‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 51 sur 124 · Cf. P. Groussac, Ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

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OU géographique. Mais jusqu'à quel point étaient-ils sincères? Victor Hugo nous fournira lui-même des explications curieuses sur la valeur qu'il attachait, en écrivant Hernani, à des affirmations qui, loin d'entraver sa liberté créatrice, n'en étaient qu'une ingénieuse justification.

Il est plus difficile d'excuser la façon dont il mêle des Espagnes diverses quoique également falsifiées. Voici d'abord l'Espagne fantaisiste dont nos romantiques ont hérité. C'est elle qui exige de Ruy Gomez, pour lui donner son certificat d'authentique noblesse, qu'il menace de fouler aux pieds sa Toison d'or et qu'il ne se sépare jamais de sa dague de Tolède. C'est elle qui impose les vœux faits en l'honneur de la seule Vierge qui compte, de Notre- Dame del Pilar; elle encore qui met aux lèvres indignées l'invocation suprême : « Maures et Castillans! » Il faut au moins reconnaître à dona Sol, lorsqu'elle fait le geste inévitable de tirer son poignard, le mérite de ne pas sortir de sa jarretière, mais de son sein cet accessoire indispensable. Victor Hugo a dû céder sans doute à des exigences scéniques.

Il s'est rattrapé en faisant plus large place à une autre Espagne, à celle qui lui venait d'un romancero déformé. C'est avec les souvenirs qu'il en gardait qu'il a illustré la scène des portraits. Le Christoval qui prend la plume du roi et lui donne son cheval renouvelle un exploit de Bernard del Carpio ou de Gonzalez de Mendoza. L'aïeul qui vécut soixante ans, gardant la foi jurée, même aux juifs, suivait scrupuleusement l'exemple du Gid. C'est à des Juifs aussi, à Rachel et à Vidas, que le Cid avait eu recours. Il ne leur donna en échange de leur or que des caisses pleines de sable, mais, au jour du remboursement, ce sable valut leur or, puisqu'il renfermait sa parole. Le père de Ruy Gomez a été aussi élevé à l'école du Romancero. Lorsqu'il traîne à sa suite un comte Alvar Giron taillé en pierre, il recommence l'héroïsme des vassaux du comte Fernan Gonzalez. A ces exemples connus *, il est facile d'en ajouter d'autres. Il suffit de feuilleter les traductions de son frère Abel pour découvrir sans peine où Victor Hugo a rencontré les exploits qu'il prête à don Galceran de Silva qui affranchit Léon du tribut des cent Vierges, à don Jorge qui paya la rançon de Ramire, roi d'Aragon, ou encore à don Jayme, dit le Fort, qui arrêta tout seul Zamet et ses cent Maures. C'est une pièce qui lui avait déjà fourni sa Romance mauresque qui lui inspire

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