‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 54 sur 124 · Cf. Francisco de Rojas, Garcia del Casiaiiar · texte numérisé non relu

Cf. Francisco de Rojas, Garcia del Casiaiiar

D. Mendo.

En vuestra casa me hallais.

Ni huir ni negarlo puedo.

îlas en ella entré esta noche

D. Garcia.

A hurtarme el honor que tengo. Muy bien pagais à mi fé El hospedaje por cierto Que os hicimos Blanca y yo.

On pourrait multiplier ces rapprochements. Il suffira d'en tirer deux ou trois autres de la seconde partie du Tisserand de Ségovie pour se rendre compte, par l'exemple d'une seule comedia, de la liberté avec laquelle l'imagination créatrice de Victor Hugo se sert des détails qu'elle emprunte et qu'elle transforme à son gré. Lorsque Fernand Ramîrez organise sa troupe de brigands, « A ton côté, lui dit Théodora, j'irai dans les régions les plus lointaines, j'affronterai les périls les plus grands, je supporterai les fatigues les plus fortes. » N'est-ce pas le ton de dona Sol prête à suivre son bandit parmi ces proscrits « dont le bourreau sait d'avance les noms? » Les reproches dont elle soufflette le roi qui a pris la place d'Hernani ' traduisent la même colère que celle qui inspire à Anna sa réplique indignée : « Vous m'aimez, Garceran, et vous êtes noble? De quel chêne rustique avez-vous les entrailles? » Enfin la tirade d'Heniani sur ses rudes compagnons « gens dont jamais le fer ni le cœur ne s'émousse, Ayant tous quelque sang à venger qui les pousse, » n'était-elle pas en germe dans les paroles par lesquelles Camacho présente la troupe qui va suivre Fernand Ramirez - ? On peut discuter la valeur de ces suggestions. Elles n'enlèvent rien assurément à l'originalité de Victor Hugo; elles prouvent seulement qu'il y avait dans son esprit assez de réminiscences de la comedia pour donner aux petites touches de sa peinture un peu du vernis espagnol.

Jusqu'à quel point en a-t-il subi l'influence dans la conception et la distribution de son intrigue?

Le thème essentiel par lequel l'action s'engage, la brusque apparition devant un roi, ou un personnage qui passe pour tel, de celui qu'il offense ou paraît offenser dans son honneur, est une situation trop fréquente dans le théâtre espagnol pour qu'on puisse la rattacher à une pièce déterminée. Le premier acte d'Hernani ne me paraît exclusivement tiré ni de Garcia del Castahar ni de la première partie de El tejedor de Segovia. Je le ferais plus volontiers dériver d'une libre combinaison de trois autres lectures. Dans la première journée de El galân fantasma de Calderon, Julia attend Astolfo qu'elle aime. C'est le tout-puissant duc de Saxe qui par surprise s'introduit à sa place. Astolfo vient à son tour, comme Hemani après don Carlos. Entre les deux rivaux un

1. Cf. Il, 2. « Non. Le bandit, c'est vous. N'avez-vous pas de honte?. .. » et Le Tisserand de Ségovie, seconde partie, II, I.

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