Cf. I
Don Luis.
Traigo joyas que vender De innuinerable riqueza;
Y entre otras, una firmeza Se que os ha de parecer Bien; porque délia sospecho Que adorne esa bizarria,
Si es que la firmeza mia Llega â verse en vuestro pecho. Uu Cupido de diamantes Traigo de grande valor; Que quise hacer al amor Yo de piedras scmejantes, Porque labrândole asl, Cuando alguno le culpase De vario y ficil, le hallase Firme solamcnle en ml.
Un corazon traigo, en quien No hay piedra faUa ninguna :
Sortijas bellas, y en una Unas nicmorias se ven.
Una esmeralda que habfa, Me hurlaron en el ciimino, Por el color, imagino, Que perfecto le leni.i.
Estaba con un zafiro; Mas la esmeralda llevaron Solamentc, y me dcjaron Esta azul picdra qucmiro;
Y asi dije en mis desvelos :
« ^Cômo con tauta venganza Me llevasteis la esperanza Para dejarme los celos? »
Si gusta vuestra belleza, Descubriré, por mas glorias, El corazon, las memorias, £1 amor y la firmeza.
c'est la meilleure de toutes; elle tend à qui l'insulte l'épée qui assurera son salut.
Les deux derniers actes d'Hernani sont moins directement inspirés par le théâtre espagnol. Tout au plus pourrait-on rapprocher la réclamation de Jean d'Aragon, qui prétend qu'on le compte parmi les conjurés assez grands pour mourir, de l'aveu qu'au dénouement du Tisserand de Scgovie Fernand Ramirez fait de son nom et de son origine. Qu'en fm de compte l'intrigue d'i/er/iaiu' soit originale et plus conforme aux théories de la Préface de Cromwell qu'aux libertés de El arie nuevo, c'est assurément ce qui ne saurait être mis en doute. Il n'en serait pas moins injuste d'oublier que plus d'une fois elle nous fait respirer le parfum de la comedia.
Est-ce ce même parfum qu'on retrouve dans les sentiments qu'elle met en lumière? Peut-être pourrait-on voir dans l'expression de l'amour qu'inspire et éprouve doua Sol un reflet de ces lueurs vives et troubles qui éclatent dans les propos qu'échangent le « galân » et la « dama. » Au lieu de l'analyse psychologique chère à nos classiques, ce sont plutôt de ces afTirmations inexpliquées, de ces brusques élans dont se contentent volontiers Lope de Vega et ses disciples. Mais cette passion, qui ne se révèle guère que dans les fureurs de la jalousie, s'enveloppe d'un mystère et se drape en quelque sorte dans une fatalité qui lui donnent une autre allure. Elle n'est point la manifestation naturelle d'un tempérament espagnol qui ne raisonne point ses sensations; elle pousse des cris par lesquels s'exalte l'imagination lyrique de l'auteur, quand ils ne trahissent point la recherche d'une mode exaspérée.
Ce n'est d'ailleurs pas dans la peinture qu'il en faisait, que consistait pour Victor Hugo l'originalité de son drame. Ce qu'il a voulu représenter, et ce que son public a applaudi dans Hernani, c'est l'honneur castillan. Lui a-t-il vraiment donné une couleur si violente qu'il soit impossible de le reconnaître? Larra s'est beaucoup moqué de ce vieillard impitoyable qui « tue à coups de trompe la passion la plus pure, » et de ce jeune homme qui, pour tenir une promesse discutable, n'hésite pas à absorber un poison de première qualité, au moment où s'ouvre à ses yeux le plus riant avenir. N'est-ce point une bouffonnerie de présenter pareil spectacle dans le siècle où Chateaubriand a écrit : « Comme on compte l'âge des vieux cerfs aux branches de leurs ramures, on compte l'âge d'un homme par le nombre de ses serments'? »
1. Cf. l'article de Mariano José de Larra intitulé : « Heroani o cl honor castcUano. » Martinenche. — L'Espagne et le romant. français »
Mais ce n'est point au siècle de Chateaubriand qu'appartiennent Ruy Gomez et Hernani. La loi qu'ils suivent aveuglément comportait-elle donc en leur temps des réserves et des adoucissements? Les exemples sont nombreux, au contraire, qui nous font voir ses commandements respectés jusqu'au crime. Pour ne rien dire de ceux qu'enregistrèrent les chroniques de l'âge d'or, et pour ne pas sortir du théâtre espagnol et des pièces que Victor Hugo eut entre les mains, le comte que nous présente Le Tisserand de Ségovie se fait-il un moindre scrupule d'agir conformément à sa parole? C'est précisément dans le respect qu'il en garde qu'il fait consister la meilleure marque de sa noblesse. Don Fadrique, dans Ganar amigos, promet son appui à don Fernando. Il découvre ensuite que celui que poursuit la justice est le meurtrier de son frère, et il a le droit de soupçonner qu'il est aussi l'amant de celle qu'il aime. Il le sauve cependant, car il n'a pas à discuter sa propre parole; il lui suffît, pour la tenir, de l'avoir donnée '. L'amiral de Portugal n'agit pas autrement dans Louis Pérez de Galice '-. Il a promis à don Alonze de le protéger. Il ne saurait s'y refuser lorsqu'il découvre qu'il a fait cette promesse à l'homme qui vient de tuer en duel son neveu. « Ma parole, dit-il, est une loi écrite sur le bronze; je l'ai donnée et ne la nierai point. » Une fois don Alonze hors de ses états, il le poursuivra avec l'ardeur que met Ruy Gomez à provoquer Hernani après l'avoir dérobé à la colère du roi; mais, tant qu'il sera sur ses terres, il s'acquittera de son devoir envers son hôte. Faut-il enfin redire comment le Cid d'Andalousie consentait à tous les sacrifices, sauf à celui de