Cf. Rosières, op. cit., p
4. Cf. dans VHistoire du romantisme la Première reprcsentaiion d'Hernani.
que La Beaumelle avait publiée dans les Chefs-d'œuvre des théâtres étrangers et qu'il avait fait précéder d'une préface qui ne sera pas inutile à l'auteur de Ruy Blas. L'indication fournie par Luis Pérez de Galice s'est ensuite précisée et complétée par la lecture de deux autres comedias, de La Estrella de Sevilla à laquelle Le Cid d'Andalousie conduisait tout naturellement, et de El Pastelero de Madrigal qui mettait en œuvre une légende sur le roi Sébastian de Portugal que Victor Hugo avait rencontrée dans les romances traduits par son frère Abel. Il serait d'ailleurs aussi inutile que ridicule de chercher à reconstituer dans les moindres détails le libre travail d'un génie créateur. Il faut toujours faire à l'inconscient sa part, qui n'est pas médiocre. Victor Hugo a certainement connu la plupart des comedias auxquelles Hernani a fait songer. Il est même probable qu'il en avait lu quelques autres encore. C'est avec la plus légitime indépendance qu'il a jeté les souvenirs qui lui en venaient dans la « fournaise » de son esprit. Dans quel ordre et à quel moment? Nous ne pouvons le savoir. De quelle manière et pour quelle artistique fusion? C'est ce qu'il n'est point interdit de rechercher.
La comedia semble d'abord avoir inspiré à Victor Hugo des mots et des traits qui lui paraissaient de la plus pure couleur espagnole. Lorsque don Carlos protège d'une parole dédaigneuse la retraite d'Hernani, il n'agit pas autrement que le marquis don Fadrique dans Ganar amigos d'Alarcon. Le meurtrier de son père a eu confiance en sa loyauté. Le marquis déclare aux alguazils que l'homme qu'ils cherchent ne saurait être celui qu'ils voient en sa compagnie. Le « pues que conmigo le traigo » pouvait amener : « C'est quelqu'un de ma suite, » mais la tirade furieuse par laquelle Hernani, resté seul, réplique à l'insultante protection du roi relève beaucoup plus du mélodrame français que du théâtre espagnol. Il n'y a rien, au contraire, qui ne puisse être justifié par d'illustres exemples dans la brusque façon dont Ricardo de Roxas est nommé comte d'abord, et grand d'Espagne enfin. Un mot suffisait au roi pour donner au comte Henri la grandesse dans Amour et honneur ', et le traducteur de Lope avait pris soin d'indiquer en note que le privilège caractéristique des grands d'Espagne consistait à se couvrir en présence du roi et que « c'est à cet acte même que se réduit toute la cérémonie de l'installation. » Il n'en
1. On se rappcllp nw c'est ]o tilro rlonnô à La i'ucrza lasiimosa dans la traduction des Chefs-d'œuvre fies théâtres étrangers.
fallait pas davantage au don Mendo de Garcia del Castanar pour obtenir même honneur K Victor Hugo a renouvelé ce procédé expéditif en en faisant bénéficier par mégarde et par deux fois le courtisan le plus affamé de miettes de grandeur. Est-ce à la même source qu'il est allé chercher la réplique de dona Sol :
Trop pour la concubine et trop peu pour l'épouse ?
Il est possible que réponse analogue eût été faite à Henri IV par une grande dame. On la trouve en tout cas chez Alarcon comme chez Lope et chez Calderôn, et elle est même signalée comme un Ueu commun par le gracioso de No hay burlas con el amor ^. L'exclamation de Ruy Gomez devant sa nièce dans les bras de son hôte avait d'abord été poussée en espagnol. « La belle façon, sur ma foi, s'écriait Garcia del Castanar, de payer notre hospitalité ^ » Mais l'oncle de dofia Sol ne se contente pas de traduire :
Voilà donc le paiement de l'hospitalité!
Il s'abandonne à son indignation avec une copieuse éloquence qui n'a plus rien de castillan. Tout au plus fait-il songer au commandeur du Burlador de Sevilla quand il prend l'air « d'une statue à mettre sur sa tombe ».