‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 13 sur 124 · NAPOLÉONIENNES ET APRÈS L'EXPÉDITION DE · texte numérisé non relu

NAPOLÉONIENNES ET APRÈS L'EXPÉDITION DE

Les sombres couleurs que l'on prête au portrait de l'Espagne ne viennent pas toutes de nos philosophes. Les plus tragiques y furent posées après les guerres de 1808 à 1813. Les soldats de Napoléon ne comprirent pas que leur invasion avait exaspéré le sentiment national jusqu'à une fureur qu'ils n'avaient point rencontrée dans le reste de l'Europe. Ils comparèrent à l'Italien ou à l'Allemand un peuple qui était arrivé le premier à la conscience de son unité et dont le fanatisme religieux n'était qu'une forme de patriotisme. L'Espagne qu'ils connurent en des circonstances exceptionnelles leur parut à la fois surannée et sanguinaire, bigote et sauvage. Et les récits qu'ils en rapportèrent alimentèrent les conversations du populaire en attendant de passer dans des compilations qui les acceptent sans contrôle.

Toute une littérature se publie où le romanesque se mêle trop souvent à l'historique. L' « apothicaire » anonyme des Mémoires sur la guerre d'Espagne n'est pas seul à exercer sa verve aux dépens de la vérité '. Tout est loin d'être indiscutable dans le précis que Breton met en tête des six volumes où l'on nous décrit les mœurs, usages et costumes des habitants de la péninsule ibérique % et il y a encore beaucoup de fantaisie dans les Souvenirs de Limouzin sur l'Espagne pendant les années 1808 à 1813 * ; mais ce n'est pas le moins exact qui frappe le moins les imaginations.

La réalité avait été d'ailleurs singulièrement émouvante. Les soldats français s'étaient heurtés dans leurs moindres marches et contremarches aux embûches des guérillas. Ceux qui revinrent avaient trop souffert pour ne pas grossir en toute sincérité les périls qui s'étaient dressés devant chacun de leurs pas. Encore imbus de l'esprit révolutionnaire, ils ne pardonnaient pas aux prêtres de les avoir dénoncés non pas comme des envahisseurs d'un territoire sacré, mais comme les plus dangereux suppôts de Satan. Ils parlaient de ce fameux cathéchisme qui les repré-

1. Cf. Mémoires d'un apothicaire sur la guerre d'Espagne pendant les années 1808 à 181 tt. Paris, 1828, 2 vol. in-8°.

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