‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 101 sur 124 · Cf. le romance n° 253 de la Biblioteca Rivadeneyra · texte numérisé non relu

Cf. le romance n° 253 de la Biblioteca Rivadeneyra

^Desciendo yo por ventura...

De los Laras y Guzmanes?

Bivar était-il « un manoir carré, flanqué de tours? » C'était, en tout cas, à dix kilomètres au nord de Burgos, la maison familiale, le lugar de naturaleza de celui que le vieux Poème nomme El de Bivar. Les autres titres qui lui sont attribués sont assez fidèlement reproduits par Victor Hugo. « Le seigneur Ruy Diaz, le grand Campéador des Castilles, » est une traduction et une fusion heureuse des deux formes espagnoles : « Ruy Diaz, el Cid campéador de Bivar, » et : « mio Cid Ruy Diaz el Castelano. » Dans l'énumération de tous les grands personnages qui ont pour orgueil d'être de sa « servidumbre, » rien de plus juste que de mettre au sommet « plus d'un richomme. « Le rico omne est, en efTet, le noble de première classe, au-dessus de Vyfançon et du fijo dalgo, ce qui n'empêcha pas les infants de Carrion qui étaient richommes de demander la main des filles du Cid qui n'était qu'un yfançon. Mais quelle noblesse pouvait conférer plus de lustre que l'épée ravie au roi Maure, « la Tizona célèbre^? »

L'impression générale qui se dégage du poème de Victor Hugo n'est nullement en contradiction avec toutes les petites touches de couleur espagnole qu'on peut y relever. Bivar est fait, en somme, avec une idée qui se développe en un portrait. Idée et portrait sont également conformes à la vérité historique. Assurément le souci prédominant du respect filial n'est pas un sentiment spécial à l'Espagne, mais nulle part cet héritage de l'antiquité n'a été plus pleinement accepté et plus fidèlement transmis. Il y est devenu plus fort qu'une adhésion du cœur et de l'esprit puisqu'il s'y est surexcité en un point d'honneur. Les romances de Bernard del Carpio, dont un mur d'église à Pampelune rappelait à Victor Hugo une glose célèbre, s'attachent surtout à glorifier un fils qui consacre sa vie à la délivrance d'un père qu'il ne connaît pas. Tous les exploits de ce héros s'entassent comme une rançon aux pieds d'Alphonse le Chaste, et quand ce roi aussi fourbe que celui du Cid lui livre enfin le cadavre du comte de Saldana, il annonce une vengeance qui ne reculera devant rien, car il vaut mieux être un bon fils qu'un sujet respectueux-.

1. Le vieux poème ne connaît que la forme Tizon. Victor Hugo avait trouvé Tizona dans le Romancero. Cf. le romance 739 : « la tizona rabitiesa ».

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