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Madame, il fait grand vent; j'ai tué six loups

2. Cf. E. Martinenche, La Comedia espagnole en France, cbap. iv.

après Thomas Corneille et Scarron, un travestissement dont Marivaux n'épuisera pas le succès. Assurément Ruy Blas marche, sous son nouveau costume, d'un autre pas que Jodelet ou Mascarille, mais le geste qui le dépouille de sa livrée est un stratagème dont plus d'un galân avait, avant don Salluste, éprouvé l'efficacité. Celle qui est sur le point d'en être victime n'a peut-être pas appris à une autre école la ruse innocente qui lui permet d'éloigner son vieux majordome jaloux (ii, 5). La reine d'Espagne a plus de malice que le marquis don Fadrique de Ganar Amigos (il, 15), mais elle se heurte chez don Guritan à des soupçons et à des hésitations analogues aux résistances que don Pedro de Luna, qui redoute un rival, oppose au héros d'Alarcôn. Les deux scènes sont loin de dériver l'une de l'autre, mais la scène française donne parfois l'impression d'une libre broderie sur le canevas du dialogue espagnol.

Le rapprochement est moins lointain entre la fameuse apostrophe de Ruy Blas aux conseillers de Castille et le discours que, dans La Prudencia en la mujer, la reine dofia Maria tient aux vassaux qui pillent le royaume de son fils Ferdinand IV *. « Combien de millions, leur demande-t-elle, tirez-vous du roi pour votre entretien? » Et, sur la réponse qu'elle en reçoit, elle s'indigne de voir la Castille réduite à l'état d'un corps obligé de nourrir tant de têtes qu'il ne peut plus faire subsister la seule qui ait le droit de lui commander. Ruy Blas ne saurait, à son exemple, faire couper toutes les têtes qui se penchent vers « la marmite infâme » où cuit l'aigle impérial. Il se contente d'accepter des démissions. Mais puisque sa reine a fait de lui « le vrai maître, « il parle au moins, « en vrai roi. » Sa brusque entrée dans la salle de gouvernement rappelle le ton de dona Maria venant mettre un terme à la curée de ces grands seigneurs qui ne laissent plus rien pour le dîner de leur prince ^. C'est à un festin de ce genre que fait allusion le fameux salut : « Bon appétit, Messieurs ! »

On peut enfin noter que don César, lorsqu'il dégringole de la cheminée au quatrième acte, ne se trouve pas dans une situation

1. Cf. Tirso de Molina : La prudencia en la mujer, acte II, se. 20.

« Quel est donc le véritable roi? Celui qui en perçoit les revenus, ou celui qui n'en a que le nom? Vous n'osez répondre. Le compte est pourtant bien facile, etc. »

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