‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 11 sur 124 · Lellres persanes · texte numérisé non relu

Lellres persanes

lui reprocher d'avoir empêché la naissance d'une école de peinture. La patrie de Velazquez, de Murillo, de Ribera, de Zurbaran et de tant d'autres génies qui rayonnent dans le musée du Prado n'aurait eu que « quelques peintres de second rang ' 1 »

Voltaire est cependant trop intelligent pour se laisser aller aux emportements d'une autre sorte de fanatisme. Il se refuse à attribuer à l'Inquisition des excès d'horreur et d'insolence que ce tribunal n'a pas commis. La raison qu'il en donne est caractéristique : « II faut être bien maladroit pour calomnier l'Inquisition, et pour chercher dans le mensonge de quoi la rendre odieuse. »

C'est là une maladresse devant laquelle ne reculeront pas nos romantiques. Ils pousseront au noir, ou plutôt au rouge sanglant, l'image de l'Inquisition que leur présentaient nos philosophes. Ils en retiendront d'abord une idée générale du génie espagnol. Si tant d'atrocité s'est manifestée au delà des Pyrénées dans l'exercice d'une juridiction qui, au delà des Alpes, s'était accommodée d'une insinuante douceur, la faute n'en était-elle pas à une nation plus austère et plus impitoyable que les autres? Comment expliquer autrement que, comme le disait Voltaire, les inquisiteurs espagnols aient « ajouté la barbarie » à des tribunaux que les papes n'avaient érigés que par politique? Le peu que nos romantiques sauront de l'histoire d'Amérique les confirmera dans cette impression. Le massacre ou l'exploitation des malheureux Indiens ne leur paraîtront que les manifestations naturelles du tempérament des conquistadors.

Ils parleront, toujours d'après Voltaire,» des cruautés réfléchies » des Espagnols. Ils retiendront même des historiettes terrifiantes qu'il n'écarte qu'après les avoir racontées. Un jour Philippe II présidait un autodafé. Ce jour-là, la plainte fut particulièrement émouvante qui sortait de la poitrine des malheureuses victimes. Le roi d'Espagne laisse échapper un mouvement de pitié. Pour faire réparation de cette criminelle faiblesse, le grand inquisiteur lui tire un peu de sang que le bourreau brûle aussitôt. On devine le sourire de Voltaire rapportant cette scène. En est-il une qui puisse plus facilement se revêtir des plus fortes couleurs romantiques? Nous saisissons là l'origine de cette peinture de l'Espagne farouchement catholique dont Victor Hugo s'inspirera pour son Torquemada et pour son portrait de Philippe II dans La Rose de l'Infante. Le romantisme sera loin d'ailleurs d'en épuiser le

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