des mestiers les règlements de police sur les différentes confréries des marchands et des artisans. Ces règlements, faits et rédigés par Etienne Boyleau, que la confiance du roi saint Louis appela au poste de prévôt de la ville de Paris, furent longtemps conservés manuscrits dans la chambre des Comptes, elsonL aujourd'hui dans les Archives impériales.

On nommait plus lard Livre rouge trois volumes in-4°, reliés en maroquin rouge, sur lesquels se trouvaient consignés toutes les pensions, gratifications secrètes accordées à des particuliers, et tous les subsides payés à différents souverains, etc., depuis 1750 jusqu'à 1788.

Quant à l'origine des livres, elle se perd dans la nuit des temps. Les livres sacrés de Moïse sont généralement regardés comme les plus anciens. Moïse domine les générations et les siècles comme une colonne impérissable de vérité. Le Penta-

teuque (I) est la base de l'histoire universelle : c'est là que se trouve tout ce que nous avons de plus positif sur le premier établissement des nations; car les investigations de la science, loin d'infirmer les données de la chronologie mosaïque, n'ont servi qu'à les confirmer.

Hérodote, Manéthon, les historiens chinois et hindous, toutes ces sources premières de l'histoire, sont de mille ans, de douze cents ans postérieurs à Moïse.

En effet, Lao-Tseu, auteur des livres primordiaux des Chinois, vivait environ 600 ans avant notre ère. Hérodote, le père de l'histoire, Dorissail en HO avant J.-C; ses écrits n'ont donc pas encore -2,300 ans d'ancienneté. Les écrivains qu'il a pu consulter, et dont les livres nous sont inconnus, Cadmus, Phérécidc, Aristéc de Proconèsc, ne l'ont précédé que d'un siècle. D'un autre coté, les historiens lïérose, Manéthon, où l'on a puisé tous les documents de l'histoire sur les anciens peuples de l'Orient, datent de plus d'un siècle après lui.

l-es poètes sont plus anciens. Homère, le premier de tous ceux que l'on connaisse, Homère, le maître et le modèle de l'Occident, a précédé l'âge actuel de 2,700 à 2,800 ans. Ses écrits sont donc de plus de 400 ans antérieurs à ceux d'Hérodote.

On croit qu'Hésiode, dont on connaît un poème sur l'agriculture, les Œuvres et les Jours, était contemporain d'Homère.

SapliO, dont les ouvrages firent les délices rte l'antiquité,

(I) Les rinq livres hhliqnes qui Forment k Penl.Heuque : la Gen?*e, l'Exode, le Lêvilique, les Nombre* ei le Detitirtmome . nmlicnneiit Histoire tin monde (1i?\mis la création, et parlii'ulii-rement riiSuiire <lu peuple juif. Ces livres oui élé ùi'ritspar Moïse, pnqilirlr ri U^itUlriir îles HélirriiN, né 1721 ans et irmrl 100% an* avant JèMUC.hrsl.

vivait dans l:i 44" olympiade (tiOO ans avant noire ère), et cite a ainsi précédé de près de 500 ans l'historien grée (i).

Le prince des poètes lyriques, Pbadare, était né à Thëbcs, dans la Béotie, environ 500 ans avant notre ère.

Quant aux autres livres antérieurs à celui d'Hérodote, tels que ceux attribués a Hernies, Orphée, Linus, Zoronstrc , on ne peut leur assigner de date précise; ils ne sont pas venus jusqu'à nous, sauf quelques courts fragments, parmi lesquels un chant célèbre, la Prière du véritable Orphée, que l'hiérophante récitait dans les anciens mystères des Grecs :

« Marchez dans la voie de la justice, adorez le seul maître de l'univers. Il est un, il est seul par lui-même. Tous les êtres lui doivent leur existence ; il agit dans eux et par eux. Il voit (ont et jamais n'a été vu des yeux mortels. »

(I) Lu temps, qui ne respecte rien, ne nous a m ni heureusement transmis que quelques vers de Sapho : un hymne à Vénus, et culte ode fumeuse tant admirée par Longin, traduite en latin par Catulle, et par Boile.iu dans les vers suivants :

Heureux qui, près de lui, pour lui seule soupire. Oui jouit du plaisir de l'entendre parler. Uni le voit quelquefois iWn'mrnt lui sourire: Us dieux, dans son bonheur, peuvent-ils l'égaler*

Je MM, de veine en veine, une subtile flamme Courir dans ton! mon corps, sitôt que je te vois, El. dans les doux transporte oit s'égare mon aine, Je ne saurais trouver de langue ni de voix.

Un nuage courus se répand sur ma vue.

Je n'entends plus, je lomhc en de douées langueurs, Et, pale, sans haleine, interdite, éperdue, Le frisson me saisit, je tremble, je me meurs.

lin a de Sapho quelques nuire fragment* IriWourla, renie:llis dam Arislolc, Plu turque , Athénée et Dèmélrins de Phalère.

Selon Voltaire, les plus anciens livres du inonde seraient, après les écrits de Moïse, les Cinq Kings des Chinois, le Shastabad des Brames, dont Holwcll nous a fait connaître des passages admirables ; quelques chapitres du livre de Zoroastre, échappés à la destruction, et des fragments de Sanehoniathoit qu'Eusebc nous a conservés, et qui portent avec eux le caractère de l'antiquité la plus reculée.

II. Les matières sur lesquelles on a tracé jusqu'ici l'écriture ont varié selon le temps et les lieux. On a écrit sur la pierre, la brique, le bois, l'écorce, les feuilles, les coquillages, l'ivoire, les métaux, les peaux, la cire, les tissus, le papyrus; sur le papier de soie ou de coton, et, en dernier lieu, sur le l>apier de chiffon.

C'est sur les pierres ou sur les briques qu'on trouve les plus anciennes écritures, témoin les nombreux lias-reliefs de Ninive, apportés récemment à Paris.

Ces pierres avaient la forme de blocs on de tables; il on est fait mention dans l'Écriture, sous le nom de sepher, mol hébreu que tes Septante ont traduit par A5»v, Mot*;, qui était le nom donné chez les Athéniens aux tables de bois sur lesquelles les lois étaient écrites.

Toute porte à croire que le Livre de l'Alliance, celui de la Loi, le Livre des Malédictions et relui du Divorce avaient cette forme.

Les Talmudistes prétendent que les lettres des deux tables de Moïse étaient taillées et percées à jour, alin qu'on pût les lire en même temps des deux côtés (I). Mais ceci est peu probable, car il faudrait supposer que le peuple juif savait également lire à rebours.

M) nom Cahnel, Oktinmairt île la litble, tome IV.

Le livre de Job mentionne l'écriture sculptée sur la pierre avec tin ciseau, ou gravée sur une lame de plomb avec urr poinçon de fer. Plus lard, les Hébreux écrivirent sur le bois, puis ils employèrent des substances plus molles et susceptibles de se rouler (4).

Les anciens Égyptiens taillèrent leurs hiéroglyphes en creux sur la pierre longtemps avant de les peindre sur les étoffes et sur le papyrus. On dit qn'Hermès, pour mettre ses découvertes à l'abri d'un déluge, grava sur des colonnes de pierre les éléments des sciences.

Les Clialdéens, qui avaient une grande prétention à l'antiquité, puisque, au temps d'Alexandre, ils comptaient jusqu'à 470,000 ans depuis que l'astronomie florissait chez eux (2), inscrivaient leurs observations sur la brique.

Les Grecs se servaient aussi du bois et de la pierre. On croit que Solon, le second des sept sages de la Grèce, législateur des Athéniens, écrivit son Gode sur des planches de bois.

Les fameux marbres, dits d'Arundel, découverts dans l'île de Paros, au commencement du xvu* siècle, contiennent les annales des Athéniens. Ces annales remontent jusqu'à Cécrops ; mais les marbres n'ont été gravés que 1319 ans après lui, c'est-à-dire 2fî3 ans avant notre ère.

L'histoire de Rome, qui ne fut écrite, pourla première fois, que 300 ans après sa fondation, a été presque entièrement composée sur les Annales écrites par les prêtres. La suite en fut gravée sur des tables de marbre, qu'on exposait aux yeux du public dans le Forum, vers les comices. En \it\:>, on défi) CW ce qui réelle d'un passage île JêtémU, chapitra 5<î, versets 1S

(3) On a vérifié que les observitioi» astronomique» île- ChaltUeiu at renia nient en riialiié qu'il itpl eenl cinquante ont avant l'ère rhrélienne

terra, dans ce lieu, les Fastes capiiolins, par lesquels furent remplacées les Annales des pontifes.

En général, on préférait ta pierre pour les documents législatifs ou historiques, pour les inscriptions lumulaircs et tous les autres documents pour lesquels on voulait avoir des garanties de conservalion.

On confiait aussi aux métaux les inscriptions qui avaient de l'importance. Les lois des Douze-Tables furent ainsi appelées, parce qu'on les avait gravées sur un pareil nombre de planches d'airain. On cite encore comme monuments de ce genre les tables Kugubiennes, la colonne de Uruilius et le séna lus-consul te sur la célébration des bacchanales. Il y avait aussi à Rome une sorte de livres terriers appelés Libri œris, et sur lesquels étaient inscrites les concessions de terres et les partages dans les colonies.

Suétone {li dit que 3,000 tables de bronze, qui étaient conservées au Capitole, périrent dans un incendie, sous le règne de Vitellius,

Les tablettes de bois, d'ivoire, etc., enduites de cire, sur lesquelles on écrivait avec un style ou poinçon, et dont on effaçait à volonté l'écriture, sont d'un usage très-ancien, qui s'est conservé jusqu'au moyen age : on a cru même en avoir trouvé l'indication dans l'Iliade.

Les livres qu'on appelait à Rome livres de lin ou lintéens (lintei libri), élaieut des tablettes couvertes d'une toile enduite de cire ou de plâtre, sur lesquelles on écrivait les annales de la république, et qui étaient déposées dans le temple de la déesse Monéla. Les oracles sibyllins étaient aussi tracés sur des livres de lin.

(I) Me île Vesptuleu, r\iz\.\\n vin.

Les livres éléphanlins (tibri elcphantini) étaient mimés, selon Turnèbe, du b:tndes on feuilles d'ivoire, el d'intestins d'éléphant, selon Scaliger. On inscrivait sur des livres de cette sorte les actes du sénat, que les empereurs Taisaient conserver. On appelait aussi de ce nom certaine collection volumineuse (35 volumes) qui contenait les noms de tous les citoyens des trente-cinq tribus romaines.

11 serait impossible de désigner ici toutes les matières qui ont servi à la composition des livres avant que le papier soit devenu partout l'unique dépositaire de la pensée écrite. Chaque peuple lettré employait la substance qui lui semblait la plus propre a recevoir et à conserver l'empreinte des caractères. Les procédés les plus étranges, et quelquefois aussi les plus ingénieux, furent mis en usage. On rapport»; que les Itusses, en pénétrant chez les Tarlarcs Kalmouks, vers l'an 1731, y trouvèrent une bihliothèquc dont les livres avaient une forme extraordinaire. Ces livres, extrêmement longs el sans largeur, renfermaient des feuillets fort épais, qui semblaient composés d'une espèce de coton, ou faits avec des écorces d'arbres enduites d'un double vernis. L'écriture y était blanche sur un fond noir.

Les Péruviens et les Mexicains, qui n'avaient point d'écrilure, tenaient cependant leurs annales régulièrement : les premiers au moyen de leurs quipos, c'est-à-dire de tresses ou de nœuds qu'ils faisaient a des cordons de diverses couleurs; les autres au moyen de ligures qu'ils traçaient sur des peaux d'animaux ou sur des écorces (1).

(1} Ces fleures nclaitTit ni îles emblèmes, ni des symlwles; e'étaii h i-Rprisentatioii <ies ulijcls eus-memes. Elles ilillèreul csseuiîoliemetit en eela de récriture h ië r opr I y ph i n u c îles Epvplicns , ;i laquelle on a \imln le» fumprer.

Les Birmans (nation importante île l'Asie méridionale) écrivent sur des feuilles tic palmier, ou sur mie sorte de papier grossier fait de bambou macéré dans l'eau et noirci avec du charbon mêlé au jus de certaines feuilles, ou bien encore sur des tablettes d'ivoire.

En Chine, dans les temps anciens, les caractères étaient traces sur des planchettes de bambou, soit en creux, soit avec une pointe trempée dans du vernis. Vers le m" siècle avant notre ère, on commença à se servir d'étoffes de soie, de colon ou de fil ; un siècle après, on avait inventé le papier et substitué l'encre au vernis.

Les tables de pierre ou de marbre , les lames de plomb ou d'autre métal, les planchettes de bois ou d'ivoire, quoique désignées improprement dans l'antiquité sous le nom de livres, ne méritaient pas plus cette dénomination que les épitaplics et autres inscriptions commémora lives que nous gravons encore aujourd'hui sur les mêmes matières. Ce n'étaient pas d'ailleurs des objets portatifs et manuels; les lois des Douze- Tables, par exemple, gravées sur l'airain, étaient un peu plus pesantes que ne le fut plus tard le Code Juslinien , écrit sur papyrus ou sur parchemin. Celui-ci était un livre dans la véritable acception du mol, et c'est ainsi qu'on appelait lotis les ouvrages écrits de cette façon.

Après la transcription , les peaux ou les feuilles de papyrus étaient cousues ou collées les unes aux autres, de gauche à droite, et formaient une longue bande roulée autour d'un bâton, comme nos cartes géographiques.

Les Latins nommaient ces rouleaux volumina, du mol voirere, rouler. Ouvrir un volume, c'était le dérouler, expirant.

Au reste , la coutume de confectionner les livres en rouleaux, dès qu'il s'agissait d'ouvrages un peu étendus, était

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commune il presque Ions les peuples. Les Égyptiens, les Juifs, les Crées, les Romains, les Perses, les Indiens la pratiquaient. Elle s'est continuée plusieurs siècles après la naissance de Jésus-Christ, et même les Chinois l'observent encore quelquefois.

Les anciens donnaient cependant aussi à leurs livres la forme carrée, en altacliant les feuilles placées l'une sur l'autre, comme cela se fait maintenant. Plusieurs manuscrits trèsanciens ont la forme carrée. Le père Montfaucon assure même que, parmi les manuscrits grecs qu'il a vus, il n'en a trouvé que deux ayant la forme de rouleau (I).

Les Romains avaient aussi des codices, livrets carrés en parchemin ou papyrus.

Martial regarde l'emploi des codices comme un perfectionnement important, en ce qu'il permettait de réunir, sous un format commode et portatif, des ouvrages renfermés auparavant dans un grand nombre de volumes.

La forme des codices leur avait valu le nom de libri quadrati.

Les anriens n'écrivaient ordinairement que d'un seul côté, et laissaient en blanc la page du revers, peut-être à cause de la (inesse du papier d'Egypte. Jules-César parait être le premier qui ait introduit l'usage d'écrire des deux colés, dans sa correspondance avec les généraux et les gouverneurs. Au resle,c'élait une marque de politesse de n'écrire que sur le recto, puisque, au iv« siècle, sainl Augustin s'excusait encore quand il s'écartait quelquefois de cet usage. Mais Vopisthorjraphie, c'est-à-dire l'écriture des deux côtés du feuillet, prévalut généralement,

(t) ralteoyrapli. grœca. liber I, rnpiit iv; Rclmnrm. Idea sytlem. oniiq. lillrr., (la^fs 227 et î*2; SwrcIz, lie Ornam. libror., tlitterl. II,

comme on le remarque dans les manuscrits du moyen .1ge. L'écriture sur le recto seulement s'appelle anopislhogrophie.

Les instruments dont les hommes se sont servis pour écrire ont varié selon la matière sur laquelle ils traçaient leurs pensées. Un caillou tranchant, la pointe de fer, le ciseau, le burin ciselaient la pierre, le marbre, le bois, les métaux. La canne, le roseau ou jonc peignaient l'ccorce, le papyrus et les peaux. Baruch écrivait ses prophéties avec l'encre et le roseau. Perse, dans sa troisième satire, dit : Inqm manu* chartœ nodosaque venit arundo. (Et le papier et le roseau noueux viennent dans les mains.)

Les Arabes, les Perses, les Turcs, les Grecs, les Arméniens se servent encore aujourd'hui de ces cannes.

Clément d'Alexandrie, qui vivait dans le troisième siècle de l'Église, parle de l'écritoirc, du jonc, de la plume des copistes : Dehule autem sacrorum scriba procedit habens pennas super capite, librum in manibus, vasculum in quo atramentum scriptorium, et juncum. (Clem. Alex. , lib. VI.) (Et ensuite l'écrivain du temple arrive a son travail, ayant des plumes sur la télé, un livre dans les mains, un vase dans lequel est l'encre à écrire et un jonc.)

Le grattoir, le canif, le compas pour mesurer les espaces des lignes, les ciseaux pour couper et préparer le papier, le vase rond en plomb ou l'écritoirc, et la règle pour guider les plumes, riaient en usage chez les anciens ; on en trouve les noms dans l'Anthologie : Scaipellus, cultetlus, circinus pro metiendis Unearum spatiis, forfices scindendœ aptandœqttc chartœ, vasculum plumbeum rotundum, swe atramentarium, et canon calamorum custos(\).

(Il I-ambiuel, ls Fi ,e-

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