‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 102 sur 124 · Cf. le romance · texte numérisé non relu

Cf. le romance

De hoy adelante he de ser De tus contraries socorro, Porque premien los extranos Las faltas de reyes propios.

Ainsi pensait le Cid. Et c'est pourquoi il fut si grand. Le portrait que Victor Hugo nous trace de sa puissance n'exagère point sa « préséance éblouissante. » Maures et Chrétiens s'accordaient à la proclamer. La haine de Ben Bassam lançait contre elle des imprécations qui ne faisaient que mieux ressortir l'éclat d'un « tyran » dont le pouvoir se faisait sentir « sur les sommets comme sur les bas-fonds, si bien qu'il remplissait de frayeur grands et petits. » Victor Hugo a développé magnifiquement l'impression que produisait sur ses ennemis ce Rodrigue qui, par « la prudente fermeté de son caractère « et par « sa valeur héroïque, » fit redouter aux « Croyants » la reconquête d'une péninsule que son homonyme avait perdue. Le témoignage passionné de l'historien musulman justifie pleinement l'admiration résignée du scheik Jabias ^

La poésie espagnole ne pouvait pas rester en deçà d'un pareil éloge. Dans un romance qui a beaucoup frappé l'imagination de Victor Hugo '^, un écuyer du Cid va placer sur l'estrade royale un riche siège que son maître a conquis sur l'ennemi. Lorsqu'il le voit, le comte Garcî Ordonez s'indigne et demande quelle est la belle Mauresque qui va s'asseoir où le roi seul peut prendre place. Déjà les épées sont tirées, mais Alphonse VI déclare que ce qu'a fait le Cid est bien fait, qu'aucune renommée ne s'élève aussi haut que la sienne, et qu'il n'y a rien à dire d'un chevalier qui n'a pas d'égal ^ Après avoir parlé comme Ben Bassam, le

Xo de su muerte nie pesa :

Pésanie que dicen otros Que si yo buen hijo fuera, No le guardara el decoro...

Desde agora, Roy, te infnrmo Que he de vengar mis ofensas.

Que no con reyes me ahorro.

1. Cf. yi. Menéndez Pflayo : Antologia de poetas liricos castellanos, t. XI, p. 304. « J'ai entendu raconter, dit Ben Bassam, qu'en un moment où ses désirs s'élevaient jusqu'à une ambition sans limite, il prononça ces paroles qui jetèrent l'efîroi dans le cœur des croyants : C'est un Rodrigue qui a perdu cette péninsule; c'est un autre Rodrigue qui la reconquerra. »

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