Cf. n° 731 de la Bibliotcca Rivadcnoyra, 1. X
Le développement tiré par Victor Hugo de cette donnée s'efforce de rester dans un ton espagnol qui n'est pas toujours exact, mais qui ne paraît presque jamais faux. Il n'est pas difficile assurément d'y relever des détails de pure fantaisie. On y rencontre, par exemple, un Cadafal qui, avant de se raccourcir en un sonore nom de lieu, n'était peut-être que le très commun cadahalso, à moins qu'il ne vienne du Cadaval portugais qui doit son nom à sa situation entre deux vallées. Comment lui en vouloir de s'être arrangé pour rimer avec « triomphal? » Et comment reprocher à Jabias, « depuis roi de Tolède, » de n'être qu'une déformation du Yahia historique ou du Jesyas de la Chronique rimée du Cid? Il ne serait pas moins ridicule de s'en prendre à des anachronismes qui ont la meilleure excuse à faire valoir puisqu'ils servent à renforcer l'idée générale du poème. Ne sont-ils pas fort à propos « enflés de faste », ces ducs altiers qui gardent le chapeau sur la tête, comme s'ils étaient déjà grands d'Espagne? Lerme et Gusman ne sont pas moins précoces à se faire, l'un l'archer, et l'autre le frondeur du Cid. Mais ne sufflt-il pas que ces deux noms désignent les nobles par excellence, les seuls qui puissent être les majordomes du héros national? Si Lara eût été peut-être mieux à sa place que Lerme ', aucun autre nom ne convenait mieux que Guzman. Qu'importe que l'Alonço Ferez qui l'illustra ne soit né qu'en 1258? N'est-il pas devenu une sorte d'épithète courante pour qualifier la noblesse du soldat distingué? Qui s'étonnera enfin que le Cid ne voulût « consentir qu'au nom de général, » ou que le buenos dlas fût déjà de son temps une salutation banale? Laissons tous ses honneurs à ce « seigneur des pavois, » même s'ils nous rappellent des usages postérieurs ou romanesques.
D'autres détails ne tardent pas d'ailleurs à nous ramener à la bonne époque, et ce sont les plus importants, puisqu'ils concernent le héros et sa famille. Le vieux poème espagnol ne nous parle pas du père du Cid, mais il en fait bien le fils de Diègue puisqu'il l'appelle Dîaz. Ce Diègue, tant qu'il fut vivant, pouvait fièrement arborer « sa bannière au donjon, » N'avait-il pas conquis sur les Navarrais ce château d'Ubierna qui faisait sans doute partie du bien féodal, de la onor dont le Cid exilé fut dépouillé?