‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 117 sur 124 · L'ESPAGNE DANS LA SECONDE PÉRIODE DU ROMANTISME · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE DANS LA SECONDE PÉRIODE DU ROMANTISME

plus encore pour Hernani et Ruy Blas. Ils doivent davantage aux visions notées sur le carnet de voyage et précieusement conservées dans la mémoire comme sur le papier. Mais ils sont par-dessus tout la magnifique manifestation d'une sorte d'accord préétabli entre l'imagination hugolesque et le génie de l'Espagne. A chacune des différentes phases de La Légende, on voit s'affirmer et se renouveler cet accord merveilleux. Et c'est pourquoi l'impression d'ensemble, la seule qui puisse compter dans une épopée, reste espagnole. Est-il besoin d'ajouter que cette couleur est bien supérieure au médiocre vernis de la plupart des autres romantiques? Victor Hugo a pu se contenter d'abord comme eux de teintes superficielles. Mais quel progrès continu et quel enrichissement de sa palette espagnole depuis Les Orientales ! Et quel juste sentiment du caractère original d'une nature âpre et d'un peuple grave ! On lit dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, une phrase qui était un programme et qui devrait devenir une épigraphe : « Dès ce premier voyage, il sentit ce qu'il a compris depuis en revoyant Tolosa, que l'Espagne est faite pour le beau et non pour le joli, que son imperturbable ciel bleu ne veut que des villes graves, et que la montagne s'amoindrit en s'endimanchant. »

La Légende des siècles n'a pas endimanché l'Espagne. Et elle ne l'a pas amoindrie. C'est un témoignage que les Espagnols n'ont pas manqué de lui rendre. Après avoir écrit sur l'hispanisme de Victor Hugo des pages d'une sévérité excessive, Menéndez y Pelayo ne peut s'empêcher d'ajouter : « Dans l'Espagne de quelques poèmes de La Légende des siècles, même dans ceux qui se rapportent au Gid, il y a aussi beaucoup de fantaisie, mais là du moins la fantaisie est épique, puissante et formidable, et il faut remercier le poète d'avoir associé au monument le plus triomphal de sa gloire les noms de nos héros '. »

1. Cf. Ilisloria de las ideas estéticas en Espafia, t. V, p. 375. Madrid, 1891.

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