‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 41 sur 124 · Cf. L'Occasion, se. xii · texte numérisé non relu

Cf. L'Occasion, se. xii

enfin à plusieurs reprises l'influence de Byron et de sa peinture de l'amour fatal. Mais c'est surtout l'Espagne, telle que la voient alors nos romantiques, qui fournit au Théâtre de Clara Gazul ses éléments les plus nombreux.

Le procédé est déjà visible dans la biographie de l'auteur présenté par l'Estrange. Clara a un tuteur. Ce vénérable personnage est inquisiteur au tribunal de Grenade. Il brûle naturellement tous les livres légués à sa pupille et ne lui permet de lire que ses Heures. Clara avait un « oncle », le licencié Gil Vargas. Cet excellent chanoine, étant bon patriote, ne pouvait manquer de commander une guérilla andalouse et d'être quelque peu pendu par les Français. Il fallait bien aussi que Clara eût une mère. Elle en eut une, en effet, qui disait la bonne aventure et qui la laissa à son oncle après l'avoir portée cinq ans sur son dos. Si vous ajoutez que cette fille de bohémienne passait pour être l'arrière-petite-fille du « tendre Maure Gazul » si fameux dans les vieux romances, en vérité, que lui manquait-il pour être la plus complète et la plus pure expression de la race et du génie de son pays?

Comment s'étonner, en tout cas, que dans son théâtre soit versée à profusion cette Espagne romantique à laquelle elle devait le meilleur d'elle-même? Le romance de don Alvar que Mme de Coulanges chante à don Juan Diaz est un pastiche amusant de ces pièces mauresques que venait de faire connaître la traduction d'Abel Hugo. Rien n'y fait défaut de ce qui peut à la fois rappeler la couleur du modèle et flatter le goût du jour. Alvar de Luna a tué plus de Maures qu'il n'y a de grains au chapelet d'une dévote, mais il a été vaincu par deux beaux yeux. Ces beaux yeux sont ceux de Zobéide, fille de l'alcalde de Cordoue la Grande. Et voilà pourquoi Alvar de Luna devient frère Jayme du cloître de Saint-Inigo K Les ballets ne sont pas moins significatifs que les chansons. Le fandango se glisse jusque dans les divertissements militaires où on l'attendait le moins -. Tout l'attirail de la dévotion dite espagnole est rappelé à la moindre occasion. Le chapelet et l'Agnus Dei deviennent les plus indispensables des accessoires. L'amour à l'espagnole ne joue pas un rôle plus effacé. Un peu partout résonnent les guitares, tandis que les éventails s'agitent en un langage aussi expressif que des œillades. Ces amantes

Page 1