‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 109 sur 124 · Dios, que buen vassalo, si oviesse buen senor · texte numérisé non relu

Dios, que buen vassalo, si oviesse buen senor

Cantar do mio Cid, v. 20.

Comment sur cette figure de loyauté se sont accusés les traits d'altière violence? Le Cid n'a pas échappé à la loi qu'ont subie presque tous les cycles épiques. A mesure que la poésie s'emparait de son histoire, elle remontait plus loin dans son passé et cherchait à le grandir de tout ce qu'elle ôtait au roi que sa gloire jetait dans l'ombre. Le poète des Enfances de Rodrigue ne se contentait plus des exploits véridiques de son héros, et, dans l'attitude où il le campait pour l'admiration universelle, il se refusait à lui laisser vis-ù-vis de n'importe qui une déférence où il voyait une infériorité. Il y avait encore quelque mesure dans la première forme que nous en possédions, dans cette rédaction en prose de la Chronique d'Espagne de 1344 découverte par M. R. Menéndez Pidal. Il n'y en a plus guère dans le remaniement connu sous le nom de Chronique rimée du Cid. Le Rodrigue qui y est célébré se trouve à l'étroit dans son pays; il va jeter l'épouvante jusque sous les murs de Paris. Son langage est à la hauteur de ses prouesses. On ne saurait attendre de celui qui fait la leçon au pape et à l'empereur d'Allemagne que son insolence s'adoucisse en faveur du roi de Castille, qu'il accable tour à tour de ses menaces et de son mépris. Victor Hugo avait-il jeté les yeux sur cette Chronique rimée publiée en 1846 par François Michel d'après le manuscrit de la Bibhothèque royale de Paris? On y Usait que don Diègue, invité à se rendre à la cour, disait à son fils : « Je me méfie de ces lettres trompeuses dont les rois ont la perverse habitude. » Ne croirait-on pas entendre, dans « Le roi fourbe *, » l'injure jetée à la face de Sanche :

Ta foi royale est fragile :

Elle affirme, jure et fuit...

A tes traités, verbiages.

Je préférerais souvent Les promesses du nuage Et la parole du vent.

Le Cid du Romancero français parle souvent avec cette brutalité endiablée que le jongleur de la Chronique espagnole considère comme la suprême manifestation de la force souveraine. Mais ce n'est là sans doute que la rencontre de deux imaginations travaillant sur le même plan.

Victor Hugo connaissait, au contraire, d'autres Enfances du

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