Cf. La Eslrella de SevUla, II
BuSTO. — Qui est là?
Le Roi. — Un homme.
BusTO. — A cette heure dans ma maison! Son nom?
Le Roi. — Arrière !
BusTO. — Vous manquez de courtoisie. Pour passer, il faudra passer par la pointe de cette épée. Certes cette demeure est sacrée. Je la profanerai pourtant.
Le Roi. — Retiens ton épée.
BusTO. — La retenir, quand c'est l'appartement de ma sœur qu'on profane ainsi. .7c saurai qui vous êtes, ou je prétends vous tuer ici.
Le Roi. — Je suis un personnage important. Laisse-moi.
BuSTo. — Celte demeure est la mienne, et c'est à moi d'y commander.
Le Roi. — Laisse-moi passer. Réfléchis que je suis homme bien né. Sans doute je me suis introduit dans ta demeure. Mais mon intention n'est pas de te faire offense; je veux au contraire accroître ton honneur.
BuSTO. — Est-ce ainsi que l'honneur s'accroît?
Le Roi. — Laisse-moi le soin de ton lionneur.
BrsTO. — Je préfère le confier à mon épée. Si vraiment vous vous préoccupez de mon honneur, pourquoi cette cape sur votre visage? Faut-il se cacher pour m'honorer? Est-ce "pour me faire honneur que vous dissimulez vos traits? Votre embarras même est contre vous un témoin irréfutable. Oui veut faire honneur n'en éprouve aucune honte. Mettez la main .i l'épée, ou, vive Dieu! je vous tue.
Le Roi. — Le sot entêtement!
BuSTO. — L'un de nous deux va périr ici. (// met la main à Vépèe.)
Le Roi, d part. — Je vais lui dire qui je suis. [Haut.) Arrête; je suis le roi.
Il ne s'est pas préoccupé de savoir s'il avait attendu pour mourir l'an 1519. Après tout, ce sont là personnages de second plan et dont la biographie ni même l'authenticité n'importent guère. Mais que dire de Ruy Gomez de Silva? Sa maison était portugaise. Le Ruy Gomez que Philippe II fît duc de Pastrana (et non Pastrana) n'était pas encore espagnol. Victor Hugo n'a pas la moindre hésitation à faire de son aïeul un « riche homme » d'Aragon. Quant aux titres dont il décore Hernani, ils forment, comme le note M. Groussac ', un « galimatias héraldique. » Nous nous garderons de chercher des renseignements sur cette maison d'Alencastre qui hait celle de Silva, et nous n'aurons pas l'indiscrétion de nous mettre en quête de détails sur cette ville de Suez que conquit le Ruy Gomez à l'armure géante et qui fournit une rime si remarquable à : « Altesse, saluez! » Ne chicanons pas enfin don Mafias Centurion, marquis d'Almunan, sur l'n inutile qui termine son titre pas plus que sur une noblesse qu'il ne doit qu'à l'honneur de figurer parmi les jeunes seigneurs qui s'agitent sur la terrasse du palais d'Aragon.
La géographie et l'histoire ne sont pas beaucoup plus scrupuleusement respectées que l'onomastique. On voit mal l'Estrémadoure fournissant ses meilleurs fils à Jean d'Aragon. Le roi don Carlos n'est pas transporté à Francfort, ou siégeait la diète, mais à Aixla-Chapelle. Victor Hugo lui fait faire ce voyage au moment où nous savons qu'il ne quitta point Barcelone. Il ne prend pas moins de liberté avec les cérémonies du couronnement. Il en charge les électeurs au lieu du pape. L'empereur ainsi proclamé n'a plus besoin de se conformer aux usages. Pour faire Hernani chevalier de la Toison d'or, il invoque saint Etienne au lieu de saint André, et il supprime toutes les formalités préparatoires avec la plus cavalière indépendance -.
Faut-il s'indigner de ces petites inexactitudes? La comedia prenait de bien autres libertés avec la chronologie et avec la topographie. Elle ne reculait même pas devant les plus criantes invraisemblances. Comme le disait Artieda, le poète n'était pas embarrassé « pour faire aller des galères à travers le désert, pour mettre Famagouste dans la Biscaye ou pour placer la Perse à côté des Alpes. » Il est vrai que nos romantiques afficheront les plus étonnantes prétentions à la vérité dans le moindre détail historique
1. Cf. Une énigme lUléraire, etc. par Paul Groussac, Paris, 1903, p. 226.