Ah! quand l'amour jaloux... (Hernani, I
dans notre comédie classique que dans notre tragédie, mais Molière l'avait si bien pétrie de ses mains créatrices qu'on n'y voyait plus la moindre couleur étrangère. Nos romantiques n'ont guère reconnu une allure castillane qu'au héros du Festin de pierre ; mais ce héros-là a été tellement transformé et, à leurs yeux, éclipsé par celui de Byron, qu'à travers don Juan c'est d'abord une influence anglaise qui s'exerce sur eux. « Quel dommage, écrit M. Menéndez y Pelayo \ qu'à sa connaissance admirable du cœur humain Molière n'ait point ajouté la sincérité d'une conviction religieuse qu'il n'eut jamais, et la noblesse de l'idéal chevaleresque dont il. est plus éloigné encore ! Les circonstances de sa vie nous expliquent pourquoi il était plus propre à étudier et à peindre sur le vif des avares, des hypocrites, des médecins pédants et des maris ridicules qu'à saisir dans leurs racines des âmes d'une aussi superbe lignée que l'âme de don Juan. » M. Menéndez y Pelayo reproche, en somme, à Molière de n'avoir pas écrit un don Juan romantique. Si notre grand comique a préféré donner à son sujet une plus large humanité, sans lui enlever d'ailleurs son caractère singulier '^ il n'en a pas moins senti ce qu'il y avait de charmant dans la liberté brillante de la comedia. Il lui est même airivé d'en présenter une image assez nette. Le Sicilien, par exemple, montrait, dans la forme comme dans le ton et les costumes des personnages et jusque dans la mise en scène, une fantaisie qui fera songer à Shakespeare, mais qui vient de Lope ou de Calderon. Rien n'a plus enchanté nos romantiques dans l'œuvre de Molière que ses tendances vers une comédie libre, et ce cju'ils ont le plus admiré chez lui, c'était, sans qu'ils s'en doutassent, comme un reflet de la comedia.
La tragi-comédie du xvii^ siècle leur offrait des copies ou des adaptations plus directes de l'Espagne ^ Malgré les transformations que la contrainte des règles avait imposées à l'auteur du Menteur et de sa Suite, malgré la gêne qu'éprouvait son génie tragique à développer une intrigue qui demandait une souplesse