‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 55 sur 124 · Cf. Le Tisserand de Ségoi>ie, II · texte numérisé non relu

Cf. Le Tisserand de Ségoi>ie, II

duel s'engage qu'interrompt l'arrivée inattendue du père d'Astolfo. La Estrella de Sevilla avait déjà fourni à Victor Hugo le moyen de transformer cette scène en donnant à Ruy Gomez un autre ton qu'au vieil Enrique et en substituant au duc de Saxe le roi d'Espagne. Comment enfin faire justifier par don Carlos sa présence en un lieu et à une heure où elle doit éveiller les plus légitimes soupçons? El pastelero de Madrigal indiquait la solution de cette petite difficulté. Don Sancho trouve dans l'appartement de sa fille un homme qui cache son visage. Il tire aussitôt son épée. L'inconnu lui fait signe d'éloigner tout le monde, et se fait alors connaître. C'est Gabriel de Espinosa que don Sancho croit être son roi, le roi Sébastian de Portugal. Comme le don Carlos de Victor Hugo, il est venu poussé par l'amour, et, comme lui aussi, il invaque des affaires d'Etat *.

1. Cf. la première journée de El pastelero de Madiigal que La Barrcia attribue à Cu.-llar.

Sancho.

jHombres de embozo en mi casa!

^Tù, Leonor, hacieudo exlrenios, Dando voces? — Leonor; Ay de mi!

A dar un paso no acierto. >

Sancho.

Vive Bios, que yo he de ver De esta suerte... (Cierra). — MoscoN. Estâmes buenos.

Sancho.

Lo que este es; pero^ que mire?

^(Jue calle decis? no quiero; ^Que se retire mi hija?

' f;Ay mas cxtranos misterios?

Vete, que à scias veré Quien son estes caballeres

Mudes, que por senas hablan

... Ea, sonores,

Les Pertugueses alientos

A dos ni â dos mil no temen;

Si el que selos nos quedemos

Es para hacernos pedazes,

Sacad la espada —

Gabriel.

Teneos, Pues os podré reportar Aprisa — Sancho^- Con que? —

Gabriel.

Con esto (Descùbrese).

Sancho.

Senor, pues; vos en mi casa £ Quândo mérité este cxccso

Le second acte d'Hernani met en œuvre un ressort dont la comedia a usé et a"busé. Don Carlos faisant sous les fenêtres de dofxa Sol le signal qu'elle attend de celui qu'elle se prépare à suivre se contente de répéter un geste qui avait été déjà le point de départ de nombreuses méprises et confusions. Sans parler du Burlador de Sevilla dont le héros ne se lasse pas de recourir à d'analogues supercheries, il suffit de relire les premières scènes de El mejor alcalde el rey pour voir Lope indiquer à ses successeurs une péripétie que Rojas ne négligera pas phis dans Del rey abajo ninguno qu'Alarcon dans El Tejedor de Segovia.

C'est aussi à une origine espagnole qu'on peut rattacher les principales scènes du troisième acte. Dans Ganar amigos (III, 8), le crieur public promet mille ducats à qui livrera Juan de Encinas et lui assure son pardon s'il se livre lui-même. Le personnage ainsi mis à prix, et qui joue dans la pièce le rôle du gracioso, entend cette proclamation et s'empresse de se dépouiller de la robe de convers franciscain sous laquelle il se cachait. Tournez l'incident au tragique, et vous n'êtes plus très loin de la scène dans laquelle Hernani déchire sa robe de pèlerin et propose aux valets de Ruy Gomez de gagner mille carolus d'or. Ce n'est pas Alarcôn, mais c'est peut-être Calderôn qui a suggéré la scène suivante. Dans A secreto agravio sécréta venganza, doiïa Leonor, oubliant l'amour de don Luis qu'elle croit mort, a consenti à épouser don Lope. Au moment où elle va rejoindre son fiancé, don Luis est introduit auprès d'elle sous le costume d'un marchand, et les bijoux qu'il lui présente sont autant de reproches que précisent

Mi huiiiildad? A vuestros pies Teneis postrado mi acero

Gabriel.

Buscaros quise en persona, Que es fiierza que luego, luego Saïga posta à Portugal, Que lleve al Duque do Aveyro Un despacho de imporlancia :

Yo entré aqui, y vuestra liija, viendo Un einbozado. empezô À alterarsc por extrême....

Sanciio.

Que me perdoneis os ruego.

Gabriel.

Perdonado estais, don Sancho, Y por el susto os confiero La gobernacion de mi Provincia de Alentejo En llegando à Portugal.

ses paroles à double sens : « J'apporte un Cupidon en diamants de grande valeur; j'ai voulu que l'amour fût fait de telles pierres, parce qu'en le sculptant ainsi, s'il arrivait qu'on l'accusât de versatilité, on le trouverait ferme seulement chez moi. J'apporte un cœur où il n'y a aucune pierre fausse K... » Donnez plus d'amertume à cette ironie, et vous croirez entendre Hernani faisant compliment de sa parure à la fiancée de Ruy Gomez. Calderon n'indiquait pas la simple et éloquente réplique de dona Sol tirant du colîret le poignard du roi Carlos. Mais qui sait si l'attitude de l'amante outragée d'Hernani ne lui fut pas suggérée par l'héroïne du Tisserand de Ségoviel Théodora a l'air, elle aussi, de trahir son amour et d'abandonner son Fernand pour un comte. Aux reproches qui lui sont adressés elle ne fait qu'une réponse, mais

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