‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 48 sur 124 · Cf. la Préface des Odes et Ballades · texte numérisé non relu

Cf. la Préface des Odes et Ballades

DA.\S LE THÉÂTRE nOMA.\TlQUE. 117

si, comme le croit M. Rosières S c'est de Kenilivorth à travers Amy Robsart que vient le plaisir de doua Sol à admirer a'ii cou de Jean d'Aragon le collier de la Toison d'or. La trace de l'Allemagne est plus légère encore que celle de l'Angleterre. Si, dans le monologue de don Carlos devant le tombeau de Charlemagne, quelques antithèses font penser au Fiesque de Schiller, c'est peu de chose, et c'est à peu près tout.

Victor Hugo doit un peu plus au théâtre français contemporain, à celui surtout qui le rapprochait de l'Espagne. Etait-il bien nécessaire qu'il eût lu le Charlemagne de Xépomucène Lemercier pour imaginer une conjuration contre l'empereur? L'Astrade- Cinna de 1816 est loin, en tout cas, de rappeler Hernani, et, sans avoir besoin de remonter si haut, la scène des conjurés avait été déjà esquissée par l'auteur même de Cromwell '-. Autrement précieuses étaient les indications que nous avons vu donner par Le Cid d'Andalousie et par Le Théâtre de Clara Gazul. Victor Hugo ne s'en est d'ailleurs pas contenté, et il a commencé par se reporter aux originaux qu'il connaissait. L'Étoile de Séville lui a permis de préciser des idées que l'adaptation de Lebrun avait un peu affaiblies. Le monologue dans lequel don Sancho Ortiz exprime sa douleur et ses hésitations à obéir à la parole qu'il a donnée à son roi, marquait plus fortement dans le texte espagnol l'impérieux et inéluctable commandement de l'honneur ^ Lorsque, jeté en prison pour en avoir écouté la voix, le malheureux amant d'Estrella oppose à sa conduite les accommodements que tolère la lâcheté, sa raillerie amère prend déjà le ton du vieux Ruy Gomez de Silva. « Qu'avez-vous fait? J'ai voulu tenir ma parole. — Vraiment vous me faites rire. Est-ce qu'on tient sa parole? Vous m'avez l'air d'un sot. N'est-ce pas en manquant à sa promesse qu'on se pique aujourd'hui d'élégance*? » L'autre Sancho, le roi, et sa rencontre avec le frère d'Estrella rappellent davantage chez Lope que chez Lebrun la situation de don Carlos que l'oncle de dona Sol surprend dans la chambre

1. Cf. Kosières, Recherches sur la poésie contemporaine, Paris, 1896, p. 263.

2. M. Rosières (Ibid., p. 261) suppose que l'idée d'aller contempler Charlemagne devant son tombeau vient à Charles-Ouint de la méditation de Cromwell devant^ le cercueil de Charles P''. Mais le tableau de Delaroche qui l'a illustrée n'a été peint qu'en 1831, et Victor Hugo ne fait aucune allusion dans son Cromwell à cette situation qui aurait pu fournir pourtant une scène bien romantique.

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