II. — Le Théâtre de Clara Gazul
C'est aussi vers Hernani, mais par une voie bien différente, que nous achemine Le Théâtre de Clara Gazul (1825) auquel il convient d'ajouter La Famille de Carvajal (1828).
A quelle inspiration obéit Prosper Mérimée? Il passe alors par la phase romantique. Aussi lance-t-il volontiers ses épigrammes contre les règles dont les classiques continuent à imposer le respect. Clara Gazul n'a que faire des unités. Elle ne perd pas son temps à s'arrêter aux objections du poète effarouché par une comédie qui commence en Danemark et finit à Espinosa en Galice ^ Elle préfère monter dans « les voitures si commodes » de messieurs les romantiques. La conclusion de L' Amour africain est une plaisante réplique aux peintures dans lesquelles les classiques s'imaginent représenter l'amour. Le capitaine de corvette Diego Castaneda n'est pas plus tendre pour les héros de tragédie. Il les traite de « philosophes flegmatiques, sans passions, qui n'ont que du jus de navet au lieu de sang dans les veines, de ces gens enfin à qui la tête tournerait en serrant un hunier -. » Lorsque plus tard Prosper Mérimée reviendra sur cette période de sa vie, il ne manquera pas de rappeler que vers l'an de grâce 1827, il n'y avait « point de salut sans couleur locale ^. » Il va donc chercher cette couleur dans la littérature du pays que la critique préromantique a mis à la mode. Il ne le connaît encore que par des lectures, mais déjà il se sent attiré vers lui. Il semble deviner le plaisir qu'il aura à pénétrer dans un génie dont on pourra dire qu'il est le seul de ses contemporains à l'avoir véritablement compris.
Prosper Mérimée a beau se ranger en 1825 sous la bannière
1. Cf. le Proloprue du Théâtre de Clara Gazul. « Je ne vais pas m'informer, dit la comédienne espagnole, pour juger d'une pièce, si l'évcnement se passe dans vingt-quatre heures, et si les personnages viennent tous dans le même lieu, les uns comploter leur conspiration, les autres se faire assassiner, les autres se poignarder sur le corps mort, comme cela se pratique de l'autre côté des Pyrénées. »