‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 99 sur 124 · Cf. Cddiz, p. 211 de l'édition de Madrid · texte numérisé non relu

Cf. Cddiz, p. 211 de l'édition de Madrid

drames les plus retentissants. Il était naturel qu'il songeât aussi pour son épopée à ce trésor incomparable où il voyait encloses deux Iliades, l'une chrétienne et l'autre arabe. Il l'aborde avec la même admiration que jadis, mais avec un nouvel état d'esprit. Ce n'est pas vainement qu'il a fait son voyage d'Espagne, et il n'est pas homme à n'avoir retiré aucun fruit des livres qu'il a lus pour la préparation d'Hernani et de Ruy Blas. Il regarde maintenant le Romancero avec d'autres yeux; il l'illustre de sa propre vision d'un pays dont il est à la fois la légende et l'histoire ; il en éclaire le sens à la lumière des idées qui lui vinrent de la novela ou de la comedia; il a enfin trouvé une forme assez puissante et assez souple pour faire toute sa place à son héroïsme familier. Jamais Victor Hugo n'a donné de l'Espagne une image moins inexacte et incomplète, et d'une plus souveraine beauté. On s'en aperçoit déjà dans Bivar. Le scheik Jabias vient faire visite au Cid. Il le trouve vêtu de cuir et travaillant comme un palefrenier. Il s'étonne, et lui rappelle la grandeur superbe dont il emplissait la cour du roi. Rodrigue lui réplique qu'il n'est plus, comme alors, dans un vulgaire palais, puisqu'il est maintenant dans le manoir paternel. D'où vient l'idée de ce contraste si simple et si fort? C'est, je crois, en restreindre la portée que d'en chercher l'original dans l'amour de Victor Hugo pour son père. Il entrait beaucoup de vanité dans son affection pour le « héros au sourire si doux. » Victor Hugo a pu craindre qu'il s'opposât à son mariage, et il n'a guère eu à se louer de la marâtre qu'il lui a donnée. S'il s'est fait une si haute idée du respect qu'on doit à un père, c'est beaucoup plutôt à cause des sentiments qu'il exigeait de ses propres fils. Rien d'ailleurs dans Bivar ne révèle une émotion personnelle du poète. Il est plus probable que le thème lui en a été suggéré par une des pièces qu'il a mises à profit pour son Romancero du Cid. C'est celle qui nous montre le héros à la cour de Fernand I" '. Diego Lainez et trois cents hidalgos chevauchent vers Burgos. Arrivés devant le roi, tous mettent pied à terre; Rodrigue seul reste à cheval. Son père l'invite alors à descendre pour baiser la main royale. « Si tout autre que vous me l'eût dit, réplique le fils, il me l'aurait déjà payé ; mais puisque c'est votre commandement, mon père, je m'y conformerai volontiers. » Le Cid obéit à don Diègue et non point à Fernand 1", parce que celui-ci n'est que le roi, tandis que l'autre est son père.

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